Les mystères de mon corps

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Le 25 aout notre véhicule nous emmenait à Nantes pour une visite intermédiaire entre deux examens. Les parkings du CAC de l’espoir étaient un peu moins encombrés que de coutume, la période estivale n’étant pas encore achevée.

Nous eûmes juste le temps de prendre notre ticket d’ordre d’arrivée, que le panneau indicateur afficha notre numéro.

La salle d’attente était déserte, nous fûmes conviés à rejoindre rapidement le couloir n° 7, les deux chaises adossées au mur du cabinet de mon oncologue étaient libres.

Ces visites de routines ne m’occasionnaient pas de stress particulier, c’est donc en toute décontraction que je pénétrai dans le bureau du docteur R.

Je n’avais pas de douleurs, pas de signes avant-coureurs susceptibles de m’alerter de je ne sais quoi, mais je demeurais privé de toute énergie, et j’avais bien l’intention de lui en faire part.

Ma prise de sang n’était pas cent pour cent parfaite, loin s’en fallait, le praticien ne découvrit cependant pas à la lecture des résultats, une cause potentielle de cette asthénie persistante.

Lorsque nous évoquâmes les problèmes très médiatisés liés à la consommation du Lévothyrox, il resta tout simplement silencieux.

Je ne comprenais vraiment pas pourquoi les médecins ne réagissaient pas davantage à ces taux complètement loufoques de ma TSH, sachant que je n’avais rien changé à mon traitement.

Il m’invita à me déshabiller pour rejoindre la table d’examen, où il commença à m’occulter méticuleusement.

« Je ne vois rien d’anormal, vous être en train de me poser une colle ! »

Chantal qui n’avait rien perdu de la conversation, l’informa de mes prises régulières d’une tension particulièrement basse depuis quelques temps.

Ma dernière visite chez le généraliste s’était soldée par une augmentation du dosage du  Rilménidine en raison des 18/7 inquiétant que le praticien avait enregistré lors de l’examen. Dès le lendemain nous avions appliqué la modification du traitement, mais très rapidement nous avions également décidé de  revenir à la posologie d’origine, car la pression artérielle était redescendue en dessous même de son seuil habituel, et le phénomène perdurait, c’était ce que Chantal venait de faire remarquer au médecin.

L’oncologue fut légèrement embarrassé car son tensiomètre avait une fuite, et il n’avait pas été pour le moment remplacé.

« Je vais essayer de la prendre quand même en mettant mon doigt pour boucher le minuscule petit trou. »

Cette fois l’appareil affichait 16/7 discréditant les propos avancés par Chantal.

Je n’y comprenais plus rien. Devenais-je subitement nerveux face à un médecin, alors que durant toutes ces années, j’en avais vu des vertes et des pas mûres ? Était-ce une défectuosité de mon appareil qui était à l’origine de ces contradictions, patients pratiquants ?  Avais-je bien fait de modifier la posologie du Rilménidine sans avis médical ? Autant de questions que demeuraient pour l’heure sans réponse.

Je profitai de ma position allongé pour lui montrer ma veine gonflée et douloureuse à l’arrière de mon pied droit. Il en vint à la même conclusion que le docteur C et me proposa d’appliquer un gel anti-inflammatoire.

Dans bien des domaines les réactions de mon organisme étaient imprévisibles, désarçonnant autant le corps médical que moi-même. Je décidai dans ma tête de ne pas m’en soucier et de continuer mon petit bonhomme de chemin sans rien changer.  

« Bon je suis vraiment très embarrassé, car je ne trouve rien qui puisse expliquer votre fatigue. Je vais vous prescrire une hormonologie sanguine, peut-être trouverons nous en fonction des résultats la clé du mystère ! »

Compte-tenu de la situation, je craignais qu’il ne programme un scanner deux mois plus tôt que prévus, mais il n’en fut rien.

« Bon nous nous reverrons le 20 octobre si la date vous conviens ! »

La date nous convenais, nous partîmes donc avec les prescriptions habituels sans réponse à nos questions, mais ce n’était pas tout à fait la faute des médecins, car comme je l’ai dit précédemment, mon corps était bourré d’énigmes tordues, il n’était donc pas facile à soigner.  

 



Déferlement et ressac

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De décembre 2004 à octobre 2017 j’ai été confronté à pas mal de difficultés d’ordre physique et psychologique, certaines beaucoup plus surmontables que d’autres, mais en définitive j’ai toujours réussi à tirer mon épingle du jeux. J’ai appris très vite que les traitements sans la volonté n’étaient qu’un coup d’épée dans l’eau, car l’un ne peut être dissocié de l’autre.

J’ai appris aussi que la maladie est comme le déferlement des vagues et le ressac qui viennent petit à petit éroder la côte. Je suis fatigué, usé vieux avant l’âge, mes relents d’énergie sont de plus en plus rares, non pas parce que  ma détermination est moindre, mais tout simplement parce que mon corps est désormais comme une mule qui refuse d’avancer.

Sans l’avoir demandé, comme durant tout le reste de mon parcours d’ailleurs, je suis conscient que je vais débuter une nouvelle étape de ma vie à laquelle il faudra m’adapter sans me complaire dans le rôle de victime, qui ne ferait qu’aggraver ma qualité de vie déjà largement compromise.

Le lundi 21 aout j’avais rendez-vous chez mon généraliste pour mon ‘’contrôle technique’’ des trois mois. J’avais deux choses à lui signaler, d’abord la présence d’une rougeur à l’arrière de mon pied droit, à l’endroit même où une veine saillante m’infligeait une douleur supportable certes mais complètement anormale, ensuite cette extrême fatigue qui était venue de je ne sais où, mais qui avait bien l’intention de s’implanter durablement, sans mon consentement.  

Comme à chaque visite le praticien m’invita à m’installer sur la table d’examen, puis il débuta son osculation suivant le protocole. Ma tension était anormalement élevée, il me laissa me reposer un petit moment pour la prendre une seconde fois, mais le résultat ne le satisfaisait guère. J’étais moi-même assez surpris de ces 18/7 totalement inhabituels depuis que je prenais un antihypertenseur qui avait rempli parfaitement son rôle jusqu’alors. Je n’étais pas spécialement impressionné par le médecin car j’avais eu maintes et maintes fois l’occasion de me retrouver dans cette situation depuis 2004 et parfois dans des conditions autrement plus dramatiques, il ne s’agissait donc pas d’une tension nerveuse, ou alors !…

Nous étions confrontés à une énigme qui n’était pas la première depuis que le crabe me tenait fermentent prisonnier entre ses pinces acérées. Il décida d’augmenter la posologie de Rilménidine, en attendant de voir la suite.

Il n’était pas inquiet pour mon pied, il diagnostiquait une thrombose veineuse superficielle et pour y remédier il allait me prescrire un gel antiinflammatoire à appliquer sur la zone douloureuse.

Pour ce qui était de mon état d’asthénie, il ne trouvait pas d’explication immédiate. Lorsque j’évoquai la responsabilité du Lévothyrox, il me répliqua qu’il ne fallait pas écouter les médias qui avaient trop l’habitude de monter en épingle les choses les plus banales. La conversation était  close, je demeurais avec  mon harassement sans en connaître la raison.   

Nous sortîmes de son cabinet avec une ordonnance mentionnant les médicaments habituels mais sans la prescription du gel anti-inflammatoire que le praticien m’avait promis.

Le lendemain de cette visite je subissais une nouvelle prise de sang qui précédait mon rendez-vous chez l’oncologue trois jours plus tard.

Le taux de créatinine qui était de 16,9 mg/l avait légèrement augmenté mais je restais dans des normes raisonnables compte-tenu des faits. Il y avait bien de ci de là  des résultats dans le rouge mais j’avais l’habitude d’attendre l’avis des médecins avant de m’affoler.

La bonne surprise venait du taux de TSH qui était passé de 32,52 mUI/l à 2,54 ce qui faisait qu’il était rentré dans le rang. L’adaptation de la posologie face à ce dérèglement tout à fait déroutant semblait vouloir donner ses fruits. Je n’étais pas moins fatigué pour autant, mais j’espérais qu’avec le temps les choses finiraient pas se résoudre.

  



Miroir mon beau miroir

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Mon appréhension s’avérait sans fondement, le résultat de l’échographie ne laissait rien entrevoir de suspect. Mon cœur n’était pas responsable de mes essoufflements, en revanche il m’alertait de l’existence d’une anomalie qui risquait de garder encore un moment tous ses secrets. 

Le généraliste avait fait son boulot en m’adressant à un cardiologue, le cardiologue avait fait son boulot en effectuant tous les examens possibles, l’affaire était close,  je n’avais donc plus qu’à vivre avec mes problèmes en espérant qu’ils ne s’aggravent pas.

Comme je l’ai exprimé précédemment, les effets secondaires de l’Amiodarone, réactions cutanés, rougeurs persistantes du visage, et angio-œdème s’associaient pour que je tourne le dos au miroir.  Comme j’allais beaucoup mieux en matière d’arythmie, je demandai au docteur L si je pouvais me passer  au moins pour quelques temps du médicament. La réponse fut directe et précise, je n’avais pas d’autres alternatives que la prise de ce produit, il déclinait toutes responsabilités si par mon inconscience je décidai de faire autrement.

Nous sortîmes de son service quasiment trois heures après y être rentré, je ne savais pas si je devais rire ou pleurer du sort qui s’acharnait avec persistance contre moi.

Mon programme médical de juillet n’était pas encore terminé car il me restait ma visite semestrielle chez le chirurgien-dentiste, là encore bien que je ne percevais rien d’alarmant à l’intérieur de la bouche, je préférai me méfier plutôt que de sombrer dans un optimisme débordant. Les répercussions de la chimiothérapie peuvent être parfois pire que le mal, mais cette fois je ne m’étais pas trompé, gencives et dentitions étaient sains.

Compte-tenu des résultats plus que médiocres de ma prise de sang du 27 juin, concernant le taux beaucoup trop élevé de créatinine, et de celui non moins élevé de TSH, le docteur C avait ordonné une nouvelle prise de sang qui fut chose faite dès le 4 aout à l’aurore.

La créatinine avait baissé en étant passé de 18 mg/l à 16mg/l, une amélioration pourtant loin de la normale, située entre 6,7 mg/l et 11,7 mg/l. J’étais habitué à cette insuffisance rénale chronique, mais cette brusque envolée à 18mg/l m’avait donné des frayeurs.

Bien qu’il faille rester prudent, ce nouveau résultat me rassurait un peu.  

La TSH passée de 67,91 mUI/l à 32,52 mUI/l demeurait largement au-dessus des valeurs de références, soit  0,27 mUI/l  pour la minimale et 4,20 mUI/l pour la maximale.

Je restais donc en importante hypothyroïdie, ce qui pouvait expliquer mon apathie, ma prise de poids, et peut-être mes essoufflements, mais ce n’était que des supputations.

Un fois encore le généraliste nous passa un coup de fil pour adapter le dosage aux nouvelles donnes.

Il y avait bien une explication à ces incessant dérapages pour le moins surprenants, mais pour l’heure le patricien n’avait pas l’air de s’en soucier.

Je ne pouvais pas me rappeler exactement de la date à laquelle où nous avions reçu pour la première fois la formule modifiée de Lévothyrox, nous en n’avions d’ailleurs pas été informé par les autorités sanitaires, en revanche je gardais en mémoire le jour où la pharmacienne nous avait remis la nouvelle boîte en nous précisant donc du changement, et d’une possible d’adaptation du corps. J’étais fatigué, très fatigué, anormalement fatigué, et j’avais du mal à en découvrir l’origine, jusqu’à ce fameux matin où je lus dans mon quotidien, cet article à propos des malades victimes de la nouvelle formule du Lévothyrox.

 

Depuis le mois de mars 2017, le Levothyrox, prescrit pour soigner la thyroïde, a changé de formule. Après la suppression du lactose de la composition du médicament, les témoignages de personnes subissant un certain nombre d’effets secondaires liés au traitement ne cessent d’augmenter. Plusieurs patients décrivent des conséquences plus qu’incommodantes sur leur organisme, à la suite de la prise du nouveau Levothyrox. Ils témoignent. Grosse fatigue, colite (inflammation du colon), insomnies importantes, vertiges, palpitations ou encore nausées… Les effets secondaires, jusqu’ici jugés inexistants par nombre de patients atteints d’hypothyroïdies (insuffisance de sécrétion de la glande thyroïde) et traités par le Levothyrox, ne cessent aujourd’hui de leur pourrir la vie. En cause, la modification de la formule du médicament, opérée par le laboratoire M, à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

 



Rodrigue as-tu du coeur ?

 

 

coeur

Mon cœur n’était plus le mauvaise élève de la classe, et il y avait à cela une raison essentielle, l’Amiodarone prescrit par le docteur R en juillet de l’année 2014, le maintenait fermement en laisse. Les crises d’arythmie n’étaient plus qu’un mauvais souvenir, mais il y avait aussi  bien dans ce domaine que dans d’autres, un prix à payer, qui n’était pas sans conséquence sur ma vie de tous les jours. Parmi les effets secondaires les plus fréquents, j’avais hérité d’une réaction cutanée exagérée au soleil, autrement dit la moindre exposition non protégée entrainait des brûlures qui pouvaient être extrêmes. J’en avais fait plusieurs fois la douloureuse expérience en ayant eu la négligence de badigeonner telle ou telle partie de mon corps. Parmi ceux très rarement fréquents, j’avais hérité de rougeurs tenaces du visage qui me refilaient des complexes quasiment impossibles à me débarrasser. Parmi ceux dont la fréquence était indéterminée, j’avais hérité d’un angio-œdème du cou appelé communément cou de taureau, qui rajoutait aux complexes, d’autres complexes tout aussi difficiles à assumer.

Suite à des essoufflements exagérées et durables, j’avais été amené à consulter le docteur L en février de l’année 2017, pour effectuer un électrocardiogramme qui n’avait rien révélé de suspect. Le cardiologue avait ordonné un enregistrement de sommeil qui s’était soldé par la pose d’un appareil respiratoire la nuit. Enfin il avait également programmé une échographie cardiaque pour plus de sûreté.

En ce lundi 10 juillet il faisait beau mais sans chaleur excessive, nous avions rendez-vous en début d’après-midi, et à l’heure que nous arrivions, l’immense parking était quasiment plein. Il fallut tournoyer quelques minutes avant de pouvoir garer notre voiture.

La salle d’attente était occupée par deux personnes, nous étions à l’heure ce qui préconisait un retard dans les consultations que nous avions l’habitude de gérer.

Encore une fois j’avais oublié d’apporter des mots fléchés, je me consolais donc en feuilletant des magazines tout autant périmés que sévèrement froissés, étalés sur la petite table centrale prévue à cet effet.

Une dame en fauteuil roulant arriva accompagné de son mari, elle fut la nouvelle patiente appelée par le médecin. Un septuagénaire au cheveu blanc vint rejoindre les personnes encore présentes.

La patience à ses limites, mais nous avions appris au fil des ans à nous modérer, et cette fois d’autant plus facilement, que l’un des malades assis à ma gauche était des plus expansifs. Il  alimentait de manière permanente une conversation qui n’avait rien d’habituelle en ce lieu aussi particulier.

Lorsque nous fûmes appelés, il y avait bien une bonne heure et demie que nous attendions notre tour. Le praticien s’excusa pour le retard, et je lui rétorquai par politesse que nous n’avions rien d’autre à faire de la journée.

Il invita Chantal à se rendre à son bureau, et nous nous restâmes dans la partie de la pièce protégée par un paravent, de manière à préserver l’écran de lecture d’une trop forte luminosité, afin de mieux distinguer les images produites.

Je m’allongeai sur la table, me tournai suivant ses ordres sur le côté gauche, tout en passant mon bras droit derrière la tête, il me passa du gel conducteur des ultra-sons à l’emplacement adéquat de mon corps, puis plaça la sonde au même endroit, avant de se concentrer sur son travail.

De temps en temps il déplaçait la sonde, tapotait sur son clavier, mais le silence prédominait à l’exception de quelques bipbips de l’appareil, produits par périodes alternées.

Je trouvai le temps long, car ma position était des plus inconfortables, et mon bras commençait à tétaniser, aussi la délivrance fut salutaire.

Une fois rhabillé je rejoignis, tandis que le docteur L resta  devant la machine, afin de rédiger son rapport. A ce stade de la consultation je ne savais rien du sort qui m’était réservé, il fallut donc me contenter d’espérer.

Le calme qui régnait dans la pièce n’était pas synonyme de tranquillité, sans en savoir la vrai raison, je commençais à m’inquiéter. J’interprétais négativement le mutisme du médecin, en me retrouvant  dans la même situation de stress que lors de l’attente d’un résultat de scanner.

 

 

 

 

 



Sept ans d’enfermement

 

 

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Après 7 ans ‘’d’enfermement’’ notre petite semaine d’évasion Londonienne m’avait semblé pleinement méritée. Il fallut pourtant très vite remiser nos souvenirs dans un coin de notre cerveau, et revenir à notre lot quotidien de bonnes et mauvaises nouvelles. Une prise de sang interrogatrice, une apnée du sommeil que je commençais tout juste à soigner, et enfin mon 55ème scanner, un menu des ‘’fêtes’’  donc capable de tarir rapidement notre enthousiasme du moment.

Ainsi après quelques jours à ne pas mettre autres choses qu’une saucisse à griller au soleil, nous partîmes ce vendredi 30 juin 2017 sous un ciel gris, frais et menaçant.

Il y avait belle lurette que j’avais appris à minimiser le stress durant les semaines qui précédaient l’examen. Malgré l’expérience,  le jour J restait toujours très difficile à vivre, l’angoisse montrait le bout de son nez au moment du réveil, et allait en crescendo jusqu’à ce que le médecin me sorte quelques heures plus tard de l’incertitude. 

Vessie et intestins étaient mis à dure épreuve, l’un à cause des 500 ml d’eau au sulfate de baryum que j’avais ingurgité juste avant le départ, et les seconds en raison des spasmes douloureux dus à mon état de nervosité difficile à canaliser, malgré bien des efforts.

Je ne savais pas en comptant jusqu’à ce jour, combien nous avions effectué de trajets aller-retour à Nantes depuis le début de la maladie, mais sans doute aux alentours d’une cent cinquantaine, une simple routine donc lorsqu’au bout de la route il n’y avait pas la menace potentielle de résultats inquiétants. Lorsque scanner ou toutes autres formes d’examens faisaient l’objet du déplacement, il en était par conséquent tout autrement.

Justement ce jour-là nous étions dans le plus mauvais des cas de figure, et comme je l’ai déjà maintes et maintes fois répété, vivre dans le doute engendre des peurs parfois totalement irraisonnées.

Trouver une place de stationnement était d’autant plus ardu que la matinée avançait. Avec un rendez-vous à 11 heures, nous ne fûmes pas surpris de devoir nous garer dans le parking en contrebas du centre médical.

Le ciel hésitait entre pâles moments de soleil et nuages accompagnés de petites pluies. La météo avait brusquement basculée de la canicule, à une atmosphère automnale. Ainsi en quelques jours nous avions perdu une vingtaine de degrés, et je frissonnais à remonter l’allée qui nous conduisait à notre destination.

Les démarches administratives effectuées, l’ascenseur n’attendait que nous pour nous mener au second étage. A l’extrémité du long couloir la salle d’attente bondée de monde nous accueillit, débuta ainsi  la seconde étape de notre énième périple au CAC de l’espoir.     

Les toilettes furent la bienvenue pour ‘’soulager ma peine’’, aussitôt après la manipulatrice en radiologie vint me chercher.

Cette fois je n’avais ni la chance d’être dans la cabine de préparation éclairée par une fenêtre extérieure, ni celle d’avoir à faire au jovial petit bout de femme des deux examens précédents.

Avec les résultats médiocres de ma prise de sang, il n’était pas question de m’injecter le produit de contraste habituel, j’avais quand même bu la veille au soir et le matin même un litre au total d’eau mélangé au sulfate de baryum, et cela devait suffire à établir un diagnostic.

Sans pose de cathéter je fus donc invité à me rendre très rapidement dans l’antre du loup, également à allonger mon corps sur la table, avant de me laisser porter par trois fois à l’intérieur de l’anneau, avant d’être libéré.  

Le radiologiste était de nouveau un intervenant extérieur, je savais qu’on allait me demander ma carte vitale, et qu’il allait falloir patienter avant qu’elle me soit rendue.

En retrouvant le siège de mon arrivée, j’appris que la plupart des gens présents dans les lieux attendaient eux aussi cette fameuse petite carte verte qui tardait à réapparaître.

L’insatisfaction montait de plus en plus, mais la diplomatie triomphait à chaque fois qu’un malade et son accompagnant étaient invités à partir. 

J’eus le temps de faire trois grilles faciles de mots fléchés lorsque j’entendis enfin mon nom. Nous ne tardâmes pas à rejoindre la voiture que Chantal avait pu rapprocher de l’entrée principale, il était largement le moment de pique-niquer, suivi d’une sieste bien méritée. 

En fermant les yeux il me revint à la mémoire une phrase à laquelle je faisais souvent référence, en sortant du service radiologie.  

« Les dés sont de nouveaux jetés, je croise les doigts ! »

Ce fut sur cette pensée que je dus m’assoupir légèrement, avant d’ouvrir les yeux quelques minutes plus tard pour constater la présence de petites gouttes d’eau perlant sur le parebrise.  Les malades convoqués en début d’après-midi commençaient à affluer, et nous décidâmes de rejoindre le service des consultations pour entamer la troisième étape de notre parcours.

Avec un rendez-vous à 14 heures nous étions les premiers à nous installer dans la salle d’attente. N la secrétaire de l’oncologue nous demanda de l’excuser, car il venait tout juste de terminer ses consultations du matin, et il avait besoin de se restaurer.

Patients, accompagnants  et médecin nous étions tous dans la même galère, un nombre qui ne cessait de croître, pour les uns, et une surcharge de travail qui ne risquait pas de se tarir pour les autres. Il y avait bien longtemps que nous avions compris cet état de fait, et nous acceptâmes sans contestation d’attendre un peu plus longtemps.

Je n’avais pas le goût de faire des mots fléchés, pourtant je m’y attelai en espérant apaiser partiellement l’angoisse qui me tenaillait alors que le verdict était sur le point de tomber.

Nous n’eûmes pas besoin de nous assoir de longues minutes assis à proximité du cabinet de consultation de l’oncologue en espérant rapidement notre tour, car il vint nous chercher en personne afin de nous inviter à nous y rendre. Il avait un large sourire, ce qui était de bon augure, il s’excusa pour son retard et nous pria de nous assoir.

« Alors ? »

« J’ai l’impression d’aller pour le mieux, mais c’est vous qui allez me dire si j’ai raison ou si j’ai tort ! »

« Le résultat du scanner ne nous apporte rien de nouveau, il faut donc nous en réjouir ! « 

Depuis douze ans que nous nous côtoyions régulièrement, je l’avais entendu qu’une seul fois prononcer le mot de rémission, là encore il ne fut pas question de l’évoquer, à défaut je devais me contenter du reste, et je m’en satisfaisais amplement.

Délivré de mon lourd fardeau, je ne voulais pas partir sans lui parler de ma prise de sang qui nous donnait des signes d’inquiétudes.

Avec une créatinine passée en l’espace de vingt jours de 16,9 mg par litre de sang à 18 mg par litre de sang, alors que la moyenne se situait entre 6,7 et 11,7, je voulais des conseils pour préserver le seul rein qui me restait. Cette insuffisance rénale élevée pouvait être dû à une carence en eau et donc à une concentration plus élevée des toxines dans le sang, il fallait donc que je songe à m’hydrater régulièrement ce qui n’était pas une mince affaire car je n’avais jamais soif.

Pour ce qui était de la T.S.H là c’était carrément catastrophique, j’étais passé de 4,79 mUI (millième d’unité internationale à 67,91 mUI pour une moyenne située entre 0,27 à 4,20. C’était tellement énorme que nous avions songé à une erreur d’écriture du laboratoire. Nous avions reçu un coup de fil du généraliste qui nous avait demandé de passer à son cabinet afin d’y récupérer une ordonnance pour une nouvelle prise de sang à faire dans 6 semaines, et une autre ordonnance pour augmenter le dosage des comprimés de Lévothyrox. Cette communication brève effectuée avec un praticien surbooké  ne nous avait pas permis d’en savoir davantage, aussi nous comptions sur le docteur R pour éclairer notre lanterne. Là encore nous reçûmes un avis laconique qui ne répondit pas précisément à nos questions, mais nous n’insistâmes pas, trop heureux d’être enfin libéré de cette journée difficile. 

   



Quand le silence n’est pas d’or

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« Comme je suis sourd, je n’entendrai pas sonner ma dernière heure. »

Pierre Henri Cami

 

« Parler à un sourd, c’est déranger l’une de nos activités volontaires la plus automatiques : le langage. Notre organisme supporte mal cette agression. C’est pourquoi, quel que soit notre gentillesse, inconsciemment, nous n’aimons pas les sourds, car ils perturbent en nous quelque chose de très profond »

Claude Henri Chouard-

              

 » Je suis tellement heureux lorsque je me promène dans le bois, parmi les arbres, parmi les fleurs, et les rochers. Personne n’aime la campagne autant que moi, la surdité ne me préoccupe plus. »

Ludwig Van Beethoven

 

Mes oreilles restaient excessivement fragiles, et une nouvelle infection se profilait à l’horizon, pourtant cette matinée du 23 juin ne me disait rien qui vaille. L’ORL n’était pas mon ami, il me glaçait même le sang, malheureusement il était impératif de le consulter régulièrement, pour préserver le peu d’audition qu’il me restait.

Ainsi donc je me préparais au déroulement d’un scénario semblable à celui exposé lors de mes articles précédents et que je pouvais donc résumer en quelques mots, à savoir une salle d’attente bondée, un sourire et une expression inexistante sur le visage du médecin, et un diagnostic sans surprise à l’issue de la consultation.

Cette fois nous ressortîmes avec en prime une évolution négative de la situation, à savoir que le praticien me mettait durant une semaine sous antibiotiques par voie orale, le Pyostacine.

Le 6 juin mon généraliste le docteur C m’avait ordonné un prélèvement sanguin pour vérifier mon taux de créatinine, taux qui nous avait donné quelques signes d’inquiétudes lors des résultats précédents. J’avais été soulagé de lire que le pourcentage était passé de 18,3 mg/l à 16,9 mg/l pourtant encore bien loin des 11,7 mg/l de la normale. Je vivais avec mon insuffisance rénale depuis l’ablation de mon rein gauche et celle partielle de mon rein droit, mais ce dérapage aussi brutal qu’inattendu nous avait donné des sueurs froides.

« Assez bien mais peut mieux faire ! »

 Le patricien m’avait encouragé à poursuivre mes efforts en buvant de l’eau aussi régulièrement que possible.

 Le 27 juin une nouvelle prise de sang fut programmée, cette fois pour le docteur R qui me donnait rendez-vous au CAC de l’espoir 3 jours plus tard.

L’infirmière n’arriva pas en avance, ce qui eut pour conséquence de mettre mes nerfs à dure épreuve. J’étais habitué aux servitudes de toutes sortes, mais cette fois je n’étais pas d’humeur.

J’espérais que les résultats des examens sanguins allaient confirmer l’amélioration constatée précédemment, car une nouvelle aggravation de l’insuffisance rénale risquerait de me perturber un peu plus l’esprit qu’il ne l’était jusqu’alors.

Le verdict tomba à 19 heures le soir même, et il n’y avait pas matière à me réjouir. Le taux de créatinine, c’est-à-dire le taux de déchets organiques contenu dans mon sang, augmentait de nouveau pour passer de 16,9 mg/l à 18 mg/l, mais ce n’était pas tout.

Le pire résultat révélé par le laboratoire venait d’un autre domaine, celui qui concernait le contrôle du bon fonctionnement de ma thyroïde. Je souffrais d’une thyroïdite d’Hashimoto depuis belle lurette, et le Lévothyrox  compensait les faiblesses de la glande par l’apport d’hormones chimiques bienfaitrices. Cet apport artificiel nécessitait un contrôle régulier du dosage la TSH, pour adapter le médicament selon les besoins. Celui-ci devait se situer entre 0,27 et 4,20 mUI/l alors que sur ma feuille s’affichait le chiffre affolant de 67,91 mUI/l. Nous étions interloqués au point de penser que ce chiffre était erroné.

Le généraliste ne tarda pas à se manifester, nous reçûmes le soir même un coup fil.

« Prenez-vous régulièrement votre Lévothyrox  Joël ? »

La réponse fut oui, car je savais pertinemment qu’il était impensable de m’en passer, et d’autre part Chantal veillait au grain il m’était donc impossible d’oublier cette obligation.  

 



La souffrance qui n’ose pas dire son nom

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Treize ans de maladie, m’ont permis de tirer pas mal d’enseignements sur mes capacités à endurer la souffrance.

Dès les premiers jours, je sentis que dénier la réalité ne pouvait que faire empirer les choses, j’étais face à la mort, et le contour de son visage se faisait de plus en plus précis, il était impératif d’accepter cet état de fait,  afin de prendre les initiatives nécessaires susceptibles d’éloigner l’ennemi au plus vite de mon champ de vision.

« Vouloir écarter de sa route toute souffrance signifie de se soustraire à une part essentielle de la vie humaine »

Konrad Lorenz

D’abord il y a la peur, qu’il fallut apprendre très vite à maîtriser, elle était en effet la source d’une problématique déstabilisation mentale, avant même que le pire soit arrivé.

« Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint » 

Montaigne

Personnellement aucune douleur digne de ce nom ne m’avait alerté d’un danger quelconque lorsque le ciel me tomba sur la tête. Je débutais donc le combat sans savoir dans quoi je mettais les pieds, mais très vite je compris l’importance qu’il y avait de minimiser autant se faire que peut les tortures que le cancer pouvait infliger à mon corps. J’avais évidement le plus grand intérêt à garder les rênes en main, si je ne voulais pas que mon cheval s’emballe, sans que je puisse faire quoi que ce soit pour l’arrêter.    

« Qui ne sait supporter un peu de souffrance doit s’attendre à beaucoup souffrir »

Jean-Jacques Rousseau

Se plaindre est l’apanage des bien-portants, je regrettai rapidement le temps ou un simple rhume pouvait me faire geindre à tout va. Dès les premiers tourments supportables de la maladie, j’acquis la certitude qu’il fallait être plutôt satisfait du sort qui m’était réservé, tout en me préparant à une éventuelle évolution négative de la situation.

« Ça va mal, mais quand se sera pire, on regrettera le temps où ça n’allait pas bien ! »

 Jacques Faisant

Je bénéficiais d’un milieu médical de tout premier ordre, j’en étais conscient, je ne pouvais que lui faire conscience. Loin de subir passivement mon destin, j’étais au contraire acteur à part entière de la maladie, ce  qui me donnait l’espoir sinon de la guérison, du moins de mourir intelligemment mais le plus tard possible.

« Espérer c’est déjà moins souffrir »

Marcel Portal

Au fil du temps mon corps se transformait en ma défaveur, il était plus difficile pour moi de combattre ma propre image, que de contrôler la douleur du mal absolu. Ce qui avait été ne serait plus jamais, l’amertume était grande, mais il fallait la vaincre à tout prix.

« On peut renaître de sa souffrance. Aucune blessure n’est irréversible. On peut transformer ses blessures en force. »

Guillaume Musso   

Un combat ne se mène jamais seul,  à certains moments je n’avais pas d’autres choix que de me retrouver face à moi-même, mais la plupart du temps loin de me replier sur mon malheur, je comptais sur l’appui des autres, pour me tirer vers le haut.

« La plus grande souffrance est de se sentir seul sans amour, abandonné de tous »

Mère Teresa

Ce n’est pas faire preuve de masochisme que de prétendre avoir tiré le meilleur de moi-même, grâce à cette terrible épreuve. La maladie vous apprend l’humilité, la maladie vous donne le temps de réfléchir à bien des choses de la vie, la maladie vous apprend à ne retenir que l’essentiel, la maladie vous ouvre les yeux, autant qu’elle vous ouvre l’esprit.

« Avoir souffert rend tellement plus perméable à la souffrance des autres »

Abbé Pierre

« Chaque moment difficile à le potentiel d’ouvrir mes yeux et mon cœur »

Myla Kabat-Zinn

« La souffrance est une route de vérité »

André Maurois 

« La souffrance prend parfois un caractère inéluctable. Si je me rends compte que je n’ai aucun autre choix que celui de l’endurer, il me reste cette ultime liberté, celle de la supporter avec courage.

Rilke

 

 Petites graines de philosophie : Joël Gautier 7 aout 2017

 

L’infirmier représentant la société O ne tarda pas à nous contacter, et dès le lendemain il était à notre domicile pour nous présenter la ‘’bête’’.

Signe encourageant, l’appareil n’était pas aussi encombrant que j’aurais pu l’imaginer. Dans mon cas, il n’était pas question de bouteilles d’oxygène, car je ne souffrais pas d’insuffisance respiratoire, mais d’une apnée du sommeil nécessitant un dispositif plus léger.

L’homme m’expliqua que le CPAP (c’était son nom), insufflait en continue un débit d’air dans le nez et la gorge, en maintenant une pression bienfaitrice au niveau des voies respiratoires. 

Après m’avoir enseigné la manière de poser le masque sur mon visage, il procéda à un essai qui dans un premier temps me dérouta, dans la mesure où cette situation était pour moi totalement inédite.

« Le port de ce masque ne sera efficace que si vous êtes rigoureux et motivé. Les premières nuits seront probablement délicates. Supporter ce corps étranger et encombrant sur le visage ne sera pas une partie de plaisir. Se mouvoir ne sera pas non plus quelque chose de simple à gérer, les positions habituelles pouvant devenir inconfortables. Bref la période d’adaptation sera plus ou moins longue en fonction de votre capacité à accepter ou non ces contraintes. »

J’étais donc largement informé de la patience dont j’allais devoir faire preuve durant les semaines à venir.

Dans le domaine des incommodités et entraves en tous genres, j’en connaissais un rayon, celle-ci s’ajoutait à ma liste, mais mon esprit était entraîné à relever pas mal de défis. J’espérais néanmoins que les efforts à accomplir en vaillent vraiment la peine, et ce que j’entendis ensuite me laissa supposer que oui !

« Si vous utilisez votre appareil régulièrement, en suivant mes conseils, vous trouverez à la longue du changement. Bien sûr l’amélioration de vos conditions de sommeil ne viendra pas du jour au lendemain, mais petit à petit vous en percevrez les effets positifs. »   

L’inventaire était long, diminution progressive des somnolences diurne, des essoufflements aussi bien à l’effort qu’au repos, disparition des ronflements, des maux de tête le matin au réveil, disparition de l’œdème des membres inférieurs etc.

Chaque microréveil augmentant la pression artérielle et le rythme cardiaque, il était également possible que cette technique considéré en quelques sortes comme une hospitalisation à domicile, corrige une hypertension récurrente et soulage mon cœur des efforts accomplis durant la nuit.

Le soir venu je rentrai donc dans le vif du sujet, et d’emblée l’inesthétique du masque posé sur mon visage me renvoya à mon image marquée par les stigmates de la maladie. Je bataillais ferme pour que mon esprit puisse enfin accepter cet état de fait, mais le destin en rajoutait tous les jours un peu plus et mon combat était largement inégal.

« Ma pauvre maman si tu voyais ce qu’est devenu le fils que tu as mis au monde ! »

A peine allongé,  j’allais très vite constater que les remarques de l’installateur s’avéraient pertinentes. Je découvris en effet que le tuyau qui reliait le masque à l’appareil était pesant, il avait donc une fâcheuse tendance à tirer sur le masque, ce qui produisait des fuites d’air inappropriées. Mes positions habituelles étaient effectivement affectés par cette espèce de ‘’ contamination physique’’ qui m’emprisonnait la tête. Je refusai de faire une fixation sur l’ensemble des éléments qui pouvaient me déplaire, et concentrai plutôt ma volonté à les adopter quelques fussent les inconvénients.    

Je n’étais pas tout seul à subir des inconvénients, si Chantal n’avait plus à déplorer les ronflements, une mauvaise adaptation du dispositif le rendait bruyant et assez insupportable.  

J’étais un peu inquiet pour l’avenir, car je ne savais vraiment pas dans quel sens cette situation nouvelle allait évoluer.



Pureté, innocence, vulnérabilité

 

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De ces neufs mois passés dans un confortable cocon, pureté, vulnérabilité et perfection

Seront les seuls bagages qu’il emportera de ce qui était jusqu’alors son chez lui

Bouleversé par cette soudaine révolution

Il criera, se débattra et rougira, ne comprendra pas pourquoi il est ici.

 

Trituré, examiné, emmailloté sans jamais l’avoir voulu,

Allongé dans un drôle de  lit où il sera à présent endormi    

Il ignorera encore que subsister sans effort n’existera plus

Qu’il le veuille ou non de ce nouveau monde il fera désormais partie

 

Douceurs, caresses, baisers et affections

Seront les premières des sensations qui le rassureront vraiment

Car une âme bienveillante sera là pour lui prêter attention

Un jour il ne manquera pas de l’appeler maman

 

Ecchymoses, éraflures et autres petits bobos

Relèverons de son apprentissage inévitable de la vie

Rhinopharyngite, varicelle, rougeole, impétigo

En matière de maladie il sera diversement servi

 

Maternelle, primaire, collège, lycée et faculté

L’ignorance est un fléau qu’il devra éviter

Une âme bienveillante ne manquera pas de lui rappeler

De sa mère il sera fier pour avoir été bien conseillé.

 

Insouciances, folie, légèreté, et idéalisme

Formeront le panier de fruits bien garni de son adolescence

Invulnérabilité, audace, assurance, optimisme

Il s’affirma aussi parfois par quelques mots d’insolences    

 

Conquête, bluette, idylle, amour et passion

De la jeunesse à l’âge adulte il connaîtra cette évolution

Vexations, blessures, chagrins, désillusions et déboires.  

Seront les épreuves qu’il  devra affronter sans perdre jamais l’espoir

 

Fonder une famille fera partie de ses principales ambitions

Pour protéger ce précieux bonheur, il construira sa maison

D’évènements heureux en afflictions, il cheminera à travers les saisons

Ses joies aussi bien que  ses peines le feront grandir pour de bon

 

A l’âge de la sagesse naîtrons alors petit à petit ses cheveux blancs

Insomnies, atonies, trouble de la mémoire ne seront pas ses amis

Arthroses, ostéoporoses, artérites, incontinences fermeront le ban

Au terme de son long voyage il arrivera en fin de vie, car les choses sont malheureusement ainsi 

 

Petites graines de poésies : Joël Gautier 29 juillet 2017    

 

En ce mercredi 21 juin 2017 je profitais d’une brève journée de répit. La veille j’avais en effet bénéficié de ma 20ème séance de massages, massages d’ailleurs que je continuais d’apprécier à leur juste valeur, et le jour suivant il était noté sur l’éphéméride de me rendre chez mon ORL  pour une auscultation qui ne me réjouissait pas des masses.

Pour l’heure je ne songeais guère à lui, j’étais au contraire confortablement  installé dans mon fauteuil, plongé dans ma lecture, lorsque la sonnerie du téléphone retentît.

C’était l’hôpital.

« Allo monsieur Gautier ? »

Je répondis par l’affirmative.

« Bonjour monsieur, je suis l’infirmière assistante du docteur L. Nous avons procédé à une analyse approfondie de votre examen, et il s’avère que vous êtes passé à un stade critique. L’appareil a enregistré trente arrêts respiratoires par heure, dont un qui a duré 55 secondes.    

Cette fois pour votre confort et dans l’intérêt de préserver votre santé, il serait bon d’adopter le masque. »

Le couperet était tombé, je n’échapperais donc pas à cette désagréable sentence, qui rajouterait un nouvel handicap sur une liste déjà bien trop longue d’ennuis en tours genres.

« Nous travaillons avec une société agrée qui va prendre contact avec vous, elle fixera le jour qui vous conviendra pour vous installer l’appareillage et pour vous enseigner la manière de vous en servir. Cela vous convient-il ? »

Je n’avais pas réellement le choix dans ma réponse, car malgré tous les bâtons que le destin me mettait dans les roues, j’étais déterminé à continuer à me battre jusqu’au bout de mes possibilités. Je lui répondis donc par l’affirmative.

J’avais été trop optimiste, la nuit de l’examen n’avais pas été aussi calme que supposé, je n’en avais tout simplement pas eu conscience.

Pour l’heure ce n’était pas le moment de me triturer l’esprit, les choses étaient ainsi faites et je ne pouvais donc rien y changer.



Métaphores saisonnières, ou le destin des êtres vivants

roses

Quand à  l’aurore de la vie, les roses sont épanouies

Leur éclat illumine le jardin de jolies couleurs

Elles exhalent d’enivrants parfums à de nombreux promeneurs

Leur beauté végétale n’a pas d’égale, pour réjouir les cœurs.

 

La rosée du matin perle sur leurs fragiles pétales

Leur tige s’incline au rythme d’un vent léger de printemps

La nature offre en écrin les plus beaux bijoux de son étal

La grâce n’étant pas éternelle, elle ne dure que l’espace d’un moment

 

Lorsqu’à midi de la vie, les roses sont cueillies 

Leur bouquet orne ainsi le salon d’une élégante façon

Blanche, rouge ou jaune, les yeux sont éblouis

Chacune à son langage, pureté, amour, chagrin, colère ou méditation

 

Les pieds dans l’eau, privées de leurs racines elles s’ennuient

Doucement elles flétrissent, et perdent leurs pétales

Blanche, rouge ou jaune, leurs teintes sont ternies

La grâce n’étant pas éternelle, viendra le jour fatal

 

Lorsqu’au soir de la vie, les roses se sont asséchées

Leur bouquet dépare le salon d’une singulière façon   

La nature est cruelle et reprend ce qu’elle a donné

La noirceur remplace une beauté qui ne porte plus son nom

 

A l’aurore de sa vie, l’homme est cette fleur angélique

Sa candeur et sa fragilité engendrent des regards attendris

Il remplit la maison de ses sourires idylliques

Penchés sur son berceau ses parents vivent le paradis

 

Le soleil du matin éclaire son visage encore enfantin

Le vent du printemps ne lui fait pas courber l’échine

Cheveux blond, silhouette svelte, et la peau d’un joli teint  

La grâce n’est pas éternelle, elle ne dure qu’un matin

 

Le soleil de midi chauffe son visage déjà un peu ridé

Il résiste encore au vent d’été qui le fait un peu plié

Cheveux châtains, silhouette épaisse, et la peau déjà tannée

Il doit poursuivre sa route sans compter sur d’éventuels alliés

 

La pluie d’automne qui tombe sans cesse ne facilite pas sa tâche

Pieds dans la boue, vêtements trempés, il n’a pas d’autres choix que d’avancer

La tempête retarde sa marche, les genoux à terre il se bat sans relâche

La grâce n’étant pas éternelle, viendra le jour où il faudra renoncer

 

Quand au soir de sa vie, ses forces cèdent face au poids des années

Le vent de l’hiver lui traverse les os, la neige le recouvre peu à peu d’un linceul

Alors doucement sans révolte il s’allonge sur le sol comme l’on fait ses aînés

Le destin le veut ainsi, la grâce n’est pas éternelle, un jour survient le deuil

 

Petites graines de poésie : Joël Gautier 27 juillet 2017

 

Nous étions sortis de chez le généraliste l’état d’esprit identique à celui  qui avait été le nôtre lors de notre passage au CAC de l’espoir, privés d’une réponse précise. L’incertitude ne faisait pas bon ménage avec nous. Le médecin était-il serin ? A l’inverse, se doutait-il de quelques choses ?

Pour l’heure la consigne était de boire, et il était vrai que je n’avais jamais soif, il me fallait rajouter sur la liste des efforts à accomplir, celui d’enfiler régulièrement un verre d’eau.  

Mes essoufflements qui avaient fait l’objet d’une visite chez mon cardiologue en février dernier étaient toujours d’actualité. Il avait fallu attendre trois mois pour passer un électrocardiogramme qui n’avait rien révélé, et quatre mois supplémentaires pour que son assistante soit disponible afin de me poser l’appareil qui allait enregistrer la fréquence de mes apnées du sommeil. C’était la troisième fois que je subissais ce type d’examen, la première fois datait des années 90 et à l’époque j’avais été hospitalisé une nuit entière pour obtenir le bilan quelques jours plus tard.  Avancées technologiques obliges, l’actimètre de la taille d’une très grosse montre,  porté donc au poignet, pouvait effectuer le travail escompté sans trop me perturber, et ce alors que j’étais bien tranquillement allongé au chaud dans mon lit.  

Au réveil j’eus l’impression d’avoir dormi d’une qualité de sommeil irréprochable. Etait-ce la réalité, ou celle que je voulais qu’elle soit ? Toujours est-il qu’à tort ou à raison, j’étais pleinement détendu car j’allais éviter l’obligation de passer la nuit, entravé d’un masque respiratoire à air pulsé.  J’avais été prévenu par l’assistante du docteur L, il ne fallait pas attendre le compte-rendu de l’analyse du cardiologue avant une quinzaine de jours, je n’étais pas pressé et d’ailleurs j’étais déjà passé à autres choses.  

En matière de visites médicales, je ne pointais pas au chômage, car trois jours après cet examen, nous dûmes nous rendre cette fois chez l’audioprothésiste, pour l’entretien de mes prothèses, et pour savoir comment s’étaient déroulés les quatre mois écoulés depuis ma dernière visite.

Je n’avais pas constaté une quelconque dégradation en matière d’audition,  je lui en fis part, et elle me crut sur parole. Sa confiance m’évita un nouveau test de perception des sons, cependant elle procéda aux manipulations de changements d’embouts et à l’entretien habituel.  Après nous avoir fixé un autre rendez-vous elle prit congé de nous.  

Malgré les très nombreuses contraintes liées à la maladie, malgré les joies et les peines que nous ressentons de manière aléatoire, malgré un avenir compromis du fait de l’épée de Damoclès qui tient par un fil au-dessus de ma tête, malgré notre devise de vivre l’instant présent, nous faisons régulièrement des projets qui alimentent notre désir et notre attente d’échapper à notre quotidien.

Nous restons toujours très prudents, et évitons de trop nous emballer avant de subir un revers, et une profonde déception, mais lorsque notre dessein se réalise, la récompense est à la hauteur de notre ténacité.

Justement en ce début juin 2017, nos valises étaient prêtes, ce voyage à Londres tant espérer devenait une réalité.

 



Métaphores navales ou le danger d’un naufrage

tempête

Cancer, carcinome, gliome, lymphome, mélanome, tumeur maligne, squirrhe, leucémie, sarcome, glioblastome, cette liste n’est pas exhaustive, il y a en effet un bon nombre de termes employés par les médecins, pour nous annoncer la terrible tempête, celle qui est capable de projeter notre bateau contre les récifs, avec la menace suprême de périr dans les effrayants abysses de l’océan.       

Nous nous sentions insubmersibles, et voilà que tout à coup la réalité des faits vient nous prouver que nous avions tort. Jusque-là nous naviguions sur une mer bleu turquoise, entourés de plaisanciers qui profitaient autant que nous du ciel azur. Bien sûr il y avait parfois un peu de  houle et de ciel gris, mais rien qui puisse nous faire prendre conscience des redoutables et réels dangers de la navigation.  

Pourtant voilà que notre navire s’égare dans une nuit sans fin, au milieu des vagues déchainées, sans que personne autour de nous ne soit en mesure efficacement de nous venir en aide.

Ne pas passer par-dessus bord, est le maître mot qui devrait instantanément nous traverser l’esprit, mais si le cas échéant nous devons être vaincus par une vague trop puissante, rappelons-nous que nos familles peuvent malgré tout nous tendre la perche, ou  nous envoyer de temps à autres une bouée de sauvetage, tandis que mes médecins tenteront de nous construire un radeau pour nous épargner provisoirement d’une hypothétique noyade.

Leurs aides sont et seront limités, aussi nous devons combattre par nous-même et tenter de réaliser l’exploit. Si ce mot existe dans le dictionnaire, cela veut dire que certains malades ont pu y parvenir, et donc pourquoi pas nous ?

Le meilleur que nous puissions faire donc pour relever le défi, c’est d’être en mesure de tenir de nouveau la barre de  notre bateau. Nous avons acquis de l’expérience et nous savons nous y prendre à présent pour ne pas être ‘’ désarçonnés’’ aussi facilement que nous l’avions été quelques temps auparavant.

La tempête engloutit plus facilement les bateaux en déshérence, il faut par conséquent choisir un cap et s’y tenir. Choisir un cap c’est par exemple décider de ne pas se désocialiser, choisir un cap c’est par exemple s’informer, être acteur de l’épreuve que nous traversons et non pas simplement en être la victime, choisir un cap c’est d’accepter les milieux de contraintes qui vont faire que notre vie sera régulièrement empoisonnée par la maladie et ses traitements, choisir un cap c’est aussi s’aider de notre boussole, c’est-à-dire de notre précieuse lucidité, le seul moyen que nous ayons pour ne pas être en perdition, auquel cas la panique dominera nos pensées, vous fermant ainsi la porte à tout raisonnement. 

Poursuivre le but que nous nous sommes fixé n’aura rien d’une croisière, nous aurons des choix difficiles à faire, nous commettrons probablement des erreurs de stratégies, dont il faudra tenir compte avant de pouvoir nous corriger.

Nous ne sommes pas des héros, les faiblesses et les peurs nous assaillent et nous assaillirons, mais la fuite est illusoire, il faut trouver l’énergie pour faire face aux difficultés lorsqu’il est nécessaire, et ne pas hésiter à contourner ces mêmes difficultés quand cela s’avérera également nécessaire.

‘’ L’art’’ de diriger son bateau commence d’abord par une période d’observation, apprendre des médecins, apprendre de son corps et de son esprit autrement dit apprendre à se connaître soi-même, ne jamais dédaigner les conseils  ni les opinions des autres, ne pas nous perdre en futilités qui ne nous ferons pas avancer. Les risques encourus et les opportunités à saisir font partie des stratégies du combat. A force de persévérance nous éviterons peut-être le naufrage pour apercevoir un jour enfin la lumière tant attendue du phare qui nous fera rentrer au port.  

 

Petites graines de philosophie 18 juillet 2017

 

« Une rengaine c’est un air qui commence par vous entrer dans une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux. » Cette phrase célèbre de notre regretté Raymond Devos, je pouvais non pas l’appliquer à une chanson, mais à la prise de mes rendez-vous réguliers chez le généraliste à laquelle je ne pouvais me soustraire, quelques fut mon degré d’humeur du moment.  

En ce 22 mai il était donc temps pour moi de penser à mon ‘’contrôle technique’’. Trois mois s’étaient écoulés depuis notre dernière rencontre, et je n’avais donc pas vu le docteur C depuis ma dernière prise de sang. J’espérais qu’il m’apportât un peu plus de précisions concernant les dérapages constatés sur les résultats, que celles un peu trop laconiques de mon oncologue quelques jours auparavant.  

La salle d’attente était vide, en régulant drastiquement le flot de ses patients, les secrétaires médicales savaient préserver leur patron, depuis qu’il avait été gravement malade.

Ce fut un interlocuteur jovial et débordant d’énergie auquel nous eûmes à faire.

« Comment allez-vous ? »

Je ne pouvais que réitérer la réponse reçue par R lors de ma visite au CAC de l’espoir, à savoir que j’allais plutôt bien. Malgré tout, je pensais inlassablement à cette créatinine, et à cette urée sanguine, toutes les deux anormalement élevées, résultats décevants  donc et tendant par la même à prouver le contraire de ce que je venais de dire.

J’avais suivi son conseil de maigrir un peu, et de ce côté-là j’étais fier de moi. Ayant repris après pas mal d’efforts physiques mes activités de marche, mon poids affichait trois kilos en moins, un résultat non négligeable compte-tenu de mes essoufflements un peu trop envahissants mais aussi de mes douleurs de la hanche qu’il fallait à tout prix adoucir avant qu’elles ne deviennent trop problématiques.

Il m’invita à monter sur la table pour une auscultation complète à laquelle il ne se dérobait jamais, et comme tout était normal nous regagnâmes son bureau pour confirmer le renouvellement de mon ordonnance.

Restait en suspens la question cruciale !

 



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