Une société nouvelle en marche

Il existait deux écoles dans notre village, l’école privée, en grande majorité fréquentée par les filles, et l’école publique réservée aux garçons. Cependant quelques filles fréquentaient l’école des garçons, et quelques garçons fréquentaient l’école des filles, suivant les convictions religieuses radicales des parents pour les uns, ou l’athéisme pur et dur de leurs ascendants pour les autres .

Hormis la très officielle et très brève distribution des prix en fin d’année, planifiée à un moment où les pères étaient au travail, et la commémoration de l’armistice du onze novembre mille neuf cent dix huit, qui n’impliquait que les élèves, l’école publique n’organisait jamais de manifestations qui rassemblent les familles.

Par contre, l’école privée ne pouvait exister essentiellement que grâce la participation financière des représentants légaux de leurs écoliers. Pour améliorer les qualités d’accueil et d’enseignement, notre curé avait eu l’idée d’organiser un dimanche dans l’année, une vente aux enchères. Il faisait appel à la générosité de ces paroissiens et collectait divers lots essentiellement des denrées alimentaires. Les paysans rapportaient des légumes frais de leurs champs, certains mêmes faisaient don de poulets ou de lapins vivants. D’autres faisaient cadeau de paniers en osier, de linge brodé, ou de dentelle, et bien d’autres choses encore, qu’ils avaient fabriqués ou confectionnés, pour la circonstance, durant les longues veillées d’hiver.

La manifestation était présidée par le chantre de la paroisse, le père Pierret. La classe située en bordure du chemin des dames était réquisitionnée pour la circonstance. Lorsque la pièce était bien remplie, l’une après l’autre, les marchandises collectées, étaient présentées au public par notre maître de cérémonie. Notre commissaire-priseur d’un jour faisait monter les enchères jusqu’à adjuger l’objet de toutes les attentions, à l’un ou à l’autre des spectateurs les plus offrants.

L’autre idée de notre curé avait été d’encourager l’organisation de concours de belote. Il avait fait monter pour faire aboutir son projet, des panneaux en bois rabattants, qui permettaient d’isoler l’immense préau des intempéries. La vaste salle de réception ainsi obtenue, permettaient d’accueillir en plus de ses fidèles, nombre de participants des communes avoisinantes.

Avec l’argent récoltée, l’association crée par la paroisse, avait même pu acheter un théâtre qui avait l’avantage de pouvoir se monter ou se démonter suivant les besoins du moment. C’est ainsi qu’avaient été organisé des spectacles de variétés qui mettaient en scène, les parents, les enfants, et les anciens élèves de l’école. Par petits groupes les gens avaient la responsabilité d’apprendre une chanson ou de s’entraîner à danser sur une chorégraphie inventée pour l’occasion. D’autres apprenaient un rôle pour jouer une petite pièce de théâtre, dirigée par le prêtre lui même. Les représentations avaient lieu sous le vaste préau, qui était le seul endroit, capable de contenir un nombre important de spectateurs. Comme pour les jours de concours de belote, les organisateurs du spectacle, rabattaient les panneaux en bois pour isoler les spectateurs de la froidure extérieure.

Le succès aidant, l’abbé n’avait pas eu de mal à convaincre un petit groupe de bénévoles de l’aider à organiser une kermesse d’automne. Une dizaine de structures bâchées, avaient été achetées pour l’événement Il avait fallu également investir dans l’achat de lots et du matériel nécessaire pour l’animation des stands. Les lourdes dépenses engagées n’avaient en rien freiné l’audace et l’opiniâtreté de notre ecclésiastique qui pouvait compter désormais sur une population entièrement dévouée à sa cause.

Prémices d’une nouvelle ère, cette énergie communicative faisait naître des envies nouvelles, et quelques initiatives notamment dans le domaine sportif voyaient le jour. Des associations étaient ainsi créées, permettant ainsi à notre commune de sortir progressivement de la torpeur dans laquelle ses habitants avaient jusqu’à présent toujours été plongés. Le monde moderne était en marche, et plus rien ne semblait vouloir l’arrêter.



Chronique d’une journée ordinaire

Le matin à mon réveil, mon père était déjà parti au travail, car il commençait sa journée à sept heures. Mon petit déjeuner se composait comme tous les jours, d’un bol de café au lait, et de deux tartines de pain beurré. Comme beaucoup d’habitants de la commune, nous ne possédions ni salle de bain, ni eau chaude. La toilette se déroulait d’une manière succincte. Il faut dire que le manque d’intimité ne m’incitait pas à pousser davantage mes investigations. L’opération se déroulait illico presto devant l’évier de la cuisine. Mes ablutions consistaient donc à me passer un gant trempé d’eau froide parfumée à l’eau de Cologne sur le visage, puis à me laver les mains, et quelquefois les dents, jamais le reste du corps.

Il fallait attendre le samedi pour prétendre à un peu plus d’hygiène. J’installais alors à l’abri des regards, une grande bassine, que je remplissais d’une eau chauffée dans une grande lessiveuse.

Depuis que j’avais grandi, je n’empruntais plus l’allée des jardins pour me rendre à l’école. Je sortais sur le trottoir et remontais la rue jusque devant la forge. Parfois le maréchal ferrant était en train de ferrer un cheval. L’épaisse fumée qui s’élevait dans le ciel, et l’odeur de corne brûlée, qui envahissait mes narines me faisaient m’écarter un peu de ma route.

Souvent je saluais le facteur, qui effectuait sa tournée quotidienne. Le courrier postal étant à l’époque le moyen de communication le plus utilisé, notre porteur de bonnes ou de mauvaises nouvelles, était toujours attendu avec beaucoup d’impatience.

Il ne m’était pas rare de rencontrer le père Supiot, guidant lentement mais sûrement sa jument, en train de tirer la charrette remplie des ordures communales. Le recyclage était un mot qui ne faisait pas partie du dictionnaire, car les détritus étaient moins nombreux, mais surtout moins polluants que de nos jours.

Certaines fois c’étaient les tziganes que je croisais, alors qu’ils traversaient le bourg, dans leurs roulottes tractées par des chevaux. Ils installaient leur campement à l’entrée du village, et venaient ensuite nous vendre le fruit de leur travail, des paniers en osiers ou de la dentelle

Après avoir emprunté le chemin des dames, je traversais la départementale, pour rejoindre la cour de l’école, derrière la mairie.

Des travaux entrepris pendant la période estivale, avait permis de transformer les deux classes ultérieures, en une seule et unique grande pièce. Le plancher en bois usé et trop poussiéreux, était resté. Le bureau de l’institutrice placé sur une grande et haute estrade faisait face aux élèves. Assise, l’enseignante tournait le dos à un très grand tableau noir. La classe était décorée de cartes géographiques et de planches éducatives relatives aux disciplines enseignées en ce temps là. Une énorme mappemonde posée sur le pupitre de notre professeur, donnait la touche finale au décor. Les élèves étaient éclairés à l’arrière par deux larges fenêtres qui donnaient sur la cour. Pour se chauffer l’hiver, un grand poêle à charbon, cerné par une grille en fer, trônait au milieu de la pièce. Les potaches occupaient des bureaux à deux places. Les pupitres s’ouvraient sur le dessus, permettant le rangement de l’ardoise, des crayons, des livres et des cahiers. Les deux encriers en faïence blanche étaient encastrés dans et en bordure du meuble, du côté droit de chaque élève. On écrivait uniquement à la plume. La cour était petite, et ombragée par une rangée de vieux tilleuls, un préau protégeait les élèves en cas d’intempéries et un bloc sanitaire en piteux état achevait de planter le décor.

A midi je sortais des cours pour reprendre le chemin en sens inverse, je rentrais à la maison souvent en même temps que mon père, qui faisait la sieste après le déjeuner, pendant que j’essayais de m’occuper sans bruit.

Le soir dès mon retour, j’enfilais mon goûter avant de faire mes devoirs, tandis que grand-mère installée devant la fenêtre de la cuisine, me tricotait un pull en prévision de la mauvaise saison. Puis papa arrivait et suivant toujours le même rituel, s’installait silencieusement, au bout de la table, pour lire son journal quotidien.

L’arrivée de la télévision avait brisé la monotonie de nos soirées, mais rallongé nos heures de veille, et il était donc souvent relativement tard lorsque nous regagnions respectivement nos lits pour une nuit de repos, bien mérité.



Nécessité

Le cataclysme qui s’était abattu sur notre chemin, laissait derrière lui un champ de ruines. Reconstruire ma vie n’était pas chose aisée. Au fil du temps je rafistolais un à un les morceaux. Mon père, quant à lui, avait douloureusement tourné la dernière page d’une histoire, et semblait ne pas vouloir entamer un nouveau livre.L’isolement dans lequel nous nous étions volontairement immergés après notre malheur, avait provoqué une mutation profonde et irréversible dans les rapports qui nous entretenions, avec les membres de ma famille maternelle. Le contact n’était pas totalement rompu mais les visites se faisaient de plus en plus rares, et avaient perdu la chaleur et la convivialité des réunions d’autrefois.

Je fondais secrètement l’espoir de retrouver un jour l’exquise sensation des moments heureux de cette époque révolue. Pour l’heure, il me restait de ma prime enfance, outre mes souvenirs nostalgiques, des albums photos, que je ne me privais pas de feuilleter, dès que le besoin s’en faisait sentir.

Maman étant par excellence, le sujet tabou dans notre maison, en grandissant l’ignorance dans laquelle j’étais laissé concernant sa vie, m’était devenu intolérable. Petit à petit j’avais oublié ses yeux, son sourire, l’intonation de sa voix. L’être de chair et de sang s’était effacé de ma mémoire pour devenir un mythe, une icône, la déesse que l’on idolâtre. J’éprouvais désormais la nécessité de connaître la femme qu’elle avait été, et je n’avais de cesse que les contacts avec les témoins vivants de son histoire ne se rétablissent.

Extrait du livre de mes mémoires 

Nos rapports avec le famille avaient considérablement changé. Nous n’allions plus à Pont Rousseau, et nos visites chez mes oncles et tantes se faisaient rares. Mon père ne recevait jamais personne à la maison, il ne voyait ses amis qu’à l’extérieur, plus exactement dans un des cafés du bourg qui à cette époque tenaient lieu de rencontres. Moi même je n’invitais pas les copains car je ne souhaitais pas qu’ils soient témoins du profond désarroi dans lequel notre maison avait été engloutie



Païens et Chrétiens

La loi de mille neuf cent cinq relative à la séparation des religions et de l’état avait certes affaibli l’influence politique de l’église au sein des gouvernements successifs, mais le clergé usait toujours de son autorité morale sur une population qui lui était restée largement fidèle.

Les us et coutumes de notre village s’inspiraient donc directement de cette éthique, et nous menions notre existence au rythme des différentes célébrations de fêtes religieuses, qui s’inscrivaient dans un ordre précisément dicté par notre calendrier grégorien.

Beaucoup de ces manifestations revêtaient un caractère majestueux, et mobilisaient les croyants aussi bien que les non croyants, certaines pratiques culturelles ayant été associées au fil du temps à ces manifestations.

La tradition par exemple voulait que les familles fleurissent la tombe de leurs chers disparus, le jour des Rameaux, et celui de la Toussaint. C’est ainsi que mon père pourtant fortement laïcisé, ne dérogeait pas à la règle, et ne manquait jamais de déposer des fleurs sur la sépulture de ma mère ce jours là. Je considérais cette démarche comme un signe de grand respect envers cette foi profonde que maman avait manifestée, sa vie durant, et c’était l’une des raisons pour lesquelles j’aimais tellement papa.

Solennité ne voulait pas dire faste. Pas de magasins regorgeant de victuailles, pas de décorations clinquantes, ni d’illuminations mirifiques dans les rues, Noël se préparait discrètement et humblement sous le toit des chaumières. C’était pourtant l’une des fêtes qui rassemblaient le plus de déterminations, chacun s’attachant autour du curé de sa paroisse, à transmettre aux enfants, les valeurs traditionnelles, héritées des générations passées.

Suivant sa propre assurance, mon père gardait toujours ses distances envers la religion, et la nativité du Christ le laissait indifférent. Il n’était cependant pas homme à critiquer les opinions d’autrui, et sa manière à lui de considérer mes convictions s’était de participer à la décoration du houx qui nous allions chercher dans les bois ou c’était alors que j’étais encore petit, de fabriquer la crèche avant de m’en faire la surprise à mon retour de l’école. Aussi simples soient-elles, ces intentions valaient un long discours, car elle était pour moi la preuve irréfutable de l’attachement d’un père à son fils.

Extrait du livre de mes mémoires

(Pratiques religieuses et rites populaires étaient souvent liés.)

La fête de Pâques était pour les femmes l’occasion de faire un grand ménage. Les meubles, les parquets et les escaliers, étaient cirés. Les rideaux des fenêtres étaient décrochés et lavés à grandes eaux. Les armoires étaient vidées et triées de leur linge. Et puis on sortait les tenues de printemps, culottes courtes et petites socquettes pour les garçons, jupes plissées et petits chemisiers pour les filles. Cette habitude de vie correspondait aux besoins que les gens avaient de sortir de la morosité de l’hiver et c’était une manière de fêter le retour des beaux jours. L’après-midi du vendredi saint, concordait toujours avec les vacances scolaires, aussi, tous les enfants assistaient au chemin de croix. Le prêtre relatait les derniers instants de la vie du Christ, de son arrestation à sa crucifixion, jusqu’à l’instant précis de son décès. Le carillon n’appelait pas les chrétiens à l’office, par respect pour notre seigneur, mort pour avoir voulu sauver l’humanité. On racontait aux petits enfants que les cloches s’étaient envolées pour Rome et qu’elles reviendraient le dimanche de la résurrection pour semer dans les jardins de leurs parents œufs et poules en chocolat qu’il leur faudrait rechercher pour mériter de les manger. Les patrons des usines donnaient l’autorisation aux ouvriers d’assister à la messe, aussi l’église était toujours pleine ce vendredi là, car Pâques était après Noël la plus grande fête chrétienne à célébrer. Le dimanche à minuit précise, une cérémonie religieuse invitait les fidèles a venir fêter le Christ ressuscité. Je n’étais pas autorisé à assister à cet office, il me fallait attendre le dimanche matin pour participer à la grand messe. Une ou deux fois mes parents avaient cachés les œufs dans le jardin, ensuite cette coutume avait été abandonné par mon père, qui l’avait trouvé sans intérêt après la disparition de sa femme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Liberté négociée

Entre la rentrée des classes en milieu de septembre et le début des congés d’été fin juin, l’année scolaire était scindée en trois, les vacances de Noël et de Pâques marquant la fin des deux premiers trimestres. Nous avions également deux jours de repos dans la semaine, le jeudi et le dimanche.Mon père de son côté disposait de quatre semaines de liberté, fin juillet début août, et consacrait le samedi, et le dimanche à ses occupations favorites.Nous ne passions que trop peu de temps ensemble. En dehors de quelques opportunités que je savais apprécier à leur juste valeur, papa avait ses habitudes, j’avais les miennes. J’étais rarement la cause d’un bouleversement important dans son emploi du temps. Inversement, il ne dérangeait quasiment jamais mon programme.

J’avais détesté les deux ou trois sorties que nous avions effectués ensemble, après le décès de ma mère, et je crois que lui même avait fait un effort surhumain, pour organiser ces virées. Le but initial étant de me faire plaisir, il n’avait pas obtenu le résultat escompté, et m’avait paru satisfait, de ne pas avoir à renouveler l’expérience.

Nous comprenions désormais, ce sentiment réciproque que nous avions de vivre ce deuil loin du regard des foules, et en respectant mutuellement nos désirs, nous nous sentions désormais plus à l’aise. Très vite le malentendu qui s’était dressé entre nous se dissipa.

Sans de réels ambitions depuis la mort de maman, papa s’était résigné à vivre dans la médiocrité, et ne tenta jamais de sortir de la morosité dans laquelle il était plongé.

Au fil du temps, nous avions pris le pli d’exercer nos activités le plus souvent chacun de notre côté, habitude d’autant plus mauvaise, que les discussions entre lui et moi, étaient quasi inexistantes.

C’était la pêche qui nous rapprochait majoritairement, et très exceptionnellement, il m’invitait à le suivre en balade, à travers bois pour rendre visite à son oncle qui habitait la ville voisine.

Solidement installés dans nos habitudes, l’idée d’améliorer nos relations, ne nous effleurait même pas l’esprit, et les mois s’écoulaient monotones, sans qu’aucun événement, ne vienne bouleverser l’ordre des choses.

En grandissant, j’avais appris à organiser ma vie, et livré un peu à moi même, je profitais de ma toute nouvelle liberté pour me raccommoder peu à peu avec la société.

Trouvé ma place au sein d’un groupe m’était toujours aussi difficile, mais en multipliant les contacts humains, en essayant de participer bon gré mal gré aux activités collectives, je faisais chaque jour un pas de plus vers cette réconciliation. Les occasions étaient nombreuses, entre les après-midi récréatifs organisés par notre curé, la proposition qui m’avait été faite de servir la messe, les incalculables escapades à travers bois et prés, que j’effectuais en compagnies de mes fidèles amis, et les parties de football sur le terrain de sport tout nouvellement crée par la commune, une grande partie de mes vacances étaient occupées.

Les séjours au bord de la mer se démocratisant, mes camarades partaient de plus en plus souvent, avec leur famille. Durant ces semaines de solitude, je replongeais spontanément dans mes pensées philosophiques. Je multipliais mes visites au cimetière, car ma mère habitait toujours mon esprit. Je poursuivais ensuite mes méditations à travers la lecture d’ouvrages littéraires qui nourrissaient mon imagination débordante et qui m’emportaient dans un grand tourbillon de liberté vers un monde de totale plénitude.

Je souffrais de ne pas être un enfant comme les autres, et j’avais besoin de me sentir aimé et apprécié, malgré tout. Aussi j’attendais avec impatience, l’arrivée du facteur, dans l’espoir de recevoir la carte postale d’un ami qui ne m’aurait pas oublié, et j’étais rempli de joie lorsque cet espoir devenait réalité. Je parcourais des yeux le message, en songeant qu’un jour la vie m’accorderait peut-être à moi aussi une part de ses bienfaits.

 

 

Méditations

 

Le livre est l’ami de la solitude. Il nourrit l’individualisme libérateur. Dans la lecture solitaire, l’homme qui se cherche lui-même à quelque chance de se rencontrer.

Quand nous lisons, nous choisissons la substance de notre âme.

La lecture est un seuil de la vie spirituelle, elle peut nous y introduire, elle ne la constitue pas.



Réminiscence

Extrait du livre de mes mémoires

(Souvenirs champêtres, ou hommage rendu à un paysage disparu)

En ce mois de juillet, il était temps pour moi de profiter d’une réelle liberté, nouvellement acquise, grâce à mon père, qui m’autorisait désormais à sortir de la maison à condition de rentrer à l’heure des repas. Le matin le réveil étant difficile, c’était donc plutôt l’après midi que j’allais rejoindre mes cousins. Nos activités étaient très variées et nous profitions un maximum de l’été et de son soleil généreux. La pêche était l’une de nos nombreuses occupations. Nous étions pauvres en matériel, mais suffisamment déterminés pour obtenir malgré tout de bons résultats. Notre motivation nous conduisait partout où était répertorié un point d’eau. Nous connaissions toutes les mares de la commune, et de la campagne environnante. Nous savions le type de poissons que nous étions à même de pêcher, suivant l’endroit où nous allions tendre nos lignes.

Le Claireau regorgeait de poissons chats, il était creusé très en profondeur, je pense que c’était une ancienne carrière. Il fallait descendre une allée abrupte pour rejoindre le bord. En surface, il était couvert d’herbes aquatiques, que l’on écartait à l’aide d’un grand bâton, avant de lancer le bouchon.

Le Pont se caractérisait par ses joncs qui poussaient en abondance, et de manière anarchique. On y trouvait une faune abondante, de la libellule en passant par le moustique, ou l’araignée des étangs. Les poules d’eau faisaient leurs nids lorsque que c’était la saison, au milieu des herbes sauvages. Nous évitions de tremper nos pieds nus, car l’endroit pullulait de sangsues, de couleuvres et d’aspics. Une immense colonie de grenouilles coassaient à qui mieux mieux, tandis que les carpeaux, espèce de poissons que l’on pouvait espérer prendre à l’hameçon en ces lieux, sautaient de-ci delà en harmonie, digne des plus beaux ballets aquatiques.

La doue du père Chupin, creusée au milieu d’un pré, située juste en dessous du cimetière, n’était plantée d’aucune végétation, et les parties de pêche se déroulaient en plein soleil. Cependant l’endroit était intéressant car peuplé de poissons rouges. Quelquefois également, des salamandres jaunes et noires mordaient à l’appât. De cette eau boueuse, et marécageuse, souillée par le bétail qui venait s’y abreuver, on pouvait espérer ramener un nombre important d’ides pour, peupler les aquariums, et les bassins d’agrément de nos familles.

Pour se rendre chez le père Supiot, il fallait descendre une route départementale, jusqu’au cimetière puis tourner à gauche, passer devant le Pont précédemment cité, et emprunter un chemin de terre, autrefois appelé chemin creux, qui côtoyait d’abord un champ appartenant à l’exploitant de l’Hermitage, puis qui longeait ensuite des épaisses haies bocagères. Après environ trois cent mètres de marche, il fallait tourner à droite, et enjamber une barrière. La mare n’était pas abritée du soleil, quelques joncs poussaient de manière désordonnée, quelques nénuphars flottaient aussi à la surface de l’eau, mais l’endroit situé en pleine nature était silencieux, et reposant. Les gardons, les tanches, et les perches, peuplaient ce milieu aquatique, et notre pêche était souvent fructueuses. Nous étions souvent entourés de vaches qui s’approchaient quelquefois un peu près, et pour lesquelles je n’avais pas forcément de la sympathie.

Deux autres points d’eau, se disputaient nos faveurs. Le premier creusé à l’entrée d’un bois qui séparait notre commune de la ville voisine, bénéficiait d’une végétation luxuriante. Des grands arbres protégeaient les lieux du soleil, une bonne partie de la journée. Le centre de ce minuscule étang, était pourvu de deux ou trois petits îlots sur lesquels il n’était possible d’accéder qu’à l’aide d’une barque. Le second trou, était  creusé dans un sol argileux, d’où son nom de Terre Jaune. Il fallait pénétrer dans la forêt, et parcourir deux ou trois kilomètres dans l’allée centrale avant d’atteindre notre lieu de pêche, également très prisé des habitants de da la ville.  

Toutes ces mares furent bouchées, dans les années mille neuf cent soixante dix, victimes de l’urbanisme galopant de notre petit village. Un seul endroit est encore épargné de nos jours, mais il n’est plus accessible aux promeneurs, car situé en terrain privé : c’est le trou de la Terre Jaune.



Vivre la simplicité

Au début de ces années soixante, le matérialisme et la consommation de masse n’avaient pas encore révolutionné notre mode de vie, ni pollué nos mentalités.La technologie avançait petit à petit, et le besoin d’améliorer les conditions d’existences était important, mais le revenu des populations ouvrières étant très limité, le modernisme ne s’invitait que très lentement dans les foyers. L’importance du plaisir que l’on ressentait lorsqu’un un projet aboutissait, variait en fonction de la somme de patience dont il avait fallu faire preuve, avant que l’on puisse enfin voir ce projet se réaliser.Les gens ne disposaient d’argent, que pour satisfaire le nécessaire de leurs besoins, et trouvaient largement de quoi s’approvisionner, chez des petits artisans qui constituaient la grosse majorité des implantations commerciales de l’époque. Les achats importants et coûteux qui devaient déterminer l’avenir, était évènementiels , car rarissimes.

Il fallait se rendre à la ville pour trouver une ou deux structures un peu plus importantes, mais on ne parlait pas encore à l’époque, de supermarchés, mais plutôt de grands magasins.

J’avais appris, comme toutes les générations qui m’avaient précédé, à me satisfaire du peu que je possédais et lorsque rarement je me créais des envies, je savais qu’elles étaient très souvent inaccessibles.

Mes camarades et moi, étions tous logés à la même enseigne. Le milieu modeste dans lequel nous vivions, ne nous permettait pas de posséder un grand nombre de jouets, ce qui laissait à l’heure de jouir de nos distractions favorites, une part belle à la créativité, et à l’évidence personne ne souffrait de cet état de fait.

Presque tout était à inventer ou à fabriquer. C’est ainsi que des branches d’un arbrisseau, naissaient, un arc et ses flèches, que d’un morceau de sureau nous réalisions une sorte de sarbacane, ou qu’une longue planchette de bois façonnée à notre convenance faisait office d’épée, dans nos combats de chevaliers.

Ces activités de plein air étaient synonymes d’évasion, et le moyen de retrouver le meilleur de cette enfance brisée, dont il m’était impossible de recoller les morceaux. J’appréciais particulièrement ces longues promenades à travers bois et champs qui s’effectuaient parfois sur une dizaine de kilomètres et toujours en compagnie de mes fidèles, parmi lesquels mes deux cousins, témoins de bien des tourments de ma vie.

Méditations

La machine a gagné l’homme, l’homme s’est fait machine, fonctionne et ne vit plus.

Dans une société qui devient de plus en plus matérialiste, le confesseur ce n’est plus le prêtre, le confesseur c’est le médecin.

Si la loi du matérialisme était la vraie loi, tout serait éclairci. Le pourquoi la vie, serait ramené au comment la vie.

 



Etre ou ne pas être

On devient ce que l’on est, et cela sans même le vouloir, et malgré toute volonté adverse. De par mon éducation, j’avais appris à me méfier des minorités et des différences, aussi m’était-il pénible de constater que beaucoup de mes traits de caractères, ne semblaient pas coller avec les préceptes établis par cette société dans laquelle j’avais tant de mal à trouver ma place. Le conflit interne que provoquait en moi cette situation inconfortable ne faisait qu’aggraver ma névrose, mais je n’avais pas le caractère suffisamment trempé pour assumer et affirmer ma personnalité. Je m’efforçais donc par tous les moyens et ceci malgré les contraintes, les vexations et les humiliations, d’adapter mes attitudes aux convenances et aux règles de bienséances, telles que notre civilisation moderne voulait bien nous les enseigner.Cette impression de culpabilité au regard du monde, m’incitait donc à me rallier à la majorité, mais aussi à rechercher dans le renoncement, la paix et l’équilibre de l’esprit, indubitablement au détriment de mon épanouissement intellectuel et affectif.C’est ainsi que je développais un sentiment d’infériorité, qui au fil du temps ne faisait que s’aggraver, et qui engendrait forcement une perte totale de confiance en moi. Ma timidité me poussait à l’écart des tempéraments autoritaires ou agressifs, et de toutes les situations d’extrêmes tensions. Je fuyais la violence qui me paralysait de peur, et face à laquelle j’étais incapable de me défendre. Je détestais être l’acteur, préférant de loin le rôle du spectateur.

La vie m’avait fait mûrir un peu trop vite et la manière un peu décalée avec laquelle j’appréhendais les évènements influait sur les relations que j’entretenais avec mes camarades. La plupart d’entre eux, n’avaient de soucis que leur jeunesse. Ils ne se préoccupaient guère que de jouer et dépenser leur énergie, et j’étais un peu jaloux de cette insouciance. Je n’aimais pas les jeux collectifs, encore moins les jeux de contacts. Cette spécificité au sein d’un groupe essentiellement masculin ne facilitait pas mon intégration et ne faisait qu’accentuer mes différences. En dehors de quelques spécimens qui se faisaient un plaisir de me railler et par la même occasion de me blesser, la majorité de mes copains se fichaient éperdument de qui j’étais et de ce que je faisais. J’étais le seul à réellement souffrir de ma situation.

 

Extrait du livre de mes mémoires

(La vie n’était pas que synonyme de souffrance : Souvenirs nostalgiques de petits moments de bonheur)

J’avais quitté la cour des petits, et j’étudiais non sans fierté désormais à l’école des grands. L’établissement n’était constitué que d’une seule et unique pièce située à l’arrière de la mairie Elle était séparée en deux par une cloison. D’un côté une maîtresse enseignait aux plus jeunes et de l’autre une enseignante était responsable des cm2 et fins d’études (année du certificat). Pour rentrer dans notre classe nous devions impérativement passer par la salle des grands et je me souviens que le mur de séparation n’était pas toujours efficace, car on entendait parfois les élèves ou leur maîtresse en train de s’agiter, d’une pièce à l’autre.

Nous avions débuté l’étude de la Gaule et de ses habitants les gaulois. Les manières d’enseigner l’histoire de France, étaient limitées aux faibles moyens dont disposaient les éducateurs. Il n’y avait aucun des procédés audiovisuels contemporains. Notre maîtresse n’avait en sa possession que des dessins sur panneaux, qui représentaient des scènes de batailles, des scènes de villages, ou des illustrations remémorant un événement précis dont la date était inscrite dans les livres. J’adorais cette heure de cours, où les élèves étaient invités à commenter l’image présentée devant leurs yeux. Il s’agissait de raconter les individus, leur façon de s’habiller ou de travailler. Il fallait décrire les habitations les outils, les armes et toutes les spécificités qui marquaient le siècle précisément étudié. Cette méthode d’éducation faisait énormément appel à l’imagination des enfants et le cours valait le récit d’un bon livre d’aventure.

L’heure de lecture était aussi un moment privilégié. Avec mon camarade Jean-Noël, nous nous partagions notre bureau et notre livre. A tour de rôle la maîtresse faisait lire les élèves à haute voix, un paragraphe chacun, et de semaines en semaines nous découvrions par épisodes, les aventures de Bridinette en vacances à la campagne. Il fallait disposer le bouquin au milieu de la table et éviter de parcourir les pages avec son doigt. Un jour qu’une innocente petite mouche s’était posée sur notre bureau, nous avions détourner le regard de notre texte, pour contempler l’insecte faisant la toilette de ses ailes. Je ne sais pas pourquoi la scène nous avait tant amusés, mais nous étions complètement écroulés sur notre table essayant tant bien que mal d’étouffer nos éclats de rire et bien sûr lorsque vint notre tour de lecture, il y avait belle lurette que nous avions perdu le cour de l’histoire. Notre punition fut de copier plusieurs fois le chapitre du jour, mais rien n’aurait pu nous faire regretter le plaisir que nous venions de prendre.

 



Complicité retrouvée

Le retour de la belle saison, annonçait le renouveau des activités de plein air, et la fin de cette période de claustration et d’engourdissement que le froid et les longues nuits d’hivers avaient naturellement imposée dans les chaumières.Signe de bonne santé mentale, mon père s’adonnait de plus en plus à ses deux passions favorites, le jardin et la pêche. Deux principales occupations qui lui remplissaient ses samedis et que j’aimais partager avec lui autant de fois qu’il me permettait de le faire.

L’ombre de ma mère planait toujours sur nos esprits. Toujours sur la défensive, il préférait garder le silence plutôt que de risquer d’engager la conversation sur des sujets, qu’il ne voulait pas me voir aborder. Il gardait secrètes ses pensées intimes, et il me laissait volontiers, gérer mes propres blessures.

Point besoin cependant d’élans affectifs, ou de longs discours, un simple geste ou un simple regard de sa part suffisaient pour que je mesure parfaitement, la charge d’amour paternel, qu’il avait de renfermée en lui.

Cette complicité aussi rare que précieuse, me procuraient un bonheur incommensurable, et je vivais ces moments d’autant plus intensément, que je les savais regrettablement éphémères.

Nous étions dans une période de convalescence, et la fragilité de nos rapports ne demandait qu’à être consolider.

L’annonce d’une autre tragédie, en décida autrement. Le spectre de la mort plana de nouveau sur nos tête, ramenant avec lui son cortège de nuages et de mauvais jours.

La victime de cette infamie n’avait pas trente cinq ans, et mon père encaissa de plein fouet la terrible nouvelle, alors que nous étions en train de déjeuner. Son ami venait de nous quitter, emporté par le cancer, maladie dont la simple évocation du nom provoquait en moi une réaction émotionnelle tellement intense, qu’elle me faisait trembler d’effroi.

J’avais entendu des bribes d’une conversation entre mon père et l’annonciateur de ce décès, alors qu’ils parlaient des derniers instants du défunt. Cet entretien dont j’avais été le témoin, me rappelait l’enfer que j’avais récemment traversé, et des images effroyables défilèrent dans ma tête une partie de la nuit suivante. Les crises d’angoisses et les insomnies dont j’étais régulièrement sujet, ne mirent pas bien longtemps a détruire l’équilibre précaire que j’avais réussi à retrouver. Aux différents troubles psychologiques qui perturbaient ma vie, s’ajoutait désormais la peur et la hantise de la maladie.

Mon père avait noyé son chagrin dans la boisson et son état d’ébriété ce jour là l’aida à sortir de sa réserve habituelle pour exprimer enfin par des mots, toute la colère qui était en lui. Très vite après cette nouvelle épreuve, il se réfugia de nouveau dans le silence.

Extrait du livre de mes mémoires

( il  suffit de presque rien pour être heureux et de simples mots pour exprimer le bonheur)

Son ami malade, mon père ne sortait plus guère. Il s’occupait toujours avec autant d’entrain de son jardin, du samedi matin jusqu’au samedi soir, mais le dimanche après midi il restait en général à la maison, regarder la télévision..

Quand il faisait beau, nous allions parfois jusqu’à la ville, à pied à travers les bois, rendre visite à son oncle et parrain, André Gautier.

Lorsque le potager ne réclamait pas sa présence, il partait à la pêche au bord de l’étang et il m’emmenait quand je n’avais pas classe. Je n’aimais pas voir grand-mère étriper les poissons, l’odeur m’incommodait un peu. D’ailleurs je n’aimais pas manger cette friture pleine d’arêtes, ayant de plus un fort goût de vase.

Au printemps nous allions ramasser des pissenlits dans les prés avant qu’ils ne fleurissent. C’était une plante qui se coupait pour être mangée en salade avec une sauce moutarde, un vrai régal pour les papilles.

La fin de l’été annonçait la période de la cueillette des champignons, nous avions appris à reconnaître les variétés comestibles que l’on pouvait ramasser dans les champs, nous évitions ceux qui poussaient à l’orée des bois.

Ce que j’aimais par dessus tout c’était d’aller à la chasse aux escargots. Lorsque les gastéropodes sortaient de leur cachette après les pluies d’orages, nous écartions à l’aide d’un bâton, les hautes herbes des fossés ou les ronces au pied des vieux murs et là en général la récolte était bonne. Nous transportions notre butin dans le vivier à poissons avant de mettre les colimaçons à jeûner dans une bassine couverte pour les déguster quelques jours plus tard.



Richesse

Je ne comprenais pas les instances religieuses quand elles nous parlaient des bons ou des mauvais chrétiens . Pourquoi s’attachaient-elles à menacer les gens d’un châtiment éternel en cas de mauvaise conduite, et sur quel critère pouvaient-elles s’appuyer pour dire d’un comportement qu’il était répréhensible ?Cette théorie du mal et du bien me rendait mal à l’aise et je ressentais une profonde hostilité envers cette société conservatrice et moralisatrice, qu’une telle manière de penser pouvait engendrer.Il y avait les hommes d’églises avec leurs forces et leurs faiblesses, je pouvais les admirer ou les détester. Leurs discours ne relevaient pas de la science infuse, et j’étais persuadé qu’ils ne détenaient pas obligatoirement la vérité. C’était des humains, et l’erreur par définition était humaine. Pour quelles raisons portaient-ils des jugements puisque le Christ lui même demandait de ne pas juger ?

Les livres m’avaient également beaucoup appris à me méfier. L’obscurantisme et l’intégrisme qui avaient permis et permettaient encore, au christianisme de dominer les foules, avaient provoqué et provoquaient encore bien des souffrances, au sein des populations.

Le plus important c’était d’être honnête envers soi-même, mais aussi envers les autres. La foi qui m’habitait l’esprit, ne me rendait certes pas heureux, mais me donnait l’espérance, et une raison suffisante de poursuivre ma route, malgré les noirceurs de la vie. Le très haut était à l’époque mon seul véritable interlocuteur et ami, il ne me pardonnait pas, ne me condamnait pas, il savait qui j’étais et il m’aimait. C’était ma seule et unique thérapie et sans elle je ne saurais peut-être plus aujourd’hui de ce monde. Il m’avait pris ma mère, mais en échange il m’avait fait le don d’une richesse intérieure que n’importe quelle autres richesses ne pouvaient remplacer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

(Portrait de notre curé de campagne)

L’abbé, arrivé dans la commune en août mille neuf cent soixante et un, allait faire évoluer petit à petit les mentalités en apportant des idées nouvelles sur la façon d’occuper ses loisirs, en proposant à ses paroissiens, diverses activités, qui permirent au gens de développer une certaine créativité. Notre prêtre, donna à sa bourgade le dynamisme qui lui manquait, il fit sortir les gens de leurs chaumières et fit naître la modernité au sein de notre petite communauté. Ce modeste curé de campagne n’avait pourtant pas que des qualités. Au premier abord, il ne paraissait pas très sympathique, et ses discours n’étaient pas à se tordre de rire. Il avait souvent le visage fermé et il souriait assez peu. Il avait été formé à l’ancienne école et attachait une importance capitale à l’honnêteté et à la droiture. Il ne voyais pas de bon œil la mixité entre garçons et filles, et nous répétait sans cesse, lorsqu’il nous recevait à confesse, de ne jamais céder à la tentation. Comme nos parents ne nous avaient jamais parlé des problèmes de sexes, nous comprenions à peine ce qu’il voulait nous dire, lorsqu’il nous faisait la morale. Il voyait le mal un peu partout et préférait ne s’entourer que de la compagnie des garçons au détriment de celle des filles, demoiselles qu’il confiait plus volontiers à la compétence de ses consœurs, nos trois religieuses.

Il était très sectaire, et n’appréciait pas beaucoup les gens qui ne fréquentaient pas son église.

Sa première grande préoccupation, fut d’occuper les garçons, le jeudi après-midi. Il nous regroupait sur le parvis de l’église et nous partions deux par deux en balade dans les bois. Il nous apprenait l’histoire de la forêt, comment vivaient et mouraient les arbres. Il nous faisait découvrir les différences espèces de végétaux et d’insectes, et nous initiait à la géologie en ramassant les cailloux qu’il trouvait un peu partout. Il aimait bien aussi partir plusieurs jours. Il emmenait les garçons un peu plus âgés que nous sur leurs bicyclettes, et tout ce petit monde partait camper pour apprendre à se débrouiller avec le minimum de matériel, mais avec le maximum d’ingéniosité, de la même manière que les scouts l’auraient fait. Il avait recruté un grand nombre d’enfants de cœur, les uns étaient chargés de servir la messe et les autres portaient la responsabilité de faire tintinnabuler les cloches, qui n’étaient pas encore électrifiées. En tirant sur les cordes de plus en plus vite et de plus en plus fort, on actionnait le mouvement de balancier des trois gros carillons jusqu’à les faire sonner à toute volet. Lorsque la corde était tirée, il fallait la lâcher avant de la faire redescendre à nouveau, si non on s’envolait jusqu’au plafond emporté par l’élan. A Noël, il nous faisait participer pleinement à la réalisation de l’immense crèche, que nous installions dans l’une des deux chapelles. Il fallait aller chercher dans les bois, des branches de houx. On choisissait celles qui étaient couvertes de boules rouges, elles étaient beaucoup plus jolies. Il fallait aussi ramené une quantité importante de mousse, plusieurs jours à l’avance pour qu’elle puisse sécher. De la sacristie, on ramenait les tréteaux et les planches de bois pour constituer le plancher. Le plus difficile c’était la fabrication de la grotte avec les immenses feuilles de papier crèche soigneusement rangée d’une année sur l’autre, et qu’il fallait déplier dans l’allée centrale de l’église puis ensuite leur donner la forme souhaitée pour que la cavité ainsi crée, est bien l’allure d’une grotte.

La catéchèse était avec lui, un moment de plaisir, car en même temps qu’il nous instruisait sur l’histoire religieuse, il documentait et illustrait le plus souvent possibles ses explications. Il nous montrait d’après des gravures les outils que les juifs utilisaient au temps du Christ, et leur façon de les utiliser. Il nous expliquait de quelle manière les hébreux occupaient leurs instants, en dehors du travail. Il dissertait sur leur habitude de s’habiller ou de manger, de leurs us et coutumes et de leur religion qui était la base de nos propres croyances catholiques. L’occupation Romaine et l’oppression que les compatriotes de notre seigneur subissaient par les troupes d’invasion, faisaient aussi partie des explications nécessaires et fort intéressantes que notre curé souhaitait nous donner pour que nous puissions bien comprendre les évangiles qui faisaient souvent référence à l’histoire et aux évènements que les auteurs de ces écrits avaient vécus.



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