Mister Hyde

 

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Onze ans et quelques mois s’étaient écoulés depuis la découverte de mon cancer du rein gauche métastasé au rein droit et au poumon gauche. Je survivais grâce aux progrès de la médecine, grâce aux  équipes médicales qui s’occupaient contentieusement de moi, grâce aussi à mes proches, et peut-être aussi grâce à ma volonté.

Pourtant le combat laissait des traces, je conservais en effet l’état d’esprit d’un quadra, mais mon corps était celui d’un octogénaire, deux situations contradictoires qu’il fallait gérer en même temps que tous les problèmes engendrés par la maladie.  

Si je faisais le bilan de toutes ses années de galère, je dirais que les pires souffrances, je les avais vécu avec l’apparition de mes tumeurs osseuses, et que le pire de mes handicaps était celui d’une surdité confortablement installée. Bien que corrigée par le port d’appareils auditifs, cette surdité m’isolait au-delà de ce que j’aurais pu imaginer, contrariant ainsi ma stratégie d’ouverture vers les autres.

Le vendredi 25 mars j’avais subi ma 23ème piqûre d’Xgéva, l’avant dernière précédant une période de repos de six mois. Outre mes prises de sang mensuelles, l’infirmière continuait toujours à m’apporter des soins pour aider à la cicatrisation difficile de ma plaie engendrée par l’éclatement de mon abcès.

Comme je l’ai déjà mentionné dans mes écrits, mes balades en campagne n’étaient plus ce qu’elles avaient été, pourtant je gardais en mémoire les conseils du médecin de la douleur, monsieur P, qui m’avait mis en garde contre les effets perverses d’une grande immobilité.

Pour éviter de trop souvent courber l’échine face au malin, il fallait se faire violence, et Dieu sait ô combien je m’y employais, pourtant l’exercice devenait de plus en plus compliqué car mon organisme suivait de moins en moins ma volonté.  

Ainsi parcourir à pied un ou deux kilomètres demandait un véritable effort physique qui ne représentait à l’inverse que très peu de choses pour une personne de bonne constitution. Je ressentais comme une sorte d’humiliation lorsque j’étais allègrement dépassé par des gens souvent beaucoup plus âgés. Le monsieur Hyde qui était en moi ressurgissait alors à la surface et j’avais du mal à ne pas me laisser envahir par son influence négative. Comment en effet ne pas ressentir de l’injustice lorsque vous avez le sentiment de ne pas mériter ce que le destin vous a infliger, et que d’autres en revanche profitent pleinement d’une vie exempte de tout obstacle, sans avoir rien fait de plus que moi pour l’obtenir.

Les multiples opérations et traitements m’avaient considérablement modifié la morphologie, et j’avais à présent l’apparence d’un homme faisant beaucoup plus âgé que son âge. J’exécrais le reflet de mon image dans la glace, et j’exécrais bien plus encore de me voir représenté sur une photo.   

Ma philosophie était de chercher dans la mélasse les points positifs susceptibles de rendre ma vie de malade un peu moins douloureuse, mais l’exercice n’était qu’un éternel recommencement exigeant par conséquent aucun moment de répit, aussi mon esprit s’essoufflait autant que pouvait s’essouffler mon corps.

Ce vendredi 1 avril coïncidait avec un rendez-vous fixé pour effectuer la première de mes quinze séances de drainages lymphatiques. Je devais me rendre à l’ancienne clinique transformée en centre de convalescence mais pas seulement, plusieurs disciplines médicales y étaient également représentées, médecins généralistes, ophtalmologues, podologues, kinésithérapeutes et autres. 

Justement le couloir que je devais emprunter m’était plus que familier, il me rappelait ce triste mois de décembre 2004 où j’avais appris l’inimaginable. J’avais arpenté ce même couloir comme on arpente celui de la mort pour me rendre chez l’urologue qui avait su pourtant me rendre un peu d’espoir, avant de prévoir ma première opération.

Le cabinet du docteur C avait été remplacé par celui d’un podologue mais la salle d’attente était restée la même. L’espace affecté aux soins de kinésithérapie était situé à gauche face à cette même salle d’attente, je pénétrai dans les lieux pour la première fois.

 



Le roseau plie mais ne rompt point.

le roseau

La porte du cabinet de l’oncologue s’ouvrit sur le large sourire du patricien. Il ne manqua pas de nous inviter à nous asseoir et de me poser la question rituelle.

« Comment allez-vous ? »

Avec les bonnes nouvelles dont il nous avait fait part quelques jours plus tôt, je ne pouvais qu’allez pour le mieux.

Son intervention téléphonique avait eu pour effet d’effacer de ma mémoire tous les mauvais souvenirs de ces quelques deux mois et demi de galère, pour ne retenir que l’essentiel, cette nouvelle période de récréation que le malin voulait bien encore une fois m’accorder.

« Le roseau plie mais ne rompt point » Je trouvais que ce vers de Jean de La Fontaine m’allait comme un gant, et je désirais qu’il en fut ainsi pour ‘’l’éternité’’.  

Je m’apprêtais à répondre à sa question lorsque Chantal intervint pour remercier vivement le professeur R de nous avoir délestés quelques jours plus tôt du poids de l’incertitude. Il sourit et inclina la tête, comme pour nous signifier que c’était la moindre des choses.

Quant à moi je n’étais pas sûr que tous les médecins réagissent ainsi envers leurs malades, et je lui en étais fort reconnaissant.  

Il réitéra sa question.

« Comment allez-vous ? »

Je n’avais pas grand-chose à lui dire concernant la partie qui l’intéressait, car j’avais pris l’habitude de supporter plus ou moins bien le Votrient, ainsi que les piqûres d’Xgéva sans que ces traitements indispensables pour ma survie entraînent trop de contraintes dans mes activités de tous les jours. Bien-sûr j’avais vieilli de onze ans depuis l’annonce de ce cataclysme, au fil du temps je perdais peu à peu de terrain, car la maladie ralentissait mes capacités physiques plus que je l’aurais voulu. Trop d’agressions contre mon organisme avaient considérablement modifié mon métabolisme. Il y avait eu un avant, et un après, je n’étais plus et ne serais plus jamais comme avant. Néanmoins loin des servitudes que certains handicapés doivent supporter au quotidien, je conservais quand même mon autonomie, et ce n’était pas si mal.

Quoi qu’il en soit, il fallait que je reste philosophe en me contentant de ce que j’avais, et en oubliant ce que l’on m’avait retiré. C’était la meilleure façon d’avancer vers l’avenir, sans transporter dans mes bagages le lourd fardeau de l’amertume. 

Comme ma condition de malade atteint d’un cancer demeurait stable, je le mis au courant en détail de mes dernières péripéties. Je lui parlais sur un ton léger proche de la plaisanterie, mais il me connaissait bien, aussi lisait-il entre mes lèvres mes véritables pensées.

Je subissais sans être en mesure de les dompter les réactions de mon organisme devenu un peu trop sensible aux agressions de tous genres, le silence de l’oncologue en disait long, il était sans doute désolé pour moi, mais ne pouvait lui aussi que constater son impuissance face aux douloureuses réalités de la vie.

Mon récit n’était pas celui d’un pleurnichard avide de compassion, aussi l’ambiance bon-enfant n’en fut pas affectée.

Mon corps s’était habitué aux effets secondaires de la maladie, certains avaient disparu, d’autres demeuraient. Pour contrer l’influence négative de ces derniers, j’avais sous la main les médicaments adéquate, pourtant je les utilisais avec parcimonie, aussi mon ordonnance se limita uniquement au renouvellement de ma chimiothérapie.

Ma tumeur osseuse au niveau des cervicales restait sage, l’écho doppler réalisé quelques temps auparavant n’avait pas donné d’explications plausibles, et je demeurais avec cet œdème au cou sans qu’aucune amélioration ne soit jusqu’à ce jour apparue. Cette réaction corporelle restait une énigme que l’oncologue cherchait à dénouer, il tâta mon cou, et constata sa souplesse, à l’inverse de ma nuque qui elle était plutôt rigide.

Nous lui proposâmes la solution d’effectuer des drainages lymphatiques en tentant ainsi d’améliorer la situation. Il hésita un peu, et après quelques secondes de réflexion, il prit le téléphone pour demander conseil auprès d’un radiothérapeute. Manifestement la réponse de son collègue allait dans le sens de notre suggestion car il tapota sur son clavier d’ordinateur une prescription pour une quinzaine de séances de kiné.

« Je voulais une nouvelle fois vous remercier monsieur R pour votre intervention de vendredi dernier ! »

Il inclina la tête pour me faire savoir encore une fois que ça n’était rien.

« Cela va faire combien de temps que nous nous connaissons monsieur Gautier ? »

« Il y aura onze ans au mois d’aout ! »

Il leva les yeux au ciel comme pour s’étonner de cette longévité.

« Nous sommes en train de nous regarder vieillir n’est-ce pas ? »

Ma réflexion lui fit déclencher un de ses généreux sourires dont il n’était pas avare, et nous mîmes  un terme ensuite à notre 85ème rencontre.

 

 

 

 



Un cadeau valant de l’or

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Comme l’après-midi de la veille je fus soulagé de quitter les lieux, le plus dur restant à faire, revenir le mardi suivant pour entendre les résultats. Pour l’heure je ne souhaitais qu’une seule chose m’enfuir au plus vite, en laissant derrière moi tout ce qui ce qui  pouvait me rappeler l’angoisse de la maladie.

La voiture n’était pas garée tout prêt, il fallait descendre en contrebas, et l’exercice sans être insurmontable me donnait un peu de fil à retordre, d’autant qu’un vent violent venu du nord, me tétanisait les muscles du visage. Je fus soulagé de m’engouffrer dans l’habitacle de notre véhicule. Il nous restait encore à affronter les encombrements du périphérique nantais, avant de retrouver nos pénates.  

Même si mon esprit me donne la force d’avancer, mon organisme lui me dit au contraire de ne pas pousser le bouchon trop loin, et je sais qu’il faut parfois lui obéir. Ces deux jours consécutifs passés à Nantes ne faisaient confirmer la chose, car je me sentis totalement vidé de mon énergie lorsque beaucoup plus tard que prévu, nous arrivâmes enfin à notre domicile

Le hasard du calendrier voulait que le jeudi 10 mars j’avais rendez-vous cette fois avec mon généraliste. Là encore le praticien accusait un peu de retard, et je me disais que durant ces trois jours, nous avions poiroté en cumul deux heures trente au-delà des horaires convenus, être patient n’était pas un vain mot.

Le docteur C me trouvait une mine radieuse, mes battements cardiaques étaient dignes de ceux d’un cœur de jeune homme, de plus ma lésion était en passe de guérir définitivement. Fort de ses remarques, je sortis de son cabinet me voulant un peu plus confient, à quelques jours de me confronter à mes résultats d’examens.  

Nous approchions d’un week-end plutôt réjouissant, car nous allions fêter l’anniversaire de ma fille, en même temps que nous allions pendre la crémaillère de sa nouvelle maison.

J’étais assis devant mon ordinateur en ce vendredi du 11 mars, lorsque Chantal vint me chuchoter à l’oreille qu’il serait bon de prendre l’apéritif, je lui en demandai la raison.

L’oncologue avait pris soin de téléphoner pour nous rassurer quant aux résultats de mon scanner et de mon IRM.

« Je ne voulais pas que vous passiez un weekend à vous morfondre, sachez que le rapport des radiologues indiquent une parfaite stabilisation de la maladie. »

Ainsi donc au moment où je m’y attendais le moins, cet appel téléphonique venait me libérer d’un fardeau qui n’allait pas tarder à peser très lourd sur mes épaules. C’était le plus précieux des cadeaux que l’oncologue  pouvait m’offrir moins d’un mois avant la date de mon anniversaire.    

Il y allait avoir bientôt onze ans que je fréquentais le CAC de l’espoir et par conséquent le docteur R,  depuis lors nos rapports n’avaient eu de cesse d’évoluer. Nous avions d’abord appris à nous connaître, puis d’une relation distante, nous étions passés au stade d’une relation de confiance et de sympathie mutuelle. Cette fois j’avais le sentiment qu’une certaine forme d’amitié était en train de naître, le geste qu’il venait de faire à mon égard en était la preuve.  

Ainsi donc les trois jours qu’ils nous restaient à passer avant de retourner à Nantes furent marqués du sceau de la tranquillité d’esprit. 

En ce mardi 15 mars 2016, outre notre sérénité, nous eûmes aussi le soleil pour nous accompagner le temps de notre trajet vers le CAC de l’espoir. Nous fûmes encore une fois relégués vers le parking le plus éloigné, et il fallut encore une fois faire l’effort de grimper la côte pour parvenir à l’entrée du hall d’accueil.

Chantal prit un ticket d’ordre d’arrivée, et nous attendîmes très peu de temps avant d’être reçu. La femme chargée d’enregistrer ma présence sourit. J’eus l’impression d’avoir déjà eu à faire à elle, et je lui en fis la remarque. Elle aussi nous avait  reconnu, le hasard ayant voulu que nous nous présentions pour la troisième fois en huit jours à son guichet.  

Le service consultations du second étage foisonnait de monde, nous étions à l’heure mais comme souvent le docteur R accusait un retard important. Nous nous installâmes donc dans la salle d’attente munis de nos précieux passe-temps, livre et mots fléchés.

Lorsque nous nous assîmes à notre tour à proximité du cabinet du médecin, j’aperçus de suite que la vallée du Lison n’avait toujours pas regagné sa place. Le crochet restait sans son cadre sur un mur désespérément blanc, il avait également disparu du bureau de N ce qui me laissait penser que sa restauration ne se ferait pas.



La Moldau de Bedrich Smetana

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Cette fois j’en étais sûr, mon tour était enfin arrivé, je me préparai donc à entendre prononcer mon nom incessamment sous peu.

J’avais rempli contentieusement le questionnaire que l’on m’avait envoyé avec le courrier de la convocation. Je tenais fermement entre mes mains ce même questionnaire, ma feuille de résultat de prise de sang, ainsi que la boîte contenant mon produit de contraste.

« Monsieur Gautier ? »

Une jeune femme souriante m’invita à m’installer dans la cabine, elle s’empara de mes encombrantes affaires, me conseilla pour plus de confort de me déshabiller un maximum, et enfin me quitta un bref instant, me laissant le temps de quitter mes vêtements et d’enfiler ma blouse d’examen, avant de me poser un cathéter.

Elle revint toujours avec le même sourire rassurant pour maltraiter bien involontairement mes veines, puis me tendit un plateau pour que j’y pose mes prothèses auditives.

« A partir de cet instant, il va falloir hausser le ton, sinon vous n’obtiendrez pas grand-chose de moi ! »

« Je suis habitué monsieur, je vais m’adapter ! »

Quelque minutes plus tard elle m’introduisit dans l’antre du loup, et m’aida à m’allonger sur la bête. Un de ses collègues arriva à sa rescousse pour l’aider à me fixer efficacement sur la table d’examen de manière à ce que je ne puisse pas bouger, puis il me plaça la tête dans une cage antenne capable de capter les signaux émis par l’organisme, afin de les transformer en images exploitables.

« Quelles musique préférez-vous monsieur ? »

« Principalement la musique classique, mais je suis capable de tout entendre à l’exception du RAP. »

Elle me posa délicatement le casque d’écoute sur les oreilles, puis m’introduisit dans la main droite la poire à actionner en cas d’urgence.

Le personnel médical ayant quitté la salle, j’eus la fausse impression d’être livré à moi-même. La table sur laquelle j’étais solidement rivé se mit à bouger, et je fus engagé en quelques secondes dans le tunnel.   

Instantanément une vague de chaleur incommodante me submergea, j’eus un bref instant de panique, puis je me mis à souffler pour contrôler mon état d’esprit.

Dans un premier temps la machine demeura silencieuse, puis elle commença à émettre des bruits métalliques, tels ceux d’un marteau piqueur, bruits qui couvraient même parfois le son musical diffusé par mon casque d’écoute. Je n’étais pas étonné d’entendre ce ‘’curieux bruitage‘’, car j’en étais à mon 4ème IRM et je connaissais parfaitement la sensation que l’on peut éprouver lorsque l’on est placé dans ces conditions. Mieux j’étais plutôt rassuré de l’entendre, alors que j’exécrais les moments où la machine restait silencieuse.

La Moldau de Bedrich Smetana berçait mes pensées, je connaissais ce morceau de musique par cœur, et je fredonnais dans ma tête les notes en même temps que l’orchestre jouait sa partition. Ceci avait pour avantage de me faire passer le temps sans perdre patience.     

« Je vais vous injecter le produit de contraste monsieur ! Il restera dix minutes avant d’en finir avec cet examen. »

« Dix minutes ? »

« Oui ! »

J’avais tenu les dix premières minutes sans trouver le temps trop long, il fallait que je cherche le moyen d’en faire autant durant cette seconde partie d’examen.

« Dix minutes cela fait six cent secondes, et si je me mettais à compter jusqu’à six cent ! »

L’idée qui venait de me germer dans l’esprit ne tarda pas à passer à la trappe, j’eus la flemme de compter au-delà des cent cinquante. 

J’en revins aussitôt à mes ‘’premières amours’’, écouter et me concentrer sur ce que j’entendais dans mon casque. Cette fois c’était la voix d’une cantatrice interprétant un extrait d’opéra qui était susceptible d’attirer mon attention. Je ne connaissais ni cette chanteuse, ni l’air qu’elle était en train d’interpréter, mais je passais un excellent moment. Je n’eus même pas le plaisir d’entendre la fin du morceau, je sentis ma table bouger, et mes yeux retrouvèrent subitement la lumière des néons.

« Vous allez bien monsieur ? »

« Ma fois oui ! J’ai bien fait de vous écouter en me débarrassant de me polo et de mon t-shirt, car la sensation de chaleur est parfois assez désagréable à supporter. J’avais l’impression que cette chaleur était accentuée lorsque j’entendais les vibrations de la machine ? »

« Oui c’est tout à fait normal »

Elle me délivra ensuite des accessoires qui entravaient mes mouvements, puis m’aida à me redresser, avant de m’accompagner jusqu’à la salle de préparation.

Elle me laissa un certain laps de temps pour que ma perfusion finisse de me laver les veines, puis elle vint me débarrasser de mon cathéter avant de me saluer, pour disparaître définitivement.



Le chemin parfois boueux de la vie

 

le chemin de la vie

Le chemin de la vie est parfois boueux, un jour le vent tournera direction: meilleur!
Alors accrochons-nous ! La chance de vivre, c’est d’abord la chance d’avoir existé, même pour un temps très court. Un concept tout simple qui rend le film si cher, et qui nous apprend que la mort n’est rien, que la vie est tout. Restez tous tels que vous êtes, généreux, sympathiques, et aussi avec tous vos défauts pour que nos échanges verbaux restent riches de tout ce que nous sommes. Continuons à nous préoccuper des uns et des autres, et peut être servirons nous d’exemple à d’autres pour que demain soit plus beau.
Aimer, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C’est avancer en funambule au-dessus de précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur, tu vas y arriver.

Philippe Besson.

Un corps qui n’en peut plus, mais c’est quand on a un genou à terre et que nos bras et notre cœur sont las de combattre qu’il faut puiser, au fond de notre âme, cette force pour se relever. Le souvenir des visages aimées, les sourires reçus et, même si le combat semble insurmontable rien n’est impossible. Je vous offre mon sourire et mes forces pour combattre et gagner ce combat et qu’importe le temps, vous ne ne serez jamais seules dans cette bataille.
L’amitié est la plus belle faveur, Que peut nous apporter notre existence. C’est une grande douceur dans ce monde de douleurs. Quand tout va mal, que tout est contre vous et que vous pensez ne pas pouvoir vous accrocher une minute de plus à la vie, ne renoncez jamais car c’est peut-être le moment et l’endroit où le vent va tourner.

Harriet Stowe

Merci à Butterfly 191 de m’avoir offert ce moment de méditation



Une longue attente

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En quittant notre domicile aux alentours de 13h15, pour un rendez-vous fixé 75 minutes plus tard, nous étions persuadés de rentrer à l’heure de la collation, au lieu de cela nous revînmes très peu de temps avant celle du diner.

Le contre temps que nous avions subi, m’avait mis dans un tel état de stress que j’avais épuisé toute mon énergie, pour tenter de le combattre. A présent je n’étais qu’une loque avec un seul désir, celui de rejoindre mon lit pour y trouver enfin le repos.

J’étais nauséeux, et mes intestins n’étaient pas loin eux non plus de reprendre les armes, les deux litres de sulfate de Baryum  que j’avais avalé pour moitié la veille de mon scanner, et pour l’autre moitié ce jour d’examen, n’arrangeaient rien à l’affaire, poutant mon état de fatigue l’emporta sur le reste, aussi je m’endormis plus rapidement qu’à l’accoutumé.

Au petit matin toutes les vilaines épreuves de la veille étaient effacées, pourtant dès le début d’après-midi nous dûmes reprendre le même chemin pour retrouver cette fois le service IRM, où mon dernier examen datait du 13 mai 2014, examen au terme duquel j’avais appris une bien triste nouvelle, celle de la présence d’une tumeur osseuse au niveau de mes cervicales.

Cette nouvelle IRM prescrite par le docteur R avait pour but de vérifier si les cinq séances de rayons subites entre le 16 et 21 mai 2014 avaient bien eut l’effet curatif escompté, car l’œdème tenace qui me déformait le cou l’intriguait au plus haut point. Il cherchait une explication, et j’espérais bien que cette explication ne soit pas la résurgence de la maladie. 

Quoiqu’un vent tenace exigeât de maintenir fermement le volant, le ciel était plus bleu que la veille, et la nationale 249 légèrement plus encombrée. Nous arrivâmes au CAC de l’espoir largement dans les temps, nous dûmes cependant nous résoudre à stationner bien loin de l’entrée principale du bâtiment. 

Les démarches administratives accomplies, nous rejoignîmes l’ascenseur pour atteindre le second étage. Traditionnellement le service IRM était moins peuplé que celui du scanner, car cette examen durait pas moins de 20 minutes, l’équipe médicale ne pouvait donc pas convoquer trop de malades dans la même journée. Dans ce contexte nous nous retrouvâmes en présence d’une femme apparemment non accompagnée, et d’un couple de personnes âgées.

Le voyant rouge des deux cabines indiquait qu’elles étaient occupées, il fallait s’asseoir et attendre comme nous étions condamnés à le faire bien plus qu’à notre tour, et depuis déjà bien trop longtemps.

La dame visiblement stressée n’en finissait pas de regarder dans ma direction, elle cherchait peut-être à travers moi le moyen de rompre sa solitude, ou peut-être attendait-elle un sourire de réconfort, que je lui accordai bien volontiers.     

J’entrepris comme la veille de feuilleter sans grand intérêt un magazine périmé et mainte fois manipulé par d’autres patients, nous avions dépassé l’heure de rendez-vous, mais mes nerfs ne semblaient pas en être affectés.  

Mon attention fut soudain attirée par le cliquetis d’une serrure qui s’ouvrait. Une jeune fille apparut dans l’encadrement de la porte et alla rejoindre celle que j’avais prise pour une patiente. Le visage déconfit de l’adolescente trahissait une forte angoisse, tandis que sa mère cachait la sienne en lui adressant de larges sourires et en lui chuchotant quelques petites phrases réconfortantes à l’oreille.   

La manipulatrice en radiologie pénétra dans la salle d’attente et appela la vieille dame qui abandonna son mari l’espace d’un moment, le laissant dans un état d’esprit que je n’avais pas beaucoup de peine à imaginer.

Cette fois le service accusait pas mal de retard, je sentais la tension monter en moi, tension qui agissait d’ailleurs sur ma vessie puisque je devais emprunter les toilettes à espaces réguliers.

Le CAC de l’espoir avait pour politique de ne pas révéler les résultats aux patients, seuls les médecins qui avaient prescrit l’examen était habilité à le faire. La mère et la fille avaient obtenu une dérogation car elles attendirent d’être reçues par le radiologue avant de quitter les lieux. Apparemment l’adolescente n’avait pas matière à s’inquiéter, car ce fut la mine épanouie qu’elles sortirent du cabinet, ne manquant pas d’envoyer des SMS à leurs parents et amis, avant de disparaître tout à fait. 

Nous n’étions plus que trois dans la salle d’attente, et je m’étonnai que personne ne soit arrivé après moi. J’en étais là de ma réflexion lorsque le cliquetis de la serrure me ramena sur le terrain. Un homme grand et baraqué sorti énergiquement de la cabine, emprunta les toilettes, et nous quitta à la vitesse d’un éclair, sans nous adresser le moindre sourire, ni même le moindre mot.  



Ma vie de tous les jours

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Le produit de contraste m’avait chauffé l’organisme plus que de coutume mais à présent je me sentais beaucoup mieux.  

« Est-ce que pour vous l’examen c’est bien passé monsieur Gautier? De mon côté je n’ai pas eu de problèmes ! »

Je répondis par l’affirmative, puis l’aimable jeune homme m’aida à me redresser de la table, avant de m’accompagner à la cabine. Il m’abandonna le temps que la perfusion fasse son travail, c’est-à-dire celui de me laver les veines, il revint ensuite ôter mon cathéter avant de me coller un pansement.

Toujours soucieux du bien-être de ses patients le manipulateur n’oubliait aucune miette de ce qu’il devait me dire, conformément à sa formation.

« N’oubliez pas de boire abondamment pour éliminer le produit ! »

Je lui répondis une fois encore par l’affirmative.

Je savais que je n’aurais pas les résultats du scanner avant mon rendez-vous chez l’oncologue  le mardi de la semaine suivante, mais je savais aussi qu’il allait m’inviter à patienter au côté des autres malades, afin que le médecin puisse vérifier la netteté des clichés.  

Je n’avais pas de bons souvenirs du précédent examen effectué en ce lieu. L’attente avait été très longue, et j’avais eu beaucoup de mal à contrôler mes réactions épidermiques. Pour ne pas faire subir mon anxiété à mon entourage, j’avais dû arpenter plusieurs fois en long et large les couloirs du service, avant d’entendre avec soulagement la phrase libératrice.

« Mon Gautier ? Vous pouvez partir ! »

Cette fois je me promettais de ne pas me laisser dicter par mes sentiments. Je prévoyais un bon quart d’heure de patience avant que l’une des portes ne s’ouvre et qu’apparaisse une silhouette blanche  venant  me donner le top de départ. Pour tuer le temps, j’entrepris donc de faire un peu de gymnastique d’esprit.

Remplir une grille de mots fléchés avait complètement accaparé mes pensées, mais à présent j’avais besoin de fermer les yeux pour juguler une indicible forme de lassitude. Je tentai par tous les moyens de ne penser à rien, pour faire barrière aux ondes négatives, vectrices d’instabilités émotionnelles. L’exercice était difficile, et je n’ignorais pas que ma résistance ne s’installerait pas dans la durée. Lorsque je me sentis faiblir, je m’efforçai de réagir en feuilletant une de ces revues on ne peut plus froissées, mise à la disposition du public.

Il y avait désormais bien plus d’un quart d’heure que j’étais sorti de la salle de préparation, et nous étions comme Anne, nous ne voyions rien venir.   

Cette fois je me sentais petit à petit débordé par l’anxiété, sans n’avoir aucune possibilité de stopper le processus en marche.  

La souffrance psychologique était aussi douloureuse, que les serres d’un rapace vous déchirant la chair, il fallait que je réagisse, aussi je pris la solution de sortir arpenter le couloir dans l’espoir de soulager ‘’ma peine’’.   

Si le médecin tardait tant à me laisser partir c’était sans doute qu’il avait trouvé quelque chose d’anormale, les idées noires me traversaient la tête à la vitesse du vent. Mon raisonnement était incohérent et sans fondement, mais compte-tenu de mon état de frayeur, je ne pouvais pas en être conscient.

Si l’attente était insupportable pour moi, Chantal commençait de son côté à manifester quelques signes d’impatience, il y avait à présent plus d’une demi-heure que j’étais sorti de la cabine de préparation et rien ne se passait, il fallait impérativement réagir.

Elle profita d’une nouvelle apparition du manipulateur en radiologie pour lui faire remarquer que nous étions toujours là. Il devait en parler au médecin, et allait nous tenir au courant.

Il fallut moins de cinq minutes pour qu’une jeune femme vienne nous donner l’autorisation de quitter les lieux, nous en conclûmes que nous avions tout simplement été oubliés, ce qui contribua à ma rassurer quelque-peu.

Pour l’heure j’étais plutôt pressé de m’engouffrer dans la voiture afin de quitter au plus vite le CAC de l’espoir, je voulais revenir à ma vie de tous les jours celle que l’on peut parfois trouver banale lorsque l’on est en bonne santé, mais qui vaut tout l’or du monde lorsque la faucheuse vous menace à chaque tournant de rue.

A l’heure où nous partions, les bouchons sur le périphérique nantais n’allaient sûrement pas manquer de retarder notre route, nous avions plus que l’habitude de ce genre d’inconvénient, aussi allions-nous devoir encore une fois prendre notre mal en patience.  



L’entrave

 

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Ce lundi 7 mars, j’étais bien décidé à bousculer mon égo, car le manque d’exercice physique me faisait perdre les forces dont j’avais expressément besoin. Je n’avais pas choisi le bon jour pour mettre le nez dehors, car il faisait frais, voir même froid lorsqu’un vent de l’est venait par vagues successives me fouetter le visage. Mon initiative ne m’apporta pas la satisfaction don j’avais escompté, j’eus donc tôt fait d’abandonner la partie.  

Je rentrai chez moi frustré de me sentir freiné par je ne sais quelle entrave. Était-ce un manque occasionnel de motivation ? Était-ce la fatigue cumulée depuis trop longtemps ? Étais-je tout simplement en train de faire le dos rond sous les coups de boutoirs d’un malin qui ne manquait pas une seule opportunité pour me rappeler sa supériorité au combat.     

Je ne pouvais pas remettre au lendemain ce que je n’avais pas pu faire ce jour, car un programme peu réjouissant m’attendait au CAC de l’espoir.

Ainsi donc je n’échappais pas à un nouveau contrôle médical, puisque mon 53ème scanner était programmé en ce début d’après-midi du 8 mars. Il n’y avait pas foule sur la nationale 249, à l’heure où nous mîmes le cap sur Nantes, la plupart des usagers de la route étaient encore installés devant leur déjeuner.

Ma grande expérience de ce genre de voyage ne me préservait pas, loin s’en faut, d’un stress qui se manifestait sans que je ne puisse faire autre chose que de tenter de le maîtriser. Lorsque nous atteignîmes notre but, la vision des bâtiments du centre ne firent qu’accentuer le phénomène.    

Plus la direction du CAC de l’espoir programmait la création de nouveaux parkings, et plus le nombre de voitures augmentait, cette fois encore nous dûmes nous résigner à garer notre véhicule beaucoup plus loin que prévu. 

L’entrée principale était bouclée, des flèches nous indiquaient la direction que nous devions prendre. Nous contournâmes donc le bâtiment sur la droite, et nous empruntâmes ensuite un dédale de couloirs qui nous conduisit là où nous étions attendus.

L’accès habituel avait été exceptionnellement condamné pour préserver l’intérieur de  l’édifice des très fréquents courants d’airs. L’immense hauteur du plafond, l’étendue des lieux conjugués avec l’ouverture quasi permanente des portes automatiques, faisaient qu’il était impossible d’y maintenir une température correcte.

Les architectes avaient conçu un hall d’accueil digne de celui d’une gare ultra moderne, en privilégiant la beauté, au détriment de la fonctionnalité. Depuis longtemps j’avais remarqué durant l’hiver que chaque box occupé pas le personnel de réception était équipé d’un radiateur électrique, et le plus souvent ce même personnel était chaudement couvert. Cette déperdition incommensurable de chaleur était un non-sens absolu, un budget énergétique abyssal dont je n’osais imaginer le montant. Je m’étonnais que ni le directeur général du centre, ni ses acolytes n’aient pas eu l’idée de prendre cette mesure plus tôt. Il était indéniable que le résultat en valait la chandelle, malades, accompagnants et personnel, tout le monde semblait s’y retrouver.   

Les démarches administratives étant faites, nous gagnâmes l’ascenseur pour accéder au second étage, service d’imagerie médicale. Je n’avais pas remis les pieds dans le secteur examens au scanner depuis plusieurs mois, mais j’avais l’impression d’y être déjà venu la veille. La salle d’attente était pleine, mais entre ambulanciers, accompagnants et patients, au final on n’était pas si nombreux à attendre que notre nom soit prononcé.

La porte de la cabine numéro trois s’ouvrit, et cette fois c’était mon tour. J’appréciais le lieu car il disposait d’une fenêtre ouverte vers l’extérieur, et donc d’une lumière naturelle, ce qui me paraissait moins lugubre que l’enfermement et l’éclairage aux néons des autres cabines.   

Le manipulateur en électroradiologie était nouveau au CAC de l’espoir, mais il avait débuté sa carrière à Angers. Indiscutablement le jeune homme aimait le contact avec ses malades. Même si je lui avais parlé de ma grande expérience en ce domaine, il me reprécisa point par point le déroulement de l’examen. La pose de cathéter fut un jeu d’enfant, manifestement les veines de mon bras droit se refaisaient une santé. Il me quitta quelques minutes puis revint me chercher pour passer dans la salle d’examen.

« Regardez monsieur la preuve que nous vous attendions ! »

Cette petite phrase sympathique avait été formulée pour que je constate par moi-même l’affiche électronique de mon nom sur l’imposante machine.



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, fin

turbullu

Entre le 30 octobre 2015 jour de mon 50ème examen au scanner, et le lundi 30 novembre 2015 date de mon rendez-vous chez mon généraliste, j’avais été tenu à l’écart des milieux médicaux. Un petit mois de répit qui ne m’avait pas permis cependant de reprendre mes activités physiques.

J’étais sorti du cabinet du docteur C plutôt confiant, car il m’avait trouvé en bonne forme, ce qui avait d’ailleurs été pour moi l’occasion de manifester un optimisme débordant. Les semaines qui allaient suivre me prouveraient qu’il ne faut jamais se réjouir trop vite, une nouvelle zone de turbulences n’allait pas tarder à me déstabiliser.

Mais avant cela le régisseur de mon destin m’accordait le prolongement d’une trêve qui s’avèrerait effectivement chèrement payée. Je voulais croire que mon état santé allait me permettre de reprendre mes marches régulières en campagne, aussi je puisais autant se faire que peu dans mes ressources mentales, pour me lever les fesses de mon fauteuil. Ces quelques petites balades n’étaient plus que l’ersatz de ce qu’elles avaient été par le passé, cependant j’arrivais à m’en contenter, car elles me donnaient l’espoir de jours meilleurs.

Le cataclysme du 29 décembre qui avait très douloureusement frictionné mes entrailles, m’avait, malheureusement ramené, à la case départ.   

En  ce mercredi 1 mars alors que le ciel se voilait encore une fois de gris, je pensais amèrement à ces deux premiers mois de l’année 2016 qui ne m’avaient laissé aucun repos.

Je lisais avec effarement cet emploi du temps, qui ne possédait pas les vertus que l’on aurait aimé lui attribuer.

Le calendrier s’établissait comme suite :

- du 29 décembre au 11 janvier, hospitalisation à Cholet

- le 13 janvier infirmière à domicile

- le 14 janvier cancérologue à Nantes

- le 18 janvier infirmière à domicile

- le 20 janvier chirurgien à Cholet

- le 21 janvier O.R.L  à Cholet

- le 25 et 26 janvier infirmière à domicile

- le 29 janvier généraliste à Cholet

- le 1 février infirmière à domicile et généraliste à Cholet  

- le 2 février chirurgien-dentiste à Cholet

- le 3 février infirmière à domicile

- le 4 février cardiologue à Cholet

- le 8 février chirurgien à Cholet

- le 9 février infirmière à domicile et audioprothésiste à Cholet

- le 10 février chirurgien à Cholet

- du 11 février jusqu’à ce jour du 22 mars infirmière à domicile

Toutes ces contraintes infligées à mon encontre, n’étaient que les conséquences d’un lent processus de destruction entrepris par le malin  début décembre 2004, processus auquel je devais faire face, afin de rester comme j’en avais envie, le plus longtemps possible la tête hors de l’eau.

Il n’y avait nullement matière à se réjouir en lisant cette liste, où puiser en effet la force nécessaire pour profiter malgré tous des petits moments de ciel bleu, mon capitale commençait sérieusement à s’épuiser.

D’autre-part le sentiment d’injustice que je me chargeais lui aussi de combattre, regagnait du terrain, et gangrénais mon esprit, à tel point que je ne savais plus comment faire pour le dompter.

Comment en effet pouvais-je ne pas me révolter lorsque je voyais mon idée de partir à Londres s’évaporer comme de l’eau sur le feu. Presque à chaque fois que nous décidions, Chantal et moi de prendre un peu de bon temps, un grain de sable venait enrayer notre plaisir, et bon nombres de nos projets étaient relégués dans un fond de tiroir. Vivre sa vie par procuration n’est vraiment pas la panacée, aussi étais-je de plus en plus rempli de jalousie envers les autres, ceux que je considérais comme plus chanceux que moi. Je ne méritais pas un tel ‘’châtiment’’, pas plus qu’ils ne méritaient selon mon opinion, leurs conditions de vie bien meilleures que la nôtre.

Cependant il n’était point question pour moi d’exprimer mon état d’esprit, je me devais de rester digne et souriant, au risque de voir mon entourage s’éloigner du vilain petit canard que j’étais en train de devenir.

Mon cerveau basculait entre le bien et le mal, entre le positif et le négatif, vivre ma vie de malade ce n’était pas seulement supporter mon corps meurtri, c’était aussi faire un énorme travail sur moi pour ne pas devenir ‘’ le monstre du Los Ness’’.

Cette nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues m’avait épuisé dans tous les sens du terme, et il ne fallait pas compter sur une période de repos, car le début mars s’annonçait vecteur d’incertitudes et de grands stress. Le cancérologue avait concocté pour moi trois rendez-vous, un scanner le 8 mars, une IRM le 9mars, et un visite à son cabinet le 15 mars.

 

 

 

 

 

 



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 18

tapap

Nous interpelâmes vertement la première blouse blanche qui se trouva sur notre passage, pour que l’on puisse rapidement me porter assistance. La femme que nous avions chargée de cette mission pénétra dans le bureau des secrétaires, et en sortie assez rapidement avec la promesse que je serais le prochain patient reçu en consultation.

Je continuais à me détendre, l’’abcès s’était percé sans une intervention humaine, aussi avais-je la quasi-certitude que cet incident allait m’épargner un nouveau séjour à l’hôpital.

Le personnel médical n’étant pas uniquement à ma disposition, nous dûmes nous résigner à attendre environ une petite dizaine de minutes avant qu’une infirmière vienne nous chercher.

Madame D la chirurgienne de service se souvenait de moi, nous avions passé le réveillon de la Saint Sylvestre ‘’ensemble’’.

Je lui demandai la raison pour laquelle on m’avait laissé sortir sans traitement d’appoint, dans la mesure où la veille du 11 janvier je bénéficiais toujours d’une thérapie par antibiotiques, à la fois par perfusion et par voie orale.

Je ne me faisais aucune illusion sur sa réponse, il n’était pas question pour elle de charger son collègue. Le corporatisme médical est puissant, et ses membres sont solidaires entre eux. Elle me répliqua que mon état de santé du moment n’exigeait pas que l’on prenne une telle mesure. Cette surinfection était la faute à pas de chance, mais je n’étais pas convaincu de la véracité de ses propos.

La plaie était certes béante mais elle ne trouva pas de quoi s’affoler. Elle tritura ma peaux sur le pourtour de l’ulcération pour faire sortir le reste de liquide jaunâtre qui était susceptible de stagner à l’intérieur, puis à l’aide d’une seringue sans aiguille, elle injecta dans la poche vide qui restait, du sérum physiologique, afin de nettoyer autant se faire que peu l’endroit.

Elle me posa une poche médicale pour recueillir les dernières impuretés restantes, et nous repartîmes avec une ordonnance pour des soins infirmiers. Je devais garder la poche jusqu’au mercredi date à laquelle je revoyais le professeur FR.

Le mardi 9 février j’avais un ‘’rencart’’ cette fois avec l’audioprothésiste, qui effectuait un travail très consciencieux de suivi et d’entretien de mes appareils. De ce côté-là je n’étais pas très rassuré, mon oreille gauche avait de nouveau perdu de l’audition, j’attendais simplement qu’elle me le confirme.

L’audiogramme étaya ma crainte, l’oreille interne était moins touchée que l’oreille externe, mais elle me suggéra de revoir l’ORL, ce qui ne présageait rien de bon. Elle fit un nouveau réglage de mes appareils de manière à les adapter aux nouvelles donnes, puis nous convînmes de fixer un nouveau rendez-vous.

Nous approchions petit à petit de la mi-février et je n’avais toujours pas possibilité de prendre du recul par rapport à cette vilaine période qui n’en finissait pas de se prolonger.

Ainsi donc le mercredi nous nous armâmes une fois de plus de courage pour revenir en consultation à l’hôpital. Bizarrement la salle d’attente était vide, nous n’eûmes guère le temps d’être assis, lorsque l’infirmière qui nous avait reconnu vint nous chercher. Le chirurgien naviguait entre deux bureaux, en attendant qu’il nous rejoigne, je fus invité à me mettre le torse nu, et à m’allonger ensuite sur la table d’examen.  

La poche avait été vidée la veille par l’infirmière de soins à domicile, mais cette fois elle était beaucoup moins remplie.

FR n’était pas spécialement quelqu’un de souriant, il allait à l’essentiel et ne s’égarait pas dans des discussions susceptibles de détendre l’atmosphère. Il ordonna à sa collègue d’enlever la poche, et de nettoyer la plaie, à la suite de quoi il m’ausculta. L’endroit était sensible certes, mais je n’avais plus vraiment mal. Il semblait que tout était sur le point de rentrer dans l’ordre, et il ne jugea pas nécessaire de me revoir. Il déclina la proposition de cette même collègue qui suggérait de me soigner par méchages, puis il quitta la pièce.  

J’espérais en avoir fini avec toutes ces consultations, il me restait cependant à recevoir le courrier du CAC de l’espoir qui n’avait pas donné signe de vie, concernant mes examens à passer, et nous attendions aussi le rapport du cardiologue, à propos de mon apnée du sommeil.

Enfin comme je ne pouvais absolument pas me passer de soins, il fallait patienter tous les matins pour que mon pansement puisse être remplacé. Justement l’infirmière à domicile n’étant pas d’accord avec la décision de FR, prit la décision de mécher la plaie, il n’était pas question de prendre le moindre risque.   

 



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