Enfance violée

blog.jpg 

Ma mère semblait aller beaucoup mieux. Nous avions retrouvé la parole et le sourire. Une once d’optimiste s’installait enfin au sein de notre foyer.Cette embellie faisait naître des projets. Maman parlait d’agrandir la famille. Plus matériellement, mon père avait fait l’acquisition d’une machine à laver le linge, précieuse invention pour les femmes qui après des années de labeurs pouvaient enfin bénéficier de la technologie moderne, allégeant ainsi cette charge considérable de travail qu’était la lessive. La cerise sur le gâteau, mon père l’avait annoncé un soir au cours du dîner. Puisque nous n’avions pas de voiture et puisque nous ne pouvions pas faire grand chose pour ne pas fatiguer maman, notre prochain achat serait celui d’un téléviseur. Dans notre village, les possesseurs d’un tel appareil se comptaient sur les doigts d’une main. Papa nous offrait sans doute le luxe extrême, quelque chose que je n’aurai même pas pu imaginer dans mes rêves et ce en dépit d’un sacrifice financier que j’imaginais important pour son budget.Nous pensions que notre avenir s’ouvrait sur d’autres horizons. Le soleil était dans notre maison et dans nos cœurs. Ma mère resplendissait de beauté et de bonté. J’étais le petit garçon le plus heureux du monde car j’avais reçu en cadeau du ciel la grâce et l’amour d’une maman. Oui vraiment tu étais pour moi l’image de la perfection.En mars de l’année mille neuf cent soixante et un, alors que rien ne laissait présager ce cataclysme, le cruel, injuste, et inexplicable destin à choisi de t’arracher à nous, tu nous quittais, laissant derrière toi une maison inondée de douleurs.

 

Extrait du livre de mes mémoires Lorsque j’ouvris la seconde porte pour pénétrer dans la cuisine, d’abord je crus la maison vide. Je ressortis pour appeler ma mère à l’extérieur. Je poursuivis mes recherches jusqu’à la grange, et de là, jusque sur la route. Elle ne pouvait pas être chez ma tante, car celle-ci était absente. Je retournai donc dans la cuisine, étonné de ne pas trouver maman pour m’accueillir à cette heure de la journée. L’inquiétude vira au cauchemar, lorsque que je découvris son cadavre gisant entre la table et l’évier. Elle était en train de laver des bocaux pour faire des conserves, lorsqu’elle s’était écroulée, terrassée par un ultime malaise. La bassine pleine d’eau restée sous le robinet de l’évier, en témoignait. Maman était allongée sur le dos, les bras contre son corps. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond, mais son visage était détendu et parfaitement serein. Je m’étendis sur le sol, en me blottissant contre elle, puis je l’embrassai sur les joues et sur le front. Son visage était glacial et légèrement violacé. Je passai mes doigts tout doucement sur ses paupières et sur ses lèvres, je caressai ses cheveux, puis je restai un long moment immobile dans le silence, mon bras droit entourant sa taille. Des larmes commencèrent à perler sur mes joues, je compris que ma mère s’en était allée et que plus jamais je ne pourrai lui parler, rire avec elle ou l’embrasser. Je poussai un cri qui me déchira la gorge et sorti en courant à la recherche d’un adulte qui pourrai m’aider à sortir de cet enfer. En un instant je venais de perdre ma mère et ma jeunesse. Le traumatisme était incommensurable, d’une cruauté inouïe. Je n’avais pas encore sept ans, mon enfance venait d’être violée, et à jamais détruite.



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie