On est jamais trop petit

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Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique… et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.

Le Dalaï Lama

Vous pouvez blâmer les gens qui se cognent dans l’obscurité ou vous pouvez allumer des bougies. La seule erreur est d’avoir conscience d’un problème en choisissant de ne pas agir.

Paul Hawken

C’est parce qu’on s’imagine tous les pas qu’on devra faire qu’on se décourage, alors qu’il s’agit de les aligner un à un.

Marcel Jouhandeau

“Accepter l’inévitable sans révolte, ne pas s’apitoyer sur soi, penser encore à être utile, bien sûr, c’est cela le courage, beaucoup plus que des actes héroïques.”

Anne Bernard

 

Le quartier était venteux, je marchais à pas lents, et je frissonnais à chaque léger souffle de vent. Comme promis Chantal me rattrapa avant même que j’eus franchi la porte d’entrée du bâtiment. Je ne reconnus pas les hôtesses d’accueil, mais par-contre le décor n’avait pas changé d’un iota.

Mon humeur était aussi changeante que la météo en période des giboulées, j’étais parti gonflé à bloc, en cours de parcours mon anxiété avait repris le dessus, et à présent que j’étais ‘’dans le bain ‘’, cette même anxiété  s’évaporait pareil à de l’eau sur le feu.

Comme je l’avais prédit, la salle d’attente n’était occupée que par trois personnes, dont l’une fut appelée par une secrétaire pour lui remettre l’enveloppe contenant clichés et compte-rendu du médecin, qu’elle s’empara avant de quitter aussitôt les lieux.   

J’étais sur le point de prendre une revue, lorsqu’une femme arborant la cinquantaine apparut dans l’encadrement de la porte. Après avoir pris connaissance de mon identité, elle m’invita à la suivre.

Elle m’installa dans une petite cabine aussi lugubre que la plupart de celles que j’avais l’habitude de fréquenter, et me demanda de me mettre torse nu.

Outre mon blouson, mon gilet et mon polo, depuis mon éventration je portais aussi une ceinture de maintien abdominal, et une paire de bretelles pour soutenir un pantalon qui était passé de la taille 44 à la taille 50. Lorsque j’eus terminé de me débarrasser de tout cela, j’attendis que l’on vienne me chercher.

Je ne connaissais que trop bien cette profonde solitude, et ce silence pesant, pré et post examen, j’avais l’impression dans ces moment-là de vivre dans un monde parallèle à celui des vivants. Heureusement la même femme vint me chercher, brisant ainsi l’état d’esprit dans lequel j’étais plongé depuis ‘’mon enfermement’’.    

En fait elle était manipulatrice en radiologie, je n’étais pas sûr de voir le médecin qui allait étudier mes clichés, et c’était peut-être mieux ainsi.

L’imposante machine m’attendait plus que moi, la salle était sombre et peu accueillante. Je fus prié de m’approcher et de monter sur un petit marchepied pour que mes poumons soient à la hauteur voulue. Mon interlocutrice me demanda d’allonger mes bras le long du corps, les paumes de la main plaquées sur le bas des cuisses, puis de coller mon thorax sur la vitre.

« Inspirez à fond monsieur, et bloquez votre respiration ! »

J’entendis le déclenchement bien spécifique de l’appareil.

« Voilà monsieur c’est terminé, vous pouvez retourner dans votre cabine ! »

J’étais sur le point d’enfiler mon polo lorsqu’elle ouvrit la porte, pour me signifier que l’opération devait être réitérée, les images étant inexploitables.  

Il n’y avait rien de bien réjouissant dans ces propos, mais je lui obéis sans broncher, je renouvelai donc ma séance de déshabillage, afin d’être fin prêt lorsqu’elle viendrait me rechercher.    

La vitre sur laquelle je plaquai de nouveau mon thorax était un peu froide, je me raidi quelque-peu, puis après avoir suivi scrupuleusement les instructions de l’opératrice, je retournai dans mon lieu de ‘’villégiature’’.

Convenablement vêtu je m’assis sur le petit banc prévu à cet effet,  dans l’espoir de ne pas être une nouvelle fois contrarié par un autre imprévu.

L’opératrice vint m’extirper de mes pensées.

« Les clichés sont  nets, le médecin va venir vous voir pour vous communiquer les résultats ! »

J’hochai la tête en signe d’acquiescement, puis dans le silence pesant de mon espace réduit, je retins mon souffle en attendant le verdict. Certes je n’étais pas très à l’aise, mais bizarrement mes nerfs ne semblaient pas vouloir me jouer de mauvais tours, j’étais en effet en mesure de me maîtriser, ce qui n’était pas toujours le cas. 

La porte s’ouvrit de nouveau. Une femme de petite taille et plus âgée que la précédente s’adressa à moi.

« Je suis le médecin qui a étudié vos images. Vous avez des difficultés à respirer parait-il ? »

Elle n’attendit même pas ma réponse.

« Il faudra regarder ailleurs que du côté des poumons, car je n’ai pas trouvé d’anomalie. Vous pouvez retourner dans la salle d’attente, ma secrétaire va vous apporter votre dossier. Bonne journée monsieur ! »

« Merci ! Bonne journée à vous aussi ! »

 

 

 

 

 

 



Le diable en personne

le diable

La chose la plus difficile est de n’attribuer aucune importance aux choses qui n’ont aucune importance.

Charles de Gaulle

Vous pouvez vous désoler que les roses aient des épines mais vous pouvez aussi vous réjouir que les épines aient des roses !

Tom Wilson

Vous ne pouvez choisir ni comment mourir, ni quand. Mais vous pouvez décider de comment vous allez vivre. Maintenant.

Joan Baez

 

Mon traitement à l’Amoxicilline se poursuivait, Chantal mettait donc deux fois par jour une dosette de gouttes, dans chacune de mes oreilles. J’ignorais s’il y avait une relation de causalité, entre le dysfonctionnement de mes appareils, et le fait  d’une probable infection auriculaire, mais je constatai  au fil des jours une nette amélioration dans ma qualité d’écoute. Ces échos désagréables qui déformaient les sons pour les rendre insupportables avaient disparu, et je pouvais jouir à présent de la conversation sans faire de grimaces, et sans ressentir une certaine forme d’agressivité à l’intérieur de moi. De plus je n’observais plus sur mon oreiller que de faibles traces de suintements inodores, provenant de la surface des tympans.   

Le médecin ne considérait pas mes écoulements malodorants comme une preuve d’infection, l’audioprothésiste attribuait mes problèmes d’auditions à un mauvais réglage de l’appareil gauche, deux hypothèses qui s’avéraient peu probables, j’étais même convaincu que tous les deux avaient eu tort.

Des désagréments de toutes sortes empoisonnaient ma vie de malade, et je me rendais bien compte que les médecins, ou les spécialistes de tous bords, n’avaient pas toujours la science infuse, pour en expliquer les raisons. Souvent leurs diagnostics étaient basés sur des suppositions qui s’avéraient plus qu’aléatoires. Dès que je ressentais une valse-hésitation de la part des professionnels de santé, j’écoutais leurs explications, mais par la suite j’effectuais ma propre analyse sur l’origine de mes maux, afin de tenter d’améliorer autant se faire que peut mon bien-être au quotidien, par mes propres moyens.

Ce lundi 28 novembre je me réveillai l’esprit ailleurs, mon rituel journalier allait être mis à mal par un rendez-vous chez le radiologue, afin de terminer éventuellement la cause de mes essoufflements. Ce n’était pas trop la crainte des résultats qui me faisait flipper, mais  plutôt celle de rencontrer, ou même pire encore d’avoir à faire au médecin qui m’avait révélé quelques douze ans plus tôt sans la moindre délicatesse et sans la moindre compassion, le début de mon cauchemar.   

Même si j’avais appris au fil du temps à gérer la maladie et ce qui allait avec, le choc psychologique restait bien présent dans un coin de ma mémoire, et de me retrouver devant ce regard froid risquait à coup sûr d’être l’étincelle qui rallumerait le feu.

Laisser cette obsession s’ancrer définitivement en moi n’était pas une solution, alors que je buvais mon café sans enthousiasme, je songeai qu’il était temps de dédiaboliser le personnage.

Ma détermination me rassura un peu, je passai dans la salle de bain délesté de mon mal être, sûr d’être en mesure de me résonner, du moins si l’occasion se présentait.

L’examen était fixé à 11h30, à cette heure avancée de la matinée,  j’étais convaincu de trouver peu de monde dans la salle d’attente. Comme de coutume Chantal m’accompagnait et comme de coutume il fut difficile de trouver une place de stationnement. Elle me déposa donc à quelques dizaines de mètres du centre de radiologie, avec la certitude de me rejoindre dès qu’elle aurait garé la voiture. Nous étions à six jours de l’anniversaire de ce rendez-vous du 4 décembre 2004, date à laquelle ma vie avait basculé dans un trou noir sans fond. Douze années plus tard j’empruntais le même chemin, pour me rendre dans le même cabinet de radiologie, aussi ne pouvais-je pas penser à cette journée d’horreur absolue, sans ressentir des spasmes intestinaux douloureux.

 



Le chemin de la destinée

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Le succès, c’est d’avoir ce que vous désirez; le bonheur, c’est d’aimer ce que vous avez.

H. Jackson Brown

Il y a deux façons de faire face aux difficultés : soit on les transforme, soit on se transforme en les affrontant.

P. Boltome

Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. 

Khalil Gibran

 

Mon épée de Damoclès trônait invulnérablement au-dessus de ma tête. Elle m’enseignait toutes les minutes que Dieu fait, la fragilité de la vie, et me rappelait également constamment la chance qui était la mienne de pouvoir contempler encore le ciel, malgré toutes ces années de batailles. Je n’étais certes pas indifférent à cet état de fait, mais j’avais appris à m’en accommoder à défaut du reste.

Pourtant lorsqu’il s’agissait de prendre la direction de Nantes, afin d’y passer un examen, la perspective de résultats déprimants désarçonnait mon fragile équilibre façonné au cours des ans, dès lors, je ne voyageais guère l’esprit tranquille.

Cette fois il en était rien, je partais le cœur léger aux antipodes de ce que je connaissais dans de trop nombreuses circonstances.

Le trajet était routinier, et le ronron du moteur me berçait dans un demi-sommeil apaisant. L’heure de mon rendez-vous nous permit de suivre le périphérique sans trop de difficultés, mais nous savions que le retour ne serait pas de même.

Le CAC de l’espoir débordait d’activité, les parkings archicombles en témoignaient. Nous réussîmes à trouver une place sur la nouvelle aire de stationnement aménagée en contre-bas des bâtiments.

La température extérieure était un peu fraîche, mais rien de bien anormal pour la saison. J’atteignis l’accès  au hall d’accueil, essoufflé d’avoir parcouru les 150 mètres d’allées pentues qui nous en séparaient.  

L’entrée disposait d’un sas dont les deux portes automatiques s’ouvraient quasiment en même temps, avec l’inconvénient majeur de laisser le temps au froid de s’engouffrer à l’intérieur des bâtiments. Cette fois la direction du CAC de l’espoir semblait avoir retenu la leçon des hivers précédents, où des centaines d’euros dépensés en gaspillage d’énergie n’avaient pas permis de réchauffer convenablement les lieux. A présent la porte intérieure nous retenait dans le sas, jusqu’à ce que la porte extérieure soit totalement refermée. En l’absence de courants d’air, nous ressentîmes immédiatement à l’intérieur du hall cette chaleur qui faisait si cruellement défaut les années antérieures, particulièrement au personnel y travaillant.

Nous étions légèrement en avance, mais après les procédures habituelles d’admission, nous décidâmes de rejoindre sans plus tarder le second étage.

Les belles lumières d’ambiance qui existaient dans les salles d’attente, lorsque nous avions investi quelques années auparavant ce nouveau lieu, n’existaient plus. Là encore il me sembla que la politique de la direction tendait vers une maîtrise des dépenses.

Je n’avais apporté ni livre ni mots fléchés, je préférai patienter sereinement que mon tour arrive. 

L’oncologue avait beaucoup de retard, mais nous en avions l’habitude, certains patients nécessitaient beaucoup plus d’attention que d’autres, et j’étais bien placé pour le comprendre.

Il y avait peu de temps que N nous avait invités à nous assoir à proximité du cabinet du médecin, lorsque nous entendîmes la porte s’ouvrir et vîmes apparaître R avec sa bonne humeur coutumière.

Il était l’un des très rares médecins à s’excuser de son retard. Il me posa ensuite les questions rituelles. Je n’avais pas subi tous ces différents protocoles sans y laisser quelques plumes, mais globalement j’avais de la chance de pouvoir supporter les effets secondaires des chimiothérapies sans que ces traitements ne deviennent plus nocifs que bénéfiques pour ma santé. Il me restait de gros progrès à faire cependant, notamment dans l’acceptation des changements opérés sur mon aspect physique, mais de ce côté-là l’oncologue ne pouvait pas m’apporter son aide.

Hormis mes essoufflements, je n’avais pas eu de trop gros problèmes depuis notre dernière rencontre, il en fut avisé. Contrairement à ce que nous avions décidé, je lui parlai donc de mes essoufflements en minimisant la chose, et en lui précisant que j’avis consulté déjà le généraliste, avec à présent des examens en cours.  

Il tapota sur son écran et constata que ma prise de sang ne lui donnait aucune de raison de ne pas continuer mes prises régulières de Votrient, il m’en fit la remarque et me proposa donc de ne pas changer de protocole.

Cette fois il n’était plus question de différer un nouvel examen au scanner, il saisit son grand calendrier pour fixer une date, puis se ravisa. Je crus comprendre qu’en raison d’un changement d’organisation, il ne pouvait pas dans l’immédiat me fixer sur mon sort.

Muni de nos deux ordonnances habituelles nous pénétrâmes dans le bureau de N, et il chargea sa secrétaire de faire en sorte de clarifier la situation. Il prit ensuite congé de nous.

« Vous recevrez une convocation par le poste dans le courant de la semaine, je fais le nécessaire auprès des services. »

Après deux ou trois petits échanges courtois, nous remerciâmes N de son accueil, puis nous quittâmes les lieux sans nous retourner.

A l’heure de sortie des usines et des bureaux, nous n’échappâmes pas au traditionnel bouchon de la ‘’ Porte des Vignobles ‘’, mais avec un peu de patience, nous rentrâmes ensuite tranquillement chez nous.

Dès la fin de la soirée, les laboratoires qui avaient pris en charge mon analyse (Protéines – Marqueurs Sériques) pour détecter d’éventuelles anomalies cardiaques, nous indiqua par internet les résultats de ses recherches. De ce côté-là, il n’y avait pas matière à s’inquiéter, restait quand même cette radiographie des poumons qui n’allait certainement pas être au moment voulu, une partie de plaisir. La convocation que nous allions recevoir des CAC de l’espoir ne ferait pas partie non plus des lettres que j’aime recevoir, mais je n’avais pas d’autres alternatives que de me plier aux exigences tracées par mon destin. 



Vis tout de suite

 

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« Le plus grand obstacle à la vie est l’attente, qui espère demain et néglige aujourd’hui. C’est de ce qui est entre les mains de la fortune que tu veux disposer alors que tu lâches ce qui est entre les tiennes. Où regardes-tu ? Vers quel lointain vont tes pensées ? Tout ce qui est censé arriver relève de l’incertain : vis tout de suite. »

(Sénèque)

 

Depuis plusieurs années je souffrais de tremblements. Si ce handicap ne menaçait pas ma vie, il entraînait en revanche une gêne quotidienne, tous les gestes essentiels comme l’écriture par exemple, devenaient difficiles  voir même dans certains cas, impossibles à réaliser.

Suivant ma forme, il y avait des jours où j’étais capable de former correctement mes lettres, d’autres jours où mon écriture était celle d’un enfant, d’autres jours encore où la présence des gens me paralysait complètement les muscles. Je n’étais alors même plus capable de signer mon nom autrement que par une espèce de gribouillis peu flatteur.    

De cette difficulté à me confronter au regard des autres, naissait un cercle vicieux, mon angoisse d’être observé et jugé, alimentait ma nervosité qui augmentait mes tremblements, qui augmentait mon angoisse etc. J’en avais parfaitement conscience, mais je n’avais pas encore trouvé la force psychologique de me débarrasser de ma honte.  

Loin de s’y habituer, nous étions au contraire remplis de doute, notre inquiétude venait du fait que ma pathologie ressemblait fortement à celle d’un individu atteint de la maladie de Parkinson, nous demandâmes donc au médecin son point de vue.  

« Dans votre cas il s’agit d’un tremblement d’action, c’est en sollicitant vos muscles que vos mains se mettent à trembler, si vous posez vos mains sur la table elles restent immobiles. Dans le cas de la maladie de Parkinson, c’est totalement l’inverse.» 

La réponse était tout aussi rassurante que décourageante. J’évitais Parkinson mais pour le reste il fallait faire avec.  Il ne me proposait pas de traitements, il n’y en avait sans doute pas, c’était du moins les conclusions que j’en tirais. Une fois de plus devais faire en sorte de poursuivre mon chemin, comme si aucun obstacle ne venait l’entraver.  

L’autre sujet du jour relatait la présence permanente de gaz aussi bien dans mon estomac que dans mes intestins, présence dont j’avais beaucoup de mal à supporter les effets.

« Après l’opération d’une péritonite, le système digestif reste irrité un bon moment. Tout finira bien par rentrer dans l’ordre ! »

Je ne peux pas dire que ces explications me remplissaient de joie non plus, il y avait quand même presque un an que j’étais passé sur le billard, je voulais bien être persévérant mais il y avait des limites ! Le médecin pouvait bien me conseiller d’être patient, ce n’était pas lui qui subissait les méfaits de cette réaction inflammatoire tenace, j’évitai une fois encore de manifester ma frustration.  

Ce rendez-vous anticipait celui qui rentrait dans la cadre de mes renouvellements trimestriels de médicaments, soignant mes différentes pathologies annexes au cancer. Nous sortîmes donc avec l’ordonnance habituelle sans avoir obtenu de solutions à nos préoccupations du moment.

Nous reprîmes le chemin de notre domicile en ayant oublié de lui parler de mon genou, mais sans doute n’y aurait-il pas eu là encore de solution à apporter à cet autre déficience corporelle présente elle aussi sur ma liste.

Mes prothèses auditives continuaient à me transmettre épisodiquement des sons déformés et insupportables pour les nerfs, je n’étais pas retourné chez l’audioprothésiste mais j’envisageais de le faire dans un très bref délai. Le soir même Chantal commença à m’administrer dans mes conduits auditifs les précieuses gouttes d’Ofloxacine qui devait éviter une infection sous-jacente.         

Quatre jours après notre passage chez le généraliste, l’infirmière passa le matin pour prélever un peu de mon sang, afin de faire effectuer par un laboratoire d’analyses et conformément aux souhaits du généraliste, les recherches de dosage des Protéines et Marqueurs Sériques dans mon sang. 

Le même jour nous avions rendez-vous cette fois dans la région nantaise, pour faire un ixième bilan obligatoire, après deux mois de traitements au Votrient. Cet entretien auprès de mon oncologue était la deuxième visite intermédiaire entre deux scanners. Comme je l’ai déjà précédemment signalé, le docteur R avait décidé d’espacer de 2 mois supplémentaires la périodicité des examens.  

Nous avions décidé de passer sous silence mes défaillances respiratoires, ma légère hypothyroïdie et tout le reste de mes désagréments ‘’ à la mode’’, l’oncologue ayant déjà bien assez à faire avec mon cancer métastasé, dont la politique de soins relevait proprement de ses compétences et de son autorité.   



D’élève on devient le maître

 

 

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Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau de l’adulte que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ses tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons dissimulées ?

 

Delphine de Vigan

 

 

Il ne faut pas se plaindre de sa destinée et, quoi qu’il advienne, en prendre son parti et tourner toute aventure à son avantage. Ce qui compte ce n’est pas ce qu’on endure, mais la manière de l’endurer.

 

Sénèque

 

Si en arrivant sur cette terre nous sommes gorgés d’innocence, au fil du temps les coups de poings assénés par les épreuves successives, ainsi que les profondes blessures infligées par la lame acérée du destin, nous apprennent très vites que l’existence n’est pas un conte de fée.

Les bleus et les cicatrices de l’âme nous enseignent aussi que le bonheur n’est pas un objectif facile à atteindre, et lorsqu’on pense l’avoir rattrapé, ce bonheur devient aussi fuyant qu’une poignée de sable entre nos doigts. 

Cette adversité permanente nous contraint sans relâche au combat, et il faut apprendre aussi à vivre avec ses stigmates, notre ardeur de vivre ne s’entretient que par le sourire, même si ce sourire est approximatif. Dans le cas contraire notre source d’énergie s’épuise jusqu’à extinction, et on a alors bien peu de chance de trouver ne serait-ce qu’un petit moment, une source réelle de plénitude. 

Ne considérons pas les épreuves comme quelques choses d’injustes, même si c’est plus souvent le cas, tenons les au contraire comme une manière de s’endurcir tout en avançant vers une certaine forme de sagesse, d’élève on deviendra alors le maître.

 

Joël Gautier 28 décembre 2016

 

Nous arrivâmes chez le généraliste avec une liste de questions à lui poser au sujet de quelques-uns de mes petits problèmes, qui s’additionnaient à d’autres de plus grande importance.

Mes tremblements incessants des mains, mes oreilles qui continuaient à couler durant la nuit, mon genou droit qui craquait à chacun de mes pas, mes gaz intestinaux qui perdurait depuis des mois, et enfin et surtout ma gêne respiratoire qui s’intensifiait depuis quelques nuits, tout ça était soigneusement noté sur un morceau de papier que Chantal avait emporté avec elle.

Il était 12h30 quand nous franchîmes la porte du cabinet médical. Nous étions les seuls à attendre  notre tour, et je n’avais pas l’habitude de ce genre de situation. Je n’eus pas le temps de prendre une revue que le généraliste nous invita à passer dans son bureau.

Ma visite était en priorité destinée à découvrir l’origine de mes essoufflements à répétition, c’est donc par-là que le médecin débuta sa consultation.

Il commença par écouter soigneusement mes battements cardiaques, puis s’inquiéta de savoir si mes chevilles étaient enflées. Il me rassura car de ce côté-là tout allait bien.

Il étudia ensuite mes mouvements respiratoires à l’aide de son stéthoscope, et en conclut que l’air circulait bien dans les bronches, en outre ma tension était normale.

Je lui précisai qu’un contrôle d’une possible apnée du sommeil avait été déjà faite, et que les résultats s’étaient avérés négatifs. 

A première vue il ne trouvait pas la cause de mes désagréments, et pour plus de sûreté il décida de me faire passer une radiographie pulmonaire, ainsi qu’une prise de sang (Protéines – Marqueurs Sériques) pour détecter d’éventuelles anomalies. 

A l’aide de son otoscope il examina mes conduits auditifs, et trouva un liquide clair qui ne reflétait pas à son opinion la présence d’une infection quelconque. Il préféra néanmoins me prescrire deux boîtes d’Amoxicilline à titre de précaution.

Je descendis de la table d’examen, puis il m’invita à passer sur la balance. J’avais encore pris des kilos depuis la dernière fois, aussi étais-je désormais en légère surcharge pondérale.

« Peut-être que vos essoufflements viennent de là ! »

J’étais sceptique quant à un prétendu rapport entre mon poids et mes essoufflements, mais je me gardai bien de lui donner mon opinion. Je n’étais pas très inquiet de ce léger embonpoint, car je n’avais pas modifié mes habitudes alimentaires depuis des lustres, sa cause venait probablement d’un manque d’activité, je marchais en effet très irrégulièrement. J’avais conscience que du fait de cette sédentarité de plus en plus évidente, je rentrais progressivement dans un cercle vicieux. En effet moins je marchais plus je m’empâtais, et moins j’avais de résistances à l’effort, mais j’en étais persuadé ma fatigue physique n’avait rien à voir avec mes difficultés respiratoires qui se déclenchaient au repos le matin à mon réveil. 

Je voulais bien donner un peu de crédit à son avis médical, et faire en sorte d’appliquer ses conseils, mais parfois malgré ma meilleure volonté, le défi sportif sensé me faire retrouver ‘’ma taille de guêpe’’ était quasi impossible à relever.   



L’évolution de l’espèce

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L’évolution de l’espèce dans un univers souvent hostile n’est pas un parcours de tout repos, bien des souffrances sont infligées, bien des larmes sont versées, bien des drames font le sujet de l’actualité et pourtant, tout n’est pas négatif dans l’existence des humains, loin s’en faut, il suffit de regarder du bon côté du miroir pour se nourrir salutairement  des beautés de la vie.

Il y a longtemps de cela, mes enfants étaient encore petits, nous avions décidé de faire une petite excursion en bord de mer en famille. A l’époque j’adorais prendre une caméra pour filmer l’instant présent.

Je compris très vite comment à travers l’œil de la caméra je pouvais influer le spectateur sur sa vision du monde. Nous étions au cœur de l’hiver et la plage était quasi déserte. Un triste spectacle s’offrait à nous, des centaines de déchets de toutes sortes ramenées par la mer s’amoncelaient au fur et à mesure de notre promenade, pire encore ma paire de basket blanche presque neuve était maculée d’une substance noire et gluante, résidus de boulettes de mazout disséminées çà et là sur le sable. J’aurais pu filmer les effets de l’incivisme peu scrupuleux d’une humanité qui n’avait pas conscience qu’elle hypothéquait l’avenir d’une planète ne lui appartenant pas, mais je préférai au contraire attarder mon regard sur le bleu du ciel, sur le spectacle d’une envolée de mouettes, ou sur celui de pêcheurs à la ligne grimpés sur des rochers, qui tentaient la prise du siècle.

Bien sûr il n’était pas question de me voiler la face,  je constatais une fois de plus que nous vivions dans un environnement moderne, mais contradictoirement de moins en moins civilisé. Cependant je voulais faire confiance en l’avenir, j’étais sûr que notre monde allait trouver un jour une solution à ses dérives, c’est la raison pour laquelle mon reportage devait susciter le rêve et l’évasion, en éludant les côtés sombres et désespérants de l’humanité.

La photographie ou l’image animée en fonction du sens que l’on veut bien leur donner peuvent être ou non vectrices de transmission de l’optimisme, lui-même source de bien-être, et de performance. Un bon  état d’esprit donne l’envie de passer à l’action positive, à l’inverse il freine l’investissement de soi au risque de sombrer dans le néant.

Il en va de même pour le cancer, la première vision que l’on a de la maladie, c’est un peu comme cette plage souillée par l’inconscience collective, il faut apprendre à détourner son regard vers un horizon bleuté, afin d’emmagasiner suffisamment d’énergie positive, pour  s’attaquer ensuite à la racine du mal.

Qui affronte la pire des tempêtes, doit avoir l’instinct de s’agripper à la barre du navire, plutôt que celui d’enfiler une bouée de sauvetage, par peur de la noyade. L’océan n’est pas éternellement agité, la tempête finit toujours par ce calmer, laissant ainsi au bateau le loisir de rejoindre son port d’attache. Certes parfois ce navire arrive très endommagé, mais il accoste quand même, et son capitaine peut être certain de retrouver sur le quai des êtres chers qui ont été, qui sont et qui seront la source de son énergie combative.     

 

                                                            Joël Gautier le 16 décembre 2016

 

Le plaisir d’une qualité d’écoute retrouvée ne dura pas longtemps. Dès le début d’après-midi l’écho parasitant les sons de différentes origines recommença à me transpercer les oreilles et donc à me fracasser la tête. Cette déconvenue eut le don de me contrarier au-delà de l’ordinaire et me rendit maussade pour le reste de la journée.

La maladie et ses conséquences allaient-elles me laisser un jour un long moment de répit ? Il n’y avait rien de moins incertain, d’autant plus qu’à mes problèmes d’écoute, s’ajoutait depuis quelques jours des difficultés à respirer, plus particulièrement en fin de nuit, ce qui écourtait quelque peu mon temps de sommeil. Je souffrais depuis assez longtemps d’arythmie cardiaque, pour savoir que le problème venait d’ailleurs. L’apnée du sommeil ne semblait pas non plus être la cause du mal, puisque au mois de février dernier j’avais subi un examen à ce sujet, examen qui s’était révélé négatif.     

Dans le but de me rendre prochainement à un rendez-vous au CAC de l’espoir, l’oncologue m’avait ordonné une prise de sang, dont les résultats dévoilaient un taux de TSH trop élevé, et donc une tendance à l’hypothyroïdie.

Mon généraliste qui recevait un double de ces résultats, nous le fit savoir par téléphone, ce qui permit à Chantal de lui parler de mes essoufflements.     

« Joël m’a tellement prit de court depuis ces nombreuses années de maladie, que je ne veux pas prendre de risque avec lui, venez donc me voir en consultation en fin de matinée. »

Ainsi donc en ce vendredi 18 novembre je n’avais pas d’autres issues que de me rendre à son cabinet, la récréation loin des milieux médicaux que j’espérais depuis mon dernier passage chez l’oncologue devenait de plus en plus illusoire.

 



La course au progrès

course au progrès

 

Oh la la la vie en rose
Le rose qu’on nous propose
D’avoir les quantités d’choses
Qui donnent envie d’autre chose
Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires
Dérisions de nous dérisoires car ……

 

Alain Souchon

 

Dans ce monde totalement déshumanisé, chacun s’acharne à vouloir plus que son voisin, en travaillant d’arrache-pied  jusqu’à en oublier parfois le bonheur de vivre avec ses enfants.

On se persuade que la vie est chère, mais quand on veut le beurre, l’argent du beurre, et en plus le sourire de la crémière,  il ne faut pas s’étonner de connaître des fins de mois difficile. Ainsi donc pour ne pas être un citoyen de seconde zone, c’est du moins ce qu’on imagine, on achète à tout va, en confondant le futile avec l’essentiel. Plus on en a, moins on a l’impression d’en avoir et plus on en veut, un cercle vicieux qui a de graves conséquences sur l’équilibre des ménages.   

Le pire c’est que l’on inculque aux très jeunes générations le culte de l’objet roi au détriment de toutes appréciations des valeurs humaines.

L’aisance matérielle comme l’argent d’ailleurs, n’ont jamais fait le bonheur des gens, pourtant dans notre environnement fortement matérialisé on tend à vouloir nous prouver le contraire.

Dans ces conditions il est logique que cette vie dite moderne nous impose son diktat sans que nous en soyons réellement conscients. Stress et compétition au travail, rythme à cent à l’heure, pollution, mal bouffe, nous courons après quelques choses sans savoir réellement après quoi.

On perd donc sa santé et en même temps sa qualité de vie, alors qu’à la base notre but était d’obtenir l’inverse.

Il faut être dans la panade et contraint de lever le pied pour comprendre enfin qu’il est nécessaire de donner un sens à sa vie.

A force de regarder vers l’avenir, on oublie le présent, et le présent c’est celui que nous vivons avec nos enfants, notre famille, nos amis. Il faut en découvrir la valeur pour admettre enfin que le primordial n’est pas la course au progrès, surtout lorsqu’il n’est pas indispensable.

 

 Joël Gautier 10 décembre 2016

 

 

 Il n’est pas exclu que ma déficience auditive évolue dans un futur plus ou moins proche, vers une surdité totale, j’en suis plus que conscient, et il me faut vivre avec cette évidence aussi flippante soit-elle.  

Je n’étais donc pas très à l’aise en me présentant devant l’audioprothésiste, je redoutais un diagnostic qui ne soit pas en ma faveur. Pour l’heure je devais d’abord lui signaler une anomalie au niveau de mon oreille gauche, car depuis quelques temps, les voix des personnes et les bruits environnementaux faisaient écho de manière fort désagréable dans mon appareil

Il lui fallait déterminer la cause de ce disfonctionnement, elle proposa donc de me faire subir un audiogramme, avant de se pencher sur une éventuelle défectuosité du dispositif.

Depuis peu je constatais aussi des tâches plus larges sur mon oreiller, preuve que mes oreilles coulaient abondamment, je lui en fis également part. Elle commença donc par examiner mes conduits auditifs à l’aide de son otoscope et jugea qu’il n’y avait pas de signe apparent d’infection.

Le casque sur les oreilles, je me préparais donc à tester les limites de mes capacités à entendre des sons à différents niveaux et différentes fréquences. L’exercice n’était pas facile et il requérait une concentration maximale, j’en avais l’habitude et je m’appliquais à bien faire les choses. 

Le résultat se présenta comme une bouffée d’oxygène au regard des trois derniers comptes rendus d’examen. L’audition de mon oreille gauche qui durant tous ces mois n’avait eu de cesse de se dégrader, s’améliorait enfin légèrement. Quant à mon oreille droite mon aptitude à entendre restait la même, ce qui n’était pas une mauvaise chose en soi.

Mon appareil gauche était à présent réglé trop fort, il fallait peut-être trouver là l’explication  de l’intensité disproportionnés des sons qui me martelaient insupportablement le cerveau.

Nous sortîmes de chez l’audioprothésiste une heure plus tard, et je constatais en effet une amélioration de ma qualité d’écoute. Je tolérais mieux le bruit du trafic routier et c’était déjà un bon indice quant à la suite des évènements.

 

 

 



La capacité de rebondir suite

rebondddi

 

Expédié en ce lundi 3 octobre 2016 comme on lance une bouteille à la mer, je pus lire toujours sur ce même forum, le message suivant.

« Je suis  asiatique mais mon père vit dans notre pays d’origine. Il est actuellement très malade, mais je ne sais pas comment me procurer du Néxavar, je n’ai pas trouvé la solution sur internet. Je voudrais acheter ce produit, mais je ne sais ni où, ni dans quelles conditions ! » 

Je ne voulais pas faire preuve de lâcheté, mais j’espérais quand même que d’autres malades se manifesteraient avant moi, face à ses interrogations.     

Quelques jours plus tard, notant aucune réaction de qui que ce soit sur le site, je me décidai de lui répondre en faisant preuve, autant se faire que peut de diplomatie, en raison de l’embarras de la situation.

« Néxavar est un produit pharmaceutique excessivement cher, il est dans tous les cas prescrit avec des conditions précises par un spécialiste du cancer. (Oncologue) En France il est pris en charge par la Sécurité Sociale, je ne connais pas les dispositions gouvernementales étrangères.
IL est fort peu probable de trouver ce produit en libre circulation, encore moins sur le net, donc attention aux arnaques ! »
J’avais parlé de produit onéreux sans en dévoiler le montant (3262 euros la boîte d’un mois de traitement), car même s’il arrivait à se procurer une ordonnance auprès de son pays d’origine, je savais mon interlocuteur bloqué dans une impasse, celle du financement à long terme du produit.

Quelques jours plus tard il me remercia pour mes explications et mes mises en garde, je ne lui avais pas  précisé que le médicament se trouvait en pharmacie, car pour moi ça coulait de source. Je pensais plutôt qu’il cherchait à obtenir Néxavar par une voie détournée, dans le but évident de l’acquérir à moindre coût. Il m’annonça donc que l’officine de son quartier disposait de ce traitement comme si c’était pour lui une découverte. 

« J’ai trouvé une pharmacie à Paris pour acheter Néxavar. On m’a demandé de présenter une ordonnance, j’ai donc fait le nécessaire auprès de ma famille pour en acquérir une. Je sais le prix de cette thérapie est élevé, (le savait-il à quel point ?) mais je dois tout tenter pour sauver mon père.
Je vous remercie beaucoup de votre aide et votre réponse. »

A moins de dépenser toutes ses économies, et sans doute une très bonne partie de son salaire, je ne voyais pas par quel miracle il allait pouvoir porter à bout de bras, le poids des dépenses engendrées par  les soins de longues durées dont son père avait expressément besoin.

Je trouvais le contexte autant injuste que cruel, essayons d’imaginer qu’en France on assiste à la mort lente de ses parents simplement par le manque de moyen pécuniaire de la famille, l’état et la solidarité nationale faisant totalement défaut.

L’idée me fait froid dans le dos et pourtant le cas de cet asiatique n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan d’injustices constatées à chaque seconde que Dieu fait sur cette planète. 

En France tout le monde semble trouver normal de profiter d’un système qui va bien au-delà du privilège, concernant les habitants d’autres pays, au mieux on n’image même pas qu’ils puissent être dans la merde jusqu’au cou, au pire on s’en fou comme de sa première chemise ! 

Depuis lors je n’ai plus reçu de nouvelles de mon interlocuteur, mais je reste très pessimiste quant à l’issue de ces démarches, en espérant dans le meilleur des cas que l’ordonnance dont il doit refaire la demande tous les deux mois, soit autorisée dans l’hexagone, et il n’y a rien de moins aléatoire.    

 

Ma bonne étoile était comme l’Arlésienne, je voulais y croire, mais elle ne se manifestait jamais. Nous avions une nouvelle fois abandonné le projet d’un petit voyage dans l’est de la France, car je passais une période de fatigue intense comme j’en avais malheureusement trop souvent l’habitude. Dans ce contexte, l’idée de quitter quelques jours mon domicile et de perdre ainsi une grande partie de mes repères me paniquaient sans doute au-delà de la démesure, mais c’était ainsi et pas autrement, en effet en dépit de mes meilleures volontés, je ne me sentais pas maître de mes mouvements. L’organisme est parfois en souffrance extrême, il sait dans ces moment-là vous l’exprimer, aussi faut-il savoir l’écouter, au risque d’être confronté rapidement aux pires ennuis.

Ce manque d’énergie me clouait la plupart du temps dans un fauteuil, mais j’avais appris à dédaigner l’ennui en pratiquant à défaut de la marche, une certaine forme de gymnastique d’esprit.

Le mois de novembre s’affichait au calendrier, bientôt nous allions ‘’fêter’’  les un an de mon dernier séjour à l’hôpital. L’image de cette violente averse de pluie qui avait caractérisé l’après-midi du lundi 11 janvier 2016, restait profondément gravée dans ma tête, comme si ce jour de retour à mon domicile avait eu lieu la veille.

Le vendredi 4 novembre j’avais rendez-vous avec ma prothésiste auditif, nous en étions à notre 6ème rencontre depuis que l’O.R.L m’avait convaincu, peu de temps après mes séances de radiothérapie des cervicales, de la nécessité de me faire appareiller.  

En France nous bénéficions d’une assurance santé avantageuse, même si on doit mettre la main au portefeuille. Dans le cas particuliers des longues affections, Il est vrai que grâce au système de solidarité que nous connaissons,  les gens en bonne santé paient une grande partie des soins apportés à ceux qui sont malades. Ces efforts pécuniaires leur font grincer parfois un peu les dents, mais qu’ils gardent à l’esprit qu’un jour ils seront peut-être confrontés eux aussi à l’épreuve de la maladie, à choisir j’aimerais être de leur côté.

D’ailleurs il n’est pas tout à fait exact de penser que les ALD (c’est comme ça qu’on surnomme entre autres le cancer), ne contribuent jamais aux financements de leur pathologie et de ses conséquences.

Pour bénéficier des bienfaits d’une prothèse auditive par exemple, il m’a fallu débourser après avoir eu la chance de recevoir différentes aides financières, la somme de 900 euros sur un total de 3000 euros, être malentendant n’est sûrement pas une partie de plaisir, surtout lorsque cet affection est ressentie comme une triple peine.

 

 

 



Décembre 2004, décembre 2016

 

syyyyell

Voilà ce que furent en 2008, les toutes premières phrases d’introduction, de mon blog : Mon cancer du rein.  

 

Chers tous

 

C’est une conséquence du progrès que d’entretenir l’appétit du futile en variant son menu, les pays riches vibrent bien trop souvent pour des choses qui n’en valent pas la peine, au détriment de celles qui méritent que l’on s’y attarde.

L’homme nait avec plusieurs cartes maîtresses en main, dès son plus jeune âge, mais  il sait que la vie est un jeu, et qu’il faudra perdre un jour la partie. Avant d’être vaincu, il peut cependant gagner bien des manches, en préservant par exemple le plus précieux mais le plus vulnérable de ces trésors, sa santé.

Malheureusement ce même homme pêche trop souvent par insouciance ce qui fait que ce capital est bien mal gardé.

C’est ainsi qu’aussi soudainement qu’un orage, un drame, qu’il aurait souhaité ne jamais connaître, survient en plein milieu de sa vie réduisant à néant l’être qu’il était, et qu’il ne sera plus.

Combattre l’adversité ramène l’individu aux choses essentielles, tandis qu’un chemin sans entrave, ne fait que de l’en éloigner.

La société matérialiste qu’il côtoyait, se caractérisait jusqu’à présent par une surabondance d’informations, ne pas confondre l’accessoire du fondamental n’était pas de ses priorités, le malheur le ramène à la raison. Il n’emploiera plus le temps qui reste à s’attacher à des superficialités.

 

 

Le mot anniversaire n’est pas très approprié dans de telles circonstances, mais existe-t-il  un autre terme pour le remplacer, lorsqu’il s’agit de se remémorer une date fatidique, celle du 2 décembre 2004 où tout vacilla autour de moi.

La prochaine journée mondiale consacrée à la lutte contre le cancer est fixée au 4 février 2017, mais il n’est jamais trop tôt pour se rappeler la virulence de ce fléau qui touche toutes les familles de près comme de loin.

En février 2008 un peu plus de trois ans après avoir débuté la lutte contre un ennemi tout autant sournois que cruel, j’ai décidé d’écrire un livre témoignage sur mon combat au quotidien. J’ignorais à ce moment-là  qu’il atteindrait les 549 pages d’un long récit ponctué de larmes, de joies, de doutes, mais aussi d’espérances. Il me fallut composer des heures durant devant mon ordinateur pour exorciser mon état d’esprit, au fur et à mesure de l’évolution des évènements.   

Aujourd’hui donc 2 décembre 2016,  il y a 12 ans jour pour jour que mon destin prit des chemins tortueux. Je veux ce message rempli d’espoir, et je l’adresse à tous ceux ou à toutes celles qui seraient tentés de baisser les bras face à l’adversité.

Rien n’est jamais gagné d’avance, mais rien n’est jamais totalement perdu non plus, il faut croire à la vie malgré les épreuves, et autant se faire que peut ne pas abandonner le combat. L’exercice n’est certes pas des plus faciles, mais relever le défi peut valoir le coup.  

 



La capacité de rebondir

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On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher, être né quelque part, c’est toujours un hasard, etc etc.

Dixit Maxime Leforestier.

Comme je le stipulais dans mon dernier article, naître en France est un privilège, et il serait urgent de s’en rendre compte, au lieu de s’accrocher à ses petites misères, sans se soucier du voisin d’à côté.

Lorsqu’en 2004 le ciel me tomba sur la tête, je fus tout d’abord anéanti par ce cataclysme, puis comme un miroir brisé je tentai peu à peu de recoller les morceaux. Se reconstruire nécessita l’aide de beaucoup de monde, famille, médecins, amis, et ma réaction d’alors fut de leur faciliter le travail en m’ouvrant spontanément vers eux, afin de ne pas me sentir peu à peu prisonnier des affres de la solitude.  

Malgré la bonne volonté de tous, il me manquait quelque chose d’essentiel, j’appartenais désormais à ‘’une sorte de communauté’’  dont mon entourage était exclu, et je désirais ardemment m’approcher d’elle. 

En surfant sur internet je découvris rapidement que le cancer du rein n’était pas aussi rare que les statistiques voulaient bien nous enseigner. Un certain monsieur B avait monté un forum de discussion sur lequel pouvait s’inscrire plus particulièrement les proches familles et les malades atteints d’un cancer métastatique du rein traité au Néxavar, Sutent, Votrient.

En cette année 2006 je n’avais pas encore acquis assez d’expérience dans la manière de gérer  ma nouvelle vie, aussi n’avais-je que des choses à apprendre par le biais des nombreux témoignages que l’on pouvait y lire. Les plus expérimentés d’entre nous animaient le forum avec entrain, et leurs messages remplis d’espoirs me donnait ainsi sans doute qu’à bien d’autres de leurs lecteurs, du punch pour renforcer notre lutte contre le malin.

Il est vrai qu’à l’époque les milieux médicaux présentaient ces traitements révolutionnaires comme une poudre de perlimpinpin exagérément prometteuse, aussi cette fausse bonne nouvelle engendrait un optimisme débordant qui ne laissait aucune place à la morosité, mieux encore les préoccupations liées à la maladie devenaient parfois presque des éléments de discussions annexes.

Si ces chimiothérapies nouvelles générations prolongeaient la vie des patients, très vite les malades comprirent qu’elles ne les guériraient pas. De plus tous n’étaient pas logés à la même enseigne, il y avait ceux qui ne pouvaient pas supporter l’agressivité des effets secondaires parfois pire que le mal,  il y avait ceux ensuite dont l’organisme ne répondait pas favorablement aux bienfaits de la thérapie, il y avait ceux enfin qui au bout d’un certain nombre d’année de soins finissaient quand même par  aborder la phase finale du cancer sans que la médecine ne puisse y faire quelques choses.    

Ainsi au fil du temps je constatai l’effilochement de l’enthousiasme des personnes qui œuvraient sur ce forum, la disparition progressive des pionniers du site plomba même sérieusement l’ambiance. Pire encore le décès de l’élément fondateur de ce même site, B qui avait su nous transmettre sa vigueur, son optimisme, sa gentillesse, son humour, bref son amour de la vie, sema le désarroi le plus total.     

D’année en année de disparition en disparition je me retrouvai petit à petit en position de ‘’leader’’ un mot que je n’aime pas beaucoup employer,  mais il faut bien l’admettre, je faisais à présent partie des plus anciens malades encore vivants, présents sur ce forum.
Humainement je ne pouvais pas laisser l’inquiétude et la morosité s’installer chez certains patients ou certaines familles qui posaient des questions et qui espéraient lire des réponses apaisantes.

J’avais à présent pas mal de recul pour me permettre de porter un jugement sur l’efficacité ou non de ces traitements, mais aussi sur ma qualité de vie et sur le degré de tolérance de mon organisme, je pouvais donc donner des conseils dans la mesure de mes compétences.

J’avais pourtant beaucoup de mal à ‘’canaliser les troupes’’, pour qu’elles retrouvent à travers nos échanges écrits une certaine forme de confiance. Je n’étais pas le seul à vouloir contre vent et marrée redonner aux gens l’optimisme qui leur faisait cruellement défaut, mais nous n’avions décidément ni le charisme, ni le tonus de notre ami B pour inverser efficacement la vapeur.

De ce tableau un peu sombre, il fallait cependant faire extraction d’un point positif, pourtant passé sous silence dans les différents commentaires. Personne ne connaissait en effet de difficulté à financer ses soins médicaux, et pour cause la sécurité sociale y pourvoyait généreusement.

Comme je l’ai signifié précédemment dans ce témoignage, le coût des chimiothérapies varie entre 1200 euros et 3300 euros pour un mois de traitement, à quoi il faut rajouter les frais d’opérations, d’examens, d’analyses et de médicaments complémentaires.

Sans cette solidarité active de tout un peuple, je ne serais plus là pour témoigner.

Au début de la maladie ma chance d’être français, ne m’avait pas effleuré l’esprit, j’étais pris dans la tourmente du cancer, je me laissais porter tel un pantin par le milieu médical, et bien d’autres pensées noires que celles du financement des thérapeutiques me taraudaient la tête.

Depuis lors j’avais appris à canaliser mes émotions et à cohabiter avec le malin, bref j’avais petit à petit repris les rênes de ma vie, ce qui me permit de recouvrer ma faculté de réflexion trop longtemps occultée par les angoisses du cataclysme subi.

L’occasion de mesurer l’ampleur de ma position de privilégié concernant l’accès au soin n’allait pas tarder à se manifester.

 

                                                                          Joël Gautier le 29 novembre 2016

 

 

Les professionnels de santé me laissant seul juge, je ne savais pas si je prenais la bonne décision en acceptant de subir ces deux nouvelles opérations, mais mon instinct me disait qu’il fallait aller de l’avant.

Je devais donc me faire violence pour endurer ces nouvelles épreuves, mais j’avais confiance en l’avenir et j’espérais que ma hardiesse allait être récompensée. 

Malheureusement il n’en fut rien, ces nouvelles tortures ne servirent pas à grand-chose car les deux opérations à peine achevées, une nouvelle tumeur apparut à ma surrénale droite restante.

Encore une fois l’optimisme un peu trop débordant du médecin n’étant pas couronné de succès, nous dûmes  remettre indubitablement les pendules à l’heure.  

Non seulement je ne pouvais pas espérer me débarrasser des contraintes de la chimiothérapie, mais quelques temps plus tard il fallut admettre en plus que le Sutent n’était plus assez efficace, l’oncologue ayant dû le remplacer par le Votrient.

En faisant le bilan de ces douze années de combat, je constatais  que l’ennemi ne m’avait guère offert de trêves, il avait su même être assez sournois pour induire en erreur plusieurs fois la médecine.

Comme je le mentionnais lors de mon précédent article, c’est donc en pensant à tout cela que je mis brusquement à douter du jugement de mon oncologue. Certes mes trois derniers scanners offraient de très bon résultats, mais fallait-il pour autant baisser la garde ! Janvier 2017 me paraissait à présent une éternité pour me rassurer ou non une ixième fois sur mon sort.  

Les dés étaient joués, j’espérais donc que le destin allait jouer en ma faveur, d’ailleurs je déplorais ces nombreuses rechutes, au cours de mon parcours de douze années de galère, mais j’oubliais qu’à chaque fois ma capacité à rebondir m’avait permis de poursuivre mon chemin, ce qui n’était pas le cas pour de nombreux malades.    

 



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