Complicité retrouvée

Le retour de la belle saison, annonçait le renouveau des activités de plein air, et la fin de cette période de claustration et d’engourdissement que le froid et les longues nuits d’hivers avaient naturellement imposée dans les chaumières.Signe de bonne santé mentale, mon père s’adonnait de plus en plus à ses deux passions favorites, le jardin et la pêche. Deux principales occupations qui lui remplissaient ses samedis et que j’aimais partager avec lui autant de fois qu’il me permettait de le faire.

L’ombre de ma mère planait toujours sur nos esprits. Toujours sur la défensive, il préférait garder le silence plutôt que de risquer d’engager la conversation sur des sujets, qu’il ne voulait pas me voir aborder. Il gardait secrètes ses pensées intimes, et il me laissait volontiers, gérer mes propres blessures.

Point besoin cependant d’élans affectifs, ou de longs discours, un simple geste ou un simple regard de sa part suffisaient pour que je mesure parfaitement, la charge d’amour paternel, qu’il avait de renfermée en lui.

Cette complicité aussi rare que précieuse, me procuraient un bonheur incommensurable, et je vivais ces moments d’autant plus intensément, que je les savais regrettablement éphémères.

Nous étions dans une période de convalescence, et la fragilité de nos rapports ne demandait qu’à être consolider.

L’annonce d’une autre tragédie, en décida autrement. Le spectre de la mort plana de nouveau sur nos tête, ramenant avec lui son cortège de nuages et de mauvais jours.

La victime de cette infamie n’avait pas trente cinq ans, et mon père encaissa de plein fouet la terrible nouvelle, alors que nous étions en train de déjeuner. Son ami venait de nous quitter, emporté par le cancer, maladie dont la simple évocation du nom provoquait en moi une réaction émotionnelle tellement intense, qu’elle me faisait trembler d’effroi.

J’avais entendu des bribes d’une conversation entre mon père et l’annonciateur de ce décès, alors qu’ils parlaient des derniers instants du défunt. Cet entretien dont j’avais été le témoin, me rappelait l’enfer que j’avais récemment traversé, et des images effroyables défilèrent dans ma tête une partie de la nuit suivante. Les crises d’angoisses et les insomnies dont j’étais régulièrement sujet, ne mirent pas bien longtemps a détruire l’équilibre précaire que j’avais réussi à retrouver. Aux différents troubles psychologiques qui perturbaient ma vie, s’ajoutait désormais la peur et la hantise de la maladie.

Mon père avait noyé son chagrin dans la boisson et son état d’ébriété ce jour là l’aida à sortir de sa réserve habituelle pour exprimer enfin par des mots, toute la colère qui était en lui. Très vite après cette nouvelle épreuve, il se réfugia de nouveau dans le silence.

Extrait du livre de mes mémoires

( il  suffit de presque rien pour être heureux et de simples mots pour exprimer le bonheur)

Son ami malade, mon père ne sortait plus guère. Il s’occupait toujours avec autant d’entrain de son jardin, du samedi matin jusqu’au samedi soir, mais le dimanche après midi il restait en général à la maison, regarder la télévision..

Quand il faisait beau, nous allions parfois jusqu’à la ville, à pied à travers les bois, rendre visite à son oncle et parrain, André Gautier.

Lorsque le potager ne réclamait pas sa présence, il partait à la pêche au bord de l’étang et il m’emmenait quand je n’avais pas classe. Je n’aimais pas voir grand-mère étriper les poissons, l’odeur m’incommodait un peu. D’ailleurs je n’aimais pas manger cette friture pleine d’arêtes, ayant de plus un fort goût de vase.

Au printemps nous allions ramasser des pissenlits dans les prés avant qu’ils ne fleurissent. C’était une plante qui se coupait pour être mangée en salade avec une sauce moutarde, un vrai régal pour les papilles.

La fin de l’été annonçait la période de la cueillette des champignons, nous avions appris à reconnaître les variétés comestibles que l’on pouvait ramasser dans les champs, nous évitions ceux qui poussaient à l’orée des bois.

Ce que j’aimais par dessus tout c’était d’aller à la chasse aux escargots. Lorsque les gastéropodes sortaient de leur cachette après les pluies d’orages, nous écartions à l’aide d’un bâton, les hautes herbes des fossés ou les ronces au pied des vieux murs et là en général la récolte était bonne. Nous transportions notre butin dans le vivier à poissons avant de mettre les colimaçons à jeûner dans une bassine couverte pour les déguster quelques jours plus tard.



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