Richesse

Je ne comprenais pas les instances religieuses quand elles nous parlaient des bons ou des mauvais chrétiens . Pourquoi s’attachaient-elles à menacer les gens d’un châtiment éternel en cas de mauvaise conduite, et sur quel critère pouvaient-elles s’appuyer pour dire d’un comportement qu’il était répréhensible ?Cette théorie du mal et du bien me rendait mal à l’aise et je ressentais une profonde hostilité envers cette société conservatrice et moralisatrice, qu’une telle manière de penser pouvait engendrer.Il y avait les hommes d’églises avec leurs forces et leurs faiblesses, je pouvais les admirer ou les détester. Leurs discours ne relevaient pas de la science infuse, et j’étais persuadé qu’ils ne détenaient pas obligatoirement la vérité. C’était des humains, et l’erreur par définition était humaine. Pour quelles raisons portaient-ils des jugements puisque le Christ lui même demandait de ne pas juger ?

Les livres m’avaient également beaucoup appris à me méfier. L’obscurantisme et l’intégrisme qui avaient permis et permettaient encore, au christianisme de dominer les foules, avaient provoqué et provoquaient encore bien des souffrances, au sein des populations.

Le plus important c’était d’être honnête envers soi-même, mais aussi envers les autres. La foi qui m’habitait l’esprit, ne me rendait certes pas heureux, mais me donnait l’espérance, et une raison suffisante de poursuivre ma route, malgré les noirceurs de la vie. Le très haut était à l’époque mon seul véritable interlocuteur et ami, il ne me pardonnait pas, ne me condamnait pas, il savait qui j’étais et il m’aimait. C’était ma seule et unique thérapie et sans elle je ne saurais peut-être plus aujourd’hui de ce monde. Il m’avait pris ma mère, mais en échange il m’avait fait le don d’une richesse intérieure que n’importe quelle autres richesses ne pouvaient remplacer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

(Portrait de notre curé de campagne)

L’abbé, arrivé dans la commune en août mille neuf cent soixante et un, allait faire évoluer petit à petit les mentalités en apportant des idées nouvelles sur la façon d’occuper ses loisirs, en proposant à ses paroissiens, diverses activités, qui permirent au gens de développer une certaine créativité. Notre prêtre, donna à sa bourgade le dynamisme qui lui manquait, il fit sortir les gens de leurs chaumières et fit naître la modernité au sein de notre petite communauté. Ce modeste curé de campagne n’avait pourtant pas que des qualités. Au premier abord, il ne paraissait pas très sympathique, et ses discours n’étaient pas à se tordre de rire. Il avait souvent le visage fermé et il souriait assez peu. Il avait été formé à l’ancienne école et attachait une importance capitale à l’honnêteté et à la droiture. Il ne voyais pas de bon œil la mixité entre garçons et filles, et nous répétait sans cesse, lorsqu’il nous recevait à confesse, de ne jamais céder à la tentation. Comme nos parents ne nous avaient jamais parlé des problèmes de sexes, nous comprenions à peine ce qu’il voulait nous dire, lorsqu’il nous faisait la morale. Il voyait le mal un peu partout et préférait ne s’entourer que de la compagnie des garçons au détriment de celle des filles, demoiselles qu’il confiait plus volontiers à la compétence de ses consœurs, nos trois religieuses.

Il était très sectaire, et n’appréciait pas beaucoup les gens qui ne fréquentaient pas son église.

Sa première grande préoccupation, fut d’occuper les garçons, le jeudi après-midi. Il nous regroupait sur le parvis de l’église et nous partions deux par deux en balade dans les bois. Il nous apprenait l’histoire de la forêt, comment vivaient et mouraient les arbres. Il nous faisait découvrir les différences espèces de végétaux et d’insectes, et nous initiait à la géologie en ramassant les cailloux qu’il trouvait un peu partout. Il aimait bien aussi partir plusieurs jours. Il emmenait les garçons un peu plus âgés que nous sur leurs bicyclettes, et tout ce petit monde partait camper pour apprendre à se débrouiller avec le minimum de matériel, mais avec le maximum d’ingéniosité, de la même manière que les scouts l’auraient fait. Il avait recruté un grand nombre d’enfants de cœur, les uns étaient chargés de servir la messe et les autres portaient la responsabilité de faire tintinnabuler les cloches, qui n’étaient pas encore électrifiées. En tirant sur les cordes de plus en plus vite et de plus en plus fort, on actionnait le mouvement de balancier des trois gros carillons jusqu’à les faire sonner à toute volet. Lorsque la corde était tirée, il fallait la lâcher avant de la faire redescendre à nouveau, si non on s’envolait jusqu’au plafond emporté par l’élan. A Noël, il nous faisait participer pleinement à la réalisation de l’immense crèche, que nous installions dans l’une des deux chapelles. Il fallait aller chercher dans les bois, des branches de houx. On choisissait celles qui étaient couvertes de boules rouges, elles étaient beaucoup plus jolies. Il fallait aussi ramené une quantité importante de mousse, plusieurs jours à l’avance pour qu’elle puisse sécher. De la sacristie, on ramenait les tréteaux et les planches de bois pour constituer le plancher. Le plus difficile c’était la fabrication de la grotte avec les immenses feuilles de papier crèche soigneusement rangée d’une année sur l’autre, et qu’il fallait déplier dans l’allée centrale de l’église puis ensuite leur donner la forme souhaitée pour que la cavité ainsi crée, est bien l’allure d’une grotte.

La catéchèse était avec lui, un moment de plaisir, car en même temps qu’il nous instruisait sur l’histoire religieuse, il documentait et illustrait le plus souvent possibles ses explications. Il nous montrait d’après des gravures les outils que les juifs utilisaient au temps du Christ, et leur façon de les utiliser. Il nous expliquait de quelle manière les hébreux occupaient leurs instants, en dehors du travail. Il dissertait sur leur habitude de s’habiller ou de manger, de leurs us et coutumes et de leur religion qui était la base de nos propres croyances catholiques. L’occupation Romaine et l’oppression que les compatriotes de notre seigneur subissaient par les troupes d’invasion, faisaient aussi partie des explications nécessaires et fort intéressantes que notre curé souhaitait nous donner pour que nous puissions bien comprendre les évangiles qui faisaient souvent référence à l’histoire et aux évènements que les auteurs de ces écrits avaient vécus.



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