La mise à l’épreuve

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Beaucoup de gens vivent dans l’illusion, uniquement parce que le sort ne les a pas mis à l’épreuve.

 

Les obstacles auxquels vous faîtes face sont des barrières qui peuvent être brisées, en acceptant de vous transformer.

 

Les ténèbres n’ont pas le pouvoir de chasser la lumière, elles peuvent seulement la faire briller plus fort.  

 

Regarde toujours ce qu’il te reste, jamais ce que tu as perdu.

 

Un des secrets de la vie est de transformer les épreuves en tremplin.

 

Une mer calme n’a jamais fait un bon marin.

 

Que sur ton chemin tu trouves suffisamment de bonheur pour rester doux, suffisamment d’épreuves pour rester fort, suffisamment de peine pour rester humain, suffisamment d’espoir pour rester heureux.  

 

Le lendemain de notre visite éclair au CAC de l’espoir, je bénéficiai de ma dernière séance de kinésithérapie. Ces quinze séances de massages n’avaient pas permis la diminution du volume des ganglions lymphatiques, mais néanmoins elles avaient fait disparaître la raideur parfois douloureuse de ma nuque, ce qui n’était déjà pas si mal.

Malgré tout, je n’avais pas voulu demander à l’oncologue de prolonger l’expérience, car ces rendez-vous à n’importe quel moment de la journée contraignaient mon emploi du temps, et j’espérais bien qu’aux abords de beaux jours, nous allions pouvoir profiter de belles journées estivales.

J’étais prévenu depuis longtemps par l’ORL, mes trompes d’Eustaches constamment bouchées et mes tympans définitivement perforés, étaient à l’origine des écoulements d’oreilles tenaces. La  possibilité d’une amélioration restait du domaine de l’utopie, charge à moi de vérifier la qualité de ce liquide, qui devait être clair et sans odeur. Justement depuis plusieurs jours, non seulement ce liquide avait viré au jaunâtre, mais en plus mes cotons-tiges dégageaient une senteur désagréable. Je connaissais le problème, malheureusement nous n’avions plus d’Ofloxacine, et je savais par expérience que la situation ne s’améliorerait pas sans ces précieuses gouttes d’antibiotiques.

Les séances de radiothérapies pour ‘’tuer’’ la tumeur osseuse qui s’était logée à la base de mes cervicales, et la chimiothérapie prise depuis tant d’années, étaient la cause de tous ces désagréments. La radiothérapie avait permis de faire disparaitre des douleurs insupportables, et je ne regrettais rien de ce que les médecins avaient fait pour me soulager, mais il avait fallu en contre-parti accepter une perte de l’audition et des infections d’oreilles à répétitions, une facture bien lourde à payer.

Le lendemain de cette constatation, il était prévu une visite de contrôle de mes appareils auditifs. J’expliquai à la jeune femme qui m’avait pris en charge, ce qui était en train de m’arriver. Munie de son otoscope, elle ne tarda pas de me confirmer la présence d’un liquide épais à la fois blanchâtre et jaunâtre, qu’il fallait soigner au plus vite. 

J’étais tellement habitué depuis plus de 11 ans à subir des désagréments en tous  genres, que je mesurais rarement le degré de gravité des différentes pathologies dont le destin avait ‘’la gentillesse de me nantir.’’

Cette fois je comprenais que ma qualité d’audition déjà bien mise à mal, dépendait d’une prise en charge rapide du problème. Il ne fut pas question de réaliser un audiogramme qui aurait été faussé par cette importante infection. Je ne peux pas dire que je ressentais de la douleur, mais mes oreilles se bouchaient parfois, comme lorsque l’on commence à grimper en altitude.

L’audioprothésiste s’empara de mes appareils pour contrôler leur bon fonctionnement et aussi et surtout pour les désinfecter. Elle changea les deux petits tuyaux en silicone chargés de conduire le son de l’appareil vers l’oreille interne, puis m’invita à prendre rendez-vous avec l’ORL, insista enfin pour que je ne remette pas ces mêmes appareils jusqu’à ma complète guérison.

Ainsi donc je me voyais de nouveau replonger dans un univers où bon nombre des bruits du quotidien étaient absents. Je n’acceptai pas le verdict avec un franc sourire, mais je n’avais malheureusement pas d’autres choix que de patienter au moins jusqu’à ma visite chez l’ORL.   

 

 

 

 

 

 

 



Le paradis ou l’enfer

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« Derrière chaque être vivant, il y a 30 fantômes, car tel est le rapport des morts aux vivants. Depuis l’aube des temps 100 milliards d’humains ont vécu sur la planète. Ce nombre est intéressant, car par une étrange coïncidence, il existe 100 milliards d’étoiles dans la Voie lactée. Ainsi pour chaque homme qui a vécu, une étoile brille dans l’espace. Chacune de ces étoiles est un soleil, souvent plus puissant que cette étoile proche que nous appelons le soleil. De nombreuses étoiles de la Voie lactée, possèdent des planètes tournant autour d’elles. Ainsi il existe certainement dans l’univers, assez de mondes pour donner à chaque homme de la Terre, un paradis ou un enfer qui n’appartient qu’à lui. »

Arthur Charles Clarke, préface à « 2001, l’odyssée de l’espace »

 

Je n’avais pas revu mon oncologue depuis cette perforation d’abcès qui m’avait créé bien des soucis. Je n’avais pas l’intention de lui signaler cet enflant persistant et fortement inesthétique, sachant que j’avais un rendez fixé chez mon généraliste peu de temps après mon passage à Nantes. Je considérais que cette nouvelle anomalie n’était pas de son ressort, mais je savais aussi au fond de moi-même que Chantal se chargerait de lui en parler tant son inquiétude était grande.

En ce mardi 24 mai, nous ne savions pas à quelles sauces nous allions être mangés, entre manifestations d’agriculteurs, opposants au projet de l’aéroport de Notre Dames des Landes et travaux sur la voirie, nous espérions aborder le périphérique nantais un jour d’accalmie.

Depuis le début du printemps, il fallait compter les jours de ciel bleu, pourtant lorsque nous montâmes dans la voiture, l’astre solaire semblait vouloir nous accompagner tout le long de notre parcours. Je n’étais pas spécialement anxieux, cette visite intermédiaire entre deux scanners n’était qu’une simple formalité dans le protocole de soins et d’accompagnement établi par le CAC de l’espoir, cependant je demeurais sur mes gardes, compte-tenu de l’incertitude qui pesait sur le diagnostic médical concernant toujours et encore cet enflant qui faisait beaucoup parler de lui.

Nous arrivâmes sur le parking du centre médical largement avant l’heure, car nous avions prévu d’éventuels incidents de parcours qui n’avaient pas eu lieu. De plus pour une fois nous n’eûmes aucune difficulté à garer notre véhicule. Il était encore très tôt dans l’après-midi et ce n’était donc pas la période d’affluence, aussi l’enregistrement de mon arrivée s’effectua en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Le service des consultations nous était familier et pour cause, c’était ma 83ème visite chez mon oncologue, mais pour la première fois en 11 ans notre expédition allait être aussi brève qu’un éclair.

Chantal rejoignit le bureau de N pour déposer la feuille d’étiquettes à mon nom, tandis que je me rendis assouvir un besoin naturel. Je m’apprêtais à la rejoindre lorsque je me retrouvai nez à nez avec le docteur R. La patiente qui me précédait avait du retard, il me proposa donc d’avancer notre entretien. Affublé de son large sourire, il nous invita à pénétrer dans son bureau et à nous asseoir.

Autrefois alors que j’étais encore trop petit pour distinguer clairement le péché du reste, mais qu’il fallait me rendre régulièrement à confesse, je préparais dans ma tête une liste d’aveux que j’allais débiter au prêtre sans être convaincu du mal dont je devais me délivrer. Là c’était un peu la même chose, sans éléments nouveaux à lui raconter, je débitais des phrases préalablement réfléchies mais que l’oncologue avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’entendre, j’avais même l’impression de perdre mon temps, autant qu’il perdait le sien.

Ma prise de sang était bonne compte-tenu du contexte, il s’apprêtait donc un me délivrer une nouvelle ordonnance de chimiothérapie, lorsque Chantal intervint comme je l’avais prévu. Il fallut donc me rendre de l’autre côté du bureau cloisonné, et m’allonger sur la table d’examen après m’être déshabillé.

Bien que je fusse considérablement déformé par cette énième malchance du destin, le médecin ne sembla pas interloqué par l’anomalie. Il tâta la surface décriée à plusieurs reprises et sans ménagement, mais son regard resta toujours aussi serein. La surface était violacée mais rien à voir avec une éventuelle nouvelle infection, il s’agissait plutôt d’une irritation due au frottement de ma ceinture de pantalon.

« Il s’agit tout simplement d’une éventration ! Il y a bien une possibilité d’opération mais le résultat n’est pas garanti. »

De toute manière il était hors de question que je passe encore une fois sur le billard, j’étais donc condamné à ne plus me regarder dans un miroir, ou à faire un travail sur moi-même pour m’accepter tel que cet autre vilain coup du sort avait fait de moi.

La solution la plus simple pour me soulager de cette gêne incessante, c’était une ceinture lombaire, la ceinture abdominale n’étant pas appropriée dans mon cas.

J’étais sauf nouvel important incident tranquille jusqu’au 22 juillet, date à laquelle était fixé mon 54ème scanner. Nous sortîmes de son bureau pour rejoindre N qui réussit à obtenir l’examen, au sein même de l’établissement, ce qui n’était pas pour moi une moindre satisfaction.

Lorsque nous arrivâmes devant notre domicile il était environ quinze heures, notre expédition n’avait durée qu’un petit plus de deux heures, un record qui serait difficile à battre.  

    

 



Les gravats de la réalité

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Aujourd’hui est le plus beau jour de notre vie, car hier n’existe plus et demain ne se lèvera peut-être jamais.

Le passé nous étouffe dans les regrets et les remords, le futur nous berce d’illusions.

Apprécions le soleil qui se lève, réjouissons nous de le voir se coucher.

Arrêtons de dire « il est trop tôt » ou « il est trop tard » ; le bonheur est là : il est l’instant présent.

 

Un homme se tenait derrière le comptoir d’accueil. Remarquant mon pas hésitant, il s’adressa à moi en me demandant s’il pouvait m’être utile à quelque-chose. Je lui répondis que j’avais rendez pour une séance de drainages lymphatiques, avec une dame dont je n’avais malheureusement pas retenu le nom. Il me fit un geste pour me signifier que ce n’était pas bien grave, puis il m’invita à aller m’asseoir dans la salle d’attente

« Vous serez appelé en temps utile ! »  

Ma patience ne fut pas mise à rude épreuve, car moins de cinq minutes plus tard, j’avais franchi la salle de massage occupée par la kinésithérapeute, avec laquelle j’avais un rendez-vous.

J’avais face à moi un joli petit brin de femme dotée de cheveux longs bouclés, et noirs comme de l’ébène. Son visage empreint de douceur et son large sourire m’invitaient à me sentir à mon aise en sa compagnie. Seul bémol, la communication n’était pas facile, car elle me parlait avec un fort accent, et malgré mes prothèses auditives, mes oreilles avaient du mal à déchiffrer le sens de certains mots.

Le cancer est une maladie agressive physiquement et mentalement, mais les différentes opérations chirurgicales, et les traitements ou examens associatifs effectués pour la soigner, ne le sont pas moins.  

Cette fois j’avais pour la première fois la nette impression que l’on était en train de faire du bien à mon corps meurtri. Ma ‘’ bienfaitrice ‘’ réalisait des impulsions circulaires lentes et régulières sur ma peau de chaque côté du haut de ma colonne vertébrale, et variait parfois la pression de ses doigts sans doute pour augmenter l’efficacité de ses gestes.

Lorsque le destin vous a enseveli sous l’important tas de gravats d’une triste réalité, il est important de chercher par tous les moyens d’apercevoir malgré tout un petit rayon de lumière, et l’instant que je vivais en ce premier avril n’était pas un poisson, il était sans conteste ce fameux petit rayon de lumière qui m’aiderait à retrouver de l’énergie pour continuer mon chemin.    

L’oncologue avait prescrit quinze séances, et malgré le côté contraignant de ces nombreux rendez-vous, j’avais hâte de renouveler l’expérience. Je quittai les lieux un peu groggy mais pleinement contient de ne pas avoir perdu mon temps.

Le premier mai alors que je me rendais régulièrement au centre de kinésithérapie, Chantal me retira le dernier pansement qui couvrait la plaie engendrée par l’éclatement de mon abcès sur mon côté gauche, plaie à présent refermée après avoir été surveillée et soignée pendant presque trois mois par des infirmières à domicile.

Nous pensions que l’épisode péritonite déclenché le 29 décembre 2015 s’achevait avec cette dernière intervention, l’avenir allait nous apprendre que non.

Comme je l’ai déjà mentionné à mainte reprise, mon corps était complètement déformé par les multiples interventions chirurgicales, j’espérais que cette énorme enflent qui ne faisait qu’aggraver les choses allaient disparaître, mais Chantal s’inquiétait de voir une nouvelle étendue violacée apparaître autour de la cicatrice.

Comme à l’habitude je me voulais optimisme et je suppliais de tous mes vœux je ne sais quelle force supérieure de me donner raison, mais devant l’inquiétude omniprésente de Chantal, au fil des jours je commençais à douter, d’autant que cette vilaine déformation de flan gauche me gênait fermement à la marche particulièrement lorsque je portais un pantalon serré.  

Il nous restait que quelques jours avant d’appréhender un diagnostic que ne manquerait pas de nous formuler mon oncologue, lors de notre prochain rendez-vous fixé au 25 mai. En attendant il fallait continuer à vivre le plus naturellement possible, ce n’était pas la première fois que la maladie nous confrontait à un obstacle plus ou moins difficile à surmonter.   



Mister Hyde

 

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Onze ans et quelques mois s’étaient écoulés depuis la découverte de mon cancer du rein gauche métastasé au rein droit et au poumon gauche. Je survivais grâce aux progrès de la médecine, grâce aux  équipes médicales qui s’occupaient contentieusement de moi, grâce aussi à mes proches, et peut-être aussi grâce à ma volonté.

Pourtant le combat laissait des traces, je conservais en effet l’état d’esprit d’un quadra, mais mon corps était celui d’un octogénaire, deux situations contradictoires qu’il fallait gérer en même temps que tous les problèmes engendrés par la maladie.  

Si je faisais le bilan de toutes ses années de galère, je dirais que les pires souffrances, je les avais vécu avec l’apparition de mes tumeurs osseuses, et que le pire de mes handicaps était celui d’une surdité confortablement installée. Bien que corrigée par le port d’appareils auditifs, cette surdité m’isolait au-delà de ce que j’aurais pu imaginer, contrariant ainsi ma stratégie d’ouverture vers les autres.

Le vendredi 25 mars j’avais subi ma 23ème piqûre d’Xgéva, l’avant dernière précédant une période de repos de six mois. Outre mes prises de sang mensuelles, l’infirmière continuait toujours à m’apporter des soins pour aider à la cicatrisation difficile de ma plaie engendrée par l’éclatement de mon abcès.

Comme je l’ai déjà mentionné dans mes écrits, mes balades en campagne n’étaient plus ce qu’elles avaient été, pourtant je gardais en mémoire les conseils du médecin de la douleur, monsieur P, qui m’avait mis en garde contre les effets perverses d’une grande immobilité.

Pour éviter de trop souvent courber l’échine face au malin, il fallait se faire violence, et Dieu sait ô combien je m’y employais, pourtant l’exercice devenait de plus en plus compliqué car mon organisme suivait de moins en moins ma volonté.  

Ainsi parcourir à pied un ou deux kilomètres demandait un véritable effort physique qui ne représentait à l’inverse que très peu de choses pour une personne de bonne constitution. Je ressentais comme une sorte d’humiliation lorsque j’étais allègrement dépassé par des gens souvent beaucoup plus âgés. Le monsieur Hyde qui était en moi ressurgissait alors à la surface et j’avais du mal à ne pas me laisser envahir par son influence négative. Comment en effet ne pas ressentir de l’injustice lorsque vous avez le sentiment de ne pas mériter ce que le destin vous a infliger, et que d’autres en revanche profitent pleinement d’une vie exempte de tout obstacle, sans avoir rien fait de plus que moi pour l’obtenir.

Les multiples opérations et traitements m’avaient considérablement modifié la morphologie, et j’avais à présent l’apparence d’un homme faisant beaucoup plus âgé que son âge. J’exécrais le reflet de mon image dans la glace, et j’exécrais bien plus encore de me voir représenté sur une photo.   

Ma philosophie était de chercher dans la mélasse les points positifs susceptibles de rendre ma vie de malade un peu moins douloureuse, mais l’exercice n’était qu’un éternel recommencement exigeant par conséquent aucun moment de répit, aussi mon esprit s’essoufflait autant que pouvait s’essouffler mon corps.

Ce vendredi 1 avril coïncidait avec un rendez-vous fixé pour effectuer la première de mes quinze séances de drainages lymphatiques. Je devais me rendre à l’ancienne clinique transformée en centre de convalescence mais pas seulement, plusieurs disciplines médicales y étaient également représentées, médecins généralistes, ophtalmologues, podologues, kinésithérapeutes et autres. 

Justement le couloir que je devais emprunter m’était plus que familier, il me rappelait ce triste mois de décembre 2004 où j’avais appris l’inimaginable. J’avais arpenté ce même couloir comme on arpente celui de la mort pour me rendre chez l’urologue qui avait su pourtant me rendre un peu d’espoir, avant de prévoir ma première opération.

Le cabinet du docteur C avait été remplacé par celui d’un podologue mais la salle d’attente était restée la même. L’espace affecté aux soins de kinésithérapie était situé à gauche face à cette même salle d’attente, je pénétrai dans les lieux pour la première fois.

 



Le roseau plie mais ne rompt point.

le roseau

La porte du cabinet de l’oncologue s’ouvrit sur le large sourire du patricien. Il ne manqua pas de nous inviter à nous asseoir et de me poser la question rituelle.

« Comment allez-vous ? »

Avec les bonnes nouvelles dont il nous avait fait part quelques jours plus tôt, je ne pouvais qu’allez pour le mieux.

Son intervention téléphonique avait eu pour effet d’effacer de ma mémoire tous les mauvais souvenirs de ces quelques deux mois et demi de galère, pour ne retenir que l’essentiel, cette nouvelle période de récréation que le malin voulait bien encore une fois m’accorder.

« Le roseau plie mais ne rompt point » Je trouvais que ce vers de Jean de La Fontaine m’allait comme un gant, et je désirais qu’il en fut ainsi pour ‘’l’éternité’’.  

Je m’apprêtais à répondre à sa question lorsque Chantal intervint pour remercier vivement le professeur R de nous avoir délestés quelques jours plus tôt du poids de l’incertitude. Il sourit et inclina la tête, comme pour nous signifier que c’était la moindre des choses.

Quant à moi je n’étais pas sûr que tous les médecins réagissent ainsi envers leurs malades, et je lui en étais fort reconnaissant.  

Il réitéra sa question.

« Comment allez-vous ? »

Je n’avais pas grand-chose à lui dire concernant la partie qui l’intéressait, car j’avais pris l’habitude de supporter plus ou moins bien le Votrient, ainsi que les piqûres d’Xgéva sans que ces traitements indispensables pour ma survie entraînent trop de contraintes dans mes activités de tous les jours. Bien-sûr j’avais vieilli de onze ans depuis l’annonce de ce cataclysme, au fil du temps je perdais peu à peu de terrain, car la maladie ralentissait mes capacités physiques plus que je l’aurais voulu. Trop d’agressions contre mon organisme avaient considérablement modifié mon métabolisme. Il y avait eu un avant, et un après, je n’étais plus et ne serais plus jamais comme avant. Néanmoins loin des servitudes que certains handicapés doivent supporter au quotidien, je conservais quand même mon autonomie, et ce n’était pas si mal.

Quoi qu’il en soit, il fallait que je reste philosophe en me contentant de ce que j’avais, et en oubliant ce que l’on m’avait retiré. C’était la meilleure façon d’avancer vers l’avenir, sans transporter dans mes bagages le lourd fardeau de l’amertume. 

Comme ma condition de malade atteint d’un cancer demeurait stable, je le mis au courant en détail de mes dernières péripéties. Je lui parlais sur un ton léger proche de la plaisanterie, mais il me connaissait bien, aussi lisait-il entre mes lèvres mes véritables pensées.

Je subissais sans être en mesure de les dompter les réactions de mon organisme devenu un peu trop sensible aux agressions de tous genres, le silence de l’oncologue en disait long, il était sans doute désolé pour moi, mais ne pouvait lui aussi que constater son impuissance face aux douloureuses réalités de la vie.

Mon récit n’était pas celui d’un pleurnichard avide de compassion, aussi l’ambiance bon-enfant n’en fut pas affectée.

Mon corps s’était habitué aux effets secondaires de la maladie, certains avaient disparu, d’autres demeuraient. Pour contrer l’influence négative de ces derniers, j’avais sous la main les médicaments adéquate, pourtant je les utilisais avec parcimonie, aussi mon ordonnance se limita uniquement au renouvellement de ma chimiothérapie.

Ma tumeur osseuse au niveau des cervicales restait sage, l’écho doppler réalisé quelques temps auparavant n’avait pas donné d’explications plausibles, et je demeurais avec cet œdème au cou sans qu’aucune amélioration ne soit jusqu’à ce jour apparue. Cette réaction corporelle restait une énigme que l’oncologue cherchait à dénouer, il tâta mon cou, et constata sa souplesse, à l’inverse de ma nuque qui elle était plutôt rigide.

Nous lui proposâmes la solution d’effectuer des drainages lymphatiques en tentant ainsi d’améliorer la situation. Il hésita un peu, et après quelques secondes de réflexion, il prit le téléphone pour demander conseil auprès d’un radiothérapeute. Manifestement la réponse de son collègue allait dans le sens de notre suggestion car il tapota sur son clavier d’ordinateur une prescription pour une quinzaine de séances de kiné.

« Je voulais une nouvelle fois vous remercier monsieur R pour votre intervention de vendredi dernier ! »

Il inclina la tête pour me faire savoir encore une fois que ça n’était rien.

« Cela va faire combien de temps que nous nous connaissons monsieur Gautier ? »

« Il y aura onze ans au mois d’aout ! »

Il leva les yeux au ciel comme pour s’étonner de cette longévité.

« Nous sommes en train de nous regarder vieillir n’est-ce pas ? »

Ma réflexion lui fit déclencher un de ses généreux sourires dont il n’était pas avare, et nous mîmes  un terme ensuite à notre 85ème rencontre.

 

 

 

 



Un cadeau valant de l’or

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Comme l’après-midi de la veille je fus soulagé de quitter les lieux, le plus dur restant à faire, revenir le mardi suivant pour entendre les résultats. Pour l’heure je ne souhaitais qu’une seule chose m’enfuir au plus vite, en laissant derrière moi tout ce qui ce qui  pouvait me rappeler l’angoisse de la maladie.

La voiture n’était pas garée tout prêt, il fallait descendre en contrebas, et l’exercice sans être insurmontable me donnait un peu de fil à retordre, d’autant qu’un vent violent venu du nord, me tétanisait les muscles du visage. Je fus soulagé de m’engouffrer dans l’habitacle de notre véhicule. Il nous restait encore à affronter les encombrements du périphérique nantais, avant de retrouver nos pénates.  

Même si mon esprit me donne la force d’avancer, mon organisme lui me dit au contraire de ne pas pousser le bouchon trop loin, et je sais qu’il faut parfois lui obéir. Ces deux jours consécutifs passés à Nantes ne faisaient confirmer la chose, car je me sentis totalement vidé de mon énergie lorsque beaucoup plus tard que prévu, nous arrivâmes enfin à notre domicile

Le hasard du calendrier voulait que le jeudi 10 mars j’avais rendez-vous cette fois avec mon généraliste. Là encore le praticien accusait un peu de retard, et je me disais que durant ces trois jours, nous avions poiroté en cumul deux heures trente au-delà des horaires convenus, être patient n’était pas un vain mot.

Le docteur C me trouvait une mine radieuse, mes battements cardiaques étaient dignes de ceux d’un cœur de jeune homme, de plus ma lésion était en passe de guérir définitivement. Fort de ses remarques, je sortis de son cabinet me voulant un peu plus confient, à quelques jours de me confronter à mes résultats d’examens.  

Nous approchions d’un week-end plutôt réjouissant, car nous allions fêter l’anniversaire de ma fille, en même temps que nous allions pendre la crémaillère de sa nouvelle maison.

J’étais assis devant mon ordinateur en ce vendredi du 11 mars, lorsque Chantal vint me chuchoter à l’oreille qu’il serait bon de prendre l’apéritif, je lui en demandai la raison.

L’oncologue avait pris soin de téléphoner pour nous rassurer quant aux résultats de mon scanner et de mon IRM.

« Je ne voulais pas que vous passiez un weekend à vous morfondre, sachez que le rapport des radiologues indiquent une parfaite stabilisation de la maladie. »

Ainsi donc au moment où je m’y attendais le moins, cet appel téléphonique venait me libérer d’un fardeau qui n’allait pas tarder à peser très lourd sur mes épaules. C’était le plus précieux des cadeaux que l’oncologue  pouvait m’offrir moins d’un mois avant la date de mon anniversaire.    

Il y allait avoir bientôt onze ans que je fréquentais le CAC de l’espoir et par conséquent le docteur R,  depuis lors nos rapports n’avaient eu de cesse d’évoluer. Nous avions d’abord appris à nous connaître, puis d’une relation distante, nous étions passés au stade d’une relation de confiance et de sympathie mutuelle. Cette fois j’avais le sentiment qu’une certaine forme d’amitié était en train de naître, le geste qu’il venait de faire à mon égard en était la preuve.  

Ainsi donc les trois jours qu’ils nous restaient à passer avant de retourner à Nantes furent marqués du sceau de la tranquillité d’esprit. 

En ce mardi 15 mars 2016, outre notre sérénité, nous eûmes aussi le soleil pour nous accompagner le temps de notre trajet vers le CAC de l’espoir. Nous fûmes encore une fois relégués vers le parking le plus éloigné, et il fallut encore une fois faire l’effort de grimper la côte pour parvenir à l’entrée du hall d’accueil.

Chantal prit un ticket d’ordre d’arrivée, et nous attendîmes très peu de temps avant d’être reçu. La femme chargée d’enregistrer ma présence sourit. J’eus l’impression d’avoir déjà eu à faire à elle, et je lui en fis la remarque. Elle aussi nous avait  reconnu, le hasard ayant voulu que nous nous présentions pour la troisième fois en huit jours à son guichet.  

Le service consultations du second étage foisonnait de monde, nous étions à l’heure mais comme souvent le docteur R accusait un retard important. Nous nous installâmes donc dans la salle d’attente munis de nos précieux passe-temps, livre et mots fléchés.

Lorsque nous nous assîmes à notre tour à proximité du cabinet du médecin, j’aperçus de suite que la vallée du Lison n’avait toujours pas regagné sa place. Le crochet restait sans son cadre sur un mur désespérément blanc, il avait également disparu du bureau de N ce qui me laissait penser que sa restauration ne se ferait pas.



La Moldau de Bedrich Smetana

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Cette fois j’en étais sûr, mon tour était enfin arrivé, je me préparai donc à entendre prononcer mon nom incessamment sous peu.

J’avais rempli contentieusement le questionnaire que l’on m’avait envoyé avec le courrier de la convocation. Je tenais fermement entre mes mains ce même questionnaire, ma feuille de résultat de prise de sang, ainsi que la boîte contenant mon produit de contraste.

« Monsieur Gautier ? »

Une jeune femme souriante m’invita à m’installer dans la cabine, elle s’empara de mes encombrantes affaires, me conseilla pour plus de confort de me déshabiller un maximum, et enfin me quitta un bref instant, me laissant le temps de quitter mes vêtements et d’enfiler ma blouse d’examen, avant de me poser un cathéter.

Elle revint toujours avec le même sourire rassurant pour maltraiter bien involontairement mes veines, puis me tendit un plateau pour que j’y pose mes prothèses auditives.

« A partir de cet instant, il va falloir hausser le ton, sinon vous n’obtiendrez pas grand-chose de moi ! »

« Je suis habitué monsieur, je vais m’adapter ! »

Quelque minutes plus tard elle m’introduisit dans l’antre du loup, et m’aida à m’allonger sur la bête. Un de ses collègues arriva à sa rescousse pour l’aider à me fixer efficacement sur la table d’examen de manière à ce que je ne puisse pas bouger, puis il me plaça la tête dans une cage antenne capable de capter les signaux émis par l’organisme, afin de les transformer en images exploitables.

« Quelles musique préférez-vous monsieur ? »

« Principalement la musique classique, mais je suis capable de tout entendre à l’exception du RAP. »

Elle me posa délicatement le casque d’écoute sur les oreilles, puis m’introduisit dans la main droite la poire à actionner en cas d’urgence.

Le personnel médical ayant quitté la salle, j’eus la fausse impression d’être livré à moi-même. La table sur laquelle j’étais solidement rivé se mit à bouger, et je fus engagé en quelques secondes dans le tunnel.   

Instantanément une vague de chaleur incommodante me submergea, j’eus un bref instant de panique, puis je me mis à souffler pour contrôler mon état d’esprit.

Dans un premier temps la machine demeura silencieuse, puis elle commença à émettre des bruits métalliques, tels ceux d’un marteau piqueur, bruits qui couvraient même parfois le son musical diffusé par mon casque d’écoute. Je n’étais pas étonné d’entendre ce ‘’curieux bruitage‘’, car j’en étais à mon 4ème IRM et je connaissais parfaitement la sensation que l’on peut éprouver lorsque l’on est placé dans ces conditions. Mieux j’étais plutôt rassuré de l’entendre, alors que j’exécrais les moments où la machine restait silencieuse.

La Moldau de Bedrich Smetana berçait mes pensées, je connaissais ce morceau de musique par cœur, et je fredonnais dans ma tête les notes en même temps que l’orchestre jouait sa partition. Ceci avait pour avantage de me faire passer le temps sans perdre patience.     

« Je vais vous injecter le produit de contraste monsieur ! Il restera dix minutes avant d’en finir avec cet examen. »

« Dix minutes ? »

« Oui ! »

J’avais tenu les dix premières minutes sans trouver le temps trop long, il fallait que je cherche le moyen d’en faire autant durant cette seconde partie d’examen.

« Dix minutes cela fait six cent secondes, et si je me mettais à compter jusqu’à six cent ! »

L’idée qui venait de me germer dans l’esprit ne tarda pas à passer à la trappe, j’eus la flemme de compter au-delà des cent cinquante. 

J’en revins aussitôt à mes ‘’premières amours’’, écouter et me concentrer sur ce que j’entendais dans mon casque. Cette fois c’était la voix d’une cantatrice interprétant un extrait d’opéra qui était susceptible d’attirer mon attention. Je ne connaissais ni cette chanteuse, ni l’air qu’elle était en train d’interpréter, mais je passais un excellent moment. Je n’eus même pas le plaisir d’entendre la fin du morceau, je sentis ma table bouger, et mes yeux retrouvèrent subitement la lumière des néons.

« Vous allez bien monsieur ? »

« Ma fois oui ! J’ai bien fait de vous écouter en me débarrassant de me polo et de mon t-shirt, car la sensation de chaleur est parfois assez désagréable à supporter. J’avais l’impression que cette chaleur était accentuée lorsque j’entendais les vibrations de la machine ? »

« Oui c’est tout à fait normal »

Elle me délivra ensuite des accessoires qui entravaient mes mouvements, puis m’aida à me redresser, avant de m’accompagner jusqu’à la salle de préparation.

Elle me laissa un certain laps de temps pour que ma perfusion finisse de me laver les veines, puis elle vint me débarrasser de mon cathéter avant de me saluer, pour disparaître définitivement.



Le chemin parfois boueux de la vie

 

le chemin de la vie

Le chemin de la vie est parfois boueux, un jour le vent tournera direction: meilleur!
Alors accrochons-nous ! La chance de vivre, c’est d’abord la chance d’avoir existé, même pour un temps très court. Un concept tout simple qui rend le film si cher, et qui nous apprend que la mort n’est rien, que la vie est tout. Restez tous tels que vous êtes, généreux, sympathiques, et aussi avec tous vos défauts pour que nos échanges verbaux restent riches de tout ce que nous sommes. Continuons à nous préoccuper des uns et des autres, et peut être servirons nous d’exemple à d’autres pour que demain soit plus beau.
Aimer, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C’est avancer en funambule au-dessus de précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur, tu vas y arriver.

Philippe Besson.

Un corps qui n’en peut plus, mais c’est quand on a un genou à terre et que nos bras et notre cœur sont las de combattre qu’il faut puiser, au fond de notre âme, cette force pour se relever. Le souvenir des visages aimées, les sourires reçus et, même si le combat semble insurmontable rien n’est impossible. Je vous offre mon sourire et mes forces pour combattre et gagner ce combat et qu’importe le temps, vous ne ne serez jamais seules dans cette bataille.
L’amitié est la plus belle faveur, Que peut nous apporter notre existence. C’est une grande douceur dans ce monde de douleurs. Quand tout va mal, que tout est contre vous et que vous pensez ne pas pouvoir vous accrocher une minute de plus à la vie, ne renoncez jamais car c’est peut-être le moment et l’endroit où le vent va tourner.

Harriet Stowe

Merci à Butterfly 191 de m’avoir offert ce moment de méditation



Une longue attente

atta

En quittant notre domicile aux alentours de 13h15, pour un rendez-vous fixé 75 minutes plus tard, nous étions persuadés de rentrer à l’heure de la collation, au lieu de cela nous revînmes très peu de temps avant celle du diner.

Le contre temps que nous avions subi, m’avait mis dans un tel état de stress que j’avais épuisé toute mon énergie, pour tenter de le combattre. A présent je n’étais qu’une loque avec un seul désir, celui de rejoindre mon lit pour y trouver enfin le repos.

J’étais nauséeux, et mes intestins n’étaient pas loin eux non plus de reprendre les armes, les deux litres de sulfate de Baryum  que j’avais avalé pour moitié la veille de mon scanner, et pour l’autre moitié ce jour d’examen, n’arrangeaient rien à l’affaire, poutant mon état de fatigue l’emporta sur le reste, aussi je m’endormis plus rapidement qu’à l’accoutumé.

Au petit matin toutes les vilaines épreuves de la veille étaient effacées, pourtant dès le début d’après-midi nous dûmes reprendre le même chemin pour retrouver cette fois le service IRM, où mon dernier examen datait du 13 mai 2014, examen au terme duquel j’avais appris une bien triste nouvelle, celle de la présence d’une tumeur osseuse au niveau de mes cervicales.

Cette nouvelle IRM prescrite par le docteur R avait pour but de vérifier si les cinq séances de rayons subites entre le 16 et 21 mai 2014 avaient bien eut l’effet curatif escompté, car l’œdème tenace qui me déformait le cou l’intriguait au plus haut point. Il cherchait une explication, et j’espérais bien que cette explication ne soit pas la résurgence de la maladie. 

Quoiqu’un vent tenace exigeât de maintenir fermement le volant, le ciel était plus bleu que la veille, et la nationale 249 légèrement plus encombrée. Nous arrivâmes au CAC de l’espoir largement dans les temps, nous dûmes cependant nous résoudre à stationner bien loin de l’entrée principale du bâtiment. 

Les démarches administratives accomplies, nous rejoignîmes l’ascenseur pour atteindre le second étage. Traditionnellement le service IRM était moins peuplé que celui du scanner, car cette examen durait pas moins de 20 minutes, l’équipe médicale ne pouvait donc pas convoquer trop de malades dans la même journée. Dans ce contexte nous nous retrouvâmes en présence d’une femme apparemment non accompagnée, et d’un couple de personnes âgées.

Le voyant rouge des deux cabines indiquait qu’elles étaient occupées, il fallait s’asseoir et attendre comme nous étions condamnés à le faire bien plus qu’à notre tour, et depuis déjà bien trop longtemps.

La dame visiblement stressée n’en finissait pas de regarder dans ma direction, elle cherchait peut-être à travers moi le moyen de rompre sa solitude, ou peut-être attendait-elle un sourire de réconfort, que je lui accordai bien volontiers.     

J’entrepris comme la veille de feuilleter sans grand intérêt un magazine périmé et mainte fois manipulé par d’autres patients, nous avions dépassé l’heure de rendez-vous, mais mes nerfs ne semblaient pas en être affectés.  

Mon attention fut soudain attirée par le cliquetis d’une serrure qui s’ouvrait. Une jeune fille apparut dans l’encadrement de la porte et alla rejoindre celle que j’avais prise pour une patiente. Le visage déconfit de l’adolescente trahissait une forte angoisse, tandis que sa mère cachait la sienne en lui adressant de larges sourires et en lui chuchotant quelques petites phrases réconfortantes à l’oreille.   

La manipulatrice en radiologie pénétra dans la salle d’attente et appela la vieille dame qui abandonna son mari l’espace d’un moment, le laissant dans un état d’esprit que je n’avais pas beaucoup de peine à imaginer.

Cette fois le service accusait pas mal de retard, je sentais la tension monter en moi, tension qui agissait d’ailleurs sur ma vessie puisque je devais emprunter les toilettes à espaces réguliers.

Le CAC de l’espoir avait pour politique de ne pas révéler les résultats aux patients, seuls les médecins qui avaient prescrit l’examen était habilité à le faire. La mère et la fille avaient obtenu une dérogation car elles attendirent d’être reçues par le radiologue avant de quitter les lieux. Apparemment l’adolescente n’avait pas matière à s’inquiéter, car ce fut la mine épanouie qu’elles sortirent du cabinet, ne manquant pas d’envoyer des SMS à leurs parents et amis, avant de disparaître tout à fait. 

Nous n’étions plus que trois dans la salle d’attente, et je m’étonnai que personne ne soit arrivé après moi. J’en étais là de ma réflexion lorsque le cliquetis de la serrure me ramena sur le terrain. Un homme grand et baraqué sorti énergiquement de la cabine, emprunta les toilettes, et nous quitta à la vitesse d’un éclair, sans nous adresser le moindre sourire, ni même le moindre mot.  



Ma vie de tous les jours

trésor

Le produit de contraste m’avait chauffé l’organisme plus que de coutume mais à présent je me sentais beaucoup mieux.  

« Est-ce que pour vous l’examen c’est bien passé monsieur Gautier? De mon côté je n’ai pas eu de problèmes ! »

Je répondis par l’affirmative, puis l’aimable jeune homme m’aida à me redresser de la table, avant de m’accompagner à la cabine. Il m’abandonna le temps que la perfusion fasse son travail, c’est-à-dire celui de me laver les veines, il revint ensuite ôter mon cathéter avant de me coller un pansement.

Toujours soucieux du bien-être de ses patients le manipulateur n’oubliait aucune miette de ce qu’il devait me dire, conformément à sa formation.

« N’oubliez pas de boire abondamment pour éliminer le produit ! »

Je lui répondis une fois encore par l’affirmative.

Je savais que je n’aurais pas les résultats du scanner avant mon rendez-vous chez l’oncologue  le mardi de la semaine suivante, mais je savais aussi qu’il allait m’inviter à patienter au côté des autres malades, afin que le médecin puisse vérifier la netteté des clichés.  

Je n’avais pas de bons souvenirs du précédent examen effectué en ce lieu. L’attente avait été très longue, et j’avais eu beaucoup de mal à contrôler mes réactions épidermiques. Pour ne pas faire subir mon anxiété à mon entourage, j’avais dû arpenter plusieurs fois en long et large les couloirs du service, avant d’entendre avec soulagement la phrase libératrice.

« Mon Gautier ? Vous pouvez partir ! »

Cette fois je me promettais de ne pas me laisser dicter par mes sentiments. Je prévoyais un bon quart d’heure de patience avant que l’une des portes ne s’ouvre et qu’apparaisse une silhouette blanche  venant  me donner le top de départ. Pour tuer le temps, j’entrepris donc de faire un peu de gymnastique d’esprit.

Remplir une grille de mots fléchés avait complètement accaparé mes pensées, mais à présent j’avais besoin de fermer les yeux pour juguler une indicible forme de lassitude. Je tentai par tous les moyens de ne penser à rien, pour faire barrière aux ondes négatives, vectrices d’instabilités émotionnelles. L’exercice était difficile, et je n’ignorais pas que ma résistance ne s’installerait pas dans la durée. Lorsque je me sentis faiblir, je m’efforçai de réagir en feuilletant une de ces revues on ne peut plus froissées, mise à la disposition du public.

Il y avait désormais bien plus d’un quart d’heure que j’étais sorti de la salle de préparation, et nous étions comme Anne, nous ne voyions rien venir.   

Cette fois je me sentais petit à petit débordé par l’anxiété, sans n’avoir aucune possibilité de stopper le processus en marche.  

La souffrance psychologique était aussi douloureuse, que les serres d’un rapace vous déchirant la chair, il fallait que je réagisse, aussi je pris la solution de sortir arpenter le couloir dans l’espoir de soulager ‘’ma peine’’.   

Si le médecin tardait tant à me laisser partir c’était sans doute qu’il avait trouvé quelque chose d’anormale, les idées noires me traversaient la tête à la vitesse du vent. Mon raisonnement était incohérent et sans fondement, mais compte-tenu de mon état de frayeur, je ne pouvais pas en être conscient.

Si l’attente était insupportable pour moi, Chantal commençait de son côté à manifester quelques signes d’impatience, il y avait à présent plus d’une demi-heure que j’étais sorti de la cabine de préparation et rien ne se passait, il fallait impérativement réagir.

Elle profita d’une nouvelle apparition du manipulateur en radiologie pour lui faire remarquer que nous étions toujours là. Il devait en parler au médecin, et allait nous tenir au courant.

Il fallut moins de cinq minutes pour qu’une jeune femme vienne nous donner l’autorisation de quitter les lieux, nous en conclûmes que nous avions tout simplement été oubliés, ce qui contribua à ma rassurer quelque-peu.

Pour l’heure j’étais plutôt pressé de m’engouffrer dans la voiture afin de quitter au plus vite le CAC de l’espoir, je voulais revenir à ma vie de tous les jours celle que l’on peut parfois trouver banale lorsque l’on est en bonne santé, mais qui vaut tout l’or du monde lorsque la faucheuse vous menace à chaque tournant de rue.

A l’heure où nous partions, les bouchons sur le périphérique nantais n’allaient sûrement pas manquer de retarder notre route, nous avions plus que l’habitude de ce genre d’inconvénient, aussi allions-nous devoir encore une fois prendre notre mal en patience.  



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