La beauté n’est pas toujours celle que l’on croit

 

la beauté de l'être

 

Pareil à un aimant la beauté du corps attire le regard et le désir, pourtant elle peut être parfois trompeuse particulièrement lorsque derrière cette image se cache une âme remplie de noirceur. L’apparence n’est pas quelque chose avec laquelle nous pouvons vivre bien longtemps. L’homme a besoin de sincérité de profondeur, d’abnégation, la beauté de l’âme émeut le cœur et captive l’esprit.

La maladie nous rappelle de manière cinglante que l’enveloppe charnelle est éphémère, elle nous enseigne également que nous devons accorder beaucoup d’importance aux traces que nous laisserons de notre passage sur cette terre. 

La maladie nous installe dans un état d’esprit hermétique aux fausses idées de ce monde, nous sommes capables de détourner notre regard de ce qui revêtait pour nous de l’importance, avant qu’un vent mauvais ne vienne chambouler notre vie.  Sonder  notre âme et en retenir les vraies valeurs, sera notre carburant essentiel pour avancer cette fois dans la direction du soleil levant.   

 

Joël Gautier 23 avril 2017

 

Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu’il fait soleil, mais
quand vient l’obscurité, leur beauté n’apparaît que s’ils sont illuminés de l’intérieur.

 

Elisabeth Kubler-Ross

 

Si vous pouviez seulement rester tranquilles, vous libérer de vos souvenirs et
de vos attentes, vous seriez capables de discerner la beauté des événements.
C’est votre agitation qui cause le chaos.

 

Nisargadatta Maharaj

 

La beauté purement physique est aussi éphémère que les feux du crépuscule.
Dirige tes efforts vers l’acquisition de la véritable et immuable beauté : la beauté intérieure.

 

Amadou Hampâté Bâ

 

Pour ceux qui regardent avec leurs yeux et leur cœur,
il y a tant de beauté naturelle à admirer et à apprécier.
Chaque jour est un cadeau plein de découvertes.

 

Inconnu

 

La beauté du corps est un voyageur qui passe,
tandis que la beauté du cœur est un ami qui reste.

 

Inconnu

 

Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie.

La beauté de l’âme se répand alors comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

 

Victor Hugo

 

La beauté de l’apparence est seulement un charme de l’instant, l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme.

 

Georges Sand

 

 

De ce premier ‘’contrôle technique’’ de l’année, il ne me restait plus qu’à passer l’épreuve de l’ORL. Le docteur M qui suivait mon dossier depuis la perforation soudaine de mes tympans avait quitté son poste, volant à présent vers d’autres horizons. Nous avions donc été contraints avec regrets de le remplacer.

La profession souffrait d’un manque récurent de patriciens, et nous ressentîmes très vite que la démission du docteur M avait d’importantes répercussions sur la bonne marche du service. Lorsque nous arrivâmes la salle d’attente était pleine à craquer, une fois de plus nous allions devoir nous armer de patience.

Je regrettais amèrement de ne pas avoir emporté de mots fléchés, car les revues mise à la disposition du publique étaient soit inintéressantes, soit complètement obsolètes.  

Hormis un enfant qui jouait gentiment avec des cubes, en attendant de pleurer à chaudes larmes, la pièce était plutôt calme. Je ne savais où poser mes yeux, car il y avait des gens assis de tous côtés et je ne voulais pas les dévisager, je me contentai donc de fixer le plafond et de fermer les paupières de temps à autres.

Il y avait une bonne heure que nous étions assis lorsque le médecin prononça mon nom.

L’homme avait le regard fortement réprobateur, il nous invita d’un ton sec à pénétrer dans son bureau. 

Outre son visage sévère, il était peu loquace et commença par me donner des ordres brefs et précis.

« Enlever votre blousons et votre casquette et posez les sur cette chaise ! »

 « Venez-vous assoir ici ! »

Je n’étais pas franchement décontracté, l’homme me rendait visiblement mal à l’aise.

« Enlevez vos appareils et mettez les dans le haricot ! »

Je m’exécutai sans broncher. A ce stade de la visite, il n’avait pas consulté mon dossier, et il ne m’avait posé aucune question concernant mon état.

J’étais à présent dans le monde bien spécifique des malentendants, j’espérais qu’il n’allait pas pousser la ‘’plaisanterie’’ jusqu’à me questionner dans ces moments bien peu favorables.  Il n’en fut rien !

A l’aide de son otoscope il se mit à explorer méticuleusement, mon tympan droit, puis mon tympan gauche, il constata ce que nous savions déjà.

J’avais un mauvais souvenir des gouttes de solution d’eau oxygénée que m’avait introduit le docteur M dans les oreilles lors de ma toute première visite, voilà que le docteur J réitérait l’opération. Je n’osai cependant lui faire quelque remarque que ce soit, et j’encaissai donc sans trop de grimaces les brûlures occasionnées par le produit franchissant aisément les perforations des tympans, pour couler  après coup douloureusement dans la gorge. Débuta ensuite  le travail d’aspiration des impuretés, un autre moment assez désagréable à passer.  

Je sus que le travail était terminé, car il me tendit mes appareils, alla s’asseoir à son bureau, attendit que je puisse bien entendre, pour me donner l’ordre de le rejoindre.

La pièce était baignée dans un silence de plomb, je me retins même de tousser. Cette fois il consultait le dossier laissé par son prédécesseur, sans me demander quelques précisions.

Il saisit son carnet d’ordonnance et commença à écrire tout en parlant.

« Bon pendant dix jours vous mettrez des gouttes de solution d’eau oxygénée le soir dans les oreilles en alternant avec des gouttes d’Ofloxacine, je n’ai pas d’autres solutions à vous proposer. Nous nous reverrons dans un mois. Vous pouvez partir ! »

A aucun moment de notre présence la glace avait été rompu, nous ne savions pas vraiment si son attitude faisait partie de son trait de caractère, s’il était fatigué, ou bien s’il optimisait son temps de consultation pour passer tous ses patients dans un délai raisonnable. Cette situation n’était enviable ni pour lui, ni pour les malades, il semblait être bon médecin, mais cette expérience ne faisait que confirmer notre amertume de ne jamais plus pouvoir compter sur l’affable docteur M.

 



Le vieux bateau

 

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Le vieux bateau

Dans un petit port de pêche, il y avait un vieux bateau qui n’avait de cesse de panser ses plaies.

« J’en ai assez, disait-il des tempêtes, je préférerais vivre en cale sèche sur la corniche à regarder le temps qui passe, ce serait pour moi moins déprimant, malheureusement à force d’épreuves, je ne me vaux plus rien.»

«Vraiment, disait le malin, pour qui se prend-il celui-là ? Un bateau  c’est fait pour aller sur l’eau et rien d’autre !»

« Malin ne pourrais-tu pas avoir un peu de pitié ? »

« Non ! Si tu ne veux plus combattre les assauts de l’océan, tu es tout juste bon pour la casse, ricana le malin. Il ne me reste plus qu’à t’anéantir et ce sera bien fait pour toi ! »

Et son alliée la faucheuse attendant patiemment  son heure, se mit à rire avec le malin.  

Quelques temps après, le malin décida de mettre sa menace à exécution. Le vieux bateau ne savait plus s’il devait s’en réjouir, ou bien se désespérer, car depuis tout ce temps il avait tellement souffert, et il était tellement fatigué !

Mais dans ce petit port, il y avait d’autres bateaux qui n’avaient pas encore subi la menace des flots,  Ils haïssaient  le malin, et déprimaient de voir le vieux bateau si mal en point.

Quand Ils apprirent qu’on allait le démolir pour de bon, ils le supplièrent de reprendre la mer, car ils y étaient attachés, et ne voulaient pas le voir disparaître de leur environnent.

Alors le vieux bateau se sentit moins seul, il accepta d’être réparé et transformé en navire de combat. Il reprit donc la mer et dès lors redouta un peu moins la tempête. Durant de nombreuses  années encore, il effectua de nouveaux longs voyages, parfois bousculé, parfois endommagé, mais toujours naviguant.

Si vous passez un jour par ce petit port peut-être aurez-vous  la chance de le rencontrer.

 

Joël Gautier 14 avril 2017

 

J’étais sorti de chez mon généraliste en ayant une nouvelle fois passé à la trappe mes problèmes de claquements de genou.  

Ma gêne n’étant pas aussi invalidante que ça, je me consolai rapidement de cette omission, tout en me promettant de remettre la question sur le tapis lors de ma prochaine visite.

L’année 2017 tenait ses promesses, après l’oncologue, l’audioprothésiste, le cardiologue, le généraliste c’était au tour du chirurgien-dentiste de contrôler les effets pervers de la chimiothérapie.

La xérostomie ou bouche sèche m’affectait durablement, mais par phases plus ou moins conséquentes, la nuit étant celles les plus virulentes. De ce fait les risques d’apparition de caries étaient multipliés par dix par rapport à un individu normal.

Je n’avais pas d’aphtes, mes gencives n’étaient pas sensibles au froid, et je ne ressentais aucune autres douleurs particulières, cependant je voulais être à la fois confient et prudent, car je savais par expérience que des mauvaises surprises pouvaient très vites assombrir le tableau.

En ce début d’après-midi du 28 février il faisait froid et sec, j’avais besoin de me déverrouiller autant les muscles que les articulations, je me rendis donc au cabinet dentaire à pied.

Je n’eus pas besoin d’attendre bien longtemps, et en deux temps trois mouvements je me retrouvai assis sur le fauteuil de patient en position allongée, la bouche grande ouverte.  

Au bout de quelques minutes d’observation le docteur P me confirma que mes dents, bien que légèrement entartrées étaient saines. Il fallut donc que je me soumette de mauvaise grâce à l’exercice de détartrage proposé par le praticien.

Je fus soulagé lorsqu’il m’annonça que son travail était terminé.

« Est-ce vous avez des difficultés pour manger du fait de votre manque de salive ? »

« J’avale à peu près tout, mais les ennuis apparaissent surtout lorsque les aliments sont trop secs, ils agissent alors  comme un papier buveur, et je dois boire une gorgée d’eau à chaque fois que je veux déglutir, rien de bien plaisant ! »

« Et la nuit ? » 

« La nuit la sécheresse affecte le fond de ma gorge, le palet, la langue, les amygdales, la luette, j’éprouve également des difficultés à avaler ! »

« En avez-vous parlé à votre généraliste ? »

« SI je devais parler de tous mes problèmes à chaque consultation, il me faudrait lui lire un dictionnaire Larousse en entier ! »

Je ne savais pas s’il avait apprécié la plaisanterie, car il resta de marbre Il devait se dire qu’après tout c’était mon problème ! Il avait fait son boulot pour lui c’était l’essentiel !

Rendez-vous fut donc fixé dans six mois, d’ici là il me rappela l’importance d’utiliser des bossettes inter-dentaires, et de ne pas hésiter à le rappeler en cas d’anomalies. 

Mes lecteurs doivent penser que mon bateau prend l’eau de toute part et que je passe mon temps à colmater les brèches. Il est vrai que depuis un peu plus de douze ans le cumul des heures passées dans les salles d’attentes donnerait le tournis, mais ce témoignage écrit passe sous silence une grande partie du reste de ma vie. Je le répète encore, je m’estime heureux de pouvoir encore profiter du ciel bleu, lorsque je songe au bien tristes pronostics engagés par le corps médical à mon encontre quelques années auparavant.



Les flots bouillonnants du temps qui passe

 

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« Pourquoi moi ? » C’est la première pensée qui nous vient à l’esprit, lorsque l’annonce de la maladie nous coupe à la faux, en nous projetant quasiment dans le néant.   

Nous cherchons notre culpabilité dans les méandres de nos souvenirs du passé.

« Quelle faute ai-je pu commettre pour mériter une telle punition ? »

Ce que nous ignorons dans ces moments de désarroi extrême c’est que nos interrogations nuisent à notre mental, le poids d’une soi-disant responsabilité vient s’ajouter à celui de la souffrance.

Les blessures de l’enfance refont surface, les diverses difficultés que nous avons traversées durant toutes ces années deviennent autant de glaives qui nous transpercent notre corps jusqu’à l’âme. Nous avons l’impression d’avoir raté pas mal de choses, et nous regrettons amèrement de ne pas pouvoir revenir en arrière.  

Il ne faut pas pour autant refouler nos émotions mais au contraire les laisser s’exprimer, et attendre que le ballon se dégonfle, avant d’entreprendre un travail sur nous-même.

Être atteint d’un cancer fait partie de notre destin, et nous ne pouvons pas y échapper, inutile donc de nous rabâcher dans la tête : « Si j’avais fait ceci, si j’avais fait cela ! » Comme dit l’adage : « Avec des si on mettrait Paris en bouteille ! ».

Digérer une telle mise à l’épreuve n’est pas l’affaire d’une journée, nous devons apprendre à identifier nos ressentis, apprendre à les accepter, apprendre à les contrôler, ces exercices nous permettront non pas d’éviter la souffrance, mais de la vivre un peu plus dans l’apaisement.

Ne nous cantonnons pas dans le rôle de victime impuissante, le pire c’est de croire que nous ne sommes pas à la hauteur du défi lancé par le malin. Ne nous apitoyons pas sur notre sort en ne pensant qu’aux vilains et douloureux moments de notre existence, ce qui à la longue nous amènera indubitablement à dire :

« Il n’y a qu’à moi que ça arrive ! » ou « la chance est pour les autres ! »

Cette réaction est autant inappropriée qu’inefficace, chassons plutôt ces pensées erronées et parasites de notre tête, et fonçons la tête la première dans nos difficultés du moment.  

Rien de plus injuste que l’injustice, rien de plus douloureux que de ne pas pouvoir obtenir réparation, pourtant quand nous parlons du cancer, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Vivre sainement, honnêtement, défendre le bien et condamner le mal ne suffisent pas pour être bien traité par l’existence, allongé et tuyauté de toutes parts sur notre lit, nous ne pouvons qu’en faire la triste constatation.   

Notre frustration est grande, elle alimente notre colère jusqu’à nous faire sortir de nos gongs. Le pire c’est que personne n’est responsable de tout ça, excepté peut-être un hypothétique être suprême qui aurait décidé de nous mettre à l’épreuve.

Il est plus facile en effet de combattre son adversaire sur un ring et de le mettre KO, plutôt que de tenter d’en découdre avec quelque chose de non papable. S’énerver contre des conditions qui nous échappent, c’est comme si nous donnions un coup d’épée dans l’eau, le résultat est le même.

Par conséquent cette situation étant intenable, nous cherchons par défaut des boucs émissaires, afin d’exorciser notre révolte.

Nous prenons en grippe notre mise à l’écart de cette société que l’on nous présente à tort comme idéale, nous prenons en grippe notre voisin qui continue à l’inverse de nous de profiter pleinement de la vie, en affichant son insolente santé, etc.

La jalousie et une certaine forme de haine des autres s’installent insidieusement dans nos pensées, pourtant notre riposte est là encore improductive et dévoreuse d’énergie. Il faut donc à tout prix que nous prenions une autre direction au risque de nous autodétruire à plus ou moins brève échéance.   

Réfléchissons longuement à ce que nous avons perdu réellement, certainement pas l’amour de notre famille, ni l’estime de nos amis. Notre mode de vie ne sera plus la même, rares sont ceux qui n’ont pas été contraint par des évènements divers de modifier le cours de leur existence. Mariage, naissance, divorce, décès, mutation, chômage, accident, maladie, handicap profond, nous ne sommes pas les seuls à nous confronter aux aléas heureux ou malheureux de ce monde. Rares sont ceux qui ne sont pas obligés à un moment clé de leur existence de se remettre en question.

Cette société idyllique dans laquelle nous étions sensés vivre avant le drame n’est en réalité pas aussi  idyllique que ça, prenons en conscience.

Les guerres, la misère, les famines, les épidémies, les catastrophes naturelles anéantissent des populations entières. Les plus forts peuvent devenir les plus faibles rien n’est définitivement acquis et chacun à sa part de malheur à supporter.

Nous pensions naviguer dans un océan de bien-être matériel, le cancer nous donne l’opportunité de nous voir le monde tel qu’il est réellement.  

Ne restons pas coincé dans l’amertume et dans l’esprit d’une vengeance qu’en tout état de cause nous ne pourrons exercer contre quiconque.

Acceptons ce que nous considérions comme inacceptable, nous ne pouvons pas vivre en conflit permanent contre nous-même. Prenons en compte ce que le destin à bien voulu nous concocter et faisons avec. L’épreuve est difficile et incompréhensible mais rien n’y personne ne sera en mesure de vous apporter des explications et encore moins de changer la face du monde, arrêtons donc tout net de nous torturer l’esprit.  

La vie est sans cesse en évolution certaines positives d’autres beaucoup moins. Nous aimerions bien qu’elle nous apporte éternellement plaisir et sécurité, oui mais voilà les contes de fées n’existent pas. La maladie est là certes mais elle n’est pas la seule responsable de notre décrépitude. Nous ne pouvons pas  rester définitivement accrochés à une branche, elle finit toujours par se rompre, et nous sommes alors engloutis définitivement par les flots bouillonnants du temps qui passe.

Joël Gautier 9 avril 2017

 



Le changement de personnalité partie 4

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Le changement irrémédiable de personnalité

L’annonce de ma maladie ressemble à un tir de mines qui  détruit instantanément une grande partie de nous-même. Il faut ensuite accepter de s’abandonner à la médecine et à la chirurgie car elles sont les seules expérimentées pour soigner nos blessures physiques.

Dans ces moments difficiles de la maladie, nous avons l’impression de ne plus nous appartenir. Nous subissons les opérations, les traitements, les analyses, les auscultations avec la sensation d’être des animaux de laboratoire. La seule attention que l’on veut bien nous porter, c’est celle qui concerne notre affection et ses conséquences, le reste de notre personne n’important peu les médecins.

Nous ne sortons pas totalement intact d’une telle expérience, le besoin d’exister en tant qu’être à part entière devient alors la pierre angulaire de notre métamorphose annoncée.

La reconquête de nous-même devient effective après que la peur, la souffrance physique et la révolte se soient un peu estompées. Le corps médical devenant moins présent, nous comprenons que notre esprit s’était asservi par la pression de son assistance quasi permanente, au détriment du reste. Nous réalisons alors que nous sommes importants pour notre famille, autrement qu’à travers la maladie. Nous ne sommes pas pour eux le patient untel ou untel, mais bien le papa, le mari que l’on ne veut pas voir partir. Cet état de fait constitue un puissant ressort, car nous venons subitement de retrouver des raisons suffisantes de vivre, et d’affirmer notre nouvelle identité, celle de malade.  

Nos yeux regardent ce monde d’un autre angle, la métaphysique prend de plus en plus de place dans nos pensées au détriment de ce qui formait l’essentiel et parfois futile de notre caractère. 

Des facettes insoupçonnées de notre conscience nous apparaissent au grand jour.

Notre ouverture sur les autres, notre détermination farouche à nous battre contre le malin, prennent le pas sur notre timidité et notre fragilité mentale d’avant.

Joël Gautier 5 avril 2017

 

Epilogue

La maladie quoi qu’on en dise peut avoir dans certains cas des vertus. La vie qui se déroulait sans soucis particuliers fait l’objet de bien des questionnements quand notre corps nous trahit. Notre façon d’être n’est plus et ne sera jamais plus comme par un passé encore récent.

Physiquement et moralement nous souffrons, au fil du temps notre apparence change. Les opérations nous ont plus ou moins mutilés et affaiblis, pourtant  les différents coups de butoir du cancer réveillent en nous une exceptionnelle sensibilité, et un ressenti profond de la vie qui se manifeste par une plus grande ouverture d’esprit.     

Lorsque la mort est à notre porte, les rapports humains se modifient, laissant la place à la sincérité des mots et des gestes. Plus rien d’autre n’a d’importance que la richesse morale, et le regard bienveillant que l’on porte sur le monde, et que le monde porte sur nous.

Paradoxalement nous tirons de ce que nous avons vécu ou de se ce que nous vivons une formidable leçon de vie.

En tant que Joël Gautier le cancer métastatique du rein a semé dans mes pensées de petites graines de philosophie qui au fil du temps se sont développées renforçant petit à petit ma vision actuelle de l’existence.

Joël Gautier 5 avril 2017



L’ère de la confrontation partie 3

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L’ère de la confrontation

La mort ne se contemple pas facilement, et tenter de se libérer l’esprit de cette menace qui alimente notre peur de l’inconnu, n’est pas un défi des plus simples à réaliser non plus.

Au contraire les médecins, les chirurgiens, les hôpitaux, mais aussi le regard fuyant des personnes embarrassées, tout notre univers est là autour de nous pour nous empêcher sinon de l’oublier, du moins de ne pas trop y penser.

 

Joël Gautier 31 mars 2017

 

Le charabia de la médecine

Au début des hostilités nous sommes complètement désarçonnés, dans l’impossibilité d’organiser notre défense. Les milieux médicaux s’expriment en petit chinois, autant dire qu’ils ne nous sont pas d’un grand secours, de plus nous n’avons pas le réflexe de les inciter à employer des termes accessibles à notre compréhension. Nous nous laissons balloter d’un service à l’autre comme des pantins,  nous sommes incapables de penser à quoi que ce soit, nous subissons docilement le sort que le destin nous a réservé.      

Passé cette période de ballottement nous prenons conscience que notre impératif est de devenir acteur de notre santé. Notre investissement aidera pleinement les milieux médicaux à nous soigner et ce dans les meilleures conditions possibles.

Petit à petit nous apprenons à vivre avec notre épée de Damoclès, mais nous avons aussi la curiosité de comprendre ce qu’il nous arrive vraiment, pour nous adapter au mieux à notre nouvelle condition de vie.

 

Joël Gautier 31 mars 2017

 

Les B à Ba du combat

A priori notre potentiel de décisions est très limité, car l’épuisement physique, l’abattement moral, les durs effets secondaires des traitements ne plaident pas en notre faveur. Le mal est en nous, il se fait chaque jour un peu plus l’allié de la faucheuse, leur pouvoir de destruction est intense, nous sommes quasiment déclarés vaincus d’avance.

Ne négligeons pas les périodes d’accalmie, au contraire prenons dans ces moments-là  le taureau par les cornes, et procédons à une contre-offensive.  

Se familiariser avec les jargons de la médecine, consulter les réseaux sociaux pour recueillir des témoignages, lire les informations médicales grand public, faisons en sorte d’être sinon expert de notre maladie, du moins d’essayer de la comprendre.

Comprendre sait se donner les possibilités de recouvrer la liberté de penser et d’action que nous avions abandonnées à l’annonce de l’apocalypse.

Loin d’être parfaite cette philosophie se heurtera entre la théorie et la pratique. Certains récits ou témoignages optimistes, ne correspondront pas réellement à notre vécu, mais à l’inverse d’autres récits ou témoignages assez décourageants seront démentis par les résultats prometteurs de nos examens. Il faudra en être conscient en faisant la synthèse de tout ce que nous aurons appris, de par la communication et de par nos expériences pour se forger ensuite notre propre opinion.    

 

Joël Gautier 31 mars 2017  



Le traumatisme avant l’acceptation Partie 2

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Le traumatisme de la révélation

Je me rappelle dans le moindre détail de ce mardi 7 décembre  2004, et du contexte dans lequel je reçus ce diagnostic d’une mort annoncée. Ce souvenir résonne dans ma tête comme le grondement terrifiant d’un tremblement de terre. L’idée même de revivre une telle épreuve m’hérisse les poils.

Du statut de bien portant je passais brusquement à celui de malade atteint d’un cancer, une étiquette aussi difficile à porter que l’étoile jaune de David durant la seconde guerre mondiale, tant le regard du monde extérieur me rappelait à chaque instant que j’étais à présent quelqu’un de différent. L’assise sur laquelle reposait mon existence venait de se lézarder, menaçant à tout instant de m’anéantir.

Cette espèce d’illusion d’immortalité du Joël bien portant venait de s’évaporer, j’étais au milieu de nul part, figé dans la glace, sans espoir de délivrance, presque déjà mort.

 

Joël Gautier 30 mars 2017

 

De la révolte à l’acceptation

Un médecin bien peu diplomate m’avait emprisonné dans le cachot noir de la mort,  son collègue s’était révélé au contraire bien plus humain en me tendant une bougie allumée qui me donnerait peut-être une petite chance de retrouver le chemin de la vraie lumière. 

« Un violent coup de massue m’avait mis à terre, mais fort des encouragements que l’on avait pu me donner, il ne me restait plus qu’à relever ma tête, et à contempler les dégâts, en cherchant comment faire pour les réparer. »  

Lorsque la période de la stupéfaction est écoulée, nous passons par le désarroi, par la colère, par la révolte ou par la dénégation, chacun de nous réagit à sa façon. Notre pouvoir interne à reconnaître la réalité varie d’un individu à l’autre, mais une chose est certaine nous devrons absolument trouver le moyen de  faire la paix avec nous même, au risque de rendre rapidement les armes, avant même d’avoir combattu.

Le manque total de communication, ne va pas dans le bon sens. Nous devons au contraire chercher à alléger la charge qui pèse sur nos épaules, en ouvrant notre état d’âme à notre entourage.  

La terre ne s’est pas arrêtée de tourner, c’est nous qui nous nous sommes arrêtés de vivre, nous devons reprendre impérativement les commandes de notre destin, en acceptant de faire face à l’épreuve qu’il nous a si ‘’généreusement’’ offert, sans pour autant sombrer dans le découragement.  

Joël Gautier 30 mars 2017



Y-a-t’il un pilote dans l’avion ? Partie 1

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Le pilote d’un Airbus

Quelque-soit la présence médicale, quelque-soit la présence des proches et des amis, l’annonce du cancer signifie la fin d’un voyage, et le début d’un autre qui s’effectuera celui-là solitairement au plus profond de nous-mêmes. L’incertitude de notre destination est grande, il faut vivre cette expérience pour savoir de quoi l’on parle, pourtant étape par étape la maladie nous ouvre des portes, nous permettant ainsi de découvrir des aspects de notre personnalité totalement ignorées jusqu’à ce jour. Finalement le cancer nous donne la chance de faire le ménage dans nos pensées et de corriger en quelques-sortes certaines erreurs de notre passé.

L’annonce de la gravité du mal est comme le coup de poing d’un boxeur qui vous colle sur le tapis. Ce ne sont ni le nez ni les arcades sourcilières qui sont tuméfiés, mais bel et bien notre esprit. Personne ne nous a enseigné la manière de nous y préparer, personne ne nous a enseigné à nous en protéger. Nous sommes à présent aux commandes d’un Airbus, sans avoir appris à le piloter.

Préoccupés à sauvegarder le confort d’une existence que nous ne remettions pas en cause, voilà que notre destin nous maltraite, nous révolte, nous déconcerte. L’adage ‘’ça n’arrive pas qu’aux autres’’ prend tout son sens, la vie est précaire et nous voilà confronter à celle que nous voulions oublier à tout prix, la mort.

Pour nous rassurer nous allons entendre des propos du style :

« Je ne suis pas moi non plus à l’abri d’un accident mortel, ni de celle d’être terrassé à tout instant par une crise cardiaque ! »

Ce qui est vrai certes, mais entre le fait d’être potentiellement exposé à une menace, et celui de l’être effectivement, il y a une sacrée marge. Je suis certain que nos  interlocuteurs préfèreront leur position à la nôtre. 

Le cancer est synonyme de souffrances physiques et morales, de fatigues, de diminutions des facultés manuelles et intellectuelles, d’exclusion sociale et parfois même de mutilations dégradantes, c’est une épreuve extrême dont on ne sortira certainement pas indemne.   

Lorsque le destin ne nous a pas encore joué de mauvais tours, il nous arrive parfois de déplorer notre routine du quotidien, mais lorsque la maladie s’invite au sein de notre existence, l’engrenage des protocoles médicaux transforme cette routine en un véritable bouleversement dans le sens négatif du terme.

 

Joël Gautier 26 mars 2017



Petites graines de philosophie, ou l’héritage de vie

 

lhéritage de vie

Le sablier de la vie

D’une étape à l’autre, nous passons des langes à la prime enfance, de la prime enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, de l’âge adulte à la vieillesse. La vie nous file ainsi entre les doigts, jusqu’à ce que la faucheuse agite au loin son drapeau, désignant ainsi pour nous la ligne finale d’arrivée.  

La mort reste un grand mystère, et durant toute notre existence nous préférons généralement l’ignorer.

Mais parfois la réalité nous rattrape plus vite que nous l’aurions espéré et nous sentons alors la fin probable de notre périple. Nous prenons alors conscience que nous ne sommes propriétaires de rien, ni de notre  santé, ni de notre richesse, ni de notre jeunesse, ni de bien d’autres choses encore. Mêmes nos souvenirs peuvent nous être retirés par la défaillance inéluctable de notre cerveau.

Joël Gautier 21 mars 2017    

 

Le ciel bleu de la vie

Perdre définitivement la santé, est une terrible épreuve à surmonter. Mais les mois passants nous découvrons peu à peu que notre mental à la capacité de s’adapter aux situations aussi dramatiques soient-elles, il suffit simplement de le vouloir. Lorsque au bout d’un long parcours médical l’expérience nous amène enfin à maîtriser nos états d’âme, notre processus de deuil d’un passé qui ne sera jamais plus, est alors sans conteste achevé. Cette traversée des ténèbres nous conduit aussi à une compréhension totalement inédite de la vie, ainsi qu’à ses aspects oh combien momentanés.

Dès lors notre fragilité de patient en sursis prend conscience qu’il faut saisir et apprécier impérativement les brefs moments de bonheur et de bien-être, plutôt que de nous attarder à des choses qui n’en valent pas la peine.

Joël Gautier 21 mars 2017

 

L’héritage de la vie

N’anticipons pas les évènements avant qu’ils n’arrivent, ainsi plutôt que vivre dans la peur d’un futur incertain, prenons le temps d’apprécier l’instant. Ne gâchons pas nos journées à être absent mentalement de notre environnement. Ayons plutôt le bon réflexe d’écouter, d’apprendre à connaître, d’apprécier, d’aimer, de détester, d’avoir une opinion, bref d’être encore vivant.

Goutons le plaisir de recevoir en héritage toutes les choses que nos proches et nos relations, ont pu nous donner, et si un jour nous devons faire nos adieux, nous emmènerons dans nos valises toutes les bonnes choses que ces personnes nous aurons apportées.  

Joël Gautier 21 mars 2017.

 

Le défi

La maladie nous insiste à faire le deuil de ce que notre vie représentait avant, et nous devons impérativement réussir dans notre démarche, au risque de rendre l’épreuve encore plus difficile.

N’immortalisons pas ce qui ne peut l’être, le passé est le passé, prenons au contraire le contrôle de nous-mêmes et allons de l’avant.

Nous défaire de ce fardeau canalise nos forces pour affronter l’inconnu. Le destin nous inflige quelques choses de douloureux, d’injuste, d’insupportable, nos interrogations sont grandes, mais ne nous avouons pas vaincu d’avance, relevons au contraire le défi.   

Joël Gautier 22 mars 2017

 

Petits ou grands malheurs

Ne perdons pas notre temps à raconter nos petits ou grands malheurs à ceux qui ne nous écoutent que par politesse, mais qui finalement n’en ont rien à faire. Se plaindre ne sert à rien, se plaindre  est même contre-productif, et entraîne dans son sillage des pensées négatives.

La maladie nous a infligé des épreuves, mais elle nous a aussi renforcés en nous donnant une belle leçon de vie. Profitons de ce que nous avons extirpé de meilleurs en nous, pour le transmettre à ceux qui en vaillent la peine.

Joël Gautier 23 mars 2017

 

Peu de temps après avoir été partiellement rassuré par mon cardiologue, c’était à présent ma visite trimestrielle chez mon généraliste qui était d’actualité.

Ma prise journalière de traitements annexes au cancer se passant pour le mieux, je n’avais pas de remarques à lui faire, à ce sujet.

Mes interrogations du moment portaient plus spécifiquement sur mes problèmes d’écoulements d’oreilles qui recommençaient de plus belle, mais aussi sur mes tiraillements parfois douloureux qui s’accentuaient du côté de mon épaule gauche.

Eventuellement il fallait aussi lui parler de l’arrière de mon genou droit, qui claquait  à chaque fois que j’avançais d’un pas.

Depuis que le docteur C avait été gravement affecté par la maladie, sa salle d’attente n’était jamais pleine, il savait à présent préserver sa santé. C’est dans ce contexte que je n’eus pas à patienter longtemps avant de franchir la porte de son cabinet.

« Comment allez-vous Joël ? »

« Je vais bien ! »

Il est vrai que ma vie n’était pas celle d’une personne en très bonne santé, mais je ne m’accordais pas le droit de me plaindre, comparé à d’autres patients bien plus handicapés que moi. D’autre-part au bout de 12 ans et quelques mois de maladie j’étais toujours là, ce qui n’était pas le cas pour bien d’autres personnes.

Il m’invita à me déshabiller et à passer sur la balance.

« Et bien dites-donc vous avez pris pas mal de poids ! »

Je m’allongeais ensuite sur la table d’examen, et il tâta mes pommettes dont je pensais qu’elles étaient gonflées d’œdème.   

« Non non ! Vous n’avez pas d’œdème, je ne peux que confirmer ce que nous a indiqué la balance. »

Je n’avais pas changé de régime alimentaire, et je n’étais pas sans ignorer que mes activités physiques n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes. Il me conseilla de faire des efforts et de reprendre progressivement la marche. Il n’avait pas besoin de me le dire, mais même avec la meilleur volonté du monde, mon corps me disait stop à chaque fois que je voulais me ‘’surpasser’’. Je ne savais pas comment j’allais mis prendre pour sortir de l’impasse dans laquelle je m’étais fourré, mais je me promis néanmoins de trouver une solution.

Il m’ausculta l’intérieur des oreilles, et constata une légère humidité pour laquelle je n’avais pas trop à m’inquiéter. Il suffisait simplement que je sois vigilent et qu’au moindre doute j’applique de nouveau des gouttes d’Ofloxacine. De toute manière j’avais un rendez-vous de programmer avec l’ORL, il serait dans tous les cas apporter une solution au problème.  

J’attendis qu’il termine ses différents contrôles de routine avant de lui parler de mon second sujet de préoccupation.

« Mon épaule gauche est en train de s’affaisser , je ressens une gêne importante à hauteur du cou, et des douleurs diffuses au niveau de cette même épaule. »

« Cette asymétrie est effectivement très prononcée, elle est due au fait que vous souffrez d’une cerrvicotrapezalgie occasionnée par de l’arthrose cervicale, elle-même favorisée par vos traitements de radiothérapie.»  

« Peut-on y faire quelques choses ? »

« Malheureusement non ! »

« Et des séances de kinésithérapie ? »

« Je ne suis par contre, à conditions qu’elles soient réalisées en douceur ! »

Il s’arrêta un bref moment de parler, puis poursuivit.

« Ce ne sera pas un remède miracle, mais j’espère que vous serez soulagé ! »



L’érosion du corps

 

 

zrpsoion

 

« L’espoir est important, car il peut rendre l’instant présent moins difficile à supporter. Si nous pensons que demain sera meilleur, nous pouvons supporter les difficultés d’aujourd’hui. »

Thich Nhat Hanh

 

« Le cœur est comme un jardin où peuvent pousser la peur, la compassion, la haine et l’amour. Que vas-tu semer ? »

Jack Korn Field

 

« Comme je l’ai déjà mentionné dans mes écrits, notre naissance nous entraîne dans un match dangereux, et nous comprenons très vite qu’il faudra un jour perdre définitivement la partie.

En attendant cet état de fait, nous avons quand même pas mal de manche à disputer, la maladie étant de celles contre lesquelles nous aurons beaucoup de mal à rivaliser.

Lorsque nous avons le cancer comme adversaire, nos chances de remporter la victoire dépendent de multiples facteurs, virulence de notre affection, capacité physique de notre organisme à combattre, efficacité des traitements, compétences des milieux médicaux, soutien moral, opportunité de la recherche pharmaceutique, etc.

Nous ne jouons pas avec des cartes trafiquées, et l’aide extérieure a également à ses limites, il faut donc apprendre seul et petit à petit la stratégie de l’adversaire, et faire en sorte de le dérouter pour ensuite mener à bien notre contre-offensive.

Mais avant, il est important que nous ayons l’esprit clair, certaines vilaines pensées doivent disparaître de notre cerveau. Nous devons nous défaire de notre nostalgie, de nos blessures, en nous concentrant uniquement sur l’instant présent.

Rien ne sera jamais plus comme avant, pas même un miracle nous rendra ce que nous avons perdu. Notre passé triste ou joyeux n’a plus rien à voir avec notre existence. Ne soyons plus les hommes d’hier mais ceux d’aujourd’hui et de demain. »  

Joël Gautier 15 mars 2017

 

Erosion du corps

Le cancer attaqua mon corps comme la mer érode la falaise

Sa tumeur une fois installée y grandit en prenant ses aises

La maladie bouleversa tout à coup mes habitudes

Arriva le temps de la peur et de l’incertitude

Débuta ensuite un assez long parcours du combattant

Chirurgie, médecine, traitements, rien ne fût très marrant.  

 

Le cancer attaqua plus fort encore, diffusant son venin toxique

Ses métastases migrèrent un peu partout, quintuplant ma panique.  

Au fil des opérations et des mutilations mon corps se dégrada

Arriva le moment de constater l’ampleur de mon bien triste état.

Débuta ensuite le lent travail de l’acceptation de soi

Vieillir avant l’heure, la maladie ne me donna pas le choix.

Joël Gautier 15 mars 2017

 

Jeudi 9 février soit un peu moins d’une semaine après avoir fait contrôler mes capacités auditives, j’avais rendez-vous cette fois avec le cardiologue. Deux mois et demi s’étaient écoulés depuis la prise de mon rendez-vous, la profession n’échappait pas à la règle d’un manque préoccupant de médecins et spécialistes en tous genres. 

Je connaissais le docteur L de longue date, il me suivait en effet depuis les années 90, je n’étais donc pas pour lui un inconnu, à fortiori lorsqu’il s’agissait de prendre une décision concernant ma santé.

La salle d’attente n’était occupée que par une sexagénaire, qui comme une adolescente manipulait  sans trop de raisons son smartphone. 

Un couple de personnes un peu plus âgées vint nous rejoindre, avant que la sexagénaire ne soit appelée par le cardiologue.

La patience était l’une de ces nombreuses vertus que nous avions pris l’habitude de cultiver, dans notre esprit de malade et d’accompagnant. Chantal lisait une autobiographie, quant à moi je rêvassais en contemplant les murs ornés de tableaux.  

Le praticien avait une bonne demi-heure de retard lorsqu’il vint nous chercher. Je me souvenais de notre dernière rencontre, comme si elle avait eu lieu la veille. Ce mardi matin du 27 août 2013, alors que j’étais déjà en tenu pour dire adieu à ma surrénale restante,  il avait dû me faire passer de toute urgence une échographie cardiaque, l’anesthésiste ayant refusé ma présence au bloc opératoire avant que cet examen ne soit réalisé.  

Malgré le nombre de patients encombrant sa salle d’attente, il s’était exécuté sans broncher, l’oubli devant être imputé à sa négligence.

Depuis lors en période estival j’avais eu à faire avec son collègue, le docteur R, qui m’avait prescrit l’Amiodarone, en lieu et place du Rythmol sans effet sur mon arythmie.

Il me sera la main, je remarquai qu’il n’avait pas changé quoique son ventre fût un peu plus bedonnant. Il nous invita à nous asseoir, lut la lettre de mon généraliste, consulta mon dossier sur son écran ordinateur, puis m’invita à me déshabiller et à m’allonger ensuite sur la table d’examen pour me faire passer un électrocardiogramme. Il posa délicatement ses dix électrodes sur mon thorax, mes jambes et mes bras puis procéda à l’enregistrement du rythme cardiaque.

Rien n’avait l’air à priori de le choquer, il me libéra au bout d’environ cinq minutes, sans plus de commentaires.

Je lui parlai de mon mal-être concernant les effets dévastateurs de l’Amiodarone sur ma peau exposée au soleil,  il me répondit qu’il n’y n’avait pas d’autres solutions que les crèmes protectrices. Ainsi donc il n’était plus question d’affronter l’été autrement que d’être habillé à la manière d’un touareg, ou que d’être badigeonner d’un flacon d’ambre solaire à chacune de mes sorties. Une situation qui engendrait une désocialisation peu enviable, et pour ce qui était de ma frustration, je devais la combattre par mes propres moyens, ses compétences s’arrêtaient là.

L’examen ne révélait pas la cause de mes ‘’détresses respiratoires’’ au réveil, ni de mes   essoufflements à l’effort. Le premier de ces troubles avait disparus pendant une période, et ils réapparaissaient à présent, à une cadence régulière.

Le cardiologue ne mettait pas ça d’emblée sur le compte de ma prise importante de poids, il préféra programmer une échographie cardiaque, ainsi qu’un enregistrement de mes apnées du sommeil.

Il me demanda ensuite où j’en étais de ma lutte contre la maladie, puis me cita l’exemple d’un couple, qui avait traversé pour l’un l’épreuve de 12 cancers différents, et pour l’autre 7 cancers également différents. Je ne pouvais donc que m’incliner devant un tel ‘’score,’’ il me restait à vivre pas mal de choses avant de pouvoir les rivaliser, ce qui ne me faisait par rêver.      



Un grand sentiment de légèreté

légèreté

Il n’y a pas que le cancer qui nous détruit à petit feu, s’encombrer de pensées négatives nous bouffent également de l’intérieur. Notre noirceur d’esprit devient alors la fidèle alliée du mal absolu. Une terre inculte doit être nourrit pour y semer des graines productives, chasser les mauvaises pensées de nos têtes pour y faire entrer le soleil, est le plus sûr moyen de récolter la force dont nous avons expressément besoin pour continuer à vivre.

L’objectif est souvent plus que difficile à atteindre, pourtant l’échec n’est pas permis, car il nous conduirait irrémédiablement vers l’anéantissement. 

Donnons-nous les moyens de la réussite, tout ce dont nous avons besoin pour avancer est à portée de nos mains. Faisons confiance aux compétences du milieu médical qui voue son existence à sauver celle des autres. Respectons le travail accompli en matière de lutte contre le cancer, en participant activement à sa réussite.  Les larmes d’un proche, la petite tape sur notre épaule d’un ami, démontrent que nous représentons quelque chose à leurs yeux, notre désarroi est leur désarroi, notre volonté est aussi leur volonté, autant que nous même ils méritent que nous fassions des efforts, pour tenter de gagner sinon la bataille, du moins de petites et de grandes victoires. 

Prenons conscience qu’un matin de ciel bleu, que les gazouillis des oiseaux, que le bruit du vent dans les arbres, bref que tout ce qui nous pousse vers une méditation constructive, sont aussi là pour renforcer notre détermination, plutôt que de nous perdre et de nous enfoncer dans nos faiblesses.

Ne doutons jamais de nos capacités, nous sommes dotés d’un potentiel immense souvent méconnu de tous en général, et de nous-même en particulier. Lorsque le danger nous menace,  elles se révèlent au grand jour sans que nous sachions réellement comment.

Soyons heureux d’avoir l’opportunité de vivre, plutôt que de nous voir déjà le corps gisant dans un cercueil, car chaque bon moment se métamorphosera en souvenirs heureux transformant notre regard en en une vision d’espoir, plutôt qu’en une vision de désespérance.   

L’adversité nous ouvre les yeux, dorénavant nous ne passerons pas  à côté des belles choses.

Considérons l’expérience de la maladie non pas comme notre chemin de croix, mais plutôt comme l’un des grands facteurs de notre richesse d’esprit. 

 

 Joël Gautier 22 février 2017

 

Dans la phase critique de la maladie, nous accumulons les faiblesses. Laissons la responsabilité au personnel soignant de s’occuper de celles de nos corps, et pour mieux les combattre, apprenons plutôt à connaître celles de notre âme. Loin de nous anéantir le malheur peut au contraire nous réveiller d’une torpeur profonde, en nous montrant le véritable chemin, celui que nous devrons à présent emprunter. 

Nos craintes sont évidentes, quel est le surhomme qui pourrait dire le contraire, cependant elles fortifient notre foi en un future qui nous dépasse.

Faisons en sorte de canaliser nos angoisses en nous libérant l’esprit de tous ces carcans qui nous empêchent sinon de bien vivre le cancer, du moins de le vivre mieux.

Acceptons nos handicaps qui au fil du temps deviennent de plus en plus nombreux, mettons l’accent aux contraires sur nos possibilités de nous dépasser.

 

Joël Gautier 22 février 2017

 

Tout malade qui a vécu ou qui vit encore un parcours semblable au mien, comprendra ce sentiment de légèreté qui m’anime à chaque fois que je sors de chez un médecin, pourvu de bons résultats d’examens.

Je ne peux pas parler réellement d’euphorie, mais à ce moment-là, telles les feuilles mortes emportées par le vent, mon cerveau me semble soudain balayé de toutes ces incertitudes, qui quelques minutes plus tôt m’engourdissaient encore trop intensément le corps.  

Dans ces instants particuliers de ma vie de malade, tout ce qui altérait ou qui avait pu altérer ma personnalité, blessures de l’enfance, différentes épreuves de ma vie d’adulte, les petites misères auxquelles j’accordais parfois trop d’importance, les plus au moins grandes inquiétudes qui émaillaient mon quotidien, tout s’effaçait de ma mémoire, pour laisser triompher pleinement mon côté optimisme de la vie.  

Cependant ce sentiment de plénitude ne dure guère plus longtemps que le temps du trajet du retour. Il faut bien se rendre à l’évidence la maladie n’a pas dit son dernier, elle m’accorde des  faveurs, tout en attendant son heure de gloire. Mes douleurs osseuses, mes malaises au quotidien, ma fatigue chronique, mes insomnies, ma cure de médicaments, mes rendez-vous réguliers chez différents médecins, toutes ses contraintes sont là pour me le rappeler à tout moment.

Justement nous avions à peine achevé le mois de janvier, qu’il fallait songer déjà à respecter le protocole établi pour surveiller ma qualité d’audition.   

Mes craintes n’étaient pas sans fondement, avec 70% de perte dans l’oreille gauche, et 50% dans celle de droite, je n’avais pas intérêt à ce qu’une nouvelle dégradation vienne amputer davantage le capital qui me restait.

Depuis mai 2015 j’étais suivi par une équipe compétente à laquelle je faisais entièrement confiance, cependant si elle pouvait me donner de bons conseils, elle restait néanmoins impuissante lorsque la pathologie des malentendants venait à se dégrader au-delà d’un certain stade. 

Comme à l’accoutumé l’audioprothésiste posséda à de petites améliorations techniques, en changeant les embouts plastiques devenus trop rigides au fil du temps, elle vérifia si les appareils ne présentaient pas de défectuosités, puis me posa les questions habituelles pour procéder à différents petits réglages.

Le casque d’écoute sur les oreilles, je tentais à présent de distinguer à tour de rôle les sons graves et les sons aigus, ces derniers étant beaucoup plus difficiles à détecter. Comme entendre distinctement des sonorités, n’allait pas de soi, je me concentrai un maximum, soucieux à ce que l’examen se passe pour le mieux.

Le verdict allait dans le bon sens car mon audition ne s’était pas dégradée, j’étais donc plutôt rassuré de ce côté-là.

 

 

 



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