Réminiscence

Extrait du livre de mes mémoires

(Souvenirs champêtres, ou hommage rendu à un paysage disparu)

En ce mois de juillet, il était temps pour moi de profiter d’une réelle liberté, nouvellement acquise, grâce à mon père, qui m’autorisait désormais à sortir de la maison à condition de rentrer à l’heure des repas. Le matin le réveil étant difficile, c’était donc plutôt l’après midi que j’allais rejoindre mes cousins. Nos activités étaient très variées et nous profitions un maximum de l’été et de son soleil généreux. La pêche était l’une de nos nombreuses occupations. Nous étions pauvres en matériel, mais suffisamment déterminés pour obtenir malgré tout de bons résultats. Notre motivation nous conduisait partout où était répertorié un point d’eau. Nous connaissions toutes les mares de la commune, et de la campagne environnante. Nous savions le type de poissons que nous étions à même de pêcher, suivant l’endroit où nous allions tendre nos lignes.

Le Claireau regorgeait de poissons chats, il était creusé très en profondeur, je pense que c’était une ancienne carrière. Il fallait descendre une allée abrupte pour rejoindre le bord. En surface, il était couvert d’herbes aquatiques, que l’on écartait à l’aide d’un grand bâton, avant de lancer le bouchon.

Le Pont se caractérisait par ses joncs qui poussaient en abondance, et de manière anarchique. On y trouvait une faune abondante, de la libellule en passant par le moustique, ou l’araignée des étangs. Les poules d’eau faisaient leurs nids lorsque que c’était la saison, au milieu des herbes sauvages. Nous évitions de tremper nos pieds nus, car l’endroit pullulait de sangsues, de couleuvres et d’aspics. Une immense colonie de grenouilles coassaient à qui mieux mieux, tandis que les carpeaux, espèce de poissons que l’on pouvait espérer prendre à l’hameçon en ces lieux, sautaient de-ci delà en harmonie, digne des plus beaux ballets aquatiques.

La doue du père Chupin, creusée au milieu d’un pré, située juste en dessous du cimetière, n’était plantée d’aucune végétation, et les parties de pêche se déroulaient en plein soleil. Cependant l’endroit était intéressant car peuplé de poissons rouges. Quelquefois également, des salamandres jaunes et noires mordaient à l’appât. De cette eau boueuse, et marécageuse, souillée par le bétail qui venait s’y abreuver, on pouvait espérer ramener un nombre important d’ides pour, peupler les aquariums, et les bassins d’agrément de nos familles.

Pour se rendre chez le père Supiot, il fallait descendre une route départementale, jusqu’au cimetière puis tourner à gauche, passer devant le Pont précédemment cité, et emprunter un chemin de terre, autrefois appelé chemin creux, qui côtoyait d’abord un champ appartenant à l’exploitant de l’Hermitage, puis qui longeait ensuite des épaisses haies bocagères. Après environ trois cent mètres de marche, il fallait tourner à droite, et enjamber une barrière. La mare n’était pas abritée du soleil, quelques joncs poussaient de manière désordonnée, quelques nénuphars flottaient aussi à la surface de l’eau, mais l’endroit situé en pleine nature était silencieux, et reposant. Les gardons, les tanches, et les perches, peuplaient ce milieu aquatique, et notre pêche était souvent fructueuses. Nous étions souvent entourés de vaches qui s’approchaient quelquefois un peu près, et pour lesquelles je n’avais pas forcément de la sympathie.

Deux autres points d’eau, se disputaient nos faveurs. Le premier creusé à l’entrée d’un bois qui séparait notre commune de la ville voisine, bénéficiait d’une végétation luxuriante. Des grands arbres protégeaient les lieux du soleil, une bonne partie de la journée. Le centre de ce minuscule étang, était pourvu de deux ou trois petits îlots sur lesquels il n’était possible d’accéder qu’à l’aide d’une barque. Le second trou, était  creusé dans un sol argileux, d’où son nom de Terre Jaune. Il fallait pénétrer dans la forêt, et parcourir deux ou trois kilomètres dans l’allée centrale avant d’atteindre notre lieu de pêche, également très prisé des habitants de da la ville.  

Toutes ces mares furent bouchées, dans les années mille neuf cent soixante dix, victimes de l’urbanisme galopant de notre petit village. Un seul endroit est encore épargné de nos jours, mais il n’est plus accessible aux promeneurs, car situé en terrain privé : c’est le trou de la Terre Jaune.



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie