Païens et Chrétiens

La loi de mille neuf cent cinq relative à la séparation des religions et de l’état avait certes affaibli l’influence politique de l’église au sein des gouvernements successifs, mais le clergé usait toujours de son autorité morale sur une population qui lui était restée largement fidèle.

Les us et coutumes de notre village s’inspiraient donc directement de cette éthique, et nous menions notre existence au rythme des différentes célébrations de fêtes religieuses, qui s’inscrivaient dans un ordre précisément dicté par notre calendrier grégorien.

Beaucoup de ces manifestations revêtaient un caractère majestueux, et mobilisaient les croyants aussi bien que les non croyants, certaines pratiques culturelles ayant été associées au fil du temps à ces manifestations.

La tradition par exemple voulait que les familles fleurissent la tombe de leurs chers disparus, le jour des Rameaux, et celui de la Toussaint. C’est ainsi que mon père pourtant fortement laïcisé, ne dérogeait pas à la règle, et ne manquait jamais de déposer des fleurs sur la sépulture de ma mère ce jours là. Je considérais cette démarche comme un signe de grand respect envers cette foi profonde que maman avait manifestée, sa vie durant, et c’était l’une des raisons pour lesquelles j’aimais tellement papa.

Solennité ne voulait pas dire faste. Pas de magasins regorgeant de victuailles, pas de décorations clinquantes, ni d’illuminations mirifiques dans les rues, Noël se préparait discrètement et humblement sous le toit des chaumières. C’était pourtant l’une des fêtes qui rassemblaient le plus de déterminations, chacun s’attachant autour du curé de sa paroisse, à transmettre aux enfants, les valeurs traditionnelles, héritées des générations passées.

Suivant sa propre assurance, mon père gardait toujours ses distances envers la religion, et la nativité du Christ le laissait indifférent. Il n’était cependant pas homme à critiquer les opinions d’autrui, et sa manière à lui de considérer mes convictions s’était de participer à la décoration du houx qui nous allions chercher dans les bois ou c’était alors que j’étais encore petit, de fabriquer la crèche avant de m’en faire la surprise à mon retour de l’école. Aussi simples soient-elles, ces intentions valaient un long discours, car elle était pour moi la preuve irréfutable de l’attachement d’un père à son fils.

Extrait du livre de mes mémoires

(Pratiques religieuses et rites populaires étaient souvent liés.)

La fête de Pâques était pour les femmes l’occasion de faire un grand ménage. Les meubles, les parquets et les escaliers, étaient cirés. Les rideaux des fenêtres étaient décrochés et lavés à grandes eaux. Les armoires étaient vidées et triées de leur linge. Et puis on sortait les tenues de printemps, culottes courtes et petites socquettes pour les garçons, jupes plissées et petits chemisiers pour les filles. Cette habitude de vie correspondait aux besoins que les gens avaient de sortir de la morosité de l’hiver et c’était une manière de fêter le retour des beaux jours. L’après-midi du vendredi saint, concordait toujours avec les vacances scolaires, aussi, tous les enfants assistaient au chemin de croix. Le prêtre relatait les derniers instants de la vie du Christ, de son arrestation à sa crucifixion, jusqu’à l’instant précis de son décès. Le carillon n’appelait pas les chrétiens à l’office, par respect pour notre seigneur, mort pour avoir voulu sauver l’humanité. On racontait aux petits enfants que les cloches s’étaient envolées pour Rome et qu’elles reviendraient le dimanche de la résurrection pour semer dans les jardins de leurs parents œufs et poules en chocolat qu’il leur faudrait rechercher pour mériter de les manger. Les patrons des usines donnaient l’autorisation aux ouvriers d’assister à la messe, aussi l’église était toujours pleine ce vendredi là, car Pâques était après Noël la plus grande fête chrétienne à célébrer. Le dimanche à minuit précise, une cérémonie religieuse invitait les fidèles a venir fêter le Christ ressuscité. Je n’étais pas autorisé à assister à cet office, il me fallait attendre le dimanche matin pour participer à la grand messe. Une ou deux fois mes parents avaient cachés les œufs dans le jardin, ensuite cette coutume avait été abandonné par mon père, qui l’avait trouvé sans intérêt après la disparition de sa femme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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