Honte et forfaiture

A cette époque, dans le milieu ouvrier, il fallait travailler énormément pour ne pas gagner beaucoup d’argent. C’est ainsi que mon père trimait, dix heures par jour dans une usine qui employait un grand nombre des habitants du bourg. Le milieu agricole était également fortement représenté au sein de la population. Des métiers difficiles et harassants qui ne laissaient que très peu d’espace, au temps libre. Les distractions étaient d’ailleurs assez rares et le plus souvent collectives. La religion occupait une place prédominante dans notre communauté, et sa doctrine enseignée dès le plus jeune âge, influait profondément sur le comportement et la mentalité des villageois.

Le temps  s’écoulait doucement, mais sûrement. Au gré du calendrier, les fêtes religieuses et dans une moindre mesure, les manifestations organisées par la commune, rythmaient nos vies, sans grande originalité.

Nous formions une importante famille, respectueuse d’une règle de conduite héritée des us et coutumes ancestraux, et quiconque dérogeait à cette règle, rentrait irrémédiablement en dissidence.

Mon père et ma grand-mère, faisaient partie de cette minorité de personnes qui n’allaient pas à la messe et qui ayant leurs enfants scolarisés dans une école laïque, ne se sentaient pas obligés de participer aux kermesses et autres rassemblements organisés au bénéfice de l’école catholique. Je n’allais à l’église et au catéchisme, que parce que maman l’avait exigé de mon père, et il tenait sa promesse.

Ces séances de variétés, ventes aux enchères et autres réunions festives se succédaient à cadences régulières et me donnaient l’opportunité de sortir de mon isolement.

Nous formions avec mon père et ma grand-mère, une famille bancale et j’avais honte de cette singulière situation, comme si nous étions coupables d’une quelconque forfaiture.

Papa et mon aïeule, ne m’accompagnant jamais, je préférais finalement cette absence et cette discrétion, plutôt que le poids des regards et seul j’avais l’impression de ne pas exister, de passer totalement inaperçu.

J’observais non sans mélancolie et non sans une certaine jalousie, ces familles réunies pour l’occasion qui reflétaient l’image du bonheur perdu, de ma prime enfance.

Je restais dans mon coin à ne pas comprendre, et à m’interroger sur le mal que j’avais bien pu faire pour avoir été si durement sanctionné par le destin.

 

 images1.jpeg

 Poème

Le livre de la vie est le livre suprême
Qu’on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix,
Le passage attachant ne s’y lit pas deux fois ;
Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même :
On voudrait revenir à la page où l’on aime,
Et la page où l’on meurt est déjà sous nos doigts !

 

Lamartine



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie