Un bref moment d’exception

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Beaucoup de personnes minimisent la puissance incommensurable du mental sur la santé, pourtant nous savons bien selon l’expression populaire, qu’un moral en berne entraine des conséquences désastreuses sur le corps, ayant parfois pour conséquence le décès  prématuré de la personne.

Je suis bien placé pour affirmer la chose car  tous les jours je fais l’expérience de cet état de fait, ce qui représente une lutte acharnée pour faire barrière aux ondes négatives synonyme du basculement de l’état d’esprit vers une pente dangereuse, laquelle le cas échéant serait difficilement surmontable.

Avoir le moral ne guérit pas certes, mais apaise les souffrances, aide à accepter notre destin, et nous permet de maîtriser nos pensées, afin de les concentrer sur autres choses que sur la maladie.   

Je pensais en connaître un large rayon en ce domaine, mais un projet récemment réalisé vient de me prouver le contraire. 

Il y a exactement 7 ans que nous n’avions pas pris avec Chantal de vacances significatives, quelques hospitalisations, de nouveaux traitements et de nombreux examens étaient passés par là pour nous piéger comme des rats,  un épisode de mon parcours médical qui s’avérait particulièrement long, et sans un seul moment de répit.

Il est facile de comprendre dans ces conditions à quel point nous étions frustrés par cette tenace injustice. Nous vivions donc par procuration, souriant en écoutant les autres nous raconter leurs récits divers, et nous devions nous en satisfaire, tout en refoulant nos envies au plus profond de nous-même.  

Dans l’existence il faut dans la mesure du possible tenter de ne pas abandonner tout espoir, vivre au jour le jour est le seul moyen de ménager notre patience, et ce que nous considérions comme inatteignables peut le devenir,  comme un cadeau tombé du ciel.

La rareté des évènements fait leur extrême valeur, c’est donc dans ce contexte que notre voyage à Londres prévu de longue date put enfin voir le jour.

Certes je n’avais pas à me soucier de grand-chose, l’intendance ayant été idéalement assurée par ma famille, il ne me restait qu’une mission, celle de préserver ma forme aussi fragile soit-elle, pour que le séjour ne soit pas un fiasco.  Pourtant les semaines qui précédèrent le jour j ne furent pas des plus tranquilles. Comme je les déjà dis, je n’avais de cesse de cultiver ma force mentale pour être le mieux armé possible face aux agressions. Je connaissais mes faiblesses, j’étais un colosse au pied d’argile. Je maitrisais mes douleurs depuis longtemps déjà, et il n’y avait aucune raison pour que cela ne change, et de ce côté-là j’étais rassuré. Ce que je redoutais davantage c’était les malaises que je subissais brutalement et à tout bout de champ, chez moi, dans la rue, chez des amis. A l’apparition des symptômes je ne paniquais pas car je me trouvais dans un environnement familier.  Lorsque le pic de la crise était passé je demeurais dans un état d’épuisement incompatible avec l’exercice physique. Mes ennuis intestinaux liés avec la prise massive de médicaments n’étaient pas non plus le moindre des problèmes à surmonter. Ma crainte suprême était que l’un de ces éléments fasse obstacle à un séjour réussi, aussi la nuit avant le départ fut encore plus agitée que d’habitude.

Lorsque l’heure de se lever fut sonnée, je sentis comme une sorte de chaine se briser en moi, libérant par la même toutes mes appréhensions, je fis immédiatement confiance au destin, sans me torturer davantage l’esprit.

Lorsque quelques temps plus tôt j’avais voulu faire part de mon immense enthousiasme à une relation, cette même personne avait mis un frein immédiat à mon ardeur joyeuse en me répondant qu’elle avait déjà fait le voyage plusieurs fois , comme pour me signifier qu’il n’y avait vraiment pas de quoi se comporter comme un gamin le matin de Noël.   

Cette réaction m’avait autant surpris que vexé, mais avec du recul j’étais content d’être à ma place plutôt qu’à la sienne. Je me sentais en effet encore capable de m’extasier pour des faits aussi courants soient-ils, à l’inverse de ces gens beaucoup trop gâtés à mon gout, qui eux sont blasés de tout, demeurant par la même dans une insatisfaction permanente.       

Lorsque je montai dans le train, une autre sensation vînt me parcourir l’esprit, le tableau noir sur lequel était inscrit à la craie tous nos projets avortés, toutes nos souffrances, toutes nos humiliations, tous nos ressentiments, nos privations en tous genres, bref toutes ces choses qui nous paraissaient tellement imméritées s’effacèrent d’un coup.

Du début jusqu’à la fin du séjour, je fus comme une sorte d’ermite qui  découvrais ou redécouvrais le monde, ce qui par conséquent  dans mon esprit, ne laissait de la place à personne d’autre qu’à ces instants privilégiés de la vie.

La maladie n’existait plus, la fragilité de mes membres inférieurs au réveil, le manque d’équilibre et parfois même les étourdissements, ma faiblesse chronique et mes essoufflements tout aussi récurrents, rien de tout ça ne transparaissait.

Pourtant tous ces symptômes étaient bien réels, mais mon esprit stimulé en permanence, était capable de laisser tous mes vilains maux planqués au fond d’un tiroir, puisant pour cela dans des coins inexplorés de mon cerveau une énergie nettement supérieure à celle que je connaissais jusqu’alors. Certes le soir quand je rentrais à l’appartement après une longue journée de marche et de piétinement, mon corps n’en pouvait plus, mais la fatigue que je ressentais était saine. Il (mon corps)  se manifestait fermement à l’encontre des efforts physiques réalisés durant la journée, et il y avait belle lurette que je n’avais pas senti cette perception bien différente de mes lassitudes habituelles.     

Les pires moments nous donnent l’impression de durer longtemps, à l’inverse les bons moments passent bien trop vite. Je revins donc mes bagages remplis de souvenirs et de nostalgie, pas pressé de plonger de nouveau dans l’univers de la maladie.

A peine rentré, je devais songer à mes prochains rendez-vous ORL, scanner, et bien d’autres choses encore, le charme qui avait opéré ces quelques jours s’évapora spontanément, et cette énergie supplémentaire apparut comme un coup de baguette magique, disparut comme si elle n’avait été qu’un mirage.



Le livre des maux

 

le livre

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir ; mais les maux présents triomphent d’elle.

 Inconnu

 On ne chérit jamais autant sa chance que lorsque l’on écoute le récit des malheurs d’autrui.

 Inconnu

 On parle sans cesse du partage des biens, il n’est jamais question du partage des maux ! Ce sont pourtant ces derniers, les maux que le destin a réparti le plus inégalement.

 Inconnu

Mes lecteurs assidus peuvent éprouver parfois de la lassitude à parcourir les chapitres successifs de mon récit. Au fil du temps ils doivent en effet avoir l’impression de relire les mêmes choses. Ils ont cet avantage d’être en mesure de laisser ‘’le livre’’ de côté pour un certain temps, ou de l’abandonner tout à fait, mais ils ont aussi le choix de m’accompagner sans relâche, afin de mieux comprendre à travers les mots, nos servitudes de malade et d’accompagnant.

En ce qui me concerne l’exercice n’est pas aussi simple qu’eux, je suis pris dans une souricière d’où il est impossible de m’échapper. Examens et rendez-vous successifs  me rappellent à chaque instant, que le mot santé est à rayer définitivement de mon dictionnaire.      

C’est dans ce contexte donc, que la page de mon escapade à Nantes à peine tournée, il fallait songer à revoir sans gaité de cœur cet ORL qui nous avait glacé le sang dès notre première visite.

Comme beaucoup d’autres voyages à caractères médicaux, c’était la énième fois que nous nous rendions au centre hospitalier choletais, nous connaissons le fonctionnement du service administratif aussi nous ne partîmes pas trop tard pour respecter l’horaire qui nous avait été donnée par la secrétaire du médecin.  

Nous savions par expérience que nous allions devoir attendre longuement notre tour, mais cette fois c’était pire que d’habitude, la salle d’attente était tellement pleine que nous dûmes nous ‘’réfugier’’ dans le couloir pour y trouver une place assise.  

J’avais abandonné dès le premier soir le traitement suggéré par l’ORL. Me mettre dans les oreilles des gouttes d’eau oxygénée occasionnait des brulures trop douloureuses à mon gout, je cherchais donc dans ma tête la bonne manière d’aborder le sujet durant la consultation. Je n’étais pas comme un gamin qui s’inquiétait d’avouer une désobéissance à un adulte, mais il faut bien le dire je ne me sentais pas non plus  complètement à l’aise, compte-tenu du caractère peu avenant de l’individu.

Une assistante médicale nous invita au bout d’une dizaine de minutes à rejoindre la salle d’attente légèrement désemplie. Je préférais largement les allées et venues du couloir, plutôt que de subir le silence pesant de ces lieux synonymes d’ennui et d’impatience.

Les aiguilles n’arrêtent jamais de tourner, arriva donc le moment proche de la délivrance, car j’avais hâte de rentrer chez moi.

La magie n’avait pas opéré, le docteur J restait le même, droit, stoïque, sans sourire, et avare de mots, une pierre tombale en comparaison de lui me semblait plus sympathique. J’eus droit au même ‘’cérémonial ‘’ que lors de mon rendez-vous précédent. Ainsi donc me donna-t-il  une série d’ordre à appliquer, et en moins de temps qu’il faut pour le dire, je me retrouvai assis dans le fauteuil d’examen privé de mes appareils auditifs, autrement dit projeté dans un autre monde.    

Avant de plonger dans le silence j’eus le temps de lui parler de mes soucis à supporter l’eau oxygénée, il n’eut pas l’air surpris de cet état de fait, et me confirma que j’avais bien fait d’abandonner le traitement. Du coup je ne comprenais plus la raison pour laquelle il m’avait prescrit cette politique de soins s’il n’était pas dès le départ convaincu lui-même du résultat. 

Il m’introduisit son otoscope dans l’une de mes oreilles, puis dans l’autre, ce qui m’éloigna immédiatement de mon sujet de préoccupation.  

Il constata comme à toutes mes consultations que la situation ne s’était pas améliorée, et procéda à une aspiration des impuretés, m’invita ensuite à reprendre mes appareils avant que je le rejoigne à son bureau. Il prit cette fois le temps de lire convenablement mon dossier, et me demanda crument où j’en étais rendu dans ma lutte contre le cancer. Je lui répondis aussi directement car il y belle lurette que je ne m’offusquais plus lorsque le milieu médical manquait de délicatesse à mon égard.

Finalement il me réitéra que je n’avais pas grand-chose à espérer, il fallait simplement veiller aux infections, il me prescrivit des gouttes d’Ofloxacine pour que je ne tombe pas en rupture de stock, puis nous proposa de nous revoir dans les six mois. 



TIVO-3 ou le nouveau voyage

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Même si mes contractures musculaires étaient encore bien présentes, les bienfaits de ces massages réguliers rendaient les douleurs moins invalidantes, et  m’aidaient à trouver le bon positionnement dans mon lit, ce qui par conséquent facilitait à priori mon ensommeillement.  

A la question de mes fourmillements affectant aussi bien mon oreille que ma  joue gauche, la kinésithérapeute imputait la responsabilité de mon état aux rayons gamma qui avaient partiellement détruits mes terminaisons nerveuses à cet endroit.   

A la question de l’affaissement progressif de mon épaule gauche, je savais à présent qu’il existait plusieurs explications, une mauvaise posture, un affaiblissement des muscles, une structure inappropriée de la colonne vertébrale. Je devais la présence de tous ces facteurs de risques aux innombrables opérations, et traitements qui avaient fragilisés au fil du temps mon corps à présent bien éprouvé.  

Ainsi donc à moins de subir des séances de massages à longueur de journées, mon soulagement ne pouvait être que temporaire, je n’avais pas d’autres choix que de l’accepter.

Après une visite éclair chez l’ophtalmologiste qui m’avait diagnostiqué un début de cataracte et une légère baisse de ma vision, je devais songer à présent à prendre le chemin de l’agglomération nantaise pour un rendez-vous intermédiaire entre deux scanners.   

L’horaire de départ étant primordiale, nous savions qu’avec une convocation aussi matinale, nous allions devoir affronter une nouvelle fois le pic du trafic routier nantais d’un matin ordinaire.

La réalité était pire que celle que nous avions pu imaginer, le premier ralentissement eut lieu à hauteur de la bretelle de sortie de Basse-Goulaine, il restait donc pas mal de chemin à faire avant d’attendre la porte des vignobles. 

En devançant les difficultés nous étions partis suffisamment tôt pour ne pas nous faire attendre au centre médical, nous étions donc très légèrement en avance lorsque nous franchîmes les portes d’entrée du grand hall.  

Après avoir signalé administrativement notre arrivée, nous empruntâmes l’ascenseur puis le long couloir qui nous menait aux consultations.

N était absente, la secrétaire suppléante nous invita à patienter dans la salle d’attente. J’avais les yeux rivés sur le large écran plat accroché au mur, sur lequel un petit film en boucle vantait les mérites du CAC de l’espoir, lorsque le docteur R vint nous chercher en personne. Il nous accueillit avec sa jovialité coutumière, puis nous invita à nous rendre à son bureau.

Notre entretien débutait toujours par la même question : « Comment allez-vous depuis notre dernière rencontre ? »  

Je n’avais franchement pas grand-chose à lui signaler, mais plutôt que de le laisser sans réponse, je choisis de m’adresser à lui sur un ton humoristique.

« Si on fait exception de mes 63 ans, de mes cheveux blancs, de mes douze années de lutte contre le cancer, de mes neuf opérations, de mes différents traitements, de mes douleurs, de mes diarrhées, de ma fatigue récurrente, de mes ennuis cardiaques, de mon hypertension, de ma thyroïdite d’Hashimoto, de mes problèmes d’audition, tout va pour le mieux ! »

Il s’apprêtait à répliquer joyeusement lorsque le téléphone sonna, ce qui interrompit notre conversation.

Lorsqu’il eut raccroché son combiné, son regard se porta de nouveau vers moi, mais il était trop tard, ma petite plaisanterie avais fait pschitt ! Je me contentai donc de lui signaler que j’étais en bonne forme, sans plus de détails.

Il est vrai que ces déplacements entre deux examens pouvaient paraître inutiles, alors que je n’avais rien de nouveau à lui mentionner, mais le protocole exigeait cette rencontre, le patricien ne pouvant se contenter malgré ma bonne foi, d’un simple coup de fil pour renouveler un traitement autant agressif et dangereux que couteux. Ma prise de sang étant relativement acceptable, j’eus donc le feu vert pour poursuivre ma chimiothérapie durant les deux mois à venir.

Je ne voulais pas le quitter sans lui parler de l’appel à la candidature qui avait été lancé sur un réseau social concernant l’essai d’une nouvelle molécule susceptible de soigner les cancers du rein. 

Le TIVO-3 semblait donc tenir toutes ses promesses, mais il s’agissait désormais de l’expérimenter sur des ‘’cobayes’’ humains et je souhaitais savoir si l’oncologue en avait été informé compte-tenu du fait que je me méfiais des annonces formulées de cette manière. 

J’appris donc que ce traitement était bien à l’état d’expérimentation mais qu’il était apparenté au Néxavar, molécule ayant atteint ses limites d’efficacité en ce qui me concerne.

Je me souvins de ce 5 aout 2005 où nous avions franchi pour la première fois les portes de CAC de l’espoir envoyé en tout désespoir de cause, par l’oncologue de notre centre hospitalier.

J’ignorais encore si j’allais faire partie des dix personnes sélectionnées pour participer à l’étude, mais c’était à l’époque ma seule chance de survie. J’avais été contraint de répondre à un questionnaire comportant une dizaine de pages et portant sur des sujets autant surprenants que variés. Il fallut ensuite attendre sept longs jours pour connaître les résultats déterminés par un ordinateur, et j’avais eu la chance d’être parmi les dix retenus pour tester cet angiogénique (Un traitement anti-angiogenèse combat la croissance tumorale en empêchant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins nourriciers).

Sans ce traitement qui n’avait rien de miraculeux mais qui prolongeait plus que sensiblement la vie des malades, je ne serais plus là pour écrire ce témoignage.

Nous quittâmes les lieux, munis des prescriptions habituelles heureux de pouvoir tourner encore une fois le dos à cet environnement de toutes les angoisses.  



Le poids des années

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Le poids des années, nos multiples opérations, nos multiples traitements, nos multiples zones de turbulences, tous ces facteurs s’associent donc pleinement pour  nous élimer jusqu’à la corde, en  nous affublant petit à petit de handicaps plus ou moins difficiles à assumer.

Les cancéreux qui s’en sortent sans une seule égratignure se comptent certainement sur les doigts de la main, les autres doivent se contenter pour le mieux de rester en vie avec toutes les séquelles que le parcours chaotique de la maladie leur aura laissées en héritage.

Avant d’accepter cet état de fait, nous avons bien du travail à faire sur nous même, à commencer par combattre la honte qui nous submerge à chaque fois que notre comportement physique ne correspond pas aux normes en vigueur.

Notre hantise suprême c’est le regard des autres, la société qui se veut parfaite nous intimide, nous  impressionne, nous désarçonne, nous dévalorise, rendant encore plus visibles nos tares que nous nous efforçons à dissimuler.

Notre peur c’est l’œil impitoyable de l’autre, celui qui à l’affût de la moindre défaillance ou du moindre défaut, nous jauge pour nous mettre ensuite à l’écart, dicté par un sentiment de gêne, plus que par volonté de nous nuire. « Mais ça nous l’ignorons encore ! »

Notre différence n’est pas facile à digérer, nos complexes nous tirent vers le bas, nous entrons dans un cercle vicieux qui nous donne le tournis et duquel nous ne savons pas comment nous allons pouvoir nous échapper.

Il faut pourtant réagir et vite, car le danger de désocialisation menace. Nous nous efforçons approximativement de donner une image de ce que nous voudrions bien pouvoir être, aux antipodes de ce que nous sommes devenus réellement. C’est indiscutablement une erreur de stratégie car cette situation s’avère rapidement intenable en pompant toute notre énergie. 

En premier lieu nous devons faire part de nos angoisses à notre famille, puis à nos amis, ils nous observeront alors avec un regard plus vigilent.

« En tout cas nous le croyons ! »

Malheureusement leurs inexpériences et leurs maladresses sont visibles, leurs craintes de nous blesser les transforment en papa ou maman poule, nous nous sentons alors rabaissés, plus que l’ombre de nous-même.

« Je ne suis plus capable de grand choses ! » C’est la première réflexion qui nous vient à l’esprit et qui nous blesse au plus profond de notre être.

La tentation de rentrer dans sa coquille est grande, s’excuser de ne pas entendre, de marcher lentement, de trembler des mains, d’avoir des problèmes d’intestins, d’être très vite épuisé, bref d’être emprisonné dans un corps de vieillard, ne résout rien, au contraire elle nous conforte dans notre sentiment de dévalorisation, et de notre perte d’estime de soi.  

Plutôt que de nous considérer comme le pauvre Quasimodo, essayons d’appréhender cet  environnement que nous croyons à tort, hostile et non rallié à notre cause.  Ayons l’objectif de modifier l’impact du regard des autres, et de faire preuve de tolérance envers leurs atermoiements. Certes nous ne parviendrons pas à nous persuader que nous sommes absolument capable de faire les choses sans nous préoccuper de nos voisins, mais nous pourrons malgré toute améliorer amplement la situation.

Pensons sincèrement que les gens nous veulent aux mieux du bien, aux pires qu’ils ne nous veulent pas de mal, nous nous épargnerons bien des angoisses inutiles.

De toute manière la bienveillance ou l’indifférence sont plus courantes que la malveillance ou la méchanceté.

Que les autres constatent les dégâts causés par la maladie n’est pas un problème en soi, vous n’êtes pas responsable de cet état de fait.

« Je suis comme je suis, tant pis si ma présence incommode! 

Nous montrer tel que nous sommes n’est pas un signe de faiblesse, et ne cédons pas à la tentation de penser que notre environnement va nous considérer comme tel. Nous sommes tombés malade, nous nous sommes battus pour vaincre la mort, nous nous en sortons un peu comme un champ truffé d’impact de bombes à la fin de la bataille, nos proches et nos relations ne pourront que saluer notre courage, car il en faut du courage pour affronter le crabe. 

Joël Gautier 15 mai 2017



L’aventure humaine

 

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Le cancer est une maladie difficile à cerner, bien des bévues sont commises par notre entourage, en raison de son ignorance en la matière.

La médecine, la pharmacologie, et la chirurgie, sont des secteurs ou bien des progrès ont été réalisés. Il n’en est pas de même en ce qui concerne l’approche psychologique des patients, ainsi que de l’appréhension des effets secondaires des traitements, tellement l’impact est différente d’une personne à l’autre.

Dans ce brouillard opaque le ‘’cancéreux débutant’’ que nous sommes, n’y trouve pas son compte, et pour cette raison certaines réactions peuvent être très paradoxales.  

Pas de plus énervant en effet que d’entendre à longueur de journée : « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! »  Lorsque tout le monde sait qu’il n’en sera rien. Pas de plus énervant que d’entendre : « Tu as bonne mine ! »  Comme si la gravité de l’affection était liée à un faciès de déterré vivant. Pas de plus énervant que d’entendre : « Finalement tu ne vas pas si mal que ça ! » Comme si nos souffrances et nos efforts pour les supporter n’étaient pas pris en compte.

Pourtant le silence des uns ou des autres nous agacent et nous inquiètent tout autant, car il nous donne l’impression que nos malheurs laissent les bien-portants indifférents, ou pire encore que ces mêmes bien-portants nous cachent quelques choses sur notre véritable état.

Il faut du temps au temps pour que nous passions du stade de l’intolérance à celui de l’indulgence, et lorsque le travail sur nous-mêmes est enfin accompli, nous sommes prêt à entendre tout et n’importe quoi.

Il faut en effet avoir une bonne dose d’humour noir pour prendre à la légère ce que certains sont capables de nous faire partager.

« Tu te souviens de monsieur untel ? »

« Oui ! »

« Eh bien il est mort d’un cancer la semaine dernière, et il a rudement souffert paraît-il ! »

Sans doute après de telles réflexions notre interlocuteur pense que le même sort nous attend, mais comme il se veut compatissant, n’ayant aucunement conscience de ses paroles il s’enfonce un peu plus dans la mélasse par de nouveaux propos.

« Oui mes toi ça n’a rien à voir, tu vas t’en sortir ! »

Il faut en effet une bonne dose de diplomatie pour écouter avec applications ceux qui tentent maladroitement de nous rassurer.

« Tu te souviens de monsieur untel ? »

« Oui ! »

« Eh bien il s’en est sorti haut la main, et il est à présent guéri ! »

Comme si un cancer est comparable à un autre, et de nous rajouter.

« Tu vois tu n’as pas besoin de t’en faire, tout ira bien ! »

« Ah oui et comment tu sais ça toi ? » Cette réflexion nous la pensons fortement, en nous abstenant de la dire à voix haute.

Nous n’échapperons pas non plus à cette autre réflexion maintes fois rabâchée, par les uns ou par les autres. 

« Aujourd’hui c’est toi, mais demain ce sera peut-être à mon tour ! »

Entre le fait d’être réellement atteint par la tumeur, et celui de pouvoir potentiellement subir le même sort, il y a gouffre que seuls les cancéreux sont capables de distinguer clairement. 

Ce que les autres ignorent c’est que leur prétention d’éprouver ce que nous ressentons n’est pas de l’empathie, car personne ne peut être à la place du malade. Ce que nous attendons d’eux c’est au contraire que l’on nous écoute sincèrement et attentivement afin d’apaiser nos angoisses, ce que nous voulons c’est la présence des autres leur gentillesse et leur compassion, pas des professeurs chargés de nous dicter une conduite qui ne sera surement pas adaptée à notre situation.  

Cependant à travers tous ces dérapages ou atermoiements, il existe la volonté de dialogue et d’échange, la maladie ouvre des portes à des aventures humaines qui n’auraient peut-être pas eu lieu sans elle. Au fil des mois chacun sera ce qu’il a dire ou à ne pas dire, et tout autant le malade que son entourage en tireront alors tous les bénéfices.

Joël Gautier 9 mai 2017



Introspection

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La trêve

« Dans la vie, il est bon de s’interroger ! De stopper la machine parfois pour se reposer, se ressourcer, se refaire une santé morale ou physique. Je m’adresse donc à tous les esclaves  du matérialisme et des faux semblants, arrêtez de courir après les illusions de la vie ! N’écoutez pas les sirènes au loin ! N’attendez pas qu’un évènement aussi douloureux soit-il ne se produise, pour vous en apercevoir. »

« Soyez plutôt ce capitaine de bateau qui prend un nouveau cap et navigue sur l’océan afin de découvrir  à la manière des grands explorateurs de nouvelles terres. Vous y ferez des rencontres, vous deviendrez riches de vos expériences, riches de tout ce que le monde peut vous offrir  de plus beau : l’immatériel. » 

« Des personnes connues, d’autres qui le sont moins traversent la vie mais ne se reposent jamais car ils ne trouvent pas l’endroit où se ressourcer. Proposez leur d’être leur guide, et si votre doctrine les captive peut-être aimeront ils voyager avec vous. C’est ainsi que vos échanges permettront de vous enrichir davantage, et votre expérience les encouragera à vous imiter, à réajuster ou à modifier leurs propres aspirations. »

 

Joël Gautier 1 mai 2017

 

Être humainement vivant

« Il y a deux jours importants dans votre vie. Le jour de votre naissance et le jour où vous savez pourquoi vous êtes nés » (Mark Twain).

Trouver un sens à sa vie est bien plus puissant que de devenir riche, la différence entre nanti et condition modeste est que l’abondance tue le plaisir, la rareté au contraire le conduit à son paroxysme.

Comme dit une chanson fort connue « On m’a trop donné bien avant l’envie »

Nager dans l’opulence c’est n’avoir aucun sens de la réalité, ignorer les privations, adopter un comportement égoïste, c’est aussi la plupart du temps de ne pas se rendre compte de sa position sociale souvent au sommet des privilèges mais paradoxalement être frustré.  

« La  différence entre une vie extraordinaire et une vie ordinaire ce sont les plaisirs extraordinaires que l’on trouve dans les choses ordinaires. » (Véronique Vienne).

Le toujours plus engendre le toujours plus, persuadé que leur bonheur ne pas être autres choses que leur ‘’magot planqué sous le matelas’’, les bien lotis ne se posent pas de questions sur les vraies valeurs de ce monde, ils n’ont qu’un seul maître l’argent, ce poison qui enferme leur cerveau en le privant de clarté.  

Le bonheur c’est comme un trésor caché, il elle là tout près sous nos yeux, mais il faut être perspicace et déceler la voie qu’il faudra emprunter pour le trouver.

Une personne en bonne santé est comparable au passager d’un train roulant à vivre allure, s’il regarde par la fenêtre il ne voit qu’une image éphémère et floutée du paysage.

La même personne atteinte d’une pathologie gravissime sera le passager d’un tortillard lui offrant le plaisir d’admirer distinctement les merveilles de la nature. 

Rien n’est statique dans cet univers, la science progresse, l’homme va de découverte en découverte pour de bonnes ou de mauvaises raisons, il nait, il grandit, il vieillit, il meurt. Ses centres d’intérêts changent en même temps qu’il avance dans l’existence, mais la révélation soudaine de sa maladie sera un bouleversement émotionnel duquel résultera son aptitude à recomposer inévitablement sa vie. De la chrysalide hideuse dans laquelle le cancer l’aura enfermé, naitra peut-être un joli papillon coloré.   

Noyés de travail, occupés à entretenir des relations mondaines toujours hypocrites et généralement superficielles, dévorés par leurs préoccupations et leurs responsabilités familiales ou professionnels, les matérialistes n’ont pas le temps de se poser, ils n’ont pas conscience d’être emprisonnés dans un système sans âme.

Spleen, burn-out, pertes des repères, tous les ratés de l’existence qui peuvent poser questions, permettent à quelques-uns néanmoins d’entrevoir parfois un rai de lumière, mais comment se détacher d’un mode de vie qui a rayé le mot pénurie de son dictionnaire ! On ne se défait pas facilement de ses habitudes. La peur de se remettre en cause, celle de perdre son aisance matérielle, et donc son train de vie dispendieux, les amènent à pratiquer la politique de l’autruche, jusqu’à ce que le cancer (mais pas seulement lui) ne vienne définitivement enrayer la machine plus ou moins bien huilée, l’essentiel n’étant plus de bien vivre, mais de vivre autrement, se défaire de cette zone de confort qui n’était pourtant que le mirage du bonheur, une résolution inenvisageable avant de drame.

Avoir l’impression parfois d’avoir vécu pour rien, d’avoir passé son temps à courir après tout seront des réactions probables.

Toutes les erreurs qu’ils ont pu commettre sont autant plus de temps perdu que les aiguilles infatigables de l’horloge ne leur permettront pas de rattraper.

Un challenge d’envergure s’offre à eux, combattre le mal absolu en identifiant les difficultés, chercher la bonne méthode qui les sortira de l’ornière dans laquelle ils sont embourbés, faire table rase du passé, ne pas culpabilisé d’être resté aveugle trop longtemps (ce qui est fait est fait !), et se promettre d’emprunter un nouveau chemin si la maladie ne leur barre pas définitivement le chemin.  

Se sentir heureux et vivant n’est pas un effet du hasard, le bonheur ne s’achète pas, il peut donc à tout instant nous filer entre les doigts. Il faut en être conscient, saisir les opportunités comme elles arrivent et vivre pleinement ces petits et grands moments qui nous donnent de la joie, au lieu de passer à côté sans même s’en apercevoir. Une théorie de bon sens me direz-vous !  Pourtant elle ne s’adopte pas aussi facilement que l’on pourrait le penser.   

 

Joël Gautier 1 mai 2017

 

Les périodes de rémission

Courage et volonté sont nécessaires pour parvenir à des périodes de rémission, mais lorsque les facteurs chances associés à ces qualités nous permettent d’y parvenir, c’est comme si nous disposions d’un chèque en blanc pour mettre en œuvre par la suite les changements nécessaires à notre vie.

Cette dynamique providentielle nous enseigne que chaque jour est un jour nouveau avec ses richesses particulières aussi infimes soient-elles,  qu’il n’y a pas de journées ordinaires, chacune nous apporte en effet son lot de surprises mais aussi et surtout d’opportunités, que notre manière de percevoir à présent le monde avec autant de clarté est un privilège non quantifiable.    

Ne plus dépendre des carcans d’une société bien trop formatée, réussir à faire de notre vie la nôtre, se fixer des objectifs à très court terme, prendre son temps d’admirer les merveilles de ce monde, faire de belles rencontres, tendre à rester serein le plus longtemps possible, ne pas s’interdire de rêver, ces opportunités nous serons nécessaires pour panser autant que faire se peut les blessures de notre destin.  

 

Joël Gautier 1 mai 2017  



La comédie dell’arte

 

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Le monde est un vaste théâtre et les humains sont des acteurs qui se contraignent le plus souvent à jouer des rôles souvent à l’opposé de leur propre personnalité.

Être comédien pour ne pas décevoir, pour ne pas blesser, par peur d’être jugé, pour se faire remarquer, pour satisfaire ses ambitions égoïstes, pour se donner l’impression d’exister, la liste n’étant pas exhaustive.

On croit connaître les gens, mais ce que nous savons d’eux, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Les faux semblants font partie de la vie de tous les jours, il serait pourtant tellement important de s’en défaire, de s’en libérer, mais voilà la vérité n’étant pas toujours bonne à dire, nous préférons garder le masque des convenances, sans doute par lâcheté, pour ne pas compromettre nos intérêts, ou tout simplement pour protéger ce que nous croyons être notre réputation et celle de notre famille.

Derrière ce masque nous sommes souvent seuls, nos sentiments de culpabilité, nos doutes, nos complexes nous mettent la pression, attisent notre manque de confiance en nous. Cet état d’esprit nous pèse inconsciemment  comme un bât sur le dos d’un âne, comme les semelles de plomb d’un scaphandrier. Néanmoins nous continuons d’avancer, nous sentons bien que quelque chose ne va pas, mais nous sommes incapables de définir nos maux.   

Derrière ce masque nous avons fait le choix du paraître plutôt qu’être, nous prenons soin que notre entourage est une bonne opinion de nous, mais nous ne sommes pas honnêtes avec notre égo, ni avec les autres d’ailleurs, car nous sommes persuadés que c’est le prix à payer pour ne pas être marginalisé.

Derrière ce masque nous prenons la forme d’un moule qui correspond exactement aux attentes de la société, nous pensons avoir fait le bon choix car nous assurons la sécurité financière et matérielle de notre famille, au prix de bien des sacrifices qui le plus souvent érodent notre bien-être.

Nous pensons que le bonheur passe par la réussite professionnelle, par la recherche perpétuelle de la  reconnaissance des autres, mais nous  sommes dans l’erreur, car le vrai sens de la vie ne se trouve pas sur le chemin que nous avons emprunté, paradoxalement se sont les bien sombres perspectives de la maladie qui nous ouvrent les yeux.  

La maladie, toujours elle ! Nous enseigne que notre temps est précieux et qu’il ne doit plus être utilisé dans le futile, ne nous perdons pas dans une voie sans issue, faisons machine arrière et prenons cette fois la bonne direction, il s’agit d’une urgence absolue.

L’annonce du cancer détonne dans notre esprit, au fil du temps nos pensées muent comme un serpent qui doit se débarrasser de son ancienne peau pour la remplacer sous l’influence de différents facteurs, dont celui de l’évolution inattendue du milieu dans lequel il évoluait jusqu’à présent.  

L’annonce de la maladie est comme un courant d’air qui soulève la poussière, fait claquer des portes, comme une tempête qui souffle les tuiles de la maison, lézarde les murs, comme un cyclone qui détruit tout sur son passage.

Il ne nous reste plus qu’à constater les dégâts, notre passé n’a plus de place dans votre vie, il faut consolider les murs, fermer les portes, faire le ménage, se débarrasser de ce qui encombre, changer la décoration, bref se refaire une nouvelle vie.

Le destin nous a lancé un défi, nous devons accepter de le relever afin de retrouver la paix avec nous même, afin de comprendre qui nous sommes exactement, afin d’assumer nos défauts, afin que notre apparence reflètent sans ambigüités notre personnalité, afin de mettre définitivement un terme à cette phobie que nous avons de ne pas être aimé tels que  nous sommes.   

 

Joël Gautier 29 avril 2017

 

L’après-midi du 8 mars je repris le chemin du cabinet de kinésithérapie aménagé dans l’ancienne clinique de la ville, à l’endroit même où mes deux premières lourdes opérations avaient eu lieu quelques douze ans plus tôt. Ma cerrvicotrapezalgie faisait partie de ma vie de tous les jours comme bien d’autres séquelles liées aux différentes interventions chirurgicales et  traitements associés dans la lutte contre le cancer. Cependant ma gène s’accroissait de jour en jour, et j’avais de plus en plus de mal à m’y accoutumer. C’était la raison pour laquelle mon généraliste avait bien voulu me prescrire des séances de massages, dans l’espoir incertain de soulager ma peine.

Les raideurs excessives de l’épaule gauche et de la nuque occasionnaient parfois des douleurs dans le cou qui se propageaient des mâchoires jusqu’à la tête, particulièrement le matin lorsque mon corps se dérouillait d’une longue nuit de sommeil.  

Je tenais ma promesse de faire des efforts physiques pour contrecarrer ma prise de poids, ce fut donc à pied que je me rendis à mon rendez-vous. Je n’avais qu’une dizaine de minutes de marche à faire, aussi l’exercice ne fut pas insurmontable. 

Le service avait déménagé, je n’empruntai donc pas l’aile droite du rez-de-chaussée, à présent il fallait filer le couloir face à l’entrée, et je pénétrai immédiatement dans la salle d’attente, les locaux étaient fraîchement restaurés, mais sans fenêtre et par conséquent éclairés uniquement par des néons.    

Mme V était un petit bout de femme  affable, elle ne m’était pas inconnue puisque j’avais déjà eu à faire à elle pour tenter sans succès de résorber par des massages lymphatiques, l’œdème qui m’entravait le cou depuis mes séances de radiothérapie. D’origine étrangère elle prononçait ses phrases avec un fort accent, mais je m’étais accoutumé à son langage, et je comprenais donc à présent les messages qu’elle voulait bien me faire passer.   

Elle prit connaissance de mon ordonnance et des instructions du médecin, puis m’invita à me déshabiller avant de m’allonger sur le dos. Elle s’absenta quelques instants, puis revint avec une compresse chauffante qu’elle me plaça à hauteur du cou.

« Je vous laisse seul un petit quart d’heure, le temps que vos muscles se détendent, et je reviendrai ensuite faire mon travail. »

La chaleur me procura immédiatement une sensation de bien-être, et je restai là paisiblement, les yeux fermés avant qu’elle ne fasse sa réapparition.

« Je vais vous demandez de vous mettre sur le ventre et de poser votre tête dans l’orifice prévu à cet effet. »

Je m’exécutai sans broncher, et sentit l’huile un peu froide couler sur moi. Elle s’occupa d’abord de mes trapèzes en décrivant avec les mains de petits cercles tout en pinçant légèrement la peau, puis malaxa la zone entre les omoplates avec les pouces. Elle me massa le long de la nuque, du bas vers le haut, me demanda plusieurs fois si son travail n’était pas trop brutal, question à laquelle je répondis par la négative, puis elle termina par de longues frictions du haut jusqu’en bas du dos.

J’étais légèrement groggy lorsqu’il fallut me relever, mais je me sentais détendu comme je ne l’avais pas été depuis longtemps. Sur la route du retour j’avais même l’impression d’être réellement dans un état second, je ne pensais à rien, j’étais simplement bien dans mes baskets.

L’agressivité de la maladie, la dureté des journées post-opératoires, le calvaire des effets secondaires de la chimiothérapie, la contrainte des multiples examens, des rendez-vous médicaux en tous genres, les angoisses de l’attente des résultats, bref je vivais un moment rare où toutes ces épreuves n’étaient que de mauvais souvenirs.

 

 

 

 



La beauté n’est pas toujours celle que l’on croit

 

la beauté de l'être

 

Pareil à un aimant la beauté du corps attire le regard et le désir, pourtant elle peut être parfois trompeuse particulièrement lorsque derrière cette image se cache une âme remplie de noirceur. L’apparence n’est pas quelque chose avec laquelle nous pouvons vivre bien longtemps. L’homme a besoin de sincérité de profondeur, d’abnégation, la beauté de l’âme émeut le cœur et captive l’esprit.

La maladie nous rappelle de manière cinglante que l’enveloppe charnelle est éphémère, elle nous enseigne également que nous devons accorder beaucoup d’importance aux traces que nous laisserons de notre passage sur cette terre. 

La maladie nous installe dans un état d’esprit hermétique aux fausses idées de ce monde, nous sommes capables de détourner notre regard de ce qui revêtait pour nous de l’importance, avant qu’un vent mauvais ne vienne chambouler notre vie.  Sonder  notre âme et en retenir les vraies valeurs, sera notre carburant essentiel pour avancer cette fois dans la direction du soleil levant.   

 

Joël Gautier 23 avril 2017

 

Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu’il fait soleil, mais
quand vient l’obscurité, leur beauté n’apparaît que s’ils sont illuminés de l’intérieur.

 

Elisabeth Kubler-Ross

 

Si vous pouviez seulement rester tranquilles, vous libérer de vos souvenirs et
de vos attentes, vous seriez capables de discerner la beauté des événements.
C’est votre agitation qui cause le chaos.

 

Nisargadatta Maharaj

 

La beauté purement physique est aussi éphémère que les feux du crépuscule.
Dirige tes efforts vers l’acquisition de la véritable et immuable beauté : la beauté intérieure.

 

Amadou Hampâté Bâ

 

Pour ceux qui regardent avec leurs yeux et leur cœur,
il y a tant de beauté naturelle à admirer et à apprécier.
Chaque jour est un cadeau plein de découvertes.

 

Inconnu

 

La beauté du corps est un voyageur qui passe,
tandis que la beauté du cœur est un ami qui reste.

 

Inconnu

 

Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie.

La beauté de l’âme se répand alors comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

 

Victor Hugo

 

La beauté de l’apparence est seulement un charme de l’instant, l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme.

 

Georges Sand

 

 

De ce premier ‘’contrôle technique’’ de l’année, il ne me restait plus qu’à passer l’épreuve de l’ORL. Le docteur M qui suivait mon dossier depuis la perforation soudaine de mes tympans avait quitté son poste, volant à présent vers d’autres horizons. Nous avions donc été contraints avec regrets de le remplacer.

La profession souffrait d’un manque récurent de patriciens, et nous ressentîmes très vite que la démission du docteur M avait d’importantes répercussions sur la bonne marche du service. Lorsque nous arrivâmes la salle d’attente était pleine à craquer, une fois de plus nous allions devoir nous armer de patience.

Je regrettais amèrement de ne pas avoir emporté de mots fléchés, car les revues mise à la disposition du publique étaient soit inintéressantes, soit complètement obsolètes.  

Hormis un enfant qui jouait gentiment avec des cubes, en attendant de pleurer à chaudes larmes, la pièce était plutôt calme. Je ne savais où poser mes yeux, car il y avait des gens assis de tous côtés et je ne voulais pas les dévisager, je me contentai donc de fixer le plafond et de fermer les paupières de temps à autres.

Il y avait une bonne heure que nous étions assis lorsque le médecin prononça mon nom.

L’homme avait le regard fortement réprobateur, il nous invita d’un ton sec à pénétrer dans son bureau. 

Outre son visage sévère, il était peu loquace et commença par me donner des ordres brefs et précis.

« Enlever votre blousons et votre casquette et posez les sur cette chaise ! »

 « Venez-vous assoir ici ! »

Je n’étais pas franchement décontracté, l’homme me rendait visiblement mal à l’aise.

« Enlevez vos appareils et mettez les dans le haricot ! »

Je m’exécutai sans broncher. A ce stade de la visite, il n’avait pas consulté mon dossier, et il ne m’avait posé aucune question concernant mon état.

J’étais à présent dans le monde bien spécifique des malentendants, j’espérais qu’il n’allait pas pousser la ‘’plaisanterie’’ jusqu’à me questionner dans ces moments bien peu favorables.  Il n’en fut rien !

A l’aide de son otoscope il se mit à explorer méticuleusement, mon tympan droit, puis mon tympan gauche, il constata ce que nous savions déjà.

J’avais un mauvais souvenir des gouttes de solution d’eau oxygénée que m’avait introduit le docteur M dans les oreilles lors de ma toute première visite, voilà que le docteur J réitérait l’opération. Je n’osai cependant lui faire quelque remarque que ce soit, et j’encaissai donc sans trop de grimaces les brûlures occasionnées par le produit franchissant aisément les perforations des tympans, pour couler  après coup douloureusement dans la gorge. Débuta ensuite  le travail d’aspiration des impuretés, un autre moment assez désagréable à passer.  

Je sus que le travail était terminé, car il me tendit mes appareils, alla s’asseoir à son bureau, attendit que je puisse bien entendre, pour me donner l’ordre de le rejoindre.

La pièce était baignée dans un silence de plomb, je me retins même de tousser. Cette fois il consultait le dossier laissé par son prédécesseur, sans me demander quelques précisions.

Il saisit son carnet d’ordonnance et commença à écrire tout en parlant.

« Bon pendant dix jours vous mettrez des gouttes de solution d’eau oxygénée le soir dans les oreilles en alternant avec des gouttes d’Ofloxacine, je n’ai pas d’autres solutions à vous proposer. Nous nous reverrons dans un mois. Vous pouvez partir ! »

A aucun moment de notre présence la glace avait été rompu, nous ne savions pas vraiment si son attitude faisait partie de son trait de caractère, s’il était fatigué, ou bien s’il optimisait son temps de consultation pour passer tous ses patients dans un délai raisonnable. Cette situation n’était enviable ni pour lui, ni pour les malades, il semblait être bon médecin, mais cette expérience ne faisait que confirmer notre amertume de ne jamais plus pouvoir compter sur l’affable docteur M.

 



Le vieux bateau

 

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Le vieux bateau

Dans un petit port de pêche, il y avait un vieux bateau qui n’avait de cesse de panser ses plaies.

« J’en ai assez, disait-il des tempêtes, je préférerais vivre en cale sèche sur la corniche à regarder le temps qui passe, ce serait pour moi moins déprimant, malheureusement à force d’épreuves, je ne me vaux plus rien.»

«Vraiment, disait le malin, pour qui se prend-il celui-là ? Un bateau  c’est fait pour aller sur l’eau et rien d’autre !»

« Malin ne pourrais-tu pas avoir un peu de pitié ? »

« Non ! Si tu ne veux plus combattre les assauts de l’océan, tu es tout juste bon pour la casse, ricana le malin. Il ne me reste plus qu’à t’anéantir et ce sera bien fait pour toi ! »

Et son alliée la faucheuse attendant patiemment  son heure, se mit à rire avec le malin.  

Quelques temps après, le malin décida de mettre sa menace à exécution. Le vieux bateau ne savait plus s’il devait s’en réjouir, ou bien se désespérer, car depuis tout ce temps il avait tellement souffert, et il était tellement fatigué !

Mais dans ce petit port, il y avait d’autres bateaux qui n’avaient pas encore subi la menace des flots,  Ils haïssaient  le malin, et déprimaient de voir le vieux bateau si mal en point.

Quand Ils apprirent qu’on allait le démolir pour de bon, ils le supplièrent de reprendre la mer, car ils y étaient attachés, et ne voulaient pas le voir disparaître de leur environnent.

Alors le vieux bateau se sentit moins seul, il accepta d’être réparé et transformé en navire de combat. Il reprit donc la mer et dès lors redouta un peu moins la tempête. Durant de nombreuses  années encore, il effectua de nouveaux longs voyages, parfois bousculé, parfois endommagé, mais toujours naviguant.

Si vous passez un jour par ce petit port peut-être aurez-vous  la chance de le rencontrer.

 

Joël Gautier 14 avril 2017

 

J’étais sorti de chez mon généraliste en ayant une nouvelle fois passé à la trappe mes problèmes de claquements de genou.  

Ma gêne n’étant pas aussi invalidante que ça, je me consolai rapidement de cette omission, tout en me promettant de remettre la question sur le tapis lors de ma prochaine visite.

L’année 2017 tenait ses promesses, après l’oncologue, l’audioprothésiste, le cardiologue, le généraliste c’était au tour du chirurgien-dentiste de contrôler les effets pervers de la chimiothérapie.

La xérostomie ou bouche sèche m’affectait durablement, mais par phases plus ou moins conséquentes, la nuit étant celles les plus virulentes. De ce fait les risques d’apparition de caries étaient multipliés par dix par rapport à un individu normal.

Je n’avais pas d’aphtes, mes gencives n’étaient pas sensibles au froid, et je ne ressentais aucune autres douleurs particulières, cependant je voulais être à la fois confient et prudent, car je savais par expérience que des mauvaises surprises pouvaient très vites assombrir le tableau.

En ce début d’après-midi du 28 février il faisait froid et sec, j’avais besoin de me déverrouiller autant les muscles que les articulations, je me rendis donc au cabinet dentaire à pied.

Je n’eus pas besoin d’attendre bien longtemps, et en deux temps trois mouvements je me retrouvai assis sur le fauteuil de patient en position allongée, la bouche grande ouverte.  

Au bout de quelques minutes d’observation le docteur P me confirma que mes dents, bien que légèrement entartrées étaient saines. Il fallut donc que je me soumette de mauvaise grâce à l’exercice de détartrage proposé par le praticien.

Je fus soulagé lorsqu’il m’annonça que son travail était terminé.

« Est-ce vous avez des difficultés pour manger du fait de votre manque de salive ? »

« J’avale à peu près tout, mais les ennuis apparaissent surtout lorsque les aliments sont trop secs, ils agissent alors  comme un papier buveur, et je dois boire une gorgée d’eau à chaque fois que je veux déglutir, rien de bien plaisant ! »

« Et la nuit ? » 

« La nuit la sécheresse affecte le fond de ma gorge, le palet, la langue, les amygdales, la luette, j’éprouve également des difficultés à avaler ! »

« En avez-vous parlé à votre généraliste ? »

« SI je devais parler de tous mes problèmes à chaque consultation, il me faudrait lui lire un dictionnaire Larousse en entier ! »

Je ne savais pas s’il avait apprécié la plaisanterie, car il resta de marbre Il devait se dire qu’après tout c’était mon problème ! Il avait fait son boulot pour lui c’était l’essentiel !

Rendez-vous fut donc fixé dans six mois, d’ici là il me rappela l’importance d’utiliser des bossettes inter-dentaires, et de ne pas hésiter à le rappeler en cas d’anomalies. 

Mes lecteurs doivent penser que mon bateau prend l’eau de toute part et que je passe mon temps à colmater les brèches. Il est vrai que depuis un peu plus de douze ans le cumul des heures passées dans les salles d’attentes donnerait le tournis, mais ce témoignage écrit passe sous silence une grande partie du reste de ma vie. Je le répète encore, je m’estime heureux de pouvoir encore profiter du ciel bleu, lorsque je songe au bien tristes pronostics engagés par le corps médical à mon encontre quelques années auparavant.



Les flots bouillonnants du temps qui passe

 

flots

« Pourquoi moi ? » C’est la première pensée qui nous vient à l’esprit, lorsque l’annonce de la maladie nous coupe à la faux, en nous projetant quasiment dans le néant.   

Nous cherchons notre culpabilité dans les méandres de nos souvenirs du passé.

« Quelle faute ai-je pu commettre pour mériter une telle punition ? »

Ce que nous ignorons dans ces moments de désarroi extrême c’est que nos interrogations nuisent à notre mental, le poids d’une soi-disant responsabilité vient s’ajouter à celui de la souffrance.

Les blessures de l’enfance refont surface, les diverses difficultés que nous avons traversées durant toutes ces années deviennent autant de glaives qui nous transpercent notre corps jusqu’à l’âme. Nous avons l’impression d’avoir raté pas mal de choses, et nous regrettons amèrement de ne pas pouvoir revenir en arrière.  

Il ne faut pas pour autant refouler nos émotions mais au contraire les laisser s’exprimer, et attendre que le ballon se dégonfle, avant d’entreprendre un travail sur nous-même.

Être atteint d’un cancer fait partie de notre destin, et nous ne pouvons pas y échapper, inutile donc de nous rabâcher dans la tête : « Si j’avais fait ceci, si j’avais fait cela ! » Comme dit l’adage : « Avec des si on mettrait Paris en bouteille ! ».

Digérer une telle mise à l’épreuve n’est pas l’affaire d’une journée, nous devons apprendre à identifier nos ressentis, apprendre à les accepter, apprendre à les contrôler, ces exercices nous permettront non pas d’éviter la souffrance, mais de la vivre un peu plus dans l’apaisement.

Ne nous cantonnons pas dans le rôle de victime impuissante, le pire c’est de croire que nous ne sommes pas à la hauteur du défi lancé par le malin. Ne nous apitoyons pas sur notre sort en ne pensant qu’aux vilains et douloureux moments de notre existence, ce qui à la longue nous amènera indubitablement à dire :

« Il n’y a qu’à moi que ça arrive ! » ou « la chance est pour les autres ! »

Cette réaction est autant inappropriée qu’inefficace, chassons plutôt ces pensées erronées et parasites de notre tête, et fonçons la tête la première dans nos difficultés du moment.  

Rien de plus injuste que l’injustice, rien de plus douloureux que de ne pas pouvoir obtenir réparation, pourtant quand nous parlons du cancer, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Vivre sainement, honnêtement, défendre le bien et condamner le mal ne suffisent pas pour être bien traité par l’existence, allongé et tuyauté de toutes parts sur notre lit, nous ne pouvons qu’en faire la triste constatation.   

Notre frustration est grande, elle alimente notre colère jusqu’à nous faire sortir de nos gongs. Le pire c’est que personne n’est responsable de tout ça, excepté peut-être un hypothétique être suprême qui aurait décidé de nous mettre à l’épreuve.

Il est plus facile en effet de combattre son adversaire sur un ring et de le mettre KO, plutôt que de tenter d’en découdre avec quelque chose de non papable. S’énerver contre des conditions qui nous échappent, c’est comme si nous donnions un coup d’épée dans l’eau, le résultat est le même.

Par conséquent cette situation étant intenable, nous cherchons par défaut des boucs émissaires, afin d’exorciser notre révolte.

Nous prenons en grippe notre mise à l’écart de cette société que l’on nous présente à tort comme idéale, nous prenons en grippe notre voisin qui continue à l’inverse de nous de profiter pleinement de la vie, en affichant son insolente santé, etc.

La jalousie et une certaine forme de haine des autres s’installent insidieusement dans nos pensées, pourtant notre riposte est là encore improductive et dévoreuse d’énergie. Il faut donc à tout prix que nous prenions une autre direction au risque de nous autodétruire à plus ou moins brève échéance.   

Réfléchissons longuement à ce que nous avons perdu réellement, certainement pas l’amour de notre famille, ni l’estime de nos amis. Notre mode de vie ne sera plus la même, rares sont ceux qui n’ont pas été contraint par des évènements divers de modifier le cours de leur existence. Mariage, naissance, divorce, décès, mutation, chômage, accident, maladie, handicap profond, nous ne sommes pas les seuls à nous confronter aux aléas heureux ou malheureux de ce monde. Rares sont ceux qui ne sont pas obligés à un moment clé de leur existence de se remettre en question.

Cette société idyllique dans laquelle nous étions sensés vivre avant le drame n’est en réalité pas aussi  idyllique que ça, prenons en conscience.

Les guerres, la misère, les famines, les épidémies, les catastrophes naturelles anéantissent des populations entières. Les plus forts peuvent devenir les plus faibles rien n’est définitivement acquis et chacun à sa part de malheur à supporter.

Nous pensions naviguer dans un océan de bien-être matériel, le cancer nous donne l’opportunité de nous voir le monde tel qu’il est réellement.  

Ne restons pas coincé dans l’amertume et dans l’esprit d’une vengeance qu’en tout état de cause nous ne pourrons exercer contre quiconque.

Acceptons ce que nous considérions comme inacceptable, nous ne pouvons pas vivre en conflit permanent contre nous-même. Prenons en compte ce que le destin à bien voulu nous concocter et faisons avec. L’épreuve est difficile et incompréhensible mais rien n’y personne ne sera en mesure de vous apporter des explications et encore moins de changer la face du monde, arrêtons donc tout net de nous torturer l’esprit.  

La vie est sans cesse en évolution certaines positives d’autres beaucoup moins. Nous aimerions bien qu’elle nous apporte éternellement plaisir et sécurité, oui mais voilà les contes de fées n’existent pas. La maladie est là certes mais elle n’est pas la seule responsable de notre décrépitude. Nous ne pouvons pas  rester définitivement accrochés à une branche, elle finit toujours par se rompre, et nous sommes alors engloutis définitivement par les flots bouillonnants du temps qui passe.

Joël Gautier 9 avril 2017

 



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