Lente reconstruction

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Ma place était nulle part, je me sentais si différent. J’avais, malgré ma jeune vie, compris que la particularité était source d’incompréhension et de mise à l’écart. Pour ne pas en arriver à cet extrême, j’essayais de vivre avec le monde, mais tous mes efforts étaient vains. Je n’étais réellement moi même que lorsque je retrouvais ma solitude Mon enfance piétinée, je possédais à présent l’esprit d’un adulte et je ne savais pas où me situer entre ce gosse que j’aurais dû être, et cette indéfinissable personne capable de raisonner comme les grands. J’étais sans conteste un être bien singulier.

Mon père de par son attitude avait encouragé mon introversion et ayant perdu l’habitude de la parole, je voyageais désormais le plus souvent par la pensée.

La mort de ma mère m’avait jeté à terre, il me fallait recoller les morceaux, et ma foi dans le tout puissant était pour moi un élément capital de cette reconstruction.

J’allais régulièrement à la messe et j’y trouvais une paix intérieure que nul autre endroit au monde n’aurait pu me procurer. Parfois aussi je sentais monter la révolte, et dans ces moments de crises, je scarifiais ma peau, ou je tapais les poings contre les murs jusqu’à ce que le sang jaillisse et que la douleur me fasse tirer les larmes, que j’avais de plus en plus de mal à faire couler.

Mes fréquentes visites au cimetière, étaient devenues un besoin vital. Je m’asseyais sur le bord de la tombe de maman, et je profitais du silence et du respect que m’inspirais les lieux pour me recueillir et pour y puiser la force et l’énergie qui m’étaient nécessaires pour aller de l’avant.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Je n’éprouvais plus le même plaisir pour me rendre à l’école, je ne reconnaissais plus mes camarades, je me sentais différent, je n’avais plus les mêmes centres d’intérêts que les enfants de mon âge. Je les trouvais insipides, je pense aussi que je leur en voulais de ne pas avoir subi les mêmes épreuves que moi et surtout je ne supportais pas qu’ils ne puissent pas me comprendre. Il me fallu concevoir petit à petit dans ma tête, que je devrais rapidement et impérativement m’adapter à eux et ne rien attendre du contraire, au risque de rester tout seul dans un coin. C’est ainsi que j’appris hâtivement en milieu scolaire, comme c’était déjà le cas au sein de ma famille, à faire semblant d’être ce que je n’étais pas.

A l’école j’étais toujours un bon élève, mais complètement introverti. On me reprochait de travailler trop lentement, d’être peu bavard, beaucoup trop réservé, et de sourire rarement. Quelques élèves, mais ils n’étaient pas la majorité, m’insultaient, ils me traitaient même de petite fille, car je fuyais les jeux violents et la brutalité, je détestais la bagarre et les prises de risques. J’étais timide et vulnérable, je n’avais aucune des qualités requises pour devenir ce qu’ils appelaient un homme. Mon comportement, le désir quelquefois que j’avais de m’isoler, les intriguaient, ils n’acceptaient pas cette attitude qu’ils ne comprenaient pas, et qui n’était pas celle qu’on leur avait inculquée. Quant à moi, je ne pouvais pas leur expliquer que la réponse à leurs interrogations étaient dans les conséquences désastreuses et destructrices des évènements que j’avais vécus.



Renaissance

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On ne guérit jamais d’une telle blessure, les cicatrices restent profondes mais le temps qui passe apaise les souffrances. Mon père après bien des cris et des larmes, entamait un travail sur lui même. Travail qui portait ses fruits, car son attitude évoluait dans le sens de l’apaisement et de la maîtrise de soi. Tout n’était pas parfait, car ma mère restait un sujet tabou, et il était illusoire de vouloir remettre en cause cet état de fait.Je me forçais donc de véhiculer l’image de moi, qu’il souhaitait voir étaler au grand jour et j’enfouissais au plus profond de mon être les différentes facettes de ma personnalité que papa préférait ignorer, ou plutôt qu’il n’avait ni la curiosité, ni l’idée de découvrir.Finalement de retrouver le calme au sein de la cellule familiale, était primordial, le reste viendrait petit à petit Il ne s’agissait pas de brûler les étapes. Je me satisfaisais de cette sérénité retrouvée au regard de ce que nous avions vécu durant cette période si difficile de notre vie.

Dans notre petit village de sept cent habitants, les distractions n’étaient pas nombreuses. Les hommes passaient une partie du dimanche à jouer aux cartes ou aux palets, dans un café qui faisait office de salle de réunion, à défaut de toutes autres structures municipales. Signe de jours meilleurs, papa reprenait à fréquenter ce lieu de convivialité et il reprenait goût à côtoyer ses amis. J’aimais le voir sortir de nouveau, mais je n’aimais pas l’accompagner. Je ne supportais pas ce regard de pitié ou de compassion que les gens portaient sur moi.

Extrait du livre de mes mémoires

L’atmosphère continuait à se détendre, papa était passé du stade de la révolte au stade de la résignation, mais il n’avait pas ouvert le dialogue pour autant, je continuais donc à prier le ciel autant que mes besoins me le faisaient sentir, et j’en éprouvais un réel soulagement. La règle était de porter le deuil pendant un certain temps. Ma grand mère était entièrement vêtue en noir. Elle protégeait ses vêtements par le port d’une blouse mauve, lorsqu’elle ne sortait pas dans la rue. Quant à mon père et moi, nous arborions sur le revers droit de notre veste un crêpe également de couleur noir, signe distinctif du veuf et de l’orphelin. J’aurai préféré vivre cette affliction, dans la dignité et la discrétion, mais les us et coutumes en avaient décidés autrement. Papa avait essayé plusieurs fois de m’emmener en ballade le dimanche après midi, mais je n’aimais pas le regard des autres, encore moins leur pitié. A chaque fois que nous rencontrions des gens connus, c’était pour entendre le même discours, de condoléances, aussi je préférais rester chez moi.



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