Une société nouvelle en marche

Il existait deux écoles dans notre village, l’école privée, en grande majorité fréquentée par les filles, et l’école publique réservée aux garçons. Cependant quelques filles fréquentaient l’école des garçons, et quelques garçons fréquentaient l’école des filles, suivant les convictions religieuses radicales des parents pour les uns, ou l’athéisme pur et dur de leurs ascendants pour les autres .

Hormis la très officielle et très brève distribution des prix en fin d’année, planifiée à un moment où les pères étaient au travail, et la commémoration de l’armistice du onze novembre mille neuf cent dix huit, qui n’impliquait que les élèves, l’école publique n’organisait jamais de manifestations qui rassemblent les familles.

Par contre, l’école privée ne pouvait exister essentiellement que grâce la participation financière des représentants légaux de leurs écoliers. Pour améliorer les qualités d’accueil et d’enseignement, notre curé avait eu l’idée d’organiser un dimanche dans l’année, une vente aux enchères. Il faisait appel à la générosité de ces paroissiens et collectait divers lots essentiellement des denrées alimentaires. Les paysans rapportaient des légumes frais de leurs champs, certains mêmes faisaient don de poulets ou de lapins vivants. D’autres faisaient cadeau de paniers en osier, de linge brodé, ou de dentelle, et bien d’autres choses encore, qu’ils avaient fabriqués ou confectionnés, pour la circonstance, durant les longues veillées d’hiver.

La manifestation était présidée par le chantre de la paroisse, le père Pierret. La classe située en bordure du chemin des dames était réquisitionnée pour la circonstance. Lorsque la pièce était bien remplie, l’une après l’autre, les marchandises collectées, étaient présentées au public par notre maître de cérémonie. Notre commissaire-priseur d’un jour faisait monter les enchères jusqu’à adjuger l’objet de toutes les attentions, à l’un ou à l’autre des spectateurs les plus offrants.

L’autre idée de notre curé avait été d’encourager l’organisation de concours de belote. Il avait fait monter pour faire aboutir son projet, des panneaux en bois rabattants, qui permettaient d’isoler l’immense préau des intempéries. La vaste salle de réception ainsi obtenue, permettaient d’accueillir en plus de ses fidèles, nombre de participants des communes avoisinantes.

Avec l’argent récoltée, l’association crée par la paroisse, avait même pu acheter un théâtre qui avait l’avantage de pouvoir se monter ou se démonter suivant les besoins du moment. C’est ainsi qu’avaient été organisé des spectacles de variétés qui mettaient en scène, les parents, les enfants, et les anciens élèves de l’école. Par petits groupes les gens avaient la responsabilité d’apprendre une chanson ou de s’entraîner à danser sur une chorégraphie inventée pour l’occasion. D’autres apprenaient un rôle pour jouer une petite pièce de théâtre, dirigée par le prêtre lui même. Les représentations avaient lieu sous le vaste préau, qui était le seul endroit, capable de contenir un nombre important de spectateurs. Comme pour les jours de concours de belote, les organisateurs du spectacle, rabattaient les panneaux en bois pour isoler les spectateurs de la froidure extérieure.

Le succès aidant, l’abbé n’avait pas eu de mal à convaincre un petit groupe de bénévoles de l’aider à organiser une kermesse d’automne. Une dizaine de structures bâchées, avaient été achetées pour l’événement Il avait fallu également investir dans l’achat de lots et du matériel nécessaire pour l’animation des stands. Les lourdes dépenses engagées n’avaient en rien freiné l’audace et l’opiniâtreté de notre ecclésiastique qui pouvait compter désormais sur une population entièrement dévouée à sa cause.

Prémices d’une nouvelle ère, cette énergie communicative faisait naître des envies nouvelles, et quelques initiatives notamment dans le domaine sportif voyaient le jour. Des associations étaient ainsi créées, permettant ainsi à notre commune de sortir progressivement de la torpeur dans laquelle ses habitants avaient jusqu’à présent toujours été plongés. Le monde moderne était en marche, et plus rien ne semblait vouloir l’arrêter.



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