L’érosion du corps

 

 

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« L’espoir est important, car il peut rendre l’instant présent moins difficile à supporter. Si nous pensons que demain sera meilleur, nous pouvons supporter les difficultés d’aujourd’hui. »

Thich Nhat Hanh

 

« Le cœur est comme un jardin où peuvent pousser la peur, la compassion, la haine et l’amour. Que vas-tu semer ? »

Jack Korn Field

 

« Comme je l’ai déjà mentionné dans mes écrits, notre naissance nous entraîne dans un match dangereux, et nous comprenons très vite qu’il faudra un jour perdre définitivement la partie.

En attendant cet état de fait, nous avons quand même pas mal de manche à disputer, la maladie étant de celles contre lesquelles nous aurons beaucoup de mal à rivaliser.

Lorsque nous avons le cancer comme adversaire, nos chances de remporter la victoire dépendent de multiples facteurs, virulence de notre affection, capacité physique de notre organisme à combattre, efficacité des traitements, compétences des milieux médicaux, soutien moral, opportunité de la recherche pharmaceutique, etc.

Nous ne jouons pas avec des cartes trafiquées, et l’aide extérieure a également à ses limites, il faut donc apprendre seul et petit à petit la stratégie de l’adversaire, et faire en sorte de le dérouter pour ensuite mener à bien notre contre-offensive.

Mais avant, il est important que nous ayons l’esprit clair, certaines vilaines pensées doivent disparaître de notre cerveau. Nous devons nous défaire de notre nostalgie, de nos blessures, en nous concentrant uniquement sur l’instant présent.

Rien ne sera jamais plus comme avant, pas même un miracle nous rendra ce que nous avons perdu. Notre passé triste ou joyeux n’a plus rien à voir avec notre existence. Ne soyons plus les hommes d’hier mais ceux d’aujourd’hui et de demain. »  

Joël Gautier 15 mars 2017

 

Erosion du corps

Le cancer attaqua mon corps comme la mer érode la falaise

Sa tumeur une fois installée y grandit en prenant ses aises

La maladie bouleversa tout à coup mes habitudes

Arriva le temps de la peur et de l’incertitude

Débuta ensuite un assez long parcours du combattant

Chirurgie, médecine, traitements, rien ne fût très marrant.  

 

Le cancer attaqua plus fort encore, diffusant son venin toxique

Ses métastases migrèrent un peu partout, quintuplant ma panique.  

Au fil des opérations et des mutilations mon corps se dégrada

Arriva le moment de constater l’ampleur de mon bien triste état.

Débuta ensuite le lent travail de l’acceptation de soi

Vieillir avant l’heure, la maladie ne me donna pas le choix.

Joël Gautier 15 mars 2017

 

Jeudi 9 février soit un peu moins d’une semaine après avoir fait contrôler mes capacités auditives, j’avais rendez-vous cette fois avec le cardiologue. Deux mois et demi s’étaient écoulés depuis la prise de mon rendez-vous, la profession n’échappait pas à la règle d’un manque préoccupant de médecins et spécialistes en tous genres. 

Je connaissais le docteur L de longue date, il me suivait en effet depuis les années 90, je n’étais donc pas pour lui un inconnu, à fortiori lorsqu’il s’agissait de prendre une décision concernant ma santé.

La salle d’attente n’était occupée que par une sexagénaire, qui comme une adolescente manipulait  sans trop de raisons son smartphone. 

Un couple de personnes un peu plus âgées vint nous rejoindre, avant que la sexagénaire ne soit appelée par le cardiologue.

La patience était l’une de ces nombreuses vertus que nous avions pris l’habitude de cultiver, dans notre esprit de malade et d’accompagnant. Chantal lisait une autobiographie, quant à moi je rêvassais en contemplant les murs ornés de tableaux.  

Le praticien avait une bonne demi-heure de retard lorsqu’il vint nous chercher. Je me souvenais de notre dernière rencontre, comme si elle avait eu lieu la veille. Ce mardi matin du 27 août 2013, alors que j’étais déjà en tenu pour dire adieu à ma surrénale restante,  il avait dû me faire passer de toute urgence une échographie cardiaque, l’anesthésiste ayant refusé ma présence au bloc opératoire avant que cet examen ne soit réalisé.  

Malgré le nombre de patients encombrant sa salle d’attente, il s’était exécuté sans broncher, l’oubli devant être imputé à sa négligence.

Depuis lors en période estival j’avais eu à faire avec son collègue, le docteur R, qui m’avait prescrit l’Amiodarone, en lieu et place du Rythmol sans effet sur mon arythmie.

Il me sera la main, je remarquai qu’il n’avait pas changé quoique son ventre fût un peu plus bedonnant. Il nous invita à nous asseoir, lut la lettre de mon généraliste, consulta mon dossier sur son écran ordinateur, puis m’invita à me déshabiller et à m’allonger ensuite sur la table d’examen pour me faire passer un électrocardiogramme. Il posa délicatement ses dix électrodes sur mon thorax, mes jambes et mes bras puis procéda à l’enregistrement du rythme cardiaque.

Rien n’avait l’air à priori de le choquer, il me libéra au bout d’environ cinq minutes, sans plus de commentaires.

Je lui parlai de mon mal-être concernant les effets dévastateurs de l’Amiodarone sur ma peau exposée au soleil,  il me répondit qu’il n’y n’avait pas d’autres solutions que les crèmes protectrices. Ainsi donc il n’était plus question d’affronter l’été autrement que d’être habillé à la manière d’un touareg, ou que d’être badigeonner d’un flacon d’ambre solaire à chacune de mes sorties. Une situation qui engendrait une désocialisation peu enviable, et pour ce qui était de ma frustration, je devais la combattre par mes propres moyens, ses compétences s’arrêtaient là.

L’examen ne révélait pas la cause de mes ‘’détresses respiratoires’’ au réveil, ni de mes   essoufflements à l’effort. Le premier de ces troubles avait disparus pendant une période, et ils réapparaissaient à présent, à une cadence régulière.

Le cardiologue ne mettait pas ça d’emblée sur le compte de ma prise importante de poids, il préféra programmer une échographie cardiaque, ainsi qu’un enregistrement de mes apnées du sommeil.

Il me demanda ensuite où j’en étais de ma lutte contre la maladie, puis me cita l’exemple d’un couple, qui avait traversé pour l’un l’épreuve de 12 cancers différents, et pour l’autre 7 cancers également différents. Je ne pouvais donc que m’incliner devant un tel ‘’score,’’ il me restait à vivre pas mal de choses avant de pouvoir les rivaliser, ce qui ne me faisait par rêver.      



Un grand sentiment de légèreté

légèreté

Il n’y a pas que le cancer qui nous détruit à petit feu, s’encombrer de pensées négatives nous bouffent également de l’intérieur. Notre noirceur d’esprit devient alors la fidèle alliée du mal absolu. Une terre inculte doit être nourrit pour y semer des graines productives, chasser les mauvaises pensées de nos têtes pour y faire entrer le soleil, est le plus sûr moyen de récolter la force dont nous avons expressément besoin pour continuer à vivre.

L’objectif est souvent plus que difficile à atteindre, pourtant l’échec n’est pas permis, car il nous conduirait irrémédiablement vers l’anéantissement. 

Donnons-nous les moyens de la réussite, tout ce dont nous avons besoin pour avancer est à portée de nos mains. Faisons confiance aux compétences du milieu médical qui voue son existence à sauver celle des autres. Respectons le travail accompli en matière de lutte contre le cancer, en participant activement à sa réussite.  Les larmes d’un proche, la petite tape sur notre épaule d’un ami, démontrent que nous représentons quelque chose à leurs yeux, notre désarroi est leur désarroi, notre volonté est aussi leur volonté, autant que nous même ils méritent que nous fassions des efforts, pour tenter de gagner sinon la bataille, du moins de petites et de grandes victoires. 

Prenons conscience qu’un matin de ciel bleu, que les gazouillis des oiseaux, que le bruit du vent dans les arbres, bref que tout ce qui nous pousse vers une méditation constructive, sont aussi là pour renforcer notre détermination, plutôt que de nous perdre et de nous enfoncer dans nos faiblesses.

Ne doutons jamais de nos capacités, nous sommes dotés d’un potentiel immense souvent méconnu de tous en général, et de nous-même en particulier. Lorsque le danger nous menace,  elles se révèlent au grand jour sans que nous sachions réellement comment.

Soyons heureux d’avoir l’opportunité de vivre, plutôt que de nous voir déjà le corps gisant dans un cercueil, car chaque bon moment se métamorphosera en souvenirs heureux transformant notre regard en en une vision d’espoir, plutôt qu’en une vision de désespérance.   

L’adversité nous ouvre les yeux, dorénavant nous ne passerons pas  à côté des belles choses.

Considérons l’expérience de la maladie non pas comme notre chemin de croix, mais plutôt comme l’un des grands facteurs de notre richesse d’esprit. 

 

 Joël Gautier 22 février 2017

 

Dans la phase critique de la maladie, nous accumulons les faiblesses. Laissons la responsabilité au personnel soignant de s’occuper de celles de nos corps, et pour mieux les combattre, apprenons plutôt à connaître celles de notre âme. Loin de nous anéantir le malheur peut au contraire nous réveiller d’une torpeur profonde, en nous montrant le véritable chemin, celui que nous devrons à présent emprunter. 

Nos craintes sont évidentes, quel est le surhomme qui pourrait dire le contraire, cependant elles fortifient notre foi en un future qui nous dépasse.

Faisons en sorte de canaliser nos angoisses en nous libérant l’esprit de tous ces carcans qui nous empêchent sinon de bien vivre le cancer, du moins de le vivre mieux.

Acceptons nos handicaps qui au fil du temps deviennent de plus en plus nombreux, mettons l’accent aux contraires sur nos possibilités de nous dépasser.

 

Joël Gautier 22 février 2017

 

Tout malade qui a vécu ou qui vit encore un parcours semblable au mien, comprendra ce sentiment de légèreté qui m’anime à chaque fois que je sors de chez un médecin, pourvu de bons résultats d’examens.

Je ne peux pas parler réellement d’euphorie, mais à ce moment-là, telles les feuilles mortes emportées par le vent, mon cerveau me semble soudain balayé de toutes ces incertitudes, qui quelques minutes plus tôt m’engourdissaient encore trop intensément le corps.  

Dans ces instants particuliers de ma vie de malade, tout ce qui altérait ou qui avait pu altérer ma personnalité, blessures de l’enfance, différentes épreuves de ma vie d’adulte, les petites misères auxquelles j’accordais parfois trop d’importance, les plus au moins grandes inquiétudes qui émaillaient mon quotidien, tout s’effaçait de ma mémoire, pour laisser triompher pleinement mon côté optimisme de la vie.  

Cependant ce sentiment de plénitude ne dure guère plus longtemps que le temps du trajet du retour. Il faut bien se rendre à l’évidence la maladie n’a pas dit son dernier, elle m’accorde des  faveurs, tout en attendant son heure de gloire. Mes douleurs osseuses, mes malaises au quotidien, ma fatigue chronique, mes insomnies, ma cure de médicaments, mes rendez-vous réguliers chez différents médecins, toutes ses contraintes sont là pour me le rappeler à tout moment.

Justement nous avions à peine achevé le mois de janvier, qu’il fallait songer déjà à respecter le protocole établi pour surveiller ma qualité d’audition.   

Mes craintes n’étaient pas sans fondement, avec 70% de perte dans l’oreille gauche, et 50% dans celle de droite, je n’avais pas intérêt à ce qu’une nouvelle dégradation vienne amputer davantage le capital qui me restait.

Depuis mai 2015 j’étais suivi par une équipe compétente à laquelle je faisais entièrement confiance, cependant si elle pouvait me donner de bons conseils, elle restait néanmoins impuissante lorsque la pathologie des malentendants venait à se dégrader au-delà d’un certain stade. 

Comme à l’accoutumé l’audioprothésiste posséda à de petites améliorations techniques, en changeant les embouts plastiques devenus trop rigides au fil du temps, elle vérifia si les appareils ne présentaient pas de défectuosités, puis me posa les questions habituelles pour procéder à différents petits réglages.

Le casque d’écoute sur les oreilles, je tentais à présent de distinguer à tour de rôle les sons graves et les sons aigus, ces derniers étant beaucoup plus difficiles à détecter. Comme entendre distinctement des sonorités, n’allait pas de soi, je me concentrai un maximum, soucieux à ce que l’examen se passe pour le mieux.

Le verdict allait dans le bon sens car mon audition ne s’était pas dégradée, j’étais donc plutôt rassuré de ce côté-là.

 

 

 



L’accessoire de bien-être

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« L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. »

On connait tous cet adage, et il n’est pas dénué de sens, loin s’en faut, être rempli de pensées philosophiques est une bonne chose, mais mourir de froid dans la rue en est une autre. Entre nécessité vitale et confort superflu, tout est évidement question d’équilibre.

Néanmoins la course au toujours plus ne même pas à grand-chose, sinon qu’au néant de l’esprit.  

La société matérialiste se caractérise par le désir de posséder des quantités de choses dont elle a l’impression qu’elles sont indispensables à sa survie. Cette obsession du bien-être pas les objets occupent tellement de terrain dans les pensées, qu’il n’y a plus de place pour l’essentiel, à savoir donner un sens plus humanitaire à sa vie.   

Ce besoin du toujours plus entraîne bien de vices, l’égoïsme, la jalousie, l’esprit de compétition malsaine, l’indifférence, etc.

Dans un univers peuplé de gadgets, une éternelle insatisfaction s’installe peu à peu dans les esprits, une envie à peine assouvie, une autre envie vient prendre sa place, un peu comme lorsque l’on souffre d’une addiction.  

L’argent roi et maître du monde est un suppôt de Satan, il est responsable des plus grands maux de cette planète, mépris des valeurs sociales, mépris de la vie en général, guerre, exploitation humaine. La compétition du toujours plus engendre des riches de plus en plus riches, et des pauvres de plus en plus pauvres, des faibles de plus en plus faibles et des forts de plus en plus forts.

Certes l’injustice a toujours existé, et elle existera toujours, mais soyons cette petite goutte d’eau dans la mer qui pourrait malgré tout faire changer le  comportement des hommes, ne serait-ce que d’un petit chouia. Plutôt que de piétiner notre semblable, afin de rassasier un de nos nouveaux caprices, pensons au contraire à le regarder, à le respecter, à jauger ce qui est le plus important dans notre vie, la richesse matérielle, ou la richesse du cœur.

Essayons de savoir ce qui nous rapporte le plus, de posséder un tas d’objets sans âme, un compte en banque hyper bien rempli, un haut salaire au mépris de la vie de famille, ou au contraire être pourvu de  gentillesse, d’ empathie, d’altruisme, de tolérance, d’une ouverture d’esprit avec les autres, sachant que par effet de boomerang, toutes ces qualités porteront rapidement et irrémédiablement leurs fruits.  

Avant d’aller chercher dans le futile une illusion de bonheur, gardons en mémoire que ce qui compte avant tout pour notre équilibre mental : le vécu des sentiments.

N’estimons pas les ‘’amis’’ par rapport à leur réussite professionnelle, ou par rapport à l’opulence de leur équipement en tous genres, car ils risquent de vous apprécier pour les mêmes considérations et donc de vous laisser tomber dès que vous rencontrerez la moindre difficulté dans votre existence.

Dans une société comme la nôtre, le spirituel ne fait plus guère recette, il faut donc avoir de bonne raison pour se détacher d’une éducation encourageant les gens à paraître plutôt que d’être.   

Bien souvent se sont les épreuves qui nous ouvrent les yeux, particulièrement lorsqu’elles nous propulsent petit à petit vers l’obscurité de la nuit, n’attendons donc pas cette extrémité pour prendre conscience de notre véritable rôle sur cette planète.

Personnellement je suis allé voir le film ‘’Patients’’ de ‘’ Grand corps malade’’, une image m’a frappé, celle où le jeune homme allongé sur son lit, paralysé des membres, et dépendant à 100% du personnel médical, regarde par la force des choses une émission de télé-achat, qui vente un produit miraculeux. La caméra fait un gros plan sur son visage, on le voit alors lever les yeux au ciel, et pousser un soupir qui en dit long sur le malaise de notre société, et le décalage existant entre ce qu’il est en train de vivre, et ‘’l’indispensable’’ accessoire de  bien-être que l’on est en train de lui proposer.   

 

Joël Gautier 8 mars 2017



Aide-toi et le ciel t’aidera

 

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« Aide toi et le ciel t’aidera. » 

Le cancer est un ennemi redoutable, tout le monde le sait, ni le malade, ni sa famille, ni ses amis n’ont besoin qu’on leur fasse un dessin.  Lorsque l’on est atteint par cette terrible affection deux solutions s’offrent à nous, rendre aussitôt nos armes, ou bien décidé de continuer à vivre, même avec le peu de moyens que nous possédons.

Dans leur domaine, la chirurgie, la médecine, et la recherche pharmacologique ont fait d’innombrables progrès, leur aide demeure évidemment primordiale, cependant l’expérience nous enseigne qu’au plus fort du combat, le corps et l’esprit doivent être en étroite corrélation. En effet le personnel de santé pourra bien faire preuve d’ingéniosité, si nous refusons la réalité de la maladie, aucun miracle ne viendra sauver notre corps en souffrance.

 

Joël Gautier 05 mars 2017

 

« L’éternelle énigme. »

Je ne veux pas passer pour le samaritain prêchant le bonne parole, mais nous savons tous que la vie, la mort, la terre, l’espace, etc.  font partis des mystères nombreux qui peuplent nos pensées. Depuis son origine l’homme a toujours eu peur de l’inconnu, aussi a-t’il cherché coute que coute à se rassurer vis-à-vis de ses sempiternels questionnements.

Certains prétendent donc que Dieu existe et qu’il est le créateur universel, d’autres affirment que toute forme d’existence peut être expliquée par la science, reniant ainsi toutes religions. Moi je pense être situé entre ces deux convictions. Bien que je ne détienne pas plus la vérité que mes semblables, je crois que nous avons besoin de faire confiance à quelque chose qui nous dépasse, sans avoir la nécessité de l’identifier. En ce qui me concerne, si je ne le pensais pas, à coup sûr mon ignorance m’engloutirait vivant.  

 

Joël Gautier 05 mars 2017   

 

« La tranquillité de l’âme. »

Le véritable soulagement à la souffrance n’est pas simplement d’ordre physique, il vient aussi et surtout d’une certaine forme de paix intérieure, paix intérieure que l’on acquière lentement, en apprenant autant de nos échecs que de nos succès. Néanmoins l’amour et la compassion reçus des autres sont des moteurs qui nous aident à progresser dans cette optique de bien-être, ils sont même des nécessités. La prétention suprême serait de dire que nous en n’avons pas besoin. La bataille contre le cancer ne se gagne pas sans l’appui prisé de notre environnement, notre force se nourrit autant de notre propre détermination que de la protection et de la bienveillance de ceux qui nous accompagnent quotidiennement  dans notre combat pour la vie.

 

Joël Gautier 05 mars 2017

 

« L’humanisme dans notre jardin. »

Une belle maison, un bel équipement ménager, une belle voiture, un voyage à Tataouine les ombrelles, des séances de fitness, une pleine armoire de produits en tous genres, rien ne remplacera l’importance de posséder avant tout une bonne santé et un bon équilibre mental. Nous ne sommes pas venus au monde pour nager dans l’opulence, à force de vouloir s’en persuader on finit d’ailleurs par s’y noyer. Ne soyons pas égoïste, en poursuivant avec acharnement ce que nous croyons être notre bien-être, car notre vrai bonheur viendra en réalité des efforts que nous ferons pour développer notre culture de l’humanisme.

 

Joël Gautier 05 mars 2017   

 

J’avais envie de me libérer au plus vite de ce poids du doute qui ne manquait pas de me peser sur l’estomac, et cette attente interminable d’une carte vitale qui n’arrivait toujours pas, pourrissait un peu plus la situation.

Je sentis qu’il fut le moment de mettre ma philosophie en application, en combattant l’élément déclencheur de mon agitation, cette impatience que connaissaient trop bien les malades vivant des histoires semblables à la mienne.

Je tentais de chasser la grisaille un peu trop encombrante de mes pensées, lorsqu’enfin le top de départ fut donné.

Nous avions une bonne demi-heure de retard lorsque nous arrivâmes au service des consultations. Nous n’étions pas responsables de cet état de fait, et la secrétaire de mon oncologue nous débarrassa de notre gène. Nous fûmes d’ailleurs invités à nous assoir directement sur les sièges qui jouxtaient le bureau du médecin. 

Pour dominer l’angoisse j’avais pris l’habitude de fixer mon regard sur la photo accrochée au mur, mais celle-ci avait disparu depuis bien trop longtemps pour que je puisse avoir l’espoir de la revoir un jour. A la place je devais me contenter d’un mur blanc sans attrait.

« Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » Cet adage nous enseigne qu’un excès d’optimisme est dangereux, car en cas de mauvaises nouvelles, nous risquons de tomber de très haut, compromettant ainsi lourdement notre capacité à rebondir.

Pourtant je ne pouvais pas m’empêcher de penser que mes chances étaient bonnes, je ne souffrais pas d’inquiétantes douleurs, les gens n’arrêtaient pas de venter ma mine superbe, enfin, j’avais tendance à prendre du poids.

J’en étais là de mes pensées, lorsque la porte s’ouvrit sur l’oncologue qui nous adressa un large sourire, avant de nous inviter à nous installer dans son bureau. 

Malgré les belles couleurs de mes pensées, je n’étais pas tout à fait zen, une part de moi redoutait en effet cet élan de confiance.

« Tout d’abord je vous souhaite mes meilleurs vœux pour cette année 2017 ! »

En une fraction de seconde je compris qu’il se serait abstenu de prononcer cette formule de courtoisie, si les nouvelles étaient mauvaises.

« Merci monsieur R, nous vous souhaitons également la même chose ! »

« Bon le scanner est plus que rassurant, jusqu’à présent  il n’y pas de progression de la maladie! »

Il semblait largement aussi satisfait que nous de ces résultats, son rôle n’étant pas des plus faciles lorsqu’il s’agissait d’annoncer une catastrophe à ses patients. De plus de bons pronostics ne pouvaient que l’encourager à poursuivre son métier très difficile de médecin spécialiste en oncologie.

« Sinon comment allez-vous ? »

Même si pas mal de pathologies annexes au cancer et plus ou moins invalidantes continuaient à me poser des problèmes, je n’avais pas lieu de me plaindre au regard des mille et une souffrances que j’avais pu subir par le passé. Je lui répondis donc que je me portais ‘’comme un charme’’.

Nous prîmes congé emportant avec nous les ordonnances habituelles, ainsi qu’avec la date d’un rendez-vous fixé au mois de mars.



un jour le vent tournera

le vent

Un jour le vent tournera direction: meilleur!
Alors accrochons-nous ! La chance de vivre, c’est d’abord la chance d’avoir existé, même pour un temps très court. Un concept tout simple qui rend le film si cher, et qui nous apprend que la mort n’est rien, que la vie est tout. Restez tous tels que vous êtes, généreux, sympathiques, et aussi avec tous vos défauts pour que nos échanges verbaux restent riches de tout ce que nous sommes. Continuons à nous préoccuper des uns et des autres, et peut être servirons nous d’exemple à d’autres pour que demain soit plus beau.  Aimer la vie, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées, c’est avancer en funambule au-dessus de précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur, tu vas y arriver.

 

Philippe Besson.

Un corps qui n’en peut plus
 » C’est quand on a un genou à terre et que nos bras et notre cœur sont las de combattre qu’il faut puiser, au fond de notre âme, cette force pour se relever. Le souvenir des visages aimés, les sourires reçus nous aident à tenter d’atteindre notre objectif, et, même si le combat semble insurmontable rien n’est impossible!

 « Je t’offre mon sourire et mes forces pour combattre et gagner ce combat et qu’importe le temps qu’il faudra, tu ne seras jamais seule dans cette bataille. »

L’amour et l’amitié sont les plus belles faveurs, que peuvent nous apporter notre existence. Ce sont de grandes douceurs dans ce monde de douleurs. Quand tout va mal, que tout est contre nous et que nous pensons ne pas pouvoir nous accrocher une minute de plus, pensons aux belles choses qui nous entourent, ne renonçons  jamais, car c’est peut-être le moment et l’endroit où le vent va tourner.

 

Harriet Stowe

La vie est un challenge

La vie et toutes les choses qui s’y rattachent nous procurent plus souvent de blessures que de bienfaits, pourtant nous nous y cramponnons comme la moule s’accroche à son rocher. Il est vrai que parmi les tas de mauvais gravats jalonnant et obstruant notre chemin, nous y trouvons parfois des  pépites d’or. Des rares instants privilégiés de la vie qui à-eux seuls justifient notre désir de marcher toujours plus loin.   

Soyons pourtant vigilants, car la maladie menace à tout instant de nous faire sombrer dans un précipice sans fin. Renforçons donc notre volonté de résistance, qu’elle nous conduise au pont qui nous permettra de franchir l’épreuve durement imposée par le destin. Il faut en être conscient à chaque instant, l’effort que nous produisons ou que nous produirons, en vaut la chandelle.  

 

Joël Gautier 27 février 2017

 

Le temps que ma poche de perfusion termine le  nettoyage de mes veines, ‘’ma bienfaitrice’’ m’avait laissé seul. Le silence fut par trois fois très légèrement troublé par le ronron lointain du scanner qui s’intéressait désormais à un autre patient.

Je tentai de détourner mes pensées vers d’autres horizons, lorsque la porte donnant sur la zone interdite s’ouvrit, marquant l’instant de la libération.

Elle sortit l’aiguille de mon bras à peine endolori, posa un pansement, puis m’invita à me rhabiller.

« Puis-je vous demander de patienter un peu en salle d’attente, je vous rejoindrais dans un petit moment pour vous rendre votre carte vitale ! »

Je n’avais pas vraiment un autre choix que celui de lui répondre par l’affirmative.

Me réajuster des bretelles à deux pinces demandait dans certaines situations l’aide d’une tierce personne, j’ouvris donc la porte adéquate et appelai Chantal à ma rescousse.

À présent nous étions une nouvelle fois contraints de prendre notre mal en patience, l’organisation administrative du service en ayant décidé ainsi.

La salle d’attente restait largement inoccupée, l’homme déjà présent lors de mon arrivée ne lisait plus, sa femme l’avait rejoint après avoir passé son scanner. Le visage émacié et le teint blafard, elle fixait le plafond noyée dans des pensées que j’avais peu de peine à imaginer.  

J’appris beaucoup plus tard qu’elle se battait depuis dix-sept ans contre le cancer. Avec mes douze années désormais écoulées, je restais loin derrière elle,  ce qui me laissait espérer une marge de manœuvres non déplaisante, concernant mes chances de survie.   

Si j’avais eu très tôt la curiosité de comptabiliser le nombre d’heures passées à poiroter chez les médecins, elles se chiffreraient sans doute par dizaines.    

Dès la fin 2004 j’avais compris la nécessité de ne pas bayer aux corneilles pendant donc ces longs moments d’attente, il fallait au contraire se battre conte l’ennui, vecteur de troubles comportementaux.  

La lecture mais surtout les grilles de mots fléchés étaient mes fidèles compagnons de combats, ces activités me permettait assez efficacement de tuer le temps, et de canaliser ainsi mon esprit

Faire preuve continuellement de sang-froid n’était pas chose aisée, et parfois mes diverses occupations ne suffisaient pas à juguler la pression psychologique occasionnée par des situations devenant trop tendues.

Maintes fois j’avais eu peur d’être débordé par le stress, mais à chaque fois j’avais trouvé sans trop savoir comment l’énergie nécessaire pour me reprendre. Je n’imaginais pas qu’il en fût autrement.  L’exercice n’était pas facile, et j’en ressortais la plupart du temps vidé de mes forces.   

Cette fois je n’avais aucune raison de céder à la panique, il s’agissait simplement de récupérer une carte vitale qui tardait néanmoins à me revenir.



L’ennemie publique

l'impatience

La maladie est une ennemie que nous devons combattre car en principe nous aimons viscéralement la vie. Mais comme dans toutes les guerres, il faut mener plusieurs batailles à la fois, batailles d’ailleurs de plus ou moins grandes importances selon le cas. Cependant gardons toujours à l’esprit qu’une victoire aussi petite soit-elle, renforce notre volonté de résistance face à nos difficultés quotidiennes de l’existence. 

Parmi les différentes défauts qui pourrissent nos jours, il y celui de l’empressement, source de déstabilisation et d’inconfort particulièrement lorsque l’on est malade.  

A l’inverse de l’empressement, la patience est une qualité que nous devons tenter d’acquérir au fil du temps, elle développe notre tranquillité d’esprit et procure la détente et le bien-être dont notre corps a expressément besoin.

Le défi est de taille car il rencontre sur sa route, bon nombre d’obstacles, certains parfois difficiles à franchir, mais même en cas de graves difficultés, il ne faut jamais lâcher prise.

Les salles d’attentes sont des expériences que nous avons tous vécus, l’ennui développe les pensées négatives, celles que nous devons impérativement chasser de notre esprit. Ce même ennui taquine notre impatience, impatience qui se faufile sournoisement dans notre état comportemental, attisant ainsi une anxiété de plus en plus grandissante.      

Il y a différents degrés d’appréhension, nous sommes évidemment beaucoup moins impactés par le stress, lorsqu’il s’agit d’attendre qu’on veuille bien venir nous chercher pour nous soigner d’une angine, plutôt que lorsque nous sommes à l’affût de résultats médicaux dont dépendra  notre avenir sur cette planète.

En glanant de ci delà des conseils nous apprenons que la patience exige un changement d’attitude par rapport aux différentes circonstances imposées par le destin. Nous apprenons aussi que de prendre une respiration profonde ou que de se vider l’esprit conduisent vers une attitude plus zen. Il est toujours plus facile d’entendre de belles paroles que de les appliquer. Soyons plutôt maître de nos propres solutions.

Quoi qu’il en soit même confronté aux pires des situations, nous devons persévérer dans la recherche d’un bon équilibre psychologique qui renforcera nos aptitudes au combat, chaque fois qu’il sera nécessaire.

L’énervement, l’agressivité sont des boulets dont il n’y a pas de quoi être fière, il faut donc travailler à estomper ses défauts de notre personnalité, et mettre l’accent sur les efforts visant à conquérir ce trésor de bienfaits qu’est la patience.

Il n’y a pas de recette miracle pour parvenir à nos fins, notre réussite viendra avant tout de nos convictions, et donc de notre entêtement.

 

                                                           Joël Gautier 20 février 2017

 

La mise en place du cathéter n’avait été qu’une simple formalité, il semblait que mes veines se soient retapées de toutes les agressions du passé, car elles acceptaient de nouveau de se faire piquer sans trop de complications.  

« Êtes-vous allergique à l’iode monsieur Gautier ? »

A cette question j’avais déjà répondu des dizaines de fois par le passé.

« Non !  Par-contre peut-être n’ai-je pas besoin de vous le préciser, mais par mesure de prudence je préfère vous le notifier. Je suis en insuffisance rénale ! »

« Nous connaissons votre dossier monsieur aussi prenons-nous les précautions d’usage. Je vais vérifier si la salle est prête, et je viens vous chercher ensuite ! »

Attendre étant le lot permanent de tous les malades, je m’y pliai de bonne grâce. Quelques minutes plus tard elle apparut dans l’encadrement de la porte, sans rien avoir perdu de sa bonne humeur.

« Cette fois c’est à votre tour ! »

Je lui répondis ok par un petit signe de tête, puis je la suivis jusqu’à ‘’l’antre du loup’’.

A travers la vitre j’aperçus les gens du service qui s’affairaient chacun sur son écran à décrypter d’éventuelles anomalies, sur les images des organismes internes de mes prédécesseurs, la scène me fit flipper un peu.  

M’étendre et me placer correctement sur la table d’examen étaient par expérience des gestes routiniers.

« Pouvez-vous allonger les bras derrière la tête s’il vous plait ? »

En quittant le cabinet de préparation j’avais tellement redouté de perdre mon pantalon, que j’étais encore occupé à le retenir. Je lâchai donc prise, et obéis à la consigne qui venait de mettre donnée.

J’étais enfin prêt à subir ma dose régulière de rayons X pour  ‘’de nouvelles images saucissonnées’’ de mon organisme.

La table commença sa lente progression, mon corps tout entier traversa le large anneau puis stoppa au niveau du crâne. On me demanda de respirer à fond puis de bloquer mes poumons, la table effectua alors le même mouvement mais cette fois en marche arrière. 

L’émetteur récepteur tournait autour de moi avec cette sonorité particulière que je connaissais bien. On me demanda de respirer normalement.  

L’opération fut réalisée une seconde fois, puis l’opératrice en radiologie, vint m’injecter le produit de contraste iodé en me précisant que j’allais sentir un peu de chaleur. Là encore pas de quoi paniquer !  

La machine effectua sa troisième et ultime mission, et je fus libéré. Les dés étaient une 55ème fois jetés.



Le sablier de la vie

rien-ne-peut-combattre-le-temps

« Tel un sablier la vie s’écoule et le temps perdu est du temps inachevé »

Maxalexis

 

« L’âge passe comme le soleil qui laisse l’ombre derrière lui : Le lever, c’est la jeunesse ; le coucher de l’astre, c’est la vieillesse. »
Félix Lope de Vega

 

« Le temps comme un torrent se précipite, déjà le présent est en fuite. »

Jean François Ducis

 

« Ne nous encombrons pas l’esprit de peccadilles, la vie est déjà bien assez compliquée comme ça. Il sera toujours temps de s’inquiéter des évènements quand ils en vaudront vraiment la peine. Prenons plaisir aussi modestes soient-ils des bons moments, les jours s’égrènent beaucoup trop vites au calendrier, il est beaucoup plus tard que vous ne pouvez-vous l’imaginer. »

Joël Gautier 13 février 2017

 

A cette heure matinale alors que le jour était à peine levé, il n’y avait pas foule sur les immenses parkings du CAC de l’espoir, nous eûmes que l’embarras du choix pour garer notre véhicule.

Il faisait encore plus froid que lors de notre dernière visite, et le sas d’entrée remplissait toujours  aussi bien son nouveau rôle. En retenant le public avant que la porte extérieure ne se soit automatiquement refermée, il faisait ainsi office de barrière contre l’agressivité de bonhomme hiver. Le hall d’accueil baignait dans une douce chaleur, le personnel n’avait d’ailleurs pas l’air de s’en plaindre. Nous prîmes notre ticket d’ordre d’arrivée, et j’eus à peine le temps de m’assoir que mon numéro s’affichât au panneau prévu à cet effet.

La jeune fille qui nous recevait au guichet no 3 disposait d’un chauffage d’appoint électrique, j’eus la curiosité de lui demander si comme les années précédentes elle avait parfois besoin de s’en servir.

Elle me répondit que non avec un sourire qui en disait long.

Au second étage nous empruntâmes le dédale de couloirs auquel nous étions malheureusement très accoutumés, et nous arrivâmes ensuite au secrétariat du service, quelques minutes avant l’heure du rendez-vous.

Il n’y avait pas foule dans la salle d’attente, une femme était assise à notre droite et à ma gauche un homme attentionné à sa lecture occupait également les lieux. Pour l’heure  j’ignorais encore s’ils étaient l’un et l’autre patient ou accompagnant.

Le sulfate de Baryum et les aléas de notre voyage m’engagèrent à rejoindre sans plus attendre,  les toilettes. A mon retour Chantal s’absenta à son tour, et il ne me fallut pas attendre bien longtemps avant que l’opératrice ne vienne me chercher.

Le médecin en radiologie venant d’un établissement extérieur, elle avait besoin de ma carte vitale pour qu’il puisse être remboursé de sa prestation.

Chantal avait emmené un grand sac à l’intérieur duquel tout était prévu. Feuilles de résultats d’analyses et ordonnances, carnet de bord tenu à jour depuis décembre 2004, Hydrocortisone, Doliprane, Imoduim, en cas de besoin, petits encas pour les ventres affamés, bouteille d’eau etc….

Outre ses effets dévastateurs, la maladie a la particularité d’exiger une organisation sans faille face aux différentes nécessités administratives, face aux multiples suivis médicaux, face à la gestion des traitements, et face encore à bien d’autres obligations diverses. J’avais la chance de pouvoir me reposer entièrement sur les épaules de Chantal. Au fil du temps, elle avait acquis une grande expérience en la matière. Il était clair que grâce à son soutien, j’étais en mesure de diriger l’intégralité de mes forces  vers le plus difficile de mes combats. Il était clair également que sans elle mes chances de survie aurait-été largement hypothéquée. Je comprends aisément la raison pour laquelle les malades dépourvus d’appuis psychologiques et logistiques, abandonnent parfois la partie, vaincus le plus souvent par le découragement.

Pas étonnant non plus dans ce contexte si j’étais un peu perdu en son absence, mon interlocutrice dut donc attendre que ‘’mon ange gardien’’ vole à mon secours.

J’avais l’immense chance d’occuper ma cabine de prédilection, celle qui possédait une fenêtre ouverte sur le monde extérieur. A cette heure matinale, le soleil faisait pâle figure, mais quoi qu’il en soit, je me sentais moins oppressé dans cette cabine que dans tous autres lieux du même genre.

Je reconnaissais le visage souriant, l’esprit vif, la gentillesse et la loquacité de l’opératrice, j’avais en effet déjà eu à faire à elle.

Baigner dans une ambiance lumineuse, en compagnie d’une interlocutrice d’un tempérament de feu,  était deux signes de bon augure, j’aimais en tout cas me le persuader avant de braver la suite des évènements.

« On se rassure comme on peut ! »

 



Le 55ème au programme

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Bien qu’il faille un certain laps de temps avant d’en prendre conscience, certains côtés positifs de notre existence sont occasionnés par la traversée soudaine d’une terrible épreuve

Les évènements tragiques nous remettent en question, ébranlent nos idées reçues, bouleversent nos us et coutumes. Les certitudes sur lesquelles reposaient jusqu’à présent notre vie nous apparaissent tout à coup  totalement dévoyées. Nous apprenons que l’essentiel ne se situe pas là où nous avions jeté jusqu’ici notre dévolue, mais vers un tout autre chemin. L’épreuve de la souffrance nous ouvre une  nouvelle voie, plus jamais nous regarderons en arrière.  

L’injustice de la maladie nous heurte, mais il est possible de dépasser ce sentiment à condition de se positionner fermement face au flou chaotique de notre futur.

Qu’il soit physique ou moral, il est possible de dompter son supplice. Cela ne diminuera pas son intensité, mais de notre attitude face à lui pourra venir une certaine forme de sérénité et d’enrichissement intérieur

Mal y répondre aura l’effet inverse : affaiblissement de notre être et amoindrissement des qualités de notre caractère. La souffrance n’est pas un choix, elle n’est pas non plus  une vertu, mais nous pouvons décider de bien réagir par rapport à elle, afin de grandir, de connaître, d’apprendre, et de progresser.

Cependant il ne faut surtout pas nous comporter comme des super-hommes. Nos faiblesses son grandes et les épreuves à venir risquent d’aggraver encore plus la situation. Au contraire nous avons expressément besoin de la présence et de la compassion  des autres, autant que les autres ont besoin que nous les rassurions sur notre capacité à endurer la douleur. N’oublions pas que la maladie impacte toute notre petite famille et dans une moindre mesure parents et amis. N’aggravons pas leur désarroi, accompagnons les dans leur démarche d’acceptation et de reconstruction, la vision du monde ne sera plus jamais la même également pour eux.  

Lorsque le cancer surgit comme un vent de tempête, les malades et les bien-portants prennent connaissances soudainement de la fragilité et de la vulnérabilité de la vie. Cette constatation aussi cruelle soit-elle a du bon, car elle les pousse à se rapprocher encore un peu plus  les uns des autres.

Parler autour de nous de ‘’cette plaie béante’’ qui nous ronge au quotidien, apaise nos angoisses, et nous aide aussi à supporter les effets perverses engendrés par les traitements.

Lire, écouter, rechercher les conseils de la famille et des amis, sont des actions positives qui stimulent notre volonté de fuir autant se faire que peut le danger mortel qui nous guette.  

L’épreuve nous fait tomber le masque, elle nous rend moins arrogants, notre personnalité s’enrichit d’un regard différent sur les autres, et sur nous-mêmes, la faucheuse est là derrière la fenêtre, elle attend patiemment son heure, nous n’avons plus le temps d’être autrement que sincères avec nous-mêmes, comme nous devons également l’être impérativement avec les autres.

 

 

                                             Joël Gautier 4 février 2017

 

Les guirlandes électriques des villes et villages avaient été démontées, les fêtes de fin d’année appartenaient maintenant au passé. L’examen radiographique de mes poumons datait d’environ 1mois ½ et depuis lors je n’avais pas trop été ennuyé par un quelconque nouveau dérèglement de mon organisme.

Le vendredi 13 symbole de chance, est une superstition bien ancrée dans les us et coutumes de nos terroirs, au grand bonheur des jeux de hasards, ou de tout autres pièges à gogo.

Justement ce vendredi 13 janvier 2017 correspondait au rendez-vous fixé par l’oncologue dans le cadre de mon 3ème  protocole de soins auquel j’étais assujetti depuis maintenant pas mal de temps : Au programme mon 55ème scanner, suivi d’un entretien avec le docteur R. Le courrier de convocation que nous avions reçu quelques semaines plus tôt, notifiait de nous présenter à 8h25 au sein du service d’imagerie médicale du CAC de l’espoir. 

Nous nous levâmes donc à l’aurore, en nous accordant une large marge de manœuvre, nous savions en effet  que notre arrivée à Nantes coïnciderait avec un afflux massif d’automobilistes se rendant à leur travail.

L’hiver était un peu plus rigoureux que le précédent, la météo nous avait annoncé des conditions de circulation délicates. Nous constatâmes heureusement que ce n’était pas le cas, nous prîmes donc la route délestés de nos craintes de la veille.  

Il faisait encore noir, les deux fois deux voies était encombrées de nombreux camions et de bien d’autres véhicules de toutes sortes. Je n’aimais guère voyager dans ces conditions, d’autant que se rajoutait à ce malaise, le stress de l’incertitude des résultats d’examen. De plus pour noircir encore davantage le tableau, je me devais d’avaler le contenu d’un flacon de sulfate de Baryum, exercice que mes intestins appréciaient moyennement.   

Nous avions pris le risque de prolonger de deux mois les délais prévus entre deux examens. Mon dernier contrôle datait du 22 juillet, il y avait donc six mois que je n’avais pas fréquenté le service d’imagerie médicale, et j’espérais vivement ne pas avoir à le regretter.

Doucement mais sûrement nous nous approchâmes de la région nantaise, et comme prévu nous dûmes subir un premier ralentissement porte des vignobles.

Le périphérique complètement saturé titillait ma patience, je n’étais pas sûr que nous allions pouvoir arriver dans les temps. Un second goulot d’étranglement alors que nous étions sur le poids de prendre la bretelle en direction de l’ouest aggrava encore un peu plus la situation. Enfin lorsque nous pûmes emprunter un tronçon un peu mieux dégagé, il nous sembla que le flash qui venait de se déclencher, l’avait été probablement à l’encontre de notre véhicule.



Le verre à moitié plein

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« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »

Gandhi

 

« La vie n’est jamais banale, chaque événement que nous traversons recèle un mystère inexplicable. »

Boris Vian

 

« Chaque phénomène a son mystère ; le mystère est l’âme ignorée des choses. »

Gustave Le Bon

 

Ainsi donc je sortais de ‘’mon isoloir’’ sans avoir eu l’opportunité de me confronté à la plus tenace de mes peurs. Ce radiologue qui m’avait fait tant de mal par son manque total de diplomatie, celui-là même considéré depuis douze ans par mon esprit comme le diable en personne, avait brillé par son absence.

Les pensées cauchemardesques de son regard froid, et de son visage sans expression, pompaient encore et toujours une partie de mon énergie. Hélas ! Ma  détermination à vouloir combattre mes obsessions était faute ‘’d’adversaire’’ réduite à néant.

Ni je ne m’en réjouissais, ni je ne m’en désolais, je ne voulais retenir de ce rendez-vous que la bonne nouvelle des résultats communiqués.   

J’étais soulagé certes, mais je constatais néanmoins que mes essoufflements s’accrochaient à moi comme un dictateur au pouvoir, et ni la prise de sang, ni la radio n’étaient pour l’heure en mesure de m’apporter des éclaircissements sur ces dysfonctionnements respiratoires.

Décembre s’affichait au calendrier, et l’année se terminait sur un bilan mitigé.

J’avais bien mal commencé janvier car outre mon hospitalisation suite à  ma péritonite, il m’avait fallu subir en sus les foudres d’une maladie nosocomiale, dont les conséquences avaient été l’apparition d’une éventration que je devais supporter à présent à vie. Les quinze séances de kinésithérapie n’avaient pas permis de me le libérer de cet œdème au cou, œdème responsable à part entière d’une entrave considérable à mes  mouvements de rotation de la tête. Mes oreilles exigeaient une surveillance de tous les jours, mais de ce côté-là l’audioprothésiste avait constaté une légère amélioration d’écoute, une bonne nouvelle donc assez rare pour qu’il soit important de la souligner.

Pour ce qui était du cancer, le malin s’était montré plutôt sage, marquait-il une trêve, ou semblait-il profondément endormi ? Quelque-fût la réponse, J’espérais qu’il en soit ainsi le plus longtemps possible.

De cinq scanners en 2015, je n’étais passé en 2016 qu’à un IRM et deux scanners, ce qui ne manquait pas de me satisfaire au plus haut point.  

Un bémol cependant, au fil du temps mon corps se dégradait par l’usure de la maladie et de ses différents traitements, reflétant dans le miroir une image de moi que je refusais d’être la mienne. Malheureusement mon état d’âme n’empêchait pas la terre de tourner, et là encore je ne devais compter que sur mon mental pour ne pas sombrer dans le découragement, et dans la perte définitive de l’estime de moi.

La maladie peut être peuplée de mystères difficiles à éclaircir, ainsi donc plusieurs jours après avoir passé ma radiographie mes difficultés à respirer s’estompèrent, pour disparaître ensuite peu à peu. La médecine n’avait pas trouvé la source du mal, mais la source du mal s’était tarie d’elle-même, sans attendre une hypothétique intervention humaine.     

Faire de la marche pour juguler ma prise de poids n’était pas une mince affaire. Certes j’étais plein de bonne volonté, mais cette volonté perdait de plus en plus de terrain face à mon organisme qui n’avait de cesse de se rebeller. J’avais la nostalgie de cette époque où j’étais en mesure de me promener en forêt tout un après-midi durant, une nature à l’état pur où je prenais tant de plaisir à me ressourcer. Je n’étais pas dupe, ce temps était révolu, ma mission actuelle était celle de limiter la casse, et je m’y employais de moins en moins facilement, d’autant que je ne savais pas par quel bout m’y prendre pour inverser durablement la vapeur.

J’étais plein de bonne volonté, et je n’ignorais point qu’il était nécessaire d’en avoir, mon combat contre l’adversité était permanent, car il était bien évidemment vital.

Si je m’employais ardument à relativiser les choses, c’était pour ne pas être mort avant l’heure. L’épreuve de la maladie est un défi de chaque instant, qu’il faut apprendre à relever par étapes successives. Ne chercher à conserver dans son esprit que les pensées positives font partie des leçons qu’il est nécessaire de retenir.

Ne voir que le mauvais côté des choses, s’apitoyer constamment sur son sort vous attire davantage dans une situation de faiblesse, que dans une situation de force. 

Le stress, la colère, l’impression d’injustice sont des émotions difficiles à vaincre, et je sais de quoi je parle. Pourtant s’agissant de sentiments négatifs, il est impératif de les combattre au mieux de nos possibilités,  afin de canaliser le meilleur de notre énergie mentale, celle dont nous avons expressément besoin pour ne pas sombrer dans le néant.

Je m’apprêtais à passer mon 13ème Noël en famille, je ne pouvais donc pas trop me plaindre de mon sort car bon nombre de malades, entres autres parmi mes proches relations, n’étaient plus en mesure d’en dire autant.

Voilà une constatation qui m’aidait à regarder du côté du soleil, plutôt que du côté des ténèbres. Ce n’était pas la panacée, mes cette manière d’aborder les choses avait fait ses preuves, et j’espérais que mon état d’esprit reste toujours axé vers cette politique du verre à moitié plein, plutôt que celle du verre à moitié vide.   

 



On est jamais trop petit

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Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique… et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.

Le Dalaï Lama

Vous pouvez blâmer les gens qui se cognent dans l’obscurité ou vous pouvez allumer des bougies. La seule erreur est d’avoir conscience d’un problème en choisissant de ne pas agir.

Paul Hawken

C’est parce qu’on s’imagine tous les pas qu’on devra faire qu’on se décourage, alors qu’il s’agit de les aligner un à un.

Marcel Jouhandeau

“Accepter l’inévitable sans révolte, ne pas s’apitoyer sur soi, penser encore à être utile, bien sûr, c’est cela le courage, beaucoup plus que des actes héroïques.”

Anne Bernard

 

Le quartier était venteux, je marchais à pas lents, et je frissonnais à chaque léger souffle de vent. Comme promis Chantal me rattrapa avant même que j’eus franchi la porte d’entrée du bâtiment. Je ne reconnus pas les hôtesses d’accueil, mais par-contre le décor n’avait pas changé d’un iota.

Mon humeur était aussi changeante que la météo en période des giboulées, j’étais parti gonflé à bloc, en cours de parcours mon anxiété avait repris le dessus, et à présent que j’étais ‘’dans le bain ‘’, cette même anxiété  s’évaporait pareil à de l’eau sur le feu.

Comme je l’avais prédit, la salle d’attente n’était occupée que par trois personnes, dont l’une fut appelée par une secrétaire pour lui remettre l’enveloppe contenant clichés et compte-rendu du médecin, qu’elle s’empara avant de quitter aussitôt les lieux.   

J’étais sur le point de prendre une revue, lorsqu’une femme arborant la cinquantaine apparut dans l’encadrement de la porte. Après avoir pris connaissance de mon identité, elle m’invita à la suivre.

Elle m’installa dans une petite cabine aussi lugubre que la plupart de celles que j’avais l’habitude de fréquenter, et me demanda de me mettre torse nu.

Outre mon blouson, mon gilet et mon polo, depuis mon éventration je portais aussi une ceinture de maintien abdominal, et une paire de bretelles pour soutenir un pantalon qui était passé de la taille 44 à la taille 50. Lorsque j’eus terminé de me débarrasser de tout cela, j’attendis que l’on vienne me chercher.

Je ne connaissais que trop bien cette profonde solitude, et ce silence pesant, pré et post examen, j’avais l’impression dans ces moment-là de vivre dans un monde parallèle à celui des vivants. Heureusement la même femme vint me chercher, brisant ainsi l’état d’esprit dans lequel j’étais plongé depuis ‘’mon enfermement’’.    

En fait elle était manipulatrice en radiologie, je n’étais pas sûr de voir le médecin qui allait étudier mes clichés, et c’était peut-être mieux ainsi.

L’imposante machine m’attendait plus que moi, la salle était sombre et peu accueillante. Je fus prié de m’approcher et de monter sur un petit marchepied pour que mes poumons soient à la hauteur voulue. Mon interlocutrice me demanda d’allonger mes bras le long du corps, les paumes de la main plaquées sur le bas des cuisses, puis de coller mon thorax sur la vitre.

« Inspirez à fond monsieur, et bloquez votre respiration ! »

J’entendis le déclenchement bien spécifique de l’appareil.

« Voilà monsieur c’est terminé, vous pouvez retourner dans votre cabine ! »

J’étais sur le point d’enfiler mon polo lorsqu’elle ouvrit la porte, pour me signifier que l’opération devait être réitérée, les images étant inexploitables.  

Il n’y avait rien de bien réjouissant dans ces propos, mais je lui obéis sans broncher, je renouvelai donc ma séance de déshabillage, afin d’être fin prêt lorsqu’elle viendrait me rechercher.    

La vitre sur laquelle je plaquai de nouveau mon thorax était un peu froide, je me raidi quelque-peu, puis après avoir suivi scrupuleusement les instructions de l’opératrice, je retournai dans mon lieu de ‘’villégiature’’.

Convenablement vêtu je m’assis sur le petit banc prévu à cet effet,  dans l’espoir de ne pas être une nouvelle fois contrarié par un autre imprévu.

L’opératrice vint m’extirper de mes pensées.

« Les clichés sont  nets, le médecin va venir vous voir pour vous communiquer les résultats ! »

J’hochai la tête en signe d’acquiescement, puis dans le silence pesant de mon espace réduit, je retins mon souffle en attendant le verdict. Certes je n’étais pas très à l’aise, mais bizarrement mes nerfs ne semblaient pas vouloir me jouer de mauvais tours, j’étais en effet en mesure de me maîtriser, ce qui n’était pas toujours le cas. 

La porte s’ouvrit de nouveau. Une femme de petite taille et plus âgée que la précédente s’adressa à moi.

« Je suis le médecin qui a étudié vos images. Vous avez des difficultés à respirer parait-il ? »

Elle n’attendit même pas ma réponse.

« Il faudra regarder ailleurs que du côté des poumons, car je n’ai pas trouvé d’anomalie. Vous pouvez retourner dans la salle d’attente, ma secrétaire va vous apporter votre dossier. Bonne journée monsieur ! »

« Merci ! Bonne journée à vous aussi ! »

 

 

 

 

 

 



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