Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 4

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Ainsi donc s’achevait l’année 2015 en jus de boudin, et le début de l’année à venir allait forcément elle aussi être marqué par ces ixièmes péripéties de santé, car je n’étais pas sorti de l’auberge.

Nouvelles constances, nouvelles visites de l’infirmière avec à la clé une énième prise de sang de plus en plus douloureuses en raison de veines bien fatiguées, nouveau supplice de changement de draps et de la toilette corporelle, et toujours l’interdiction de boire et de manger. J’avais à mon actif, la satisfaction de revoir la lumière du jour,  elle faisait disparaitre de mon esprit les angoisses  de la nuit.

Je n’avais pas revu le professeur FR depuis le soir de mon intervention, celui-ci étant de garde en ce jeudi 31 décembre, j’eus l’opportunité donc de le rencontrer lors de sa visite aux malades.

Il hocha légèrement la tête en signe de salut, je crus apercevoir un très léger sourire au coin de ses lèvres, puis je tendis les oreilles pour entendre le compte-rendu de mon intervention chirurgicale.

J’avais été opéré d’une péritonite, mon appendice perforée retirée, FR avait lavé autant se faire que peut mes intestins de l’infection qui s’était répandu. Il me faudrait patienter une bonne semaine avant de prétendre rentrer chez moi, j’étais donc  ainsi prévenu. Il me tâta le plus délicatement possible mon abdomen gonflé, mais n’insista pas davantage en constatant mes grimaces.

« Demain c’est ma collègue qui est de service, je reviendrais vous voir samedi. »

Le chirurgien avait donné l’autorisation de me donner à boire un liquide chaud au diner, mais je fus  totalement indifférent à l’annonce de la nouvelle.

Mon voisin de chambre se rétablissait beaucoup plus vite que moi, en effet moins de quarante-huit heures après l’intervention  il était capable de s’asseoir au bord du lit. Quelque-part je l’enviais un peu, car à l’inverse de lui,  je n’étais qu’une marionnette emberlificotée dans ses fils. Dépendre  entièrement des autres, n’était pas une situation que l’on pouvait qualifier d’enviable.     

La sonde gastrique me gênait beaucoup, lorsque j’avalais mon peu de salive, j’avais l’impression que l’on m’arrachait la gorge, d’autant que le fait d’être privé d’eau aggravait la sensation de sécheresse et d’irritation. Le pire c’était lorsque je faisais un mouvement inapproprié et que le tube en plastique effleurait  le tube digestif ou titillait la luette, dans ces moment-là  je tirais du cœur en faisant fortement la grimace. Par expérience je savais qu’il ne fallait pas focaliser mon attention sur ce genre de désagrément, car la situation risquait de devenir rapidement insupportable pour les nerfs. Par une subtile gymnastique d’esprit je me persuadais au contraire que les meilleurs moments étaient à venir, et que la patience étant la mère de toutes les vertus, je verrais un de ces jours le bout du tunnel.     

Les puissants analgésiques qui m’empêchaient de souffrir, me maintenaient dans un état léger de somnolence et dans une sorte de léthargie. Tous les services de la matinée étaient passés dans la chambre, et nous étions à présent seuls avec nos pensées. Mon voisin assis dans son fauteuil fermait les yeux, quant à moi je scrutais le plafond, les fenêtres, et les murs, lorsque mon attention fut attirée par un iule qui courait sur la tapisserie. Je sonnai immédiatement l’aide-soignante pour qu’elle nous débarrasse de cet intrus. Celle-ci arriva à mon chevet accompagnée de l’une de ses collègues. Lorsque je leur fis la remarque de l’insecte sur le mur, elles se regardèrent droit dans les yeux, l’air embarrassé.  Je compris immédiatement qu’il se passait quelque chose d’anormal.   

« Ce n’est pas un mille-pattes monsieur, mais le clou pour suspendre une horloge. Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà rencontré ce genre de réaction auprès d’autres malades. »

Je me sentais totalement ridicule, comment ma vision pouvait-elle me trahir à ce point, sans doute parce que j’étais  encore bien las de mon opération, mais aussi parce que je ne portais pas mes lunettes. L’incident était officiellement clos, mais il me perturbait profondément l’esprit, je n’avais pas besoin de ce nouveau tracas, j’en avais déjà bien assez.

Le meilleur moment de la journée se situa aux alentours de 14h30 lorsque Chantal me ramena des nouvelles de l’extérieur, car entre mes quatre murs j’étais totalement hors du temps.

La femme de mon voisin de chambre était toujours aussi loquace, et c’était un moyen efficace pour Chantal de tuer le temps, car passer un après-midi auprès d’un malade peu disposé à la discussion devait être à n’en pas douter d’un ennui mortel.

Il était prévu de réveillonner chez l’une de ses sœurs, elle décida de ne rien changer au programme, et elle avait bien raison, car rester chez elle ou aller se divertir ne changeait rien à l’affaire, j’étais cloué sur mon lit, pour un bon moment.  

En cette troisième journée d’hospitalisation je commençais par avoir quelques visites, celles de mon fils aîné et de sa femme, celle de mon fils cadet, celle de la plus jeune de mes belles-sœurs avec son mari, ainsi que celle d’un ami parrain de ma fille. Je dois le dire même si j’étais fatigué, leur présence me ramenait à la vie, elle m’aidait aussi à me détendre quelque-peu car mon corps malmené se rebellait parfois par de vilaines contractures musculaires, et aucun médicament ne me soulageait durablement dans ces périodes heureusement très espacées de révoltes.

Boire un bouillon de poule dégraissé le soir de la Saint Sylvestre, il n’y avait rien de bien réjouissant, mais même si j’avais pu espérer mieux, la vilaine journée de 29 décembre était dernière moi, et grâce au chirurgien j’étais sorti de ce mauvais pas. 



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 3

 

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Lorsque mon brancard s’ébranla, je fus tout à coup pris de panique. J’avais pourtant l’habitude de fréquenter ce genre de lieux, car j’en étais à ma huitième opération en onze ans, je ne pouvais donc guère expliquer les raisons d’un tel état d’esprit. Je n’avais qu’une seule envie m’enfuir à toutes jambes, ou me réveiller de ce qui devait être sans doute un cauchemar. J’étais pourtant bien incapable de changer mon destin, et ce que je vivais était bien réel, il fallait affronter l’adversité, et renoncer à toutes autres options.

Il faisait frais dans la salle d’opération, et je frissonnai de tous mes membres lorsque l’on me retira mon drap, avant de me transférer sur la table. J’étais à l’étroit, et mes bras serrés contre mon corps ne demandaient qu’à se relâcher. Très vite on m’emmaillota solidement dans une couverture, afin que je ne puisse plus bouger. Je ressentis aussitôt une douce chaleur pénétrer peu à peu  mon corps. Je fermai les yeux. J’étais par la force des choses plongé dans le silence le plus complet, et donc incapable de savoir si quelqu’un m’adressait la parole. Un masque à oxygène se posa délicatement sur mon nez, et aussitôt je pris de grandes aspirations comme j’en avais l’habitude. 

L’avantage de l’anesthésie c’est que l’on ferme les yeux avec la sensation de les ouvrir aussitôt, la durée de l’opération étant totalement éludée par le cerveau. Même si j’étais dans les vapes, j’avais conscience que le plus dur était derrière moi, et ce n’était pas sans apaisement que je constatai cette réalité de fait.

J’avais très envie de satisfaire un besoin naturel, j’eus la force de demander un urinal, mais fut dans l’incapacité de me soulager. L’anesthésiste qui était à mes côtés de sembla pas surprise, et sans me donner la moindre explication me posa une sonde urinaire. Elle me précisa néanmoins que cette sonde n’était que provisoire. Sans doute sous l’effet des analgésiques, je ne ressentis rien durant cette manipulation.  

J’ignorais si j’étais dans la salle de surveillance depuis longtemps, mais on me chuchota à l’oreille, qu’à présent il était l’heure de remonter dans ma chambre. Je fermai les yeux durant le trajet, et ne vit pas le brancardier me reconduire au second étage.

L’équipe médicale s’affairait autour de moi afin de m’installer de manière optimale dans mon lit, l’une d’entre elle me chuchota à l’oreille que Chantal avait demandé de mes nouvelles, et qu’elle me faisait des bisous, un petit moment de douceur dans cet environnement somme toute relativement agressif pour le corps et l’esprit.  

Quelle heure était-il dans la nuit ? Je l’ignorais et j’en avais que faire, mon seul souhait étant que l’on me laisse tranquille afin de me reposer.

Sonde gastrique, drain, cathéter, sonde urinaire, lunettes à oxygène,  j’étais de nouveau branché, otage d’une mauvaise fortune qu’il fallait bien accepter, au risque de me rendre la vie encore plus difficile à vivre.

Au petit matin je retrouvai l’univers routinier de l’hôpital, les constantes, l’infirmière à espaces réguliers, les aides-soignantes, le personnel de ménage.

J’appréhendais le moment venu de faire ma toilette et mon lit. J’étais comme un pantin désarticulé perclus de douleurs, à chaque mouvement que l’on exigeait de moi.

Avec l’impossibilité de me lever, l’interdiction de manger ou de boire quoique ce soit, le désintérêt de la lecture et de la télévision, il ne me restait qu’une seule occupation, celle de dormir le plus longtemps possible.

La morphine avait l’avantage de me diriger vers une sorte de paradis artificiel, en me rendant imperméable à toutes formes d’ennuis, pourtant hors du temps et de l’espace, je ressentis un réel plaisir lorsque la porte de la chambre s’ouvrit sur le visage de Chantal. Elle amenait avec elle le tumulte du monde extérieur, brisant ainsi le cocon dans lequel l’hospitalisation m’avait enfermé.    

Mon voisin de chambre était celui-là même qui avait subi une intervention chirurgicale avant la mienne, il avait vécu trente-cinq dans le village dont Chantal et moi étions issus, la conversation entre nos visiteuses étaient donc largement fournies. J’entendais les propos que sa femme et la mienne pouvaient tenir, mais j’étais incapable de participer à leurs échanges verbaux.

Chantal me rapporta la réaction des parents et amis lorsqu’elle leur avait appris la nouvelle de cette  énième hospitalisation, ils étaient désolés pour moi, c’était le minimum qu’ils pouvaient ressentir à mon égard, mais quoiqu’il en soit, personne ne pouvait rien pour moi. Il fallait faire en sorte de ne pas leur en vouloir, ce n’était pas parce que j’étais dans une mauvaise posture, que leur vie allait s’arrêter.

Irrémédiablement l’instant de la séparation arriva, il était temps pour Chantal de quitter les lieux. J’avais l’expérience de cette épreuve, et je la redoutais comme la peste. Certes j’étais entouré par un personnel médical dévoué et compétent, mais lorsque la porte se referma sur elle, je ressentis comme à chaque fois le sentiment d’abandon, et la nuit à venir me hantait l’esprit tant j’allais à coup sûr me sentir seul et angoissé.



Nouvelle Zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues suite 2

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Je n’avais donc plus de ressentis physiques et psychologiques, je ne savais pas où cette épreuve allait me conduire, mais cela m’était donc tout à fait égal. Il n’y avait qu’une seule chose qui restait claire à mon esprit, demeurer impérativement sur le dos (de doute façon je ne pouvais pas faire autrement), les genoux pliés, et les pieds bien à plats sur l’assise du brancard afin de soulager la tension musculaire de mon ventre.

On me chuchota à l’oreille qu’il était temps de rejoindre le service de radiologie, je ne regardai même pas la personne qui poussait à présent ce même brancard.

Je n’eus pas besoin d’attendre bien longtemps avant que l’on me fasse glisser sur la table d’examen, mais l’opération aussi brève fut-elle me tordit de douleur. Je me sentais terriblement las, pourtant j’obéis aux instructions qui m’étaient données. 

Aussitôt le scanner passé, le brancardier que cette fois je consentais à regarder, me ramena là où il était venu me chercher. J’eus la force de le remercier.  

Combien de temps fallu-t-il attendre encore avant que l’on s’intéresse de nouveau à moi, j’étais bien incapable de le dire, mais cette fois le médecin m’informa que l’on allait me conduire dans un petit local, en attendant que le chirurgien vienne m’informer du diagnostic.

Au bout d’un moment et contre toute espérance, j’aperçus le visage de Chantal  penché au-dessus de moi, brisant ainsi ma solitude. Le service lui avait téléphoné pour qu’elle vienne prendre connaissance elle aussi des conclusions de l’examen.  

J’ignorais la raison pour laquelle on m’avait installé ici, car au bout de quelques temps on vint me chercher pour me placer dans le couloir, libérant ainsi les lieux pour un autre malade.

Le visage souriant et familier du médecin s’approcha de nous, cette fois elle venait me dire à quelle sauce j’allais être mangé.

« Nous avons longuement étudié votre scanner, nous n’avons trouvé aucune métastases à votre cancer, par contre vous souffrez d’une appendicite perforée, et il est grand temps de vous opérer. Le chirurgien va venir vous donner davantage de précisions. »

Je reçus le verdict  avec une relative indifférence, j’étais bien trop fatigué, et bien trop apaisé par les analgésiques pour réagir en tant que tel. Chantal me donnait par bride de phrases des nouvelles de l’extérieur, et c’était la seule chose pour laquelle je portais une certaine forme d’intérêts.

Le professeur FR s’approcha de nous à son tour, et nous confirma ce que nous venions d’entendre. Toutefois nous savions désormais que mon opération aurait lieu vers les onze de soir, en attendant un brancardier allait me conduire au second étage dans une chambre affectée au service viscéral.

Là encore il fallut me transférer dans mon lit, et le glissement d’un lieu à un autre ne fut pas des moins douloureux.

Il ne restait plus qu’à attendre, mais à vrai dire c’était bien ce que je n’avais jamais cessé de faire depuis mon arrivée. Le silence de la chambre contrastait fortement avec l’agitation des urgences, et je ne m’en plaignais guère, bien au contraire, au moins j’avais la satisfaction de ne plus être balloté d’un côté sur l’autre. Je demandais régulièrement l’heure à Chantal, la perspective de mon opération imminente me faisait sortir peu à peu de ma torpeur, je reprenais conscience du temps et de l’espace.

Tandis que je sombrai de nouveau dans la somnolence, une petite troupe de femmes en blancs surgirent de nulle part. Il y avait un changement de programme, l’heure de mon opération était avancée, et il fallait faire vite pour que je sois prêt avant de descendre au bloc. 

C’était le moment de renoncer à toutes formes de dignité, car il fallait me raser, me désinfecter à la Bétadine, m’enfiler des chaussettes de contention,  et enfin me changer. Entièrement nu sur mon lit, j’avais l’impression d’être une escalope que l’on badigeonne de moutarde avant de la passer à la poêle. En tous les cas, chaque geste était un supplice, et j’avais hâte de retrouver un peu de repos.

J’avais été préparé en un temps record, et le brancardier ne tarda pas à venir ensuite me chercher. Nous prîmes l’ascenseur de service, et Chantal celui réservé aux visiteurs. Nous nous retrouvâmes en bas, et je lui adressai un dernier salut de la main, avant qu’elle ne disparaisse de mon champ de vision. Une fois de plus j’étais seul face à mon destin, je n’avais pas d’autres choix que de subir cette nouvelle épreuve. 

Cette fois sans mes appareils  auditifs il fallait préciser à chaque personne rencontrée que j’étais mal entendant. Je tendais bien difficilement l’oreille et répondait autant se faire que peu aux questions que l’on me posait.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis l’anesthésiste. »

Un petit bout de femme qui ne devait pas avoir encore la quarantaine, mais son visage empreint de douceur m’inspirait confiance.

« Vous a-t-on dit de quoi vous allez être opéré ? »

En fait je ne sais pas trop pourquoi, mais j’hésitai à répondre.

« De l’impadouille. »

Elle avait employé un mot d’argot comme si elle avait voulu dédramatiser la situation, et peut-être aussi pour que nous soyons à cet instant précis un peu plus familier. 

J’aperçus le lit du patient opéré avant moi sortir de la salle de chirurgie, nul doute que mon tour de passer sur le billard était arrivé.    



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite

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Il me restait dans la pharmacie de la morphine à effet immédiat. Chantal me proposa d’en prendre suivant la posologie autorisée, et j’acceptai sa proposition. J’eus la brusque impression que le médicament faisait l’effet inverse de celui désiré. A l’intérieur de mes entrailles je sentais en effet qu’un incident s’était déclaré, et tous mes intestins me brûlaient au-delà de ce qu’il m’était possible de tolérer. Cette fois pas d’hésitation permise, il fallait prendre à vitesse grand V le chemin des urgences.

Le parcours en voiture n’était pas bien long, mais je ressentais chaque soubresaut du véhicule comme autant de coups de poignards que l’on me plantait dans le corps.

Les urgences je connaissais, et elles n’avaient d’urgence que le nom, mais cette fois j’étais bien décidé de faire du forcing pour que l’on trouve rapidement la solution à mon calvaire.

La pâleur extrême de mon teint, et ma façon de me déplacer tel un fauve en cage, furent les manifestations incontestables de la préoccupation de mon cas, aussi l’équipe médicale me prit en charge sur le champ. Je refusai  néanmoins que l’on m’installe sur un brancard pour me rendre dans le box  d’examen. Je fus donc amené en fauteuil roulant. Il fallait pourtant que je rassemble tous mes efforts pour m’allonger, et ce n’était pas la moindre des choses, car chaque mouvement était autant de supplices infligés à mon corps.

Dieu seul sait comment je pus obéir, mais dès qu’il fut possible on me perfusa. Ma température corporelle n’était que de 35° 6, mais l’infirmière ne fit pas davantage de commentaires.  Elle me posa les questions d’usage, je lui précisai qu’un dossier médical devait exister déjà  dans ses locaux, puisque j’avais eu l’occasion de faire d’autres séjours en ce lieu. Le médecin de garde tenta de me rassurer, et elle ne manquait pas de sourire pour tenter de me ramener à la raison, car à cet instant précis j’avais peur de perdre la vie. Chantal donna mes ordonnances, rajouta quelques détails sur ma pathologie, puis rentra à la maison comme on lui avait conseillé de le faire. Sa présence n’était plus utile, il fallait attendre en effet deux ou trois bonnes heures avant d’émettre un diagnostic précis à mon sujet.

« Pour l’instant monsieur, nous allons vous hydrater, et nous allons aussi vous soulager avec une dose puissante de morphine. Nous allons ensuite vous faire une prise de sang. »

Le médecin de garde était d’un calme rassurant, d’autant qu’elle ne se défaisait pas de son sourire. Elle s’éloigna de mon champ de vision, puis l’infirmière vint exécuter les ordres. Déjà je me sentais apaisé et quelque peu groggy par l’effet de la morphine, comme on me le confirma d’ailleurs.

A cet instant précis je m’abandonnai corps et âme à mon destin, les douleurs, les contractions musculaires, les agitations excessives, ainsi que la peur s’estompèrent peu à peu pour définitivement disparaître.

Un homme entre la trentaine et la quarantaine se pencha au-dessus de moi. Il me posa des questions auxquelles j’avais déjà répondu, puis commença à me tâter le ventre, ce qui eut pour effet de rallumer le feu. En fait j’avais mal partout, il n’y avait pas une partie moins sensible qu’une autre, il n’eut pas besoin de s’acharner davantage pour le constater.

Malgré mon état plutôt préoccupant, j’avais encore la force de plaisanter un peu.

« Il n’est pas gentil le monsieur, de ma faire de la misère ! »

« Ne dîtes pas ça monsieur, c’est le chirurgien qui va sans doute devoir vous opérer » Rétorqua le médecin.

Le professeur FR m’informa aussi précisément qu’il pouvait le faire de la situation.

« Il y a plusieurs solutions à envisager, une crise de colite aigue, un problème de diverticules, ou bien une appendicite. » Il se garda bien d’évoquer mon cancer, et sur le moment cela ne me traversa pas du tout l’esprit.

L’équipe me laissa un petit moment tout seul, puis alors que j’étais à moitié assoupi, quelqu’un me chuchota à l’oreille que je devais libérer les lieux, et qu’on allait me placer dans le hall d’accueil, en attendant  un scanner prévu à dix-sept heures. Avant de partir de la maison j’avais pensé dans la précipitation à prendre mes appareils auditifs, heureusement d’ailleurs  car un tel oubli n’aurait pu que compliquer les choses.

Le fruit de hasard voulu qu’à cet instant précis mon fils aîné pompier professionnel se trouvait au bon endroit au bon moment. Il ne put pas me parler très longtemps, mais se présence fut un réel réconfort.

Les analgésiques produisaient leur effet, je ne ressentais rien d’autre qu’une lourdeur indécise au niveau de l’abdomen, et mon esprit voguait dans un monde parallèle, je n’avais aucune notion du temps. Le monde s’agitait autour de moi, les urgences continuaient de fonctionner à plein régime, mais je n’avais pas autre courage que de me laisser porter par le traitement que l’on m’avait injecté.



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues

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Comme je l’ai déjà écrit à propos de mon état de santé,  lors de mon précédent article, j’abordais cette fin d’année intimement  persuadé de pénétrer dans une phase d’accalmie durable. Était-ce l’euphorie de Noël qui me laissait penser cela ? Nul ne le sait. Quoi qu’il en soit, j’allais apprendre à mes dépens, l’absence totale de crédibilité de mes convictions masculines.  

J’avais été suffisamment en forme pour profiter  au mieux des manifestations publiques organisées par la ville à l’occasion de ces fêtes, je l’avais été également pour faire mes emplettes de Noël, mais aussi pour préparer le chapon familial aux marrons.

Le repas et la distribution de cadeaux s’étaient passés suivant la tradition. Certes en cette fin de journée du 25 décembre, je me sentais un peu lourd, mais eu égard à la fragilité de mon organisme, je n’étais pas étonné de cet état de fait,  compte-tenu d’un menu plus riche à digérer que de coutume.

Le lendemain j’étais à la diète,  j’avais mal au bas du ventre et plus spécialement à droite mais je ne m’inquiétais pas outre mesure, dans le sens où depuis plus de onze ans j’étais habitué aux petits malaises en tous genres, aussi vites apparus, aussi vites disparus.

De plus mes enfants ayant prévu de fêter le surlendemain un anniversaire surprise à leur mère, mon esprit était donc suffisamment impatient de la fête, pour oublier facilement les désagréments du moment.   

Le dimanche 27 décembre, je ressentais toujours et encore une gêne conséquente toujours au bas du ventre, mais rien qui puisse me dissuader de passer la journée entre famille et amis, de toute façon j’aurais trouvé l’énergie nécessaire pour laisser de côté ce que je considérais comme un petit souci de santé, plutôt que de rater l’un de ces trop rares bons moments de l’existence.

Le succès fut total, et nous rentrâmes le soir fatigué mais comblés  par cette journée somme toute plutôt très bien organisée. Je ne me souviens pas d’avoir passé une nuit plus dure que d’habitude, mes problèmes d’insomnies restaient préoccupants, mais je me réveillai le matin avec la sensation d’avoir correctement dormi.

En ce lundi 28 décembre, je n’avais pas la motivation d’entreprendre grand-chose, certes depuis longtemps mes activités étaient limitées, mais cette fois je dus me faire violence ne serait-ce que  pour aller chercher mon pain. Vingt bonnes minutes de marches aller-retour ne m’avaient pas paru plus longues que d’habitude, et j’avais même pu converser avec plusieurs de mes voisins avant de rentrer. Cependant je décidai de passer l’après-midi dans mon fauteuil, car mon corps tout entier manifestait sa fatigue extrême, et mon mental au beau fixe n’était pas en mesure de combattre cet état de fait, je n’avais pas de doute à ce sujet.

Bien souvent pour de mauvaises raisons, les personnes dites en bonne santé s’affolent dès la moindre douleur, mais lorsque la souffrance fait partie de votre quotidien, vous vous habituez à la cohabitation. J’avais toujours espoir d’une amélioration, et je misais sur une bonne nuit de sommeil pour voir disparaître  mes désagréments du moment. Moins serré dans mon pyjama que dans mes vêtements de jour, je savais aussi que la position allongée serait un réel soulagement, ce n’était pas la première fois que ce genre de situation se produisait, il fallait faire avec.  

Le lendemain nous avions un rendez-vous intermédiaire entre deux examens au CAC de l’espoir, et je n’avais surtout pas l’intention  d’y renoncer. Pourquoi ce soir-là plutôt qu’un autre soir je m’endormis comme une masse ? Je serais bien futé de pouvoir répondre à la question. Toujours est-il que Morphée m’enveloppa dans ses bras le quart d’heure qui suivit mon coucher.

Mon malheur se précisa vers les six heures du matin, je me réveillai avec une douleur toujours du côté droit, largement plus intense cette fois que celles que j’avais connues jusque-là. Mon esprit n’était pas encore en l’état de mesurer la gravité de la situation, j’étais persuadé qu’avec l’administration d’un antalgique mon état allait s’améliorer rapidement. Je me levai donc, pour prendre un comprimé effervescent de Doliprane, puis je repris de chemin de mon lit. L’accalmie de la douleur de donna raison, et je me rendormis finalement assez rapidement.

Lorsque mes yeux s’entrouvrirent quelques heures plus tard, c’était mon ventre tout entier qui se déchirait, le supplice qui m’était infligé par je ne sais encore quelle entourloupe du destin était intense, et quelque-soit la position que je prenne sous mes draps, je n’arrivais pas à apaiser mon corps meurtri.

A partir de l’instant où je décidai de me lever, les choses se précipitèrent et prirent une tournure qu’il me fut impossible de maîtriser.

Cette fois mon esprit était lucide, je vivrais des instants difficiles et très probablement gravissimes. Je perdis immédiatement la notion de l’espace et du temps. Je ne savais pas quelle position prendre pour soulager ma peine, la position couchée m’était insupportable, les positions debout ou assise ne l’était pas moins. Sur l’instant je ne savais pas ce qu’il allait m’arriver et la panique envahissait mes pensées.

Nous décidâmes d’annuler notre escapade à Nantes et de prendre un rendez-vous chez mon généraliste qui ne pouvait me prendre que dans la soirée. Chantal insistait pour me conduire aux urgences, mais j’avais une telle saturation des milieux médicaux, que j’arrivais encore à me persuader qu’avec un peu de patience la douleur finirait bien pas s’estomper.     



Le grand mystère

création

 

Mardi 2 décembre 2015

Aujourd’hui un anniversaire que j’aimerais bien ne pas avoir à commémorer. Il y a en effet onze ans que je me bats pour empêcher la faucheuse de pénétrer chez moi. Je n’ai pas envie de faire sa connaissance, du moins pas dans l’immédiat.

Onze ans donc que le cancer, que j’ai baptisé le malin, se fait complice de la mort (la faucheuse), en s’acharnant par tous les moyens à me détruire.

Pas loin d’une vingtaine de médecins, chirurgiens, spécialistes en tous genres

50 scanners

3 IRM

1 fibroscopie

2 scintigraphies des os

2 scintigraphies cardiaques

3 biopsies  bras  et ventre

5 séances intensives de radiothérapie

10 dopplers

7 opérations (reins, poumons, surrénales, etc. …..) dont une cryoablation 

15 échographies -  foie- prostate- cœur – glandes thyroïdiennes etc.

40 radios principalement des poumons

Pas moins de 5oo prises de sang et analyses, pose de cathéter comprise

7 hospitalisations

140 voyages aller-retour Cholet Nantes soit  plus de 21000 kms parcourus

3 traitements chimiothérapiques avec leurs effets secondaires, sans compter tout le reste.

Pourtant je ne suis qu’une petite goutte d’eau dans la mer, en comparaison des souffrances parfois extrêmes infligées à l’humanité toute entière.

J’ai une lourde épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête, mais chaque individu a aussi cette épée menaçante  au-dessus de lui, en tant que malade j’en suis plus conscient voilà tout !

Ma situation de handicap n’est pas pire que celle que connaissent bien d’autres patients atteints de pathologies diverses. Il faut voir plus malheureux que soit, et continuer à avancer, car la vie vaut la peine d’être vécue. 

Bientôt mon douzième Noël en famille, alors que le 2 décembre 2004, je ne donnais pas cher de ma peau.

Depuis lors avec l’aide précieuse de cette même famille, j’ai gagné pas mal de batailles, je n’ai malheureusement pas gagné la guerre. Je laisse au destin la charge de mon futur. 

Que ce message soit pour les malades et les bien-portants, porteur d’espoir.  Je vous souhaite à tous et à toutes de bonnes fêtes de fin d’année.

 

En ce mardi deux décembre, je ne sais pas pour quelle raison l’envie m’était venue de porter à la connaissance de mes lecteurs, le bilan de ces onze années de galères, mais une chose est sûre,  ce n’était pas pour prétendre l’exemplarité, il n’y a vraiment aucune raison de se vanter dans ce domaine. Non !  C’était plutôt que j’avais le désir de transmettre de l’espoir  à tous ceux ou à toutes celles qui pouvaient en avoir besoin.

Finalement entre 2004 et 2015 tout était passé très vite, et compte-tenu des nombreux obstacles qui s’étaient dressés sur mon chemin, je m’étonne moi-même d’être encore de ce monde.

Il y a un proverbe qui dit : ‘’ Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.’’

Être atteint d’un cancer, est une ‘’distinction’’  difficile à assumer, malgré la quasi-certitude d’une mort programmée, dès l’annonce du cataclysme,  il fallut me préparer à affronter les épreuves de la maladie en cherchant au plus profond de moi-même des raisons d’espérer, car le désir de vivre à tout prix était le plus fort.

Comment ai-je pu parvenir à mes fins, je suis bien incapable de le dire, mais je suis ardemment persuadé qu’un grand mystère plane autour de ça. Est-ce cela que l’on appelle la foi ?

Je pense avoir néanmoins une part de responsabilité dans l’aboutissement d’un ‘’succès’’ qui est loin de me conduire à la victoire, mais qui me permet aujourd’hui de témoigner de mon histoire.

Le désir de ne pas me replier sur moi-même fut un facteur clé dans ma tactique de combat. Eviter coute que coute une désocialisation contreproductive, voir même irrémédiablement  destructrice, m’a permis de ne pas m’enterrer avant l’heure. Continuer à vivre le plus naturellement possible, donner de ma personne auprès des autres, pour recevoir en échange l’énergie positive dont j’ai besoin, voilà qui me permet d’oublier un tant soit peu que mon existence ne sera plus jamais celle que je connaissais avant.  

Quel destin me réserve l’avenir ! Chacun est susceptible de se poser la question, quoique ma position particulière incite à réfléchir davantage sur le sujet.  

 

Le vendredi de ce 50ème scanner, nous reprîmes la route de notre domicile, délesté du poids de l’incertitude. Nous laissions derrière nous pour deux mois l’univers de l’hôpital avec ses lots d’angoisses, d’accablements, de larmes, mais avec aussi ces moments de sourires, d’espoirs et d’encouragements.  

Bien que la période estivale n’ait pas été complètement celle que nous attendions, en comparaison de l’été 2014, je n’avais pas eu trop matière à me plaindre.

Nous abordions tout doucement mais sûrement l’hiver et ses fêtes de fin d’année. Je n’osais pas me projeter dans le futur, pourtant quelque chose me disait que j’entrais dans une phase d’accalmie, conditions indispensables pour prendre du recul avec les tourbillons de contraintes en tous genres liés à ma pathologie.

Comme tous les mois pour tenter autant se faire que peu de dompter  mes tumeurs osseuses, je devais effectuer ma prise de sang, en particulier pour rechercher mon taux de calcémie, et en fonction du résultat subir ou non ma piqûre de Xgéva, tout ceci relevait de la routine et donc rien qui puisse altérer ma prudente sérénité du moment.

Cependant il fallait mettre  un petit bémol à cet optimisme ambiant, car du côté de mes capacités auditives, ce n’était pas encore le top. Je ne pouvais que me féliciter d’avoir choisi mon cabinet d’audioprothésistes, car le suivi était remarquable, il fallait juste adapter mes appareils en fonction de l’évolution positive ou négative de mon état de santé, et il fallait aussi apporter de nouveaux réglages, en fonction de mes besoins particuliers d’écoute. Ma plus grande crainte c’était de ne plus être en mesure de suivre une conversation. Celle-ci demeurait possible dans une petite communauté où chacun respectait la parole de l’autre, mais dès qu’il s’agissait d’un groupe un peu plus important, le brouhaha m’isolait irrémédiablement de mon environnement.

Moi qui avais toujours privilégié la communication, je craignais une nouvelle entourloupe du malin. Je le sentais en effet largement capable de me priver de cette arme dirigée contre lui. De toute façon il me restait l’écriture, et puis du côté de l’ouïe, rien encore n’était perdu, il fallait simplement détourner mon esprit de mes mauvaises pensées, accepter cette nouvelle épreuve, et conserver ma confiance en un avenir meilleur.

 

 



Comme neige au soleil

neige

Difficile de vivre dans l’incertitude, je le redis à chaque fois, car ce sentiment est vecteur d’un stress épouvantable, et malgré mon expérience dans le domaine de la maladie, j’ai de plus en plus de mal à canaliser mes émotions. 

Bref nous causions de choses et d’autres, dans le but de tuer le temps, mais pour oublier  aussi et surtout  nos pensées négatives.

Comme à chaque fois dans ce cas de figure, les minutes me paraissaient des heures, et je finissais petit à petit par céder à la peur.

La porte s’ouvrit enfin et je tournai mon regard vers le docteur M EL G qui arrivait le visage souriant, nous informer du diagnostic.

Les tumeurs de la tête du fémur et celles nichées à hauteur des cervicales étaient toujours présentes, des petites taches blanches sur les clichés, qui paraissaient pour un non connaisseur parfaitement anodines, et qui pourtant représentaient le danger par excellence. 

« Lorsque je compare avec votre scanner précédent, je ne constate pas d’évolution. »

Je savais que malgré les rayons, les tumeurs cervicales n’avaient pas pu être totalement détruites, aussi la nouvelle me rassura quelques peu.

« Ressentez-vous des douleurs ? »

Je préférais toucher du bois, mais je lui répondis que pour l’instant je ne ressentais la présence de la maladie que par la raideur extrême de mon cou, ma hanche quant à elle me laissait en paix.

« Bon pour le reste, je n’ai rien d’autre à signaler, tout va pour le mieux. »

« C’est un réel soulagement que d’entendre de telles paroles ! »

Le radiologue sourit, puis pris congé de nous, d’autres contrôles de clichés l’attendaient.

Nous étions invités à patienter dans la salle d’attente, avant de récupérer le dossier contenant le rapport d’examen. 

Le stress qui me minait petit à petit le corps quelques minutes plus tôt, venait de fondre comme de la neige au soleil, et après une telle tension nerveuse, la fatigue prenait le relais.

J’étais à présent en mesure d’analyser le comportement des gens autour de moi, et je remarquai que je n’étais pas le seul à ne pas supporter l’incertitude. Ce sentiment se manifestait de différentes manières, en face de moi par exemple, un homme d’une cinquante d’année griffonnait sans s’arrêter  une dizaine de petits pos-its déjà bien remplis, collés eux-mêmes sur un calepin guère plus grand. Un jeune garçon qui avait déjà fait les cent pas avant de passer l’examen, continuait de manifester une certaine impatience, il avait eu le temps d’aller deux fois aux toilettes et à présent il scrutait à travers la baie vitrée, sans doute dans l’attente de quelqu’un. Avait-il reçu de mauvaises nouvelles !

D’autres enfin le visage fermé prenait par moment profondément leur respiration, trahissant ainsi leurs préoccupations.

Rien ne nous semble plus précieux que la vie lorsque l’on court le risque de la perdre, comme je le dit souvent dans ce témoignage, chaque bonne nouvelle est pour moi une renaissance, et à ce moment précis de la journée, je me sentais léger comme une plume au vent, débarrassé pour un petit moment du poids écrasant de la peur.

Si nous étions arrivés en avance pour cet examen, nous étions à présent en retard d’une heure environ sur l’horaire de visite prévue chez mon oncologue.  

En sortant de la clinique je pus enfin ouvrir tout grand les yeux, pour profiter pleinement de ce soleil généreux d’octobre, nous montâmes dans la voiture, et moins de dix minutes plus tard nous nous garâmes sur le parking du CAC de l’espoir.

Depuis notre petit déjeuner du matin, nous n’avions rien avalé. Un peu moins ou un peu plus en retard ne changeait guère à l’affaire,  aussi nous décidâmes de manger tranquillement notre piquenique, avant de tomber d’inanition.  

Nous ne retrouvions pas l’effervescence habituelle du hall d’accueil, nous sentions clairement l’approche du week-end, aussi la prise en compte de mon arrivée fut quasi immédiate, et nous prîmes sans plus tarder l’ascenseur pour le second étage.

Pour une fois ce n’était pas le médecin qui faisait attendre ses patients, mais l’inverse. La secrétaire était avertie  par les cliniques de A des lenteurs inhabituelles de leur service radiologie, et par voie de conséquence de la difficulté qu’elle aurait d’accueillir les malades dans les délais convenus.   

Nous n’eûmes pas la peine de rejoindre la salle d’attente, les deux chaises du couloir étaient pour nous. N était très occupée, nous ne pûmes donc pas échanger les deux ou trois mots habituels.

La vallée du Lison n’avait toujours pas intégré sa place, et je craignais que ce soit pour longtemps. J’en étais là de ma réflexion lorsque la porte du cabinet médical s’ouvrit.

Cette visite était sans suspense, le 50ème scanner de ‘’ma carrière de malade’’ n’avait pas décelé une quelconque aggravation, et je n’étais pas le seul à m’en réjouir car l’oncologue fit allusion à mes onze ans d’un dur combat, qui était aussi un peu le sien.

L’œdème qui me gonflait désagréablement le cou était toujours bien présent, l’angiologue n’avait pas découvert d’anomalies lors de l’examen, et je n’étais sorti de son cabinet qu’avec des suppositions. Le docteur R ne pouvait pas m’en dire davantage, et comme seule et unique explication, il fallait se contenter d’un possible effet secondaire lié à ma radiothérapie, sans en être totalement convaincu.

Certes entre deux visites au  CAC de l’espoir il m’arrivait parfois d’avoir des gros coups de fatigue, de souffrir çà et là de petits maux, mais je n’avais rien de très important à lui signaler, qui l’oblige à changer radicalement de traitement, aussi nous sortîmes de son cabinet avec nos ordonnances habituelles,  mais aussi avec en un rendez-vous intermédiaire fixé au 29 décembre. 

Le jeune homme particulièrement nerveux que nous avions quitté aux cliniques de A, nous avait rejoint, accompagné cette fois d’une jolie jeune femme. Le couple était assis à notre place dans le couloir, en attendant que le docteur R veuille bien les recevoir.

L’homme aux pos-its griffonnés arrivait à son tour, tandis que nous nous dirigions vers la cage d’ascenseur, heureux de pouvoir enfin nous éloigner des lieux.   



La douloureuse et profonde empreinte

douloureuse

Les jours s’égrainaient tranquillement mais sûrement, et j’avais beau faire les efforts nécessaires pour ne pas penser à cette date du 30 octobre, inconsciemment mon esprit transmettait à mon corps des signaux qui ne trompaient pas, la raideur de mes muscles, les spasmes intestinaux réguliers et bien d’autres choses encore m’indiquaient clairement mon état de stress.

Comme je le mentionne souvent dans mes écrits, les bons jours comme les mauvais jours finissent toujours par se trouver derrière nous.  Cependant  si les bons moments apparaissent comme des vecteurs de nostalgie, les mauvais jours à l’inverse laissent dans notre fort intérieur une empreinte pas toujours facile à effacer, au contraire même,  à chaque nouvelle approche d’une fâcheuse épreuve, cette empreinte réapparait de plus en plus distinctement.  

Ainsi donc le moment de passer l’examen incontournable dans la surveillance régulière de la maladie était arrivé,  je n’avais pas d’autres choix que de m’y soumettre, car après tout je tenais encore à ce monde, et ce contrôle s’avérait fort utile afin de conserver toutes mes chances de survie.

Le soleil était de la fête en cette douce journée de fin d’octobre, mais au lieu de profiter de cette météo quasi printanière, j’avais rendez avec mon destin, et ma tête était polluée par de vilaines pensées. 

Le 50ème scanner de mes 11 ans de dur combat contre le cancer était au programme, ce qui correspondait également à ma  137ème  visite, dans un des divers centres médicaux de la région nantaise, soit environ 20860 kms parcourus essentiellement dans le but de garder la tête haute face à mon implacable adversaire. 

La voiture filait vers la clinique de A, car la secrétaire de monsieur R n’avait pas pu placer mon examen dans le planning surchargé du CAC de l’espoir. Je n’étais cependant que moyennement contrarié, sans doute parce-que je commençais à prendre l’habitude de ce genre de situation.

Avec un rendez-vous fixé à 13h 30 je pouvais espérer être parmi les premiers patients de l’après-midi. Nous avions un peu d’avance mais je m’efforçai de garder mon calme en plongeant mes pensées dans un jeu de mots fléchés. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, d’autres personnes prenaient place dans la salle d’attente, et à chaque fois l’opératrice en radiologie citait le patronyme de l’un d’entre eux avant de citer le mien.  Nous étions arrivés avec une bonne demi-heure d’avance, et je pénétrai enfin dans la cabine de préparation avec une demi-heure de retard sur l’horaire indiquée. Pendant tout ce temps le stress avait fait des ravages, aussi la marmite était déjà prête à exploser, alors que le plus dur de la journée était encore à venir. 

La feuille de résultat de ma prise de sang mentionnait une insuffisance rénale qui s’était légèrement aggravée depuis la dernière fois, aussi le médecin décida-t-il de ne pas m’injecter le produit de contraste, ce qui me conduisit directement dans la salle de l’imposante machine.

Le ronron du scanner était un bruit devenu familier, et je ne prêtais pas davantage attention à l’équipe médicale qui s’affairait autour de moi, par la force des choses, j’avais l’habitude de côtoyer cet environnement.

Allongé sur la table, en attendant que mon corps tout entier passe à travers le tunnel, j’eu le temps de lire une petite plaquette métallique collée sur l’appareil, elle informait les patients de ne pas regarder le faisceau lumineux. Depuis le temps que je me soumettais à cet examen, je n’avais jamais remarquée cet avertissement, et après bref réflexion, je fus certain que par le passé ce fameux faisceau lumineux m’avait fait au moins une ou deux fois attiré l’attention.  

L’écran à cristaux liquide affichait probablement mon numéro de dossier, je notai également que l’heure d’hiver n’avait pas été réglée, petits détails me direz-vous, mais lorsque l’on se trouve comme c’était le cas dans ma bien peu enviable situation, tout est bon pour occuper l’esprit.

Cette fois c’était la bonne, je sentis une légère secousse, et la table d’examen s’avança lentement à l’intérieur du tunnel. L’opération se renouvela par trois fois, et à chaque fois, on me demanda de bloquer ma respiration.

Maintenant restait l’attente des résultats, l’épreuve la plus intolérable pour mes nerfs. Cette fois encore pour éviter d’exploser, je demandai  à mon interlocutrice de faire venir Chantal, car me retrouvé enfermé tout seul dans cette cabine sans fenêtre était au-dessus de mes forces.

 



La grande peur du silence

sourd

J’en avais eu l’intuition, et c’était arrivé, mon scanner devait avoir lieu en dehors des murs du CAC de l’espoir, comme j’ai pu m’exprimer maintes et maintes fois à ce sujet, je détestais être mis au-devant du fait accompli, mais en même temps je ne pouvais pas en vouloir à N qui de son côté devait faire au mieux pour gérer son planning.  

Pour l’heure j’avais encore quelques semaines devant moi avant d’affronter une nouvelle fois le doute et la peur, et je devais tout mettre en œuvre pour ne pas penser à cette inévitable échéance. 

D’ailleurs j’avais en tête une autre préoccupation, mes problèmes d’audition qu’il fallait à tout prix régler avant que je ne m’enferme progressivement dans un univers parallèle.

En ce mardi 6 octobre nous nous présentâmes donc à un rendez-vous fixé quelques temps à l’avance chez mon audioprothésiste, avec dans nos ‘’bagages’’ le compte-rendu du docteur M, mais aussi avec la ferme intention d’y trouver une réponse à mes désagréments.  

Il n’était pas question de se contenter de l’audiogramme de l’hôpital, ma fidèle interlocutrice procéda donc à un nouvel examen.

Là encore il fallait que je me concentre un maximum, pour tenter de discerner les sons, et la tâche n’était pas des plus faciles. Je ne savais pas si mon effort serait vain, mais j’osais espérer le contraire.

A une queue de vache près, les résultats que je venais d’obtenir ressemblaient à ceux de mon audiogramme précédent.  L’oreille gauche avait considérablement baissé en audition, de l’ordre de 25%, l’oreille droite semblait ne pas être plus affectée qu’elle ne l’était déjà.

L’audioprothésiste corrobora donc les résultats que nous avions obtenus lors de notre visite au service ORL de l’hôpital, tout en rajoutant qu’il serait en effet nécessaire de régler mes appareils devenus inefficaces. Elle me rassura ensuite en me précisant que nous n’avions pas atteint les capacités maximales des prothèses, et que donc d’autres réglages seraient encore possibles.

Comme bonnes nouvelles j’aurais pu espérer en recevoir dans d’autres domaines de mon existence, mais les choses étaient ainsi, et je ne pouvais rien y changer, de plus avant de compter sur les performances de mes prothèses, je préférais fonder mon espoir sur une amélioration naturelle de mon audition. Au bout d’une heure de consultation nous ressortîmes néanmoins l’esprit un peu plus tranquille, et avec un nouveau rendez-vous d’inscrit sur notre agenda.

L’automne avait chassé l’été, et maintenant qu’il était bien installé, je me demandais en regardant la pluie tomber derrière les carreaux, si un jour je pourrais reprendre régulièrement mes balades en campagne. Le docteur P du service antidouleur du CAC de l’espoir, m’avait mis en garde contre une trop grande mobilité physique, l’exercice étant nécessaire pour éviter l’ankylose des muscles et l’apparition de multiples douleurs. Pour l’heure je n’avais pas l’impression de souffrir de quoique ce soit dans ce domaine, mais il était indéniable que ma paresse engourdissait encore plus mon esprit que mon corps, je me promettais donc de réagir rapidement, sans doute pour me donner bonne conscience, car le courage manquait.

Dix-huit jours séparaient ma visite du 6 octobre de celle à laquelle nous étions en train de nous  rendre. Durant ce laps de temps relativement court, je n’avais toujours pas réussi à décoincer mes fesses de mon fauteuil, cependant en matière de malaises en tous genres la période avait été plutôt calme.  Malgré les dispositions prises par mon audioprothésiste, le réglage de mes appareils n’était toujours pas au point, particulièrement celui de mon appareil gauche, j’avais la certitude de ne pas bien entendre, et je comptais bien sur la compétence de mon interlocutrice pour remédier définitivement au problème.

L’achat de prothèses auditives nécessitait un sacrifice financier important car peu indemnisé par les organismes sociaux, néanmoins le  confort apporté en valait la chandelle, de plus le suivi ‘’après-vente’’  était des plus sérieux, et ne souffrait d’aucun reproche.  La moindre petite remarque du client était analysée dans ces plus petits détails, et une solution au problème était rapidement trouvée. Justement  fort de mes remarques, et contre toute attente, l’audioprothésiste décida d’effectuer sur moi un nouvel examen auditif.  Comme à toutes les fois, je m’appliquais à ce que les choses de passent pour le mieux, je redoutais simplement le résultat.

L’Ofloxacine avait donné de bons résultats, car j’avais récupéré un peu de mes capacités d’écoute dans mon oreille droite, et du côté de gauche le bilan était inchangé. Il fallait cependant comme je l’avais bien perçu, augmenter le son de mon appareil auditif gauche, car l’ajustement précédent n’avait pas été assez suffisant.

Il était aux alentours de midi quand nous sortîmes des lieux, avec sur notre agenda une fois n’est pas coutume, la date d’un nouveau rendez-vous.

Nous approchions inexorablement du jour de mon 50ème scanner, et cette perspective me réjouissait guère, malgré toutes ses années je n’arrivais pas à m’y faire, et que celui qui est en mesure de prétendre le contraire, lève le doigt.

En attendant il fallait compter sur la visite d’une infirmière le 27 octobre, pour effectuer ou non ma piqure de Xgéva le lendemain matin.  



La logique destructrice de l’isolement

 

isolement

 

L’examen ne m’avait apporté qu’une seule réponse, je ne souffrais pas de problèmes vasculaires. Pour le reste je n’avais rien d’autre  à ‘’me mettre sous  la dent’’ que des suppositions.

Ainsi-donc il était envisageable que cet œdème soit le fruit de ma radiothérapie de l’année passée, ou peut-être fallait voir plus loin du côté du larynx.   

Lorsque nous sortîmes du service des consultations externes, le petit vent d’est n’avait pas faibli, je n’étais pas bien couvert, et connaissant ma fragilité, je m’en voulais de na pas avoir anticipé la chose.

Nous avions une bonne heure à tuer, avant de nous rendre à ma deuxième consultation. Notre domicile étant géographiquement proches des deux établissements médicaux, nous décidâmes de rentrer.

Habituellement la lenteur administrative était de rigueur lorsqu’il s’agissait de récupérer le bon de prise en charge nécessaire avant toutes consultations. Cette fois en deux coups de cuillère à pot, nous nous installâmes dans la salle d’attente du docteur M. J’eus à peine le temps d’être assis que le médecin apparut dans l’encadrement de la porte d’où il cita mon nom.

Je connaissais la procédure par cœur. A l’aide de son otoscope monsieur  M commença par l’examen attentif de mes tympans, puis au bout de quelques minutes, il débuta le travail d’aspiration de leurs impuretés.  

Chantal était la seule à pouvoir entendre ce qu’il était en train de nous expliquer, j’avais en effet fort à faire avec les désagréables effets provoqués par la capacité de succion de son appareil.    

Les nouvelles n’étaient pas bonnes, le tympan gauche était à son tour perforé. L’ORL nous montra le minuscule diabolo qu’il avait été contraint de retirer de mon oreille. Il nous répéta que la greffe était impossible du fait de la fragilité de mes vaisseaux sanguins, il fallait donc que je me contente de cet état de fait.

Soudainement je pris conscience du risque que j’avais de devenir totalement sourd, l’idée même de cette éventualité me noua les entrailles. Ce n’était pas la première fois, et sans doute pas la dernière que mon ventre exprimait ma peur face aux effets perverses de cette saloperie de cancer, il fallait vivre avec, et tenter autant se faire que peu de canaliser ce sentiment néfaste.     

Cette vilaine évolution de la maladie pouvait expliquer la dégradation soudaine de mon audition et ceux malgré le port d’appareils auditifs. Une chose était sûre, il fallait chercher une solution, car j’avais la sensation de me trouver de nouveau dans une logique destructrice d’isolement et de replis sur moi.

Fort de ses observations, le docteur M décida de me faire passer un audiogramme pour mesurer l’ampleur des dégâts, et nous invita à nous asseoir dans le grand couloir du service, en attendant qu’une opératrice vienne me chercher.

Lorsque je fus installé dans la salle d’audiométrie, la femme qui m’avait pris en charge me plaça le casque sur les oreilles. Là encore je n’avais pas besoin d’explications, car je connaissais parfaitement les tenants et les aboutissants  de ce genre d’examen.

Je restais profondément concentré car l’exercice n’était pas aussi facile que ça à réaliser. Des sons de différentes intensités me parvenaient aux oreilles, je levais la main lorsque je percevais un bruit, mais je n’avais aucune idée de ce que ‘’ ma prestation’’ allait donner comme résultats.

Comme je pouvais le craindre, le bilan n’était pas tout rose, l’oreille gauche accusait une perte auditive de 25% mais l’oreille droite n’avait semblait-il pas bougé.

Il fallait compter aussi sur une infection bactérienne, et je n’avais pas d’autres alternatives que de reprendre un traitement auriculaire à base d’antibiotique, de l’Ofloxacine que l’ORL m’avait déjà ordonné par deux fois.

Ainsi donc tel un peintre sur sa toile, le malin par touches successives peaufinait son œuvre. Petit à petit il gagnait du terrain, et pour contrecarrer son plan diabolique, je n’avais pas d’autres alternatives que celles de lui résister et de passer ensuite à l’offensive.

 



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