Le carburant de la vie

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Bien trop souvent j’ai eu la nostalgie du passé, particulièrement celui de jours heureux, rendant le quotidien bien trop amer.

Me contenter uniquement de ce que je possède plutôt que d’envier une vie que je n’ai pas,  que je n’ai plus, ou que je n’aurais plus jamais, voilà le travail accompli quotidiennement par  mon esprit, pour faire de  l’instant présent, le carburant de ma vie.

                                                                                         J Gautier 25 juillet 2016

 

 

Mes cinq séances de radiothérapie tout autant agressives que nécessaires m’avaient conduit à consulter deux mois plus tard  le docteur M, et j’en étais à ma dixième visite. Je n’avais jamais remarqué jusqu’alors que les différentes affiches posées sur les murs de la salle d’attente contribuaient à créer un climat anxiogène, propice à la diffusion d’ondes négatives. Il était question de reconnaître les signes avant-coureurs de l’AVC pour l’une, d’encourager le dépistage du SIDA pour l’autre, la troisième promettait aux grands fumeurs un cancer à cous terme, etc. J’arrêtai là mon inspection, et me tournai plutôt vers une revue dotée de peu d’intérêt, mais qui avait au moins l’avantage d’orienter mes pensées vers des horizons plus légers.

Les médecins se succédaient à un rythme régulier appelant un à un leurs patients, mais au fur et à mesure que la salle se désemplissait, d’autres patients arrivaient pour combler le vide. Chantal m’avait rejoint depuis un bon moment, pourtant je n’étais toujours pas le prochain malade sur la liste du docteur M. 

Jusqu’à présent l’ORL avait toujours été ponctuel, mais cette fois il accusait un retard important, ce qui mettait en péril l’organisation de mon emploi du temps.

Le fait de poiroter un peu plus qu’à l’accoutumé ne me mettait pas réellement en rogne, mais force était de constater que depuis quelques temps un grain de sable venait enrayer la machine, à chacun de mes projets.

Après avoir suivi mon traitement pendant plusieurs jours, j’avais décidé sans attendre l’avis d’un médecin, de remettre mes prothèses auditives. Je ne savais pas ce que l’ORL allait me dire à l’issue de cet entretien, mais au moins j’allais être en mesure de suivre la conversation, à l’inverse de mon expérience chez le généraliste, une dizaine de jours plus tôt.

Comme dit le proverbe, tout vient à point à qui sait attendre, j’étais donc enfin invité à suivre le spécialiste jusqu’à son bureau. Il était étonné de me voir devant lui, aussi s’inquiéta-t-il de savoir si mes ennuis de santé s’étaient aggravés.

Au niveau de l’audition mes capacités à entendre restaient les mêmes, j’en avais la conviction et il considéra que ce n’était déjà pas si mal que ça.  

Il me proposa de m’assoir dans son fauteuil d’examen, et muni de son otoscope, débuta son travail d’exploration. Les gouttes d’Ofloxacine avaient produit leur effet, mais le généraliste n’ayant pas en possession la petite machine pour aspirer les impuretés, je restais encore un sujet à risque, aussi se mit-il immédiatement à l’ouvrage, pour combler cette dangereuse lacune.

Je ressentais comme une impression désagréable de sussions, parfois même je sursautais légèrement pour signifier l’apparition d’une douleur, bref je n’étais pas des plus détendus, et j’avais hâte de voir apparaître la fin de l’opération.

Le diagnostic était toujours le même, la trompe d’Eustache était à l’origine de bien des maux, vertiges, bourdonnement et douleur des oreilles, et associé à la perforation des tympans elle était aussi la cause de ma perte d’audition, et sans doute pas étrangère à la persistance de cet œdème qui me déformait le cou.  

L’ORL me répéta également ce que j’avais déjà entendu. De sa carrière de médecin c’était la première fois qu’il rencontrait un cas comme le mien. Je me serais bien passé d’une ‘’telle notoriété’’.

Nous regagnâmes son bureau, il s’y installa, et préconisa la reprise des soins en établissant une ordonnance d’Ofloxacine.

Avant que nous prenions congé, il nous annonça qu’il quitterait en juillet le centre hospitalier pour vaquer à de nouveaux projets dans une autre région. La nouvelle nous désappointait car il faisait partie des médecins que nous apprécions le plus. Comme dit le proverbe, on sait ce que l’on perd, mais on ignore ce que l’on gagne, il fallait pourtant composer avec. Cette vilaine surprise me fit oublier de lui demander conseil sur l’utilisation ou non de mes prothèses durant la période de traitement.

Nous sortîmes du service largement en retard par rapport à l’habitude, comme je l’ai déjà signalé précédemment mon emploi du temps était largement mis à mal par cet imprévu, mais le pire était à venir, une ambulance s’était garée perpendiculairement à l’arrière de notre voiture, nous immobilisant par la contrainte pour un bon moment, contrecarrant par la même, un peu plus mes projets.

 



Chimiothérapie agressive

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La force ne vient pas en gagnant. Vos épreuves développent votre force. Quand vous allez à travers les épreuves et décidez de ne pas abandonner, c’est cela la vraie force.

Arnold Zchwarzenegger

 

La victime se demande ce que l’épreuve lui a enlevé, le sage cherche à comprendre les leçons qu’il peut en tirer.

François  Gervais

 

La vie est comme un arc-en-ciel, il faut parfois de la pluie et du soleil pour que ses couleurs apparaissent.

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Nous étions désagréablement surpris de ne pas obtenir un rendez-vous plus tôt chez l’ORL. Il fallait en effet attendre dix longues journées pour espérer une amélioration de mon état. Malgré des explications claires et précises sur ma pathologie, la secrétaire n’avait pas voulu céder d’un pouce, et nous nous sentions désarmés face à une affection récurrente qu’il était impératif de soigner si je ne voulais pas aggraver ma surdité. Nous n’avions pas d’autres solutions que de nous tourner vers notre généraliste, qui accepta de me voir dans la journée, malgré un carnet de visites déjà bien rempli.

Je suivais scrupuleusement les conseils de mon audioprothésiste, en m’interdisant de porter mes prothèses, mais je naviguais dans monde à demi-silencieux, et je ne trouvais pas ma situation réjouissante. Je me laissai donc guidé comme un enfant vers le cabinet médical et répondis aux sollicitations du docteur C, sans comprendre grand-chose du dialogue qui s’était établi entre Chantal et lui.

Le Votrient est une chimiothérapie agressive, qui a la particularité d’installer petit à petit  une lassitude chronique, pouvant masquer les effets d’une affection d’un autre genre que celle occasionnée par le traitement en cours. Cet état de fait est souvent la raison pour laquelle je traîne des jours et de jours avant de consulter, pour m’apercevoir enfin que le cancer et ses protocoles de soins ne sont pas entièrement responsables de tous mes maux.    

Justement cette fois encore je m’étais laissé piéger, en considérant mon manque total d’énergie comme une manifestation du Votrient plus virulente qu’à l’accoutumé.

Le médecin appuya le diagnostic de mon audioprothésiste, je souffrais d’une infection des oreilles, mais aussi d’une trachéite doublée d’un œdème de la huette, qui me donnait l’explication pour laquelle j’avais du mal à déglutir. Je lui parlai de mes écoulements de nez sans avoir la sensation d’être enrhumé, et il fut question d’une allergie aux pollens. J’étais encore une fois bien gâté, mais puisqu’il fallait toujours pousser mon mental vers le haut, je me satisfis d’entendre confirmation de la présence d’une ‘’ simple’’ éventration de la paroi abdominale sur mon côté droit.  

Entre mes renouvellements de médicaments soignants cœur et artères et ceux substitutifs thyroïdien et surrénaliens, il fallait rajouter les antibiotiques par voie orale, ceux par gouttes auriculaires, enfin des gouttes nasales à base de corticoïdes pour combattre les allergies, la liste était longue, mais j’échappai de peu à une ordonnance inscrite au recto verso, comme c’était souvent le cas pour une de mes cousines qui était guère mieux lotie que moi en matière de santé. 

Désormais je pouvais attendre plus sereinement mon rendez-vous chez l’ORL, mais je savais d’ores et déjà que son intervention ne ferait pas des miracles. 

Une fois encore il fallait matin et soir s’allonger sur le lit et introduire un produit froid et visqueux dans chacune de mes oreilles, (les gouttes ‘’miracle’’ d’Ofloxacine), et attendre deux fois cinq minutes que le médicament produise son effet. La contrainte n’oubliant pas la récompense, j’avais l’espoir d’une amélioration rapide, que je souhaitais également durable, je commençais en effet pas mal à me lasser de mes ennuis à répétition. 

La matinée de ce vendredi 10 juin 2016 comportait pour moi un programme chargé. J’avais d’abord rendez-vous à l’hôpital où m’attendait une consultation ORL, à la suite de quoi je devais effectuer quelques courses indispensables à la vie du foyer.

Il fallait se présenter un bon quart d’heure avant l’heure fixée, pour procéder aux démarches administratives obligatoires, avant de rejoindre le service. Ici plus qu’ailleurs il fallait être patient, car le processus d’enregistrement de l’arrivée du malade y était particulièrement long. Je n’attendis pas Chantal qui s’était chargée de cette obligation, pour rejoindre la salle d’attente du docteur M qui me sembla un peu trop pleine à mon goût.   

 

 



La mise à l’épreuve

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Beaucoup de gens vivent dans l’illusion, uniquement parce que le sort ne les a pas mis à l’épreuve.

 

Les obstacles auxquels vous faîtes face sont des barrières qui peuvent être brisées, en acceptant de vous transformer.

 

Les ténèbres n’ont pas le pouvoir de chasser la lumière, elles peuvent seulement la faire briller plus fort.  

 

Regarde toujours ce qu’il te reste, jamais ce que tu as perdu.

 

Un des secrets de la vie est de transformer les épreuves en tremplin.

 

Une mer calme n’a jamais fait un bon marin.

 

Que sur ton chemin tu trouves suffisamment de bonheur pour rester doux, suffisamment d’épreuves pour rester fort, suffisamment de peine pour rester humain, suffisamment d’espoir pour rester heureux.  

 

Le lendemain de notre visite éclair au CAC de l’espoir, je bénéficiai de ma dernière séance de kinésithérapie. Ces quinze séances de massages n’avaient pas permis la diminution du volume des ganglions lymphatiques, mais néanmoins elles avaient fait disparaître la raideur parfois douloureuse de ma nuque, ce qui n’était déjà pas si mal.

Malgré tout, je n’avais pas voulu demander à l’oncologue de prolonger l’expérience, car ces rendez-vous à n’importe quel moment de la journée contraignaient mon emploi du temps, et j’espérais bien qu’aux abords de beaux jours, nous allions pouvoir profiter de belles journées estivales.

J’étais prévenu depuis longtemps par l’ORL, mes trompes d’Eustaches constamment bouchées et mes tympans définitivement perforés, étaient à l’origine des écoulements d’oreilles tenaces. La  possibilité d’une amélioration restait du domaine de l’utopie, charge à moi de vérifier la qualité de ce liquide, qui devait être clair et sans odeur. Justement depuis plusieurs jours, non seulement ce liquide avait viré au jaunâtre, mais en plus mes cotons-tiges dégageaient une senteur désagréable. Je connaissais le problème, malheureusement nous n’avions plus d’Ofloxacine, et je savais par expérience que la situation ne s’améliorerait pas sans ces précieuses gouttes d’antibiotiques.

Les séances de radiothérapies pour ‘’tuer’’ la tumeur osseuse qui s’était logée à la base de mes cervicales, et la chimiothérapie prise depuis tant d’années, étaient la cause de tous ces désagréments. La radiothérapie avait permis de faire disparaitre des douleurs insupportables, et je ne regrettais rien de ce que les médecins avaient fait pour me soulager, mais il avait fallu en contre-parti accepter une perte de l’audition et des infections d’oreilles à répétitions, une facture bien lourde à payer.

Le lendemain de cette constatation, il était prévu une visite de contrôle de mes appareils auditifs. J’expliquai à la jeune femme qui m’avait pris en charge, ce qui était en train de m’arriver. Munie de son otoscope, elle ne tarda pas de me confirmer la présence d’un liquide épais à la fois blanchâtre et jaunâtre, qu’il fallait soigner au plus vite. 

J’étais tellement habitué depuis plus de 11 ans à subir des désagréments en tous  genres, que je mesurais rarement le degré de gravité des différentes pathologies dont le destin avait ‘’la gentillesse de me nantir.’’

Cette fois je comprenais que ma qualité d’audition déjà bien mise à mal, dépendait d’une prise en charge rapide du problème. Il ne fut pas question de réaliser un audiogramme qui aurait été faussé par cette importante infection. Je ne peux pas dire que je ressentais de la douleur, mais mes oreilles se bouchaient parfois, comme lorsque l’on commence à grimper en altitude.

L’audioprothésiste s’empara de mes appareils pour contrôler leur bon fonctionnement et aussi et surtout pour les désinfecter. Elle changea les deux petits tuyaux en silicone chargés de conduire le son de l’appareil vers l’oreille interne, puis m’invita à prendre rendez-vous avec l’ORL, insista enfin pour que je ne remette pas ces mêmes appareils jusqu’à ma complète guérison.

Ainsi donc je me voyais de nouveau replonger dans un univers où bon nombre des bruits du quotidien étaient absents. Je n’acceptai pas le verdict avec un franc sourire, mais je n’avais malheureusement pas d’autres choix que de patienter au moins jusqu’à ma visite chez l’ORL.   

 

 

 

 

 

 

 



Le paradis ou l’enfer

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« Derrière chaque être vivant, il y a 30 fantômes, car tel est le rapport des morts aux vivants. Depuis l’aube des temps 100 milliards d’humains ont vécu sur la planète. Ce nombre est intéressant, car par une étrange coïncidence, il existe 100 milliards d’étoiles dans la Voie lactée. Ainsi pour chaque homme qui a vécu, une étoile brille dans l’espace. Chacune de ces étoiles est un soleil, souvent plus puissant que cette étoile proche que nous appelons le soleil. De nombreuses étoiles de la Voie lactée, possèdent des planètes tournant autour d’elles. Ainsi il existe certainement dans l’univers, assez de mondes pour donner à chaque homme de la Terre, un paradis ou un enfer qui n’appartient qu’à lui. »

Arthur Charles Clarke, préface à « 2001, l’odyssée de l’espace »

 

Je n’avais pas revu mon oncologue depuis cette perforation d’abcès qui m’avait créé bien des soucis. Je n’avais pas l’intention de lui signaler cet enflant persistant et fortement inesthétique, sachant que j’avais un rendez fixé chez mon généraliste peu de temps après mon passage à Nantes. Je considérais que cette nouvelle anomalie n’était pas de son ressort, mais je savais aussi au fond de moi-même que Chantal se chargerait de lui en parler tant son inquiétude était grande.

En ce mardi 24 mai, nous ne savions pas à quelles sauces nous allions être mangés, entre manifestations d’agriculteurs, opposants au projet de l’aéroport de Notre Dames des Landes et travaux sur la voirie, nous espérions aborder le périphérique nantais un jour d’accalmie.

Depuis le début du printemps, il fallait compter les jours de ciel bleu, pourtant lorsque nous montâmes dans la voiture, l’astre solaire semblait vouloir nous accompagner tout le long de notre parcours. Je n’étais pas spécialement anxieux, cette visite intermédiaire entre deux scanners n’était qu’une simple formalité dans le protocole de soins et d’accompagnement établi par le CAC de l’espoir, cependant je demeurais sur mes gardes, compte-tenu de l’incertitude qui pesait sur le diagnostic médical concernant toujours et encore cet enflant qui faisait beaucoup parler de lui.

Nous arrivâmes sur le parking du centre médical largement avant l’heure, car nous avions prévu d’éventuels incidents de parcours qui n’avaient pas eu lieu. De plus pour une fois nous n’eûmes aucune difficulté à garer notre véhicule. Il était encore très tôt dans l’après-midi et ce n’était donc pas la période d’affluence, aussi l’enregistrement de mon arrivée s’effectua en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Le service des consultations nous était familier et pour cause, c’était ma 83ème visite chez mon oncologue, mais pour la première fois en 11 ans notre expédition allait être aussi brève qu’un éclair.

Chantal rejoignit le bureau de N pour déposer la feuille d’étiquettes à mon nom, tandis que je me rendis assouvir un besoin naturel. Je m’apprêtais à la rejoindre lorsque je me retrouvai nez à nez avec le docteur R. La patiente qui me précédait avait du retard, il me proposa donc d’avancer notre entretien. Affublé de son large sourire, il nous invita à pénétrer dans son bureau et à nous asseoir.

Autrefois alors que j’étais encore trop petit pour distinguer clairement le péché du reste, mais qu’il fallait me rendre régulièrement à confesse, je préparais dans ma tête une liste d’aveux que j’allais débiter au prêtre sans être convaincu du mal dont je devais me délivrer. Là c’était un peu la même chose, sans éléments nouveaux à lui raconter, je débitais des phrases préalablement réfléchies mais que l’oncologue avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’entendre, j’avais même l’impression de perdre mon temps, autant qu’il perdait le sien.

Ma prise de sang était bonne compte-tenu du contexte, il s’apprêtait donc un me délivrer une nouvelle ordonnance de chimiothérapie, lorsque Chantal intervint comme je l’avais prévu. Il fallut donc me rendre de l’autre côté du bureau cloisonné, et m’allonger sur la table d’examen après m’être déshabillé.

Bien que je fusse considérablement déformé par cette énième malchance du destin, le médecin ne sembla pas interloqué par l’anomalie. Il tâta la surface décriée à plusieurs reprises et sans ménagement, mais son regard resta toujours aussi serein. La surface était violacée mais rien à voir avec une éventuelle nouvelle infection, il s’agissait plutôt d’une irritation due au frottement de ma ceinture de pantalon.

« Il s’agit tout simplement d’une éventration ! Il y a bien une possibilité d’opération mais le résultat n’est pas garanti. »

De toute manière il était hors de question que je passe encore une fois sur le billard, j’étais donc condamné à ne plus me regarder dans un miroir, ou à faire un travail sur moi-même pour m’accepter tel que cet autre vilain coup du sort avait fait de moi.

La solution la plus simple pour me soulager de cette gêne incessante, c’était une ceinture lombaire, la ceinture abdominale n’étant pas appropriée dans mon cas.

J’étais sauf nouvel important incident tranquille jusqu’au 22 juillet, date à laquelle était fixé mon 54ème scanner. Nous sortîmes de son bureau pour rejoindre N qui réussit à obtenir l’examen, au sein même de l’établissement, ce qui n’était pas pour moi une moindre satisfaction.

Lorsque nous arrivâmes devant notre domicile il était environ quinze heures, notre expédition n’avait durée qu’un petit plus de deux heures, un record qui serait difficile à battre.  

    

 



Les gravats de la réalité

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Aujourd’hui est le plus beau jour de notre vie, car hier n’existe plus et demain ne se lèvera peut-être jamais.

Le passé nous étouffe dans les regrets et les remords, le futur nous berce d’illusions.

Apprécions le soleil qui se lève, réjouissons nous de le voir se coucher.

Arrêtons de dire « il est trop tôt » ou « il est trop tard » ; le bonheur est là : il est l’instant présent.

 

Un homme se tenait derrière le comptoir d’accueil. Remarquant mon pas hésitant, il s’adressa à moi en me demandant s’il pouvait m’être utile à quelque-chose. Je lui répondis que j’avais rendez pour une séance de drainages lymphatiques, avec une dame dont je n’avais malheureusement pas retenu le nom. Il me fit un geste pour me signifier que ce n’était pas bien grave, puis il m’invita à aller m’asseoir dans la salle d’attente

« Vous serez appelé en temps utile ! »  

Ma patience ne fut pas mise à rude épreuve, car moins de cinq minutes plus tard, j’avais franchi la salle de massage occupée par la kinésithérapeute, avec laquelle j’avais un rendez-vous.

J’avais face à moi un joli petit brin de femme dotée de cheveux longs bouclés, et noirs comme de l’ébène. Son visage empreint de douceur et son large sourire m’invitaient à me sentir à mon aise en sa compagnie. Seul bémol, la communication n’était pas facile, car elle me parlait avec un fort accent, et malgré mes prothèses auditives, mes oreilles avaient du mal à déchiffrer le sens de certains mots.

Le cancer est une maladie agressive physiquement et mentalement, mais les différentes opérations chirurgicales, et les traitements ou examens associatifs effectués pour la soigner, ne le sont pas moins.  

Cette fois j’avais pour la première fois la nette impression que l’on était en train de faire du bien à mon corps meurtri. Ma ‘’ bienfaitrice ‘’ réalisait des impulsions circulaires lentes et régulières sur ma peau de chaque côté du haut de ma colonne vertébrale, et variait parfois la pression de ses doigts sans doute pour augmenter l’efficacité de ses gestes.

Lorsque le destin vous a enseveli sous l’important tas de gravats d’une triste réalité, il est important de chercher par tous les moyens d’apercevoir malgré tout un petit rayon de lumière, et l’instant que je vivais en ce premier avril n’était pas un poisson, il était sans conteste ce fameux petit rayon de lumière qui m’aiderait à retrouver de l’énergie pour continuer mon chemin.    

L’oncologue avait prescrit quinze séances, et malgré le côté contraignant de ces nombreux rendez-vous, j’avais hâte de renouveler l’expérience. Je quittai les lieux un peu groggy mais pleinement contient de ne pas avoir perdu mon temps.

Le premier mai alors que je me rendais régulièrement au centre de kinésithérapie, Chantal me retira le dernier pansement qui couvrait la plaie engendrée par l’éclatement de mon abcès sur mon côté gauche, plaie à présent refermée après avoir été surveillée et soignée pendant presque trois mois par des infirmières à domicile.

Nous pensions que l’épisode péritonite déclenché le 29 décembre 2015 s’achevait avec cette dernière intervention, l’avenir allait nous apprendre que non.

Comme je l’ai déjà mentionné à mainte reprise, mon corps était complètement déformé par les multiples interventions chirurgicales, j’espérais que cette énorme enflent qui ne faisait qu’aggraver les choses allaient disparaître, mais Chantal s’inquiétait de voir une nouvelle étendue violacée apparaître autour de la cicatrice.

Comme à l’habitude je me voulais optimisme et je suppliais de tous mes vœux je ne sais quelle force supérieure de me donner raison, mais devant l’inquiétude omniprésente de Chantal, au fil des jours je commençais à douter, d’autant que cette vilaine déformation de flan gauche me gênait fermement à la marche particulièrement lorsque je portais un pantalon serré.  

Il nous restait que quelques jours avant d’appréhender un diagnostic que ne manquerait pas de nous formuler mon oncologue, lors de notre prochain rendez-vous fixé au 25 mai. En attendant il fallait continuer à vivre le plus naturellement possible, ce n’était pas la première fois que la maladie nous confrontait à un obstacle plus ou moins difficile à surmonter.   



Mister Hyde

 

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Onze ans et quelques mois s’étaient écoulés depuis la découverte de mon cancer du rein gauche métastasé au rein droit et au poumon gauche. Je survivais grâce aux progrès de la médecine, grâce aux  équipes médicales qui s’occupaient contentieusement de moi, grâce aussi à mes proches, et peut-être aussi grâce à ma volonté.

Pourtant le combat laissait des traces, je conservais en effet l’état d’esprit d’un quadra, mais mon corps était celui d’un octogénaire, deux situations contradictoires qu’il fallait gérer en même temps que tous les problèmes engendrés par la maladie.  

Si je faisais le bilan de toutes ses années de galère, je dirais que les pires souffrances, je les avais vécu avec l’apparition de mes tumeurs osseuses, et que le pire de mes handicaps était celui d’une surdité confortablement installée. Bien que corrigée par le port d’appareils auditifs, cette surdité m’isolait au-delà de ce que j’aurais pu imaginer, contrariant ainsi ma stratégie d’ouverture vers les autres.

Le vendredi 25 mars j’avais subi ma 23ème piqûre d’Xgéva, l’avant dernière précédant une période de repos de six mois. Outre mes prises de sang mensuelles, l’infirmière continuait toujours à m’apporter des soins pour aider à la cicatrisation difficile de ma plaie engendrée par l’éclatement de mon abcès.

Comme je l’ai déjà mentionné dans mes écrits, mes balades en campagne n’étaient plus ce qu’elles avaient été, pourtant je gardais en mémoire les conseils du médecin de la douleur, monsieur P, qui m’avait mis en garde contre les effets perverses d’une grande immobilité.

Pour éviter de trop souvent courber l’échine face au malin, il fallait se faire violence, et Dieu sait ô combien je m’y employais, pourtant l’exercice devenait de plus en plus compliqué car mon organisme suivait de moins en moins ma volonté.  

Ainsi parcourir à pied un ou deux kilomètres demandait un véritable effort physique qui ne représentait à l’inverse que très peu de choses pour une personne de bonne constitution. Je ressentais comme une sorte d’humiliation lorsque j’étais allègrement dépassé par des gens souvent beaucoup plus âgés. Le monsieur Hyde qui était en moi ressurgissait alors à la surface et j’avais du mal à ne pas me laisser envahir par son influence négative. Comment en effet ne pas ressentir de l’injustice lorsque vous avez le sentiment de ne pas mériter ce que le destin vous a infliger, et que d’autres en revanche profitent pleinement d’une vie exempte de tout obstacle, sans avoir rien fait de plus que moi pour l’obtenir.

Les multiples opérations et traitements m’avaient considérablement modifié la morphologie, et j’avais à présent l’apparence d’un homme faisant beaucoup plus âgé que son âge. J’exécrais le reflet de mon image dans la glace, et j’exécrais bien plus encore de me voir représenté sur une photo.   

Ma philosophie était de chercher dans la mélasse les points positifs susceptibles de rendre ma vie de malade un peu moins douloureuse, mais l’exercice n’était qu’un éternel recommencement exigeant par conséquent aucun moment de répit, aussi mon esprit s’essoufflait autant que pouvait s’essouffler mon corps.

Ce vendredi 1 avril coïncidait avec un rendez-vous fixé pour effectuer la première de mes quinze séances de drainages lymphatiques. Je devais me rendre à l’ancienne clinique transformée en centre de convalescence mais pas seulement, plusieurs disciplines médicales y étaient également représentées, médecins généralistes, ophtalmologues, podologues, kinésithérapeutes et autres. 

Justement le couloir que je devais emprunter m’était plus que familier, il me rappelait ce triste mois de décembre 2004 où j’avais appris l’inimaginable. J’avais arpenté ce même couloir comme on arpente celui de la mort pour me rendre chez l’urologue qui avait su pourtant me rendre un peu d’espoir, avant de prévoir ma première opération.

Le cabinet du docteur C avait été remplacé par celui d’un podologue mais la salle d’attente était restée la même. L’espace affecté aux soins de kinésithérapie était situé à gauche face à cette même salle d’attente, je pénétrai dans les lieux pour la première fois.

 



Le roseau plie mais ne rompt point.

le roseau

La porte du cabinet de l’oncologue s’ouvrit sur le large sourire du patricien. Il ne manqua pas de nous inviter à nous asseoir et de me poser la question rituelle.

« Comment allez-vous ? »

Avec les bonnes nouvelles dont il nous avait fait part quelques jours plus tôt, je ne pouvais qu’allez pour le mieux.

Son intervention téléphonique avait eu pour effet d’effacer de ma mémoire tous les mauvais souvenirs de ces quelques deux mois et demi de galère, pour ne retenir que l’essentiel, cette nouvelle période de récréation que le malin voulait bien encore une fois m’accorder.

« Le roseau plie mais ne rompt point » Je trouvais que ce vers de Jean de La Fontaine m’allait comme un gant, et je désirais qu’il en fut ainsi pour ‘’l’éternité’’.  

Je m’apprêtais à répondre à sa question lorsque Chantal intervint pour remercier vivement le professeur R de nous avoir délestés quelques jours plus tôt du poids de l’incertitude. Il sourit et inclina la tête, comme pour nous signifier que c’était la moindre des choses.

Quant à moi je n’étais pas sûr que tous les médecins réagissent ainsi envers leurs malades, et je lui en étais fort reconnaissant.  

Il réitéra sa question.

« Comment allez-vous ? »

Je n’avais pas grand-chose à lui dire concernant la partie qui l’intéressait, car j’avais pris l’habitude de supporter plus ou moins bien le Votrient, ainsi que les piqûres d’Xgéva sans que ces traitements indispensables pour ma survie entraînent trop de contraintes dans mes activités de tous les jours. Bien-sûr j’avais vieilli de onze ans depuis l’annonce de ce cataclysme, au fil du temps je perdais peu à peu de terrain, car la maladie ralentissait mes capacités physiques plus que je l’aurais voulu. Trop d’agressions contre mon organisme avaient considérablement modifié mon métabolisme. Il y avait eu un avant, et un après, je n’étais plus et ne serais plus jamais comme avant. Néanmoins loin des servitudes que certains handicapés doivent supporter au quotidien, je conservais quand même mon autonomie, et ce n’était pas si mal.

Quoi qu’il en soit, il fallait que je reste philosophe en me contentant de ce que j’avais, et en oubliant ce que l’on m’avait retiré. C’était la meilleure façon d’avancer vers l’avenir, sans transporter dans mes bagages le lourd fardeau de l’amertume. 

Comme ma condition de malade atteint d’un cancer demeurait stable, je le mis au courant en détail de mes dernières péripéties. Je lui parlais sur un ton léger proche de la plaisanterie, mais il me connaissait bien, aussi lisait-il entre mes lèvres mes véritables pensées.

Je subissais sans être en mesure de les dompter les réactions de mon organisme devenu un peu trop sensible aux agressions de tous genres, le silence de l’oncologue en disait long, il était sans doute désolé pour moi, mais ne pouvait lui aussi que constater son impuissance face aux douloureuses réalités de la vie.

Mon récit n’était pas celui d’un pleurnichard avide de compassion, aussi l’ambiance bon-enfant n’en fut pas affectée.

Mon corps s’était habitué aux effets secondaires de la maladie, certains avaient disparu, d’autres demeuraient. Pour contrer l’influence négative de ces derniers, j’avais sous la main les médicaments adéquate, pourtant je les utilisais avec parcimonie, aussi mon ordonnance se limita uniquement au renouvellement de ma chimiothérapie.

Ma tumeur osseuse au niveau des cervicales restait sage, l’écho doppler réalisé quelques temps auparavant n’avait pas donné d’explications plausibles, et je demeurais avec cet œdème au cou sans qu’aucune amélioration ne soit jusqu’à ce jour apparue. Cette réaction corporelle restait une énigme que l’oncologue cherchait à dénouer, il tâta mon cou, et constata sa souplesse, à l’inverse de ma nuque qui elle était plutôt rigide.

Nous lui proposâmes la solution d’effectuer des drainages lymphatiques en tentant ainsi d’améliorer la situation. Il hésita un peu, et après quelques secondes de réflexion, il prit le téléphone pour demander conseil auprès d’un radiothérapeute. Manifestement la réponse de son collègue allait dans le sens de notre suggestion car il tapota sur son clavier d’ordinateur une prescription pour une quinzaine de séances de kiné.

« Je voulais une nouvelle fois vous remercier monsieur R pour votre intervention de vendredi dernier ! »

Il inclina la tête pour me faire savoir encore une fois que ça n’était rien.

« Cela va faire combien de temps que nous nous connaissons monsieur Gautier ? »

« Il y aura onze ans au mois d’aout ! »

Il leva les yeux au ciel comme pour s’étonner de cette longévité.

« Nous sommes en train de nous regarder vieillir n’est-ce pas ? »

Ma réflexion lui fit déclencher un de ses généreux sourires dont il n’était pas avare, et nous mîmes  un terme ensuite à notre 85ème rencontre.

 

 

 

 



Un cadeau valant de l’or

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Comme l’après-midi de la veille je fus soulagé de quitter les lieux, le plus dur restant à faire, revenir le mardi suivant pour entendre les résultats. Pour l’heure je ne souhaitais qu’une seule chose m’enfuir au plus vite, en laissant derrière moi tout ce qui ce qui  pouvait me rappeler l’angoisse de la maladie.

La voiture n’était pas garée tout prêt, il fallait descendre en contrebas, et l’exercice sans être insurmontable me donnait un peu de fil à retordre, d’autant qu’un vent violent venu du nord, me tétanisait les muscles du visage. Je fus soulagé de m’engouffrer dans l’habitacle de notre véhicule. Il nous restait encore à affronter les encombrements du périphérique nantais, avant de retrouver nos pénates.  

Même si mon esprit me donne la force d’avancer, mon organisme lui me dit au contraire de ne pas pousser le bouchon trop loin, et je sais qu’il faut parfois lui obéir. Ces deux jours consécutifs passés à Nantes ne faisaient confirmer la chose, car je me sentis totalement vidé de mon énergie lorsque beaucoup plus tard que prévu, nous arrivâmes enfin à notre domicile

Le hasard du calendrier voulait que le jeudi 10 mars j’avais rendez-vous cette fois avec mon généraliste. Là encore le praticien accusait un peu de retard, et je me disais que durant ces trois jours, nous avions poiroté en cumul deux heures trente au-delà des horaires convenus, être patient n’était pas un vain mot.

Le docteur C me trouvait une mine radieuse, mes battements cardiaques étaient dignes de ceux d’un cœur de jeune homme, de plus ma lésion était en passe de guérir définitivement. Fort de ses remarques, je sortis de son cabinet me voulant un peu plus confient, à quelques jours de me confronter à mes résultats d’examens.  

Nous approchions d’un week-end plutôt réjouissant, car nous allions fêter l’anniversaire de ma fille, en même temps que nous allions pendre la crémaillère de sa nouvelle maison.

J’étais assis devant mon ordinateur en ce vendredi du 11 mars, lorsque Chantal vint me chuchoter à l’oreille qu’il serait bon de prendre l’apéritif, je lui en demandai la raison.

L’oncologue avait pris soin de téléphoner pour nous rassurer quant aux résultats de mon scanner et de mon IRM.

« Je ne voulais pas que vous passiez un weekend à vous morfondre, sachez que le rapport des radiologues indiquent une parfaite stabilisation de la maladie. »

Ainsi donc au moment où je m’y attendais le moins, cet appel téléphonique venait me libérer d’un fardeau qui n’allait pas tarder à peser très lourd sur mes épaules. C’était le plus précieux des cadeaux que l’oncologue  pouvait m’offrir moins d’un mois avant la date de mon anniversaire.    

Il y allait avoir bientôt onze ans que je fréquentais le CAC de l’espoir et par conséquent le docteur R,  depuis lors nos rapports n’avaient eu de cesse d’évoluer. Nous avions d’abord appris à nous connaître, puis d’une relation distante, nous étions passés au stade d’une relation de confiance et de sympathie mutuelle. Cette fois j’avais le sentiment qu’une certaine forme d’amitié était en train de naître, le geste qu’il venait de faire à mon égard en était la preuve.  

Ainsi donc les trois jours qu’ils nous restaient à passer avant de retourner à Nantes furent marqués du sceau de la tranquillité d’esprit. 

En ce mardi 15 mars 2016, outre notre sérénité, nous eûmes aussi le soleil pour nous accompagner le temps de notre trajet vers le CAC de l’espoir. Nous fûmes encore une fois relégués vers le parking le plus éloigné, et il fallut encore une fois faire l’effort de grimper la côte pour parvenir à l’entrée du hall d’accueil.

Chantal prit un ticket d’ordre d’arrivée, et nous attendîmes très peu de temps avant d’être reçu. La femme chargée d’enregistrer ma présence sourit. J’eus l’impression d’avoir déjà eu à faire à elle, et je lui en fis la remarque. Elle aussi nous avait  reconnu, le hasard ayant voulu que nous nous présentions pour la troisième fois en huit jours à son guichet.  

Le service consultations du second étage foisonnait de monde, nous étions à l’heure mais comme souvent le docteur R accusait un retard important. Nous nous installâmes donc dans la salle d’attente munis de nos précieux passe-temps, livre et mots fléchés.

Lorsque nous nous assîmes à notre tour à proximité du cabinet du médecin, j’aperçus de suite que la vallée du Lison n’avait toujours pas regagné sa place. Le crochet restait sans son cadre sur un mur désespérément blanc, il avait également disparu du bureau de N ce qui me laissait penser que sa restauration ne se ferait pas.



La Moldau de Bedrich Smetana

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Cette fois j’en étais sûr, mon tour était enfin arrivé, je me préparai donc à entendre prononcer mon nom incessamment sous peu.

J’avais rempli contentieusement le questionnaire que l’on m’avait envoyé avec le courrier de la convocation. Je tenais fermement entre mes mains ce même questionnaire, ma feuille de résultat de prise de sang, ainsi que la boîte contenant mon produit de contraste.

« Monsieur Gautier ? »

Une jeune femme souriante m’invita à m’installer dans la cabine, elle s’empara de mes encombrantes affaires, me conseilla pour plus de confort de me déshabiller un maximum, et enfin me quitta un bref instant, me laissant le temps de quitter mes vêtements et d’enfiler ma blouse d’examen, avant de me poser un cathéter.

Elle revint toujours avec le même sourire rassurant pour maltraiter bien involontairement mes veines, puis me tendit un plateau pour que j’y pose mes prothèses auditives.

« A partir de cet instant, il va falloir hausser le ton, sinon vous n’obtiendrez pas grand-chose de moi ! »

« Je suis habitué monsieur, je vais m’adapter ! »

Quelque minutes plus tard elle m’introduisit dans l’antre du loup, et m’aida à m’allonger sur la bête. Un de ses collègues arriva à sa rescousse pour l’aider à me fixer efficacement sur la table d’examen de manière à ce que je ne puisse pas bouger, puis il me plaça la tête dans une cage antenne capable de capter les signaux émis par l’organisme, afin de les transformer en images exploitables.

« Quelles musique préférez-vous monsieur ? »

« Principalement la musique classique, mais je suis capable de tout entendre à l’exception du RAP. »

Elle me posa délicatement le casque d’écoute sur les oreilles, puis m’introduisit dans la main droite la poire à actionner en cas d’urgence.

Le personnel médical ayant quitté la salle, j’eus la fausse impression d’être livré à moi-même. La table sur laquelle j’étais solidement rivé se mit à bouger, et je fus engagé en quelques secondes dans le tunnel.   

Instantanément une vague de chaleur incommodante me submergea, j’eus un bref instant de panique, puis je me mis à souffler pour contrôler mon état d’esprit.

Dans un premier temps la machine demeura silencieuse, puis elle commença à émettre des bruits métalliques, tels ceux d’un marteau piqueur, bruits qui couvraient même parfois le son musical diffusé par mon casque d’écoute. Je n’étais pas étonné d’entendre ce ‘’curieux bruitage‘’, car j’en étais à mon 4ème IRM et je connaissais parfaitement la sensation que l’on peut éprouver lorsque l’on est placé dans ces conditions. Mieux j’étais plutôt rassuré de l’entendre, alors que j’exécrais les moments où la machine restait silencieuse.

La Moldau de Bedrich Smetana berçait mes pensées, je connaissais ce morceau de musique par cœur, et je fredonnais dans ma tête les notes en même temps que l’orchestre jouait sa partition. Ceci avait pour avantage de me faire passer le temps sans perdre patience.     

« Je vais vous injecter le produit de contraste monsieur ! Il restera dix minutes avant d’en finir avec cet examen. »

« Dix minutes ? »

« Oui ! »

J’avais tenu les dix premières minutes sans trouver le temps trop long, il fallait que je cherche le moyen d’en faire autant durant cette seconde partie d’examen.

« Dix minutes cela fait six cent secondes, et si je me mettais à compter jusqu’à six cent ! »

L’idée qui venait de me germer dans l’esprit ne tarda pas à passer à la trappe, j’eus la flemme de compter au-delà des cent cinquante. 

J’en revins aussitôt à mes ‘’premières amours’’, écouter et me concentrer sur ce que j’entendais dans mon casque. Cette fois c’était la voix d’une cantatrice interprétant un extrait d’opéra qui était susceptible d’attirer mon attention. Je ne connaissais ni cette chanteuse, ni l’air qu’elle était en train d’interpréter, mais je passais un excellent moment. Je n’eus même pas le plaisir d’entendre la fin du morceau, je sentis ma table bouger, et mes yeux retrouvèrent subitement la lumière des néons.

« Vous allez bien monsieur ? »

« Ma fois oui ! J’ai bien fait de vous écouter en me débarrassant de me polo et de mon t-shirt, car la sensation de chaleur est parfois assez désagréable à supporter. J’avais l’impression que cette chaleur était accentuée lorsque j’entendais les vibrations de la machine ? »

« Oui c’est tout à fait normal »

Elle me délivra ensuite des accessoires qui entravaient mes mouvements, puis m’aida à me redresser, avant de m’accompagner jusqu’à la salle de préparation.

Elle me laissa un certain laps de temps pour que ma perfusion finisse de me laver les veines, puis elle vint me débarrasser de mon cathéter avant de me saluer, pour disparaître définitivement.



Le chemin parfois boueux de la vie

 

le chemin de la vie

Le chemin de la vie est parfois boueux, un jour le vent tournera direction: meilleur!
Alors accrochons-nous ! La chance de vivre, c’est d’abord la chance d’avoir existé, même pour un temps très court. Un concept tout simple qui rend le film si cher, et qui nous apprend que la mort n’est rien, que la vie est tout. Restez tous tels que vous êtes, généreux, sympathiques, et aussi avec tous vos défauts pour que nos échanges verbaux restent riches de tout ce que nous sommes. Continuons à nous préoccuper des uns et des autres, et peut être servirons nous d’exemple à d’autres pour que demain soit plus beau.
Aimer, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C’est avancer en funambule au-dessus de précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur, tu vas y arriver.

Philippe Besson.

Un corps qui n’en peut plus, mais c’est quand on a un genou à terre et que nos bras et notre cœur sont las de combattre qu’il faut puiser, au fond de notre âme, cette force pour se relever. Le souvenir des visages aimées, les sourires reçus et, même si le combat semble insurmontable rien n’est impossible. Je vous offre mon sourire et mes forces pour combattre et gagner ce combat et qu’importe le temps, vous ne ne serez jamais seules dans cette bataille.
L’amitié est la plus belle faveur, Que peut nous apporter notre existence. C’est une grande douceur dans ce monde de douleurs. Quand tout va mal, que tout est contre vous et que vous pensez ne pas pouvoir vous accrocher une minute de plus à la vie, ne renoncez jamais car c’est peut-être le moment et l’endroit où le vent va tourner.

Harriet Stowe

Merci à Butterfly 191 de m’avoir offert ce moment de méditation



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