Première déchirure

Le déménagement avait changé mon existence, mais ce bouleversement eut pour avantage de me faire sortir de ma bulle. Le chérubin prenait conscience que le bonheur était très aléatoire, que de vivre, c’était aussi de pouvoir être contrarié dans sa quiétude. Je savais désormais que les rapports humains peuvent évoluer, que la situation familiale peut elle aussi subir des changements profonds. J’apprenais patiemment à m’adapter, à devenir en sorte un petit d’homme.

Le comte de fée dans lequel j’avais vécu, restait gravé en moi comme un talisman que je ne chasserai jamais de ma mémoire, mais il fallait tourner la page.

J’appris au fil du temps à faire mieux connaissance, avec Marie-Paule et Christine. Je voyais moins souvent mes cousins, mais ils n’avaient pas disparu de mon entourage, et nos retrouvailles n’en n’étaient que plus joyeuses.

Je sentais qu’il naissait en moi un autre forme de bien-être, établi progressivement sur d’autres bases. Le bonheur était partout. Je l’avais laissé dans ma première demeure, mais je le découvrais niché sous une autre forme dans mon univers tout neuf.

Cette sérénité retrouvé ne dura qu’un temps. La santé de mon aïeule s’était brusquement dégradée. Agée de 93 ans, presque un record de longévité pour l’époque, elle s’éteignait petit à petit comme une bougie usée. Elle mourut en novembre de l’année mille neuf cent soixante. J’aimais profondément mon arrière grand-mère.

Personnage très autoritaire, elle avait été pendant de longues années le noyau familial, et sa disparition apparaissait en moi comme un grand vide.

Extrait du livre de mes mémoires

Depuis que ma grand-mère était à l’hospice, nous allions lui rendre régulièrement visite en voiture, je pense avec mes oncles. J’avais beaucoup de peine de la voir coucher dans son lit, partageant ce que l’on appelait à l’époque la salle commune, avec plusieurs des pensionnaires de l’établissement. A quatre vingt treize ans bientôt, je crois qu’elle avait décidé de nous quitter, aussi se laissait elle lentement mourir. Elle m’avait fait donner un énorme paquet et m’avait fait dire qu’elle m’aimait bien. Je ne sais plus ce que renfermait le colis, en revanche mon cœur s’était mis à saigner pour la première fois de ma vie quand j’avais appris le onze novembre de cette année mille neuf cent soixante, son décès. Elle fut enterrée deux jours plus tard. Je n’avais pas eu le droit d’assister à la sépulture. Alain avait été chargé de me garder. Je me souviens d’avoir aperçu par la fenêtre de la cuisine, la procession qui conduisait ma bisaïeul à sa dernière demeure. Je pleurais discrètement dans mon coin , par pudeur mais aussi à l’abri des regards. J’avais peur qu’Alain se moque de moi, car mon cousin semblait moins affecté par ce décès que je ne l’étais moi même. Il n’avait pas vécu avec grand-mère, ses sentiments ne pouvaient pas être identiques aux miens. Lorsque le soir venu ma mère s’était penchée au dessus de mon lit pour me dire bonsoir, elle m’avait dit que grand-mère était maintenant au ciel et qu’elle ne souffrait plus, qu’il ne fallait pas être triste. Je lui avais répondu que j’essaierai de ne pas être malheureux, je ne voulais pas lui faire de peine, mais mon cœur n’avait pas cessé de saigner depuis la triste nouvelle, et il saignerait encore pendant très longtemps.



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