Ouverture sur le monde

 

Mon père étant passé du stade de la révolte, à celui de la résignation, le soleil refaisait timidement son apparition à l’horizon de nos vies. Je sentais dans son comportement, le désir manifeste de faire évoluer positivement les choses. Maman laissait un vide immense, que rien au monde ne pourrait combler, mais il comprenait à présent qu’avant de partir, sa femme lui avait légué le bien le plus précieux, un fils auquel il était impératif d’assurer l’avenir.

Un projet anéanti par la disparition de ma mère, faisait de nouveau surface. La bonne nouvelle fut annoncée alors que nous rentions dans la période d’automne et que les soirées s’annonçaient longues et monotones.

J’avais depuis longtemps appris à cultiver ma solitude. La lecture et au delà des livres mon imagination et mes rêves occupaient mes pensées. Cette activité de l’esprit m’avait donné progressivement le goût du savoir et de la liberté.

D’une simple phrase mon père ce jour là bouleversa totalement mon quotidien, en m’offrant l’opportunité, par le biais d’un des moyens de communication les plus modernes de l’époque, d’assouvir ce désir d’ouverture sur les connaissances du monde, aspiration qui était l’essence même de ma personnalité.

Le privilège de posséder un poste récepteur de télévision, ramena pour un temps la famille, les amis, la gaîté et la convivialité dans la maison.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires

A l’époque la RTF (radio télévision française) ne diffusait des programmes qu’à partir de midi jusqu’à quatorze heures, puis le soir à partir de dix sept heures jusqu’à minuit. Il n’existait qu’une seule chaîne et les programmes n’étaient retransmis qu’en noir et blanc.

Cet événement nous fit ramener beaucoup de monde à la maison. Mes jeunes cousins Patrick et Dominique, venaient régulièrement voir les émissions pour la jeunesse le jeudi en fin d’après-midi. Il nous rendaient également visite, le samedi soir, jour où était diffusé un western par épisodes, célèbre dans ces moments. Toute la famille et même les amis étaient régulièrement invités pour assister à la retransmission d’un match de football ou bien pour regarder un film de cinéma. Ces soirs là, notre cuisine était pleine. La table était rangée au fond de la pièce et les hommes s’assoyaient dessus, ensuite papa installait les chaises devant pour que les femmes puissent prendre place. Quant aux enfants, nous nous installions par terre

 

 

 

 

 

 

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Lente reconstruction

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Ma place était nulle part, je me sentais si différent. J’avais, malgré ma jeune vie, compris que la particularité était source d’incompréhension et de mise à l’écart. Pour ne pas en arriver à cet extrême, j’essayais de vivre avec le monde, mais tous mes efforts étaient vains. Je n’étais réellement moi même que lorsque je retrouvais ma solitude Mon enfance piétinée, je possédais à présent l’esprit d’un adulte et je ne savais pas où me situer entre ce gosse que j’aurais dû être, et cette indéfinissable personne capable de raisonner comme les grands. J’étais sans conteste un être bien singulier.

Mon père de par son attitude avait encouragé mon introversion et ayant perdu l’habitude de la parole, je voyageais désormais le plus souvent par la pensée.

La mort de ma mère m’avait jeté à terre, il me fallait recoller les morceaux, et ma foi dans le tout puissant était pour moi un élément capital de cette reconstruction.

J’allais régulièrement à la messe et j’y trouvais une paix intérieure que nul autre endroit au monde n’aurait pu me procurer. Parfois aussi je sentais monter la révolte, et dans ces moments de crises, je scarifiais ma peau, ou je tapais les poings contre les murs jusqu’à ce que le sang jaillisse et que la douleur me fasse tirer les larmes, que j’avais de plus en plus de mal à faire couler.

Mes fréquentes visites au cimetière, étaient devenues un besoin vital. Je m’asseyais sur le bord de la tombe de maman, et je profitais du silence et du respect que m’inspirais les lieux pour me recueillir et pour y puiser la force et l’énergie qui m’étaient nécessaires pour aller de l’avant.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Je n’éprouvais plus le même plaisir pour me rendre à l’école, je ne reconnaissais plus mes camarades, je me sentais différent, je n’avais plus les mêmes centres d’intérêts que les enfants de mon âge. Je les trouvais insipides, je pense aussi que je leur en voulais de ne pas avoir subi les mêmes épreuves que moi et surtout je ne supportais pas qu’ils ne puissent pas me comprendre. Il me fallu concevoir petit à petit dans ma tête, que je devrais rapidement et impérativement m’adapter à eux et ne rien attendre du contraire, au risque de rester tout seul dans un coin. C’est ainsi que j’appris hâtivement en milieu scolaire, comme c’était déjà le cas au sein de ma famille, à faire semblant d’être ce que je n’étais pas.

A l’école j’étais toujours un bon élève, mais complètement introverti. On me reprochait de travailler trop lentement, d’être peu bavard, beaucoup trop réservé, et de sourire rarement. Quelques élèves, mais ils n’étaient pas la majorité, m’insultaient, ils me traitaient même de petite fille, car je fuyais les jeux violents et la brutalité, je détestais la bagarre et les prises de risques. J’étais timide et vulnérable, je n’avais aucune des qualités requises pour devenir ce qu’ils appelaient un homme. Mon comportement, le désir quelquefois que j’avais de m’isoler, les intriguaient, ils n’acceptaient pas cette attitude qu’ils ne comprenaient pas, et qui n’était pas celle qu’on leur avait inculquée. Quant à moi, je ne pouvais pas leur expliquer que la réponse à leurs interrogations étaient dans les conséquences désastreuses et destructrices des évènements que j’avais vécus.



Renaissance

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On ne guérit jamais d’une telle blessure, les cicatrices restent profondes mais le temps qui passe apaise les souffrances. Mon père après bien des cris et des larmes, entamait un travail sur lui même. Travail qui portait ses fruits, car son attitude évoluait dans le sens de l’apaisement et de la maîtrise de soi. Tout n’était pas parfait, car ma mère restait un sujet tabou, et il était illusoire de vouloir remettre en cause cet état de fait.Je me forçais donc de véhiculer l’image de moi, qu’il souhaitait voir étaler au grand jour et j’enfouissais au plus profond de mon être les différentes facettes de ma personnalité que papa préférait ignorer, ou plutôt qu’il n’avait ni la curiosité, ni l’idée de découvrir.Finalement de retrouver le calme au sein de la cellule familiale, était primordial, le reste viendrait petit à petit Il ne s’agissait pas de brûler les étapes. Je me satisfaisais de cette sérénité retrouvée au regard de ce que nous avions vécu durant cette période si difficile de notre vie.

Dans notre petit village de sept cent habitants, les distractions n’étaient pas nombreuses. Les hommes passaient une partie du dimanche à jouer aux cartes ou aux palets, dans un café qui faisait office de salle de réunion, à défaut de toutes autres structures municipales. Signe de jours meilleurs, papa reprenait à fréquenter ce lieu de convivialité et il reprenait goût à côtoyer ses amis. J’aimais le voir sortir de nouveau, mais je n’aimais pas l’accompagner. Je ne supportais pas ce regard de pitié ou de compassion que les gens portaient sur moi.

Extrait du livre de mes mémoires

L’atmosphère continuait à se détendre, papa était passé du stade de la révolte au stade de la résignation, mais il n’avait pas ouvert le dialogue pour autant, je continuais donc à prier le ciel autant que mes besoins me le faisaient sentir, et j’en éprouvais un réel soulagement. La règle était de porter le deuil pendant un certain temps. Ma grand mère était entièrement vêtue en noir. Elle protégeait ses vêtements par le port d’une blouse mauve, lorsqu’elle ne sortait pas dans la rue. Quant à mon père et moi, nous arborions sur le revers droit de notre veste un crêpe également de couleur noir, signe distinctif du veuf et de l’orphelin. J’aurai préféré vivre cette affliction, dans la dignité et la discrétion, mais les us et coutumes en avaient décidés autrement. Papa avait essayé plusieurs fois de m’emmener en ballade le dimanche après midi, mais je n’aimais pas le regard des autres, encore moins leur pitié. A chaque fois que nous rencontrions des gens connus, c’était pour entendre le même discours, de condoléances, aussi je préférais rester chez moi.



Mère par procuration

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J’apprenais lentement mais sûrement à redécouvrir ma grand-mère. Elle avait toujours habité la ville voisine, et mes parents au début de leur mariage, allaient régulièrement la voir. Durant ces années bonheur, ils me laissaient en garde chez elle, pour se rendre chez des amis ou pour aller au cinéma. L’état de santé de ma mère s’étant aggravé, ces petites réunions familiales s’étaient progressivement estompées et mon aïeule disparue de mon environnement était devenue pour moi une inconnue. .Veuve depuis une dizaine d’années, elle n’avait pas voulu se soustraire à son devoir de mère, lorsque son fils unique, en l’occurrence mon père, lui avait fait appel, pour lui venir en aide, après ce terrible décès.

Sans doute la situation devait être pour elle difficile à gérer. Il lui fallait d’abord commencer une nouvelle vie, loin de ses habitudes et de ses amis et ensuite s’acclimater dans un univers qui devait lui paraître terriblement austère. Discrète et peu autoritaire, elle se trouvait témoin d’un drame familial qui la dépassait. Elle restait stoïque, face à la profonde douleur de son fils, qui se manifestait parfois par des réactions brutales. Des scènes chargées d’une profonde émotion et qui engendraient pour l’entourage une situation de stress difficilement tolérable. Sans doute ne savait-elle pas quelle attitude adopter. La présence de mon aïeule et le calme avec lequel elle supportait en apparence la situation, m’était nerveusement bénéfique, mais pas plus qu’avec mon père je sentais le dialogue possible. En revanche, je lui étais largement reconnaissant du travail qu’elle accomplissait pour tenir la maison en ordre et j’étais parfaitement conscient du bien-être que cela était en mesure de me procurer.



L’enfer sur terre

Me taire, ne rien laisser paraître, j’apprenais petit à petit l’art de la dissimulation. Je me sentais terriblement seul et pouvoir enfin, accorder ma confiance à quelqu’un, me semblait être aussi difficile que de dénicher une aiguille dans une botte de foin. Mes camarades de classe, par exemple, étaient exclus de la liste. Je savais par intuition qu’ils n’étaient pas en mesure d’imaginer le centième de ce que je vivais et encore moins de le comprendre. Les adultes avaient leurs propres préoccupations et j’étais beaucoup trop timide pour les aborder. De toute façon, j’étais incapable du haut de mes sept ans, d’exprimer par des mots, cette souffrance qui me torturait le corps et l’esprit. Ma descente aux enfers, s’accélérait au fil du temps, et je ne trouvais pas comment arrêter le processus.

Des terreurs nocturnes perturbaient mon sommeil. Je me réveillais en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Les mains tremblantes et le visage crispé, perlant de sueur, j’attendais que la crise diminue d’intensité avant de me rendormir. Il fallait impérativement que je trouve le remède à cette autodestruction, mais je ne savais pas comment m’y prendre.

Le plus souvent possible et sans l’autorisation de mon père, je me rendais en catimini sur la tombe de maman et là je passais un long moment à raconter à voix haute mes tourments. Maman m’avait inculqué une éducation religieuse et à cette époque j’étais terriblement fasciné par le Christ dont les évangiles nous avaient si précieusement décrit la forte personnalité. J’appris donc progressivement à ne rien attendre de mon entourage, et à puiser dans le spirituel, la force de continuer un peu plus sereinement mon chemin.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires

Le désordre psychologique qu’avait provoqué en moi la disparition de ma mère, continuait à faire son œuvre, tous les jours à petite dose, de manière sournoise et insidieuse. La nuit mes rêves n’étaient peuplés que de l’image de maman et le matin au réveil il me fallait quelques minutes avant de réaliser la triste vérité. Lorsque j’étais seul dans la maison, je m’habillais dans les vêtements de la défunte pour m’identifier à elle, mon esprit était malade et en grand danger mais je savais que personne n’était en mesure de m’aider. La règle absolue était de garder le silence et de souffrir dans son coin sans attendre ni l’aide, ni le secours de personne. Puis vint le jour ou je commençai à craindre pour la vie de mon père. J’avais peur de le perdre lui aussi. Mes angoisses et mon stress augmentaient ou diminuaient suivant la bonne ou la mauvaise santé de papa, suivant son humeur aussi. S’il était détendu, j’étais détendu. S’il était triste ou soucieux, j’étais triste et soucieux. Toutes ces contrariétés qui encombraient mon esprit, me rendaient la vie insoutenable. Je souhaitais souvent dans mes prières que cette torture morale cesse définitivement, afin que mon âme puisse se reposer dans un corps complètement épuisé, par ce stress permanent et par ces longues nuits d’insomnies



Tristesse et désolation

Papa était un homme discret et pudique, il ne dévoilait que peu de choses de son passé, et n’exprimait ses sentiments que très rarement. Je n’avais pas besoin d’un long discours, je savais d’instinct qu’il m’aimait profondément. J’avais découvert dans les documents souvenirs de notre famille, qu’il avait séjourné au Maroc dans le cadre de son service militaire, et que mon grand-père était décédé durant son absence. Sans doute avait-il souffert de ce drame, mais face à son mutisme persistant, j’avais appris à ne pas poser de questions.La sépulture de maman fut le point final d’un premier chapitre relativement heureux de ma vie. Dès lors que nous nous retrouvâmes seuls après la cérémonie, une chape de plomb s’abattit sur notre foyer. Ecrasé de douleur, mon père était devenu agressif. Il ne supportait pas que l’on puisse être aussi malheureux que lui, aussi m’interdisait-il toutes formes de manifestations extérieures. Ce silence imposé était lourd de conséquences pour mon équilibre psychologique.Si autrefois je pleurais en cachette pour épargner ma mère, à présent je m’isolais pour me protéger des réactions imprévisibles de papa. Je n’étais pas menacé physiquement, mais cette extrême autorité à mon encontre et l’inhabituel sévérité de ses paroles me remplissaient d’effroi. J’avoue qu’à cette époque j’avais très peur de son comportement. A force de contenir ses sentiments, il finissait par ne plus être maître de lui et j’étais dans ces périodes de crises, le témoin de scènes difficilement supportables. Sous tension permanente, traumatisé par une situation que me dépassait complètement je n’étais plus que l’ombre de moi même.

Extrait du livre de mes mémoires A partir de ce jour, la vie ne fut plus jamais comme avant dans notre maison. L’atmosphère était lourde et pesante, les semaines s’écoulaient tristes et monotones, chaque jour apportant son lot de chagrins et de désespoirs. Une chape de silence s’était abattue sur ce qu’il restait de notre foyer.

Mon père avait décidé de ne rien changer au décor de la maison, tous les effets personnels de ma mère étaient devenus des objets de culte. Ses vêtements n’avaient pas quitté les armoires, toujours rangés à la même place. Je sentais la présence de la mort partout, c’était quasiment invivable. Parfois les nerfs craquaient et je me mettais à pleurer, toujours en cachette car mon père de supportait pas qu’un autre que lui souffre de la disparition de sa femme. Jamais il ne me questionna sur le tragique instant où j’avais découvert maman gisant sur le carrelage, le sujet était complètement tabou. Plus jamais il ne fut question d’évoquer ne serait ce que cinq minutes, des instants que nous avions partagés avec ma mère.

Papa restait des longs moments prostré devant son assiette pleine, puis il se mettait à éclater en sanglots. J’étais tétanisé sur ma chaise incapable d’avaler une seule boucher de mon repas, mais je ne devais ni pleurer ni être triste, car il me fallait me protéger de l’agressivité que mon père manifestait envers moi, tant il était incapable de gérer son immense chagrin



L’horrible, l’impensable, l’irréparable

Devant l’ampleur de cette tragédie, ma réaction vive et violente avait donc été de pousser ce cri horrible, qui me déchirai les entrailles. Mon esprit, mon âme, mon corps entier, sombrèrent ensuite dans un espèce de trou noir. Je me souviens d’avoir alerté un passant dans la rue et puis après le néant. Les voisins d’en face, m’avaient recueilli, mais je ne savais pas comment. En état total de léthargie, j’avais fait le vide autour de moi. Je ne voyais plus rien, je ne saisissais plus rien, je n’éprouvais plus rien, je n’avais ni faim, ni soif, ni sommeil. La petite sœur infirmière, était venue m’annoncer qu’il ne fallait pas être triste, car ma maman était au ciel. J’étais resté totalement indifférent à son discours, mon esprit tout entier s’était volontairement mis en état d’hibernation, sans doute un réflexe d’autodéfense contre l’effroyable souffrance à laquelle je venais subitement d’être confronté.Je fus hébergé le temps des funérailles chez des amis de mes parents. Je connaissais bien cette famille car avant que maman ne soit trop gravement atteinte, nous nous rendions mutuellement de fréquentes visites. Patrice leur fils était aussi un camarade de classe. Je me sentais bien chez eux, leur maison c’était le calme après la tempête.

L’endroit était idéal pour fuir la réalité et dans cet havre de paix après la tension extrême que mon pauvre corps avait du subir, je pouvais enfin me poser et revenir progressivement à la vie.

Papa avait souhaité que je rende une dernière visite à ma mère avant qu’elle ne soit ensevelie. Elle était belle dans la mort, elle ressemblait à ces princesses de contes de fées, plongées dans le sommeil en attente du prince charmant. Elle était allongée sur le lit, les yeux fermés, un drap d’un blanc immaculé, couvrait ses jambes jusqu’à la hauteur de la ceinture. Un chapelet entourait ses doigts. Ses mains jointes, comme dans un geste de prière, étaient posées sur son buste. Une gerbe de roses rouges avait été déposée à côté d’elle à la hauteur de ses hanches.

Mon père n’avait pas pu dissimuler son immense chagrin en m’apercevant, je le voyais pleurer, pour la première fois de ma vie et je savais que dans nos relations plus rien ne serait désormais comme avant.

Je n’avais pas assisté à la sépulture et je ne sais pas vraiment bien pourquoi. Patrice qui me faisait partager ses jeux, m’avait le temps de ce séjour permis de retrouver provisoirement mon âme d’enfant. J’appréhendais le moment où je devrais quitter ma famille protectrice, mais on ne peut pas indéfiniment se dérober et je savais qu’il faudrait très bientôt me confronter de nouveau à la vie.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Lorsque mon père revint me chercher, le stress recommença à envahir tout mon corps, il me fallait de nouveau affronter l’épouvantable évidence. J’avais envie de lui dire :  » laisse moi ici, je suis tellement bien dans cette maison, la vie y est si douce et si calme, je ne veux pas renter chez nous pour vivre à nouveau ce cauchemar « . Papa avait le visage grave, complètement buriné par le grand malheur qui venait de s’abattre sur lui, lorsque nos regards s’étaient croisés, immédiatement j’avais senti un profond malaise s’installer. Plus jamais nous n’aurions les mêmes rapports entre nous. Le bonheur s’était envolé en même temps que l’âme de ma mère avait rejoint le ciel.

De retour à notre domicile, j’avais pu rencontrer quelques membres de la famille qui étaient encore là, car la sépulture venait de s’achever et mon père n’avait pas voulu venir me chercher avant la cérémonie, il avait souhaiter m’en dispenser. J’appris que grand-mère Gautier allait désormais habiter avec nous, il fallait bien une femme pour élever un petit garçon de bientôt sept ans et pour s’occuper entre autres, des tâches ménagères. Je ne suis pas sûr que mon aïeule avait accepté cette grande responsabilité sans appréhension. Pour elle, ce devait être sans doute difficile de quitter sa maison, ses amies et ses habitudes de vie.

Mon père m’emmena sur la tombe de ma mère qui reposait désormais sous un monticule de terre couvert de fleurs et d’objets funéraires que les familles et amis des défunts avaient l’habitude d’offrir en de telles circonstances. Il me tenait par la main, qu’il me serrait de plus en plus fort, son chagrin était perceptible, je n’osais pas le regarder, il ne prononça pas un mot. Je rompis le silence en lui promettant de venir fleurir la sépulture tous les jours de la semaine. Il me répondit que c’était le devoir d‘un fils d’accomplir ce geste, pour sa mère, et qu’il m’en était reconnaissant



Beauté fragile

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Tu n’avais que vingt neuf ans, je n’avais pas encore sept ans.

Que la rose soit pour toujours l’emblème de ta beauté et de ta fragilité.

Reçois en hommage de l’amour que tu m’as donné, ce poème écrit par Pierre de Ronsard

 

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,

Embaumant les jardins et les arbres d’odeurs :

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La parque t’a tuée et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait se panier plein de fleurs,

Enfin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.



Enfance violée

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Ma mère semblait aller beaucoup mieux. Nous avions retrouvé la parole et le sourire. Une once d’optimiste s’installait enfin au sein de notre foyer.Cette embellie faisait naître des projets. Maman parlait d’agrandir la famille. Plus matériellement, mon père avait fait l’acquisition d’une machine à laver le linge, précieuse invention pour les femmes qui après des années de labeurs pouvaient enfin bénéficier de la technologie moderne, allégeant ainsi cette charge considérable de travail qu’était la lessive. La cerise sur le gâteau, mon père l’avait annoncé un soir au cours du dîner. Puisque nous n’avions pas de voiture et puisque nous ne pouvions pas faire grand chose pour ne pas fatiguer maman, notre prochain achat serait celui d’un téléviseur. Dans notre village, les possesseurs d’un tel appareil se comptaient sur les doigts d’une main. Papa nous offrait sans doute le luxe extrême, quelque chose que je n’aurai même pas pu imaginer dans mes rêves et ce en dépit d’un sacrifice financier que j’imaginais important pour son budget.Nous pensions que notre avenir s’ouvrait sur d’autres horizons. Le soleil était dans notre maison et dans nos cœurs. Ma mère resplendissait de beauté et de bonté. J’étais le petit garçon le plus heureux du monde car j’avais reçu en cadeau du ciel la grâce et l’amour d’une maman. Oui vraiment tu étais pour moi l’image de la perfection.En mars de l’année mille neuf cent soixante et un, alors que rien ne laissait présager ce cataclysme, le cruel, injuste, et inexplicable destin à choisi de t’arracher à nous, tu nous quittais, laissant derrière toi une maison inondée de douleurs.

 

Extrait du livre de mes mémoires Lorsque j’ouvris la seconde porte pour pénétrer dans la cuisine, d’abord je crus la maison vide. Je ressortis pour appeler ma mère à l’extérieur. Je poursuivis mes recherches jusqu’à la grange, et de là, jusque sur la route. Elle ne pouvait pas être chez ma tante, car celle-ci était absente. Je retournai donc dans la cuisine, étonné de ne pas trouver maman pour m’accueillir à cette heure de la journée. L’inquiétude vira au cauchemar, lorsque que je découvris son cadavre gisant entre la table et l’évier. Elle était en train de laver des bocaux pour faire des conserves, lorsqu’elle s’était écroulée, terrassée par un ultime malaise. La bassine pleine d’eau restée sous le robinet de l’évier, en témoignait. Maman était allongée sur le dos, les bras contre son corps. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond, mais son visage était détendu et parfaitement serein. Je m’étendis sur le sol, en me blottissant contre elle, puis je l’embrassai sur les joues et sur le front. Son visage était glacial et légèrement violacé. Je passai mes doigts tout doucement sur ses paupières et sur ses lèvres, je caressai ses cheveux, puis je restai un long moment immobile dans le silence, mon bras droit entourant sa taille. Des larmes commencèrent à perler sur mes joues, je compris que ma mère s’en était allée et que plus jamais je ne pourrai lui parler, rire avec elle ou l’embrasser. Je poussai un cri qui me déchira la gorge et sorti en courant à la recherche d’un adulte qui pourrai m’aider à sortir de cet enfer. En un instant je venais de perdre ma mère et ma jeunesse. Le traumatisme était incommensurable, d’une cruauté inouïe. Je n’avais pas encore sept ans, mon enfance venait d’être violée, et à jamais détruite.



Fatalité de la vie

 grolleaujosephine.jpgNi le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement. Grand-mère aujourd’hui encore je pense à toi.

Ma sensibilité d’enfant était largement égratigné par cette douloureuse épreuve. En grandissant, j’avais commencé à comprendre l’extrême fragilité de la santé de ma mère, aussi pour ne pas l’inquiéter, je m’interdisais de manifester ma peine. A chaque fois que le besoin se faisait sentir, je m’isolais dans un coin du jardin. Je m’assoyais sur la margelle du puit, et là je laissais couler mon trop plein de larmes. Le soir j’avais du mal à m’endormir. Mes premières crises d’angoisse, firent leur apparition à cette époque. Heureusement, mes parents ne m’avaient pas encore installé dans l’autre chambre, aussi je m’efforçais de gérer ma panique en me rassurant de leur présence à mes côtés.

Il fallait que l’amour que j’éprouvais pour ma maman soit bien grand pour que je sois aussi déterminé à vouloir la protéger de ces désordres mentaux qui finissaient de détruire la part d’innocence de naïveté qui me restait encore de ma prime enfance.

 Malgré ces extrêmes précautions, souvent je constatais la présence du docteur à la maison et à l’heure ou les familles profitaient de la campagne et du soleil, nous étions mon père et moi enfermés dans notre maison au chevet de notre épouse et mère trop souvent malade et alitée.

La vie chez nous était faite de silences. Depuis que nous nous étions installés dans notre nouveau quartier, les réunions de famille n’existaient plus. Nous nous étions progressivement mis à l’écart du monde qui lui s’était mis en marche. La progression du pouvoir d’achat et l’apparition du modernisme qui rendait l’existence plus facile étaient des phénomènes que nous observions de loin. A l’heure où les gens commençaient à partir en vacances, avec leur propre automobile, nous nous passions de longues heures à lire, à écouter la radio (la TSF à l’époque), ou à écouter les autres raconter leurs récits de voyages. En quelque sorte, nous vivions notre vie par procuration.

Je pense que mon père n’avait pas la sensation de nous sacrifier. Il voulait le bien-être de sa femme et de la savoir vivante à ses côtés, même très malade, était le plus grand de ses bonheurs. Moi j’étais triste et de plus en plus solitaire sans savoir réellement pourquoi. Je n’en étais pas encore à l’âge de pouvoir analyser la situation, je subissais donc la fatalité du sort, sans me poser de questions.



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