Le grand bain

Le sol très irrégulier des abords de l’étang municipal, était doté d’une végétation luxuriante qui donnait à l’époque l’aspect d’un paysage sauvage tel qu’il n’existe plus de nos jours. Il était possible d’en faire le tour à pied, et de disparaître dans les hautes herbes, à condition de suivre une petite allée tracée par les passages fréquents des pêcheurs ou des promeneurs. Les joncs, les roseaux et les nénuphars trouvaient en cet endroit les conditions idéales pour se développer jusqu’à en devenir envahissants.

Ce cadre de verdure était largement apprécié par les jeunes qui ne partaient pas, ou qui n’étaient pas encore partis en vacances. Aussi notre cercle de fidèles s’élargissaient  de camarades qui ne partageaient pas nos autres occupations et qui pour certains n’étaient pas forcément des intimes.

Une rangée de vieux chênes ombrageaient la voie communale qui longeait l’étang dans sa partie nord. C’était à cet endroit que nous passions fréquemment nos après-midi d’été, à proximité d’un vieux lavoir qui résonnait encore du chant des lavandières d’autrefois.

La baignade n’était pas autorisée, mais c’était ici que nous avions appris pour la plupart à nager. Une pancarte d’interdiction avait été plantée et des contrôles fréquents étaient effectués, mais nous trouvions très excitant de transgresser les lois en piquant régulièrement une tête dans l’eau.

Lorsque nous n’étions pas à nous baigner, il nous arrivait d’organiser des concours de la plus longue plongée en apnée. Pour ce faire, nous investissions le bateau-lavoir, et à tour de rôle nous nous mettions à genoux en prenant appui sur la planche à laver. Montre en main, un abrite nous donnait le top de départ. La tête immergée jusqu’à hauteur du cou, nous tentions alors de retenir le plus longtemps possible notre souffle.

Beaucoup d’entre nous avaient le goût de la compétition et lorsque les journée étaient un peu trop fraîches pour la trempette, différentes catégories de courses étaient agencées suivant que les participants possédaient un vélo, un solex ou pour les plus chanceux un vélomoteur. De nombreux chemins de fermes nous permettaient d’établir différents circuits qui ramenaient toujours le coureur à son point de départ. Pour ma part, je ne possédais aucun de ses moyens de transports, aussi je me contentais d’être spectateur et ce rôle m’allait bien car j’avais toujours autant de mal à m’insérer dans un groupe lorsqu’il n’était pas celui de mes amis.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Notre premier contact avec le milieu aquatique, se fit grâce à la pratique de l’apnée. A tour de rôle, à l’abri des regards dans le bateau lavoir, les individus s’agenouillaient pareil à la position des lavandières d’autrefois. Les candidats à la victoire plongeaient à tour de rôle le visage et les cheveux jusqu à la hauteur du cou dans l’eau trouble de l’étang.

C’est ainsi qu’un jour de canicule, pour rafraîchir nos corps brûlants de soleil, un des membres de notre fine équipe proposa à ses camarades de faire entièrement trempette.

Le seul ennui était de taille, car personne ne savait nager et il n’était pas question de rester sur les bords marécageux, où l’eau ne donnait pas envie d’y faire barboter ses pieds.

Nous décidâmes de partir d’un endroit plus profond et d’utiliser comme bouées, des chambres à air de voitures qu’un petit astucieux de la bande avait réussies à se procurer. Notre équipée remporta un franc succès, et le bouche à oreille fit qu’au cours des semaines suivantes les volontaires au bain furent de plus en plus nombreux. La discrétion des premiers jours fut suivie d’une période d’euphorie qui alerta les habitants voisins de l’étang, conscients des dangers que cette bande de gamins étaient en train de courir. La mairie fut donc rapidement prévenue de nos agissements et le magistrat de la commune fit mettre sans plus tarder une pancarte nous interdisant la baignade. Le panneau fut presque immédiatement arraché et jeté à l’eau par je ne sais qui. Puis nous poursuivîmes jusqu’à la fin des vacances nos activités sans trop d’empêchements. Au fil du temps, nous prîmes de l’assurance avec le milieu aquatique, nous nous débarrassâmes progressivement de nos bouées, d’abord aux endroits où nous avions pied, puis plus tard, nous nous en libérâmes définitivement en nageant du bateau lavoir en direction de ce que nous appelions la queue de l’étang c’est à dire à l’endroit où nous pouvions sortir de l’eau en marchant.

C’est de cette façon, que la plupart des gamins de ma génération apprirent à nager dans notre petite bourgade et je crois que cet épisode de notre vie, occupe chez la plupart d’entre nous un coin privilégié dans la mémoire



D’une saison à l’autre

Il avait beaucoup plu, et il pleuvait encore. En ce début d’automne, le déversoir de l’étang ne suffisait plus à évacuer le trop plein, et l’eau débordait sur la route. Ces conditions climatiques étant aussi rares que les distractions, les badauds étaient venus en masse contempler le spectacle.Le mauvais temps me retenait prisonnier à l’intérieur de la maison, je profitais donc de la situation pour retrouver ma solitude. J’appréciais ces moments propices à la concentration de l’esprit, car la méditation faisait plus que jamais partie de ma personnalité.

Mes escapades estivales appartenaient déjà au passé. Nous avions retrouvé notre école, propre et bien rangée, ainsi que nos bureaux encaustiqués. Pour la première fois depuis la maternelle, un instituteur nous faisait la classe et j’étais content de ce changement.

Déjà on sentait les prémisses de l’hiver car le vent avait balayé plus vite qu’à l’accoutumé les feuilles des arbres, et les premières gelées avaient anéanti ce qu’il restait de la végétation.

L’anniversaire de l’armistice du onze novembre mille neuf cent dix huit, était commémoré par les écoliers en hommage aux millions de victimes de la grande guerre. La journée était fériée, mais nous nous rendions auprès de notre maître, pour nous charger des gerbes de fleurs naturelles que nous avions composées avant de nous rendre à l’église. La procession menait ensuite les gens au cimetière. En tête de cortège, les anciens combattants portaient les drapeaux, suivis par les élèves. Le prêtre, les enfants de cœur, puis les paroissiens fermaient la marche. Le devoir de mémoire et le respect des générations précédentes étaient des préceptes établis et nul ne songeait à transgresser les règles.

La neige avait fait une brève apparition avant que l’on ne fête Noël, mais le redoux, puis les averses de pluie, avaient de nouveau perturbé notre quotidien.

Ni les chemins boueux, ni les champs inondés n’étaient des entraves à nos désirs de liberté, et à la faveur d’une éclaircie, nous avions mes fidèles et moi repris nos longues marches dans la campagne environnante.

Parfois dans le lointain nous entendions sonner l’angélus. Les cloches étaient intimement liées à la vie du village Elles faisaient accourir sur le parvis de l’église, les enfants gourmands de dragées, lorsque elles annonçaient la sortie d’un baptême. Elles rassemblaient les foules tout le long des trottoirs quand en carillonnant elles prévenaient du passage imminent d’un cortège nuptial. Parfois aussi, elles plongeaient la bourgade dans la stupeur, lorsque le tocsin avertissait la population du décès de l’un de ses membres.

Les premières jonquilles, puis la veillée Pascale et enfin les premiers rayons de soleil mettaient un terme à cette longue période hivernale. Notre instituteur songeait déjà à mettre en scène une pièce de théâtre dont ses élèves seraient les acteurs dans le but de fêter dignement la fin du troisième trimestre.

Pour l’heure la catéchèse nous préparait à la profession de foi et les bénévoles réfléchissaient à la décoration des rues pour la Fête-Dieu.

Les fleurs du cerisier, ne résistaient pas à l’assaut du vent et leurs pétales tourbillonnaient dans l’air tels des flocons de neiges, avant de se poser sur le sol, formant un léger et fragile tapis blanc, sur la terre fraîchement labourée par mon père. Les frelons butinaient les très éphémères bouquets de pivoines qui exhalaient des parfums capiteux jusque dans l’entrée principale de la maison. Bientôt la chaleur ferait fondre le goudron sur les routes et nous pourrions organiser nos premières baignades de la saison à l’étang municipale qui désormais ne submergerait plus la chaussée avant bien longtemps.



Docteur Jekyll et Monsieur Hyde

L’écrasante chaleur de l’été n’altérait en aucune manière notre extrême fringale de liberté. De part notre inépuisable réserve d’énergie, nous ne connaissions ni l’ennui, ni la lassitude, et notre imagination débordante nous conduisait toujours plus en avant dans nos désirs d’inventer ou de découvrir.

Nous ne mesurions pas toujours la portée de nos agissements et comme nous n’étions pas des enfants modèles, il nous arrivait parfois de déraper, particulièrement lorsque nos instincts de prédateurs, polluaient importunément nos esprits.

Les vieux murs de pierres, et notamment ceux du cimetière et de l’enceinte du presbytère, qui de par leur exposition, bénéficiaient toute la journée des rayons brûlants du soleil, étaient des paradis terrestres pour de nombreux lézards mais également des lieux de prédilection pour les chasseurs que nous avions dessein de devenir l’espace d’un moment.

Nous ne possédions pas tous l’arme redoutable qu’était la fronde, mais nous étions tous complices du tireur. Les reptiles sans défense n’étaient pas les seules victimes de nos jets de pierres. Parfois il nous arrivait d’ôter la vie à des petits oiseaux imprudents, mais aussi à des petits rongeurs que nous n’avions pas de mal à débusquer au pied d’une haie bocagère.

Le tronc creux, d’un arbre à moitié mort, nous servait de cimetière. Nous avions crée à cet endroit un espèce de sanctuaire que nous nous devions de respecter. Un rite bizarre que je n’arrive pas à expliquer, mais qui n’était pas loin de ressembler au film : les jeux interdits, de René Clément, qui traitait du rapport entre les enfants et la mort.

De temps en temps, nous nous rendions à l’orée d’un bois situé en bordure d’une route communale peu fréquentée par les automobiles. Les talus couverts de ronces et de hautes herbes abritaient des colonies de serpents qui profitaient de ce lieu extrêmement ensoleillé pour faire la sieste. Lorsque nous avions repéré notre proie, nous lui coincions la tête à l’aide d’un long bâton fourchu, puis nous la saisissions par la queue avant de projeter la bête d’un coup sec sur l’asphalte. La vipère en furie nous menaçait alors de ses crochets venimeux. Complètement affolée, elle rampait dans tous les sens, tentant par ses sifflements de nous impressionner. Lorsqu’elle arrivait enfin à s’enfuir, la tension retombait d’un coup et avec elle la montée d’adrénaline que le danger d’une telle opération avait suscitée.

Nous étions capable du pire, mais aussi du meilleur, et c’est ainsi qu’il existait dans la forêt qui nous séparait de la ville un centre hippique où une dizaine d’équidés étaient soignés par un jeune lad qui nous avait adopté et qui prenait plaisir à nous faire partager sa passion pour les chevaux. Nous n’étions pas autorisés à grimper sur les pouliches, en revanche nous avions la possibilité de pénétrer dans leurs box et nous passions des heures à les bichonner. J’avais un faible pour une jument à la robe grise et blanche. J’aimais bien poser ma main sur ses naseaux, je trouvais cette partie de l’animal particulièrement douce à caresser et puis j’adorais sentir le souffle tiède de sa respiration. Je comprenais dans ces instants magiques pourquoi on dit du cheval qu’il est l’ami de l’homme.



Nourriture du corps et de l’esprit

L’illettrisme, l’analphabétisme et l’obscurantisme, avaient tenu la classe ouvrière en laisse, pendant des siècles. Désormais l’éducation nationale s’afférait à inculquer aux nouvelles générations les bases essentielles, non seulement nécessaires à l’autonomie des individus mais également bénéfiques au développement économique de la nation toute entière.

L’école primaire des années soixante préparaient encore beaucoup d’élèves à l’examen du certificat de fin d’études, qui conduisait ensuite les candidats vers l’apprentissage d’un métier. Cette examen vivait cependant ses dernières heures de gloire, car la généralisation des études secondaires était en marche, et bon nombre de familles étaient invitées par le corps enseignant, à envoyer les enfants vers le collège.

Pour l’heure, notre petit village ne se souciait guère de ses mutations, car nos professeurs préparaient patiemment et pédagogiquement nos mentalités villageoises à cette inéluctable évolution.

J’allais bientôt entamer la dernière ligne droite avant de ranger définitivement le livre de mes années primaires. Mon père me l’avait confirmé, je partirai bientôt étudier à la ville, mais la perspective d’un bouleversement radical dans ma manière d’exister, ne perturbait en rien ma quiétude du moment.

Les journées s’écoulaient lentement au rythme d’un emploi du temps bien cadré et rodé depuis des lustres pour des élèves qui se sentaient rassurés par une éducation parfois autoritaire mais qui avait la capacité de leur apprendre à se comporter droitement dans la vie.

C’est ainsi que la leçon de morale débutait toujours la matinée et était un excellent exercice complémentaire des préceptes religieux transmis par nos ecclésiastiques au cours des réunions de catéchèse. L’institutrice mettait l’accent sur les mathématiques et sur l’orthographe, un savoir que les élèves et particulièrement les futurs apprentis devaient acquérir impérativement. Le calcul mental avec réponse rapide sur ardoise n’était pas le moment de la journée que je préférais, car il fallait être vif d’esprit et cette qualité n’était pas de celles que je possédais. Les sciences naturelles, l’histoire et la géographie étaient toujours expliquées à l’aide de panneaux illustrés que nous devions commenter. A l’inverse du calcul, j’appréciais ces moments qui faisaient appel à notre mémoire et qui développaient les sens de l’expression et de l’imagination.

Nous avions connu la révolution du transistor qui avait remisé notre ancien poste radio au placard. Désormais les foyers fortunés possédaient la modulation de fréquence, sur laquelle on pouvait capter des stations instructives, telles que France Musique ou France Culture. La démocratisation de ce mode de réception provoquait au sein de notre école une mini révolution, car notre maîtresse en profitait désormais pour nous faire découvrir la musique dite classique, et elle étendait ses prérogatives jusqu’à nous faire écouter des pièces de Molière, ou autres grands auteurs, dans le cadre d’émissions autorisées par l’éducation nationale.

Nous accédions d’un coup à une culture jusqu’à ce jour réservée aux milieux intellectuels et majoritairement bourgeois. Beaucoup d’entre nous n’avaient pas saisi cette opportunité pour étendre le champ de leur connaissances, moi j’étais de ceux qui avaient eu le coup de foudre pour ces grands compositeurs qu’étaient Mozart Beethoven et tous les autres, et cette révélation était pour moi une seconde naissance qui m’ouvrait sur un monde nouveau que j’avais grande curiosité à découvrir. Le milieu enseignant venait de remplir pleinement sa mission en ce qui me concerne, car comme les aliments sont la nourriture vitale de notre corps, grâce à l’initiative heureuse de notre institutrice, je n’ai pas cessé à partir de cette période de mon existence, de considérer la musique comme l’une des nourritures essentielles de mon esprit.



Trois bateaux

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Le deuxième trimestre était achevé, et je profitais plaisamment de mes vacances de Pâques. La fraîcheur matinale marquée de ce début de printemps avait été remplacée, par la douce chaleur du soleil levant. A mon réveil j’étais sorti un bref instant, pour scruter le ciel qui était d’un bleu azur. A présent j’étais assis devant la fenêtre, en train de feuilleter distraitement un vieux livre trouvé dans un coin poussiéreux de la grange, mais ma tête était ailleurs, et je songeais au bel après-midi que j’allais passer en compagnie de mes fidèles, à battre la campagne. L’horloge de l’église sonnait les douze coups de midi. Mon père allait bientôt rentrer pour le déjeuner, et une agréable odeur de cuisine se répandait lentement à l’intérieur de la pièce. Nous étions le lundi six avril, et c’était le jour de mes dix ans. L’événement n’était pas marquant dans mon esprit, car nous n’avions ni l’habitude de fêter les anniversaires, ni même le réflexe d’en faire allusion. Je m’étais accoutumé à nos repas sans bruit et le désir d’un changement dans nos rapports, ne m’effleurait même pas les pensées.

Je m’étais attablé devant une assiette de soupe mitonnée que grand-mère nous servait toujours brûlante, quelques minutes avant que la porte d’entrée ne s’ouvre. Papa arriva, s’installa, et nous attendîmes qu’il avale sa première cuillérée de bouillon, pour commencer a manger à notre tour.

Puis il rompît le silence pour me faire le récit solennelle de cette journée qu’avait été le jour de ma naissance. Il prononçait ces phrases avec un léger sourire au coin des lèvres, et je constatais à travers son discours, que le souvenir de ce moment important de la vie le rendait terriblement nostalgique. Quel extraordinaire cadeau d’amour m’offrait-il ce jour là. J’aurai tellement aimé savoir le remercier à la juste valeur des choses. Je me levai d’un bon pour l’embrasser les yeux embués de larmes. Je souffrais tellement de sa tristesse, mais j’étais moi même tellement écrasé sous le poids de notre malheur. Est-il possible de pardonner l’injustice ?

Grand-mère avait assisté à la scène, impassible. Elle avait eu également sa part d’épreuves dans la vie et n’étant pas encore en paix avec elle même, sa capacité de nous venir en aide était réduit à néant.

Nous étions trois bateaux perdus dans la tempête et aucun des capitaines n’apercevait la lumière du phare qui signale au marin l’arrivée au port.



L’oeuvre de l’été dernier

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En deux ou trois saisons, nous avions considérablement évolué, dans la conception de nos masures. Nos premières constructions avaient été réalisées à l’aide de branches coupées sur place et ficelées sur un groupe de quatre châtaigniers, de manière à former une ossature cubique, le tout étant renforcé par des traverses de bois, liées également avec de la ficelle, et recouvert par de la fougère, matière première indispensable pour la finition de la toiture et des murs.

Puis ensuite nous avions décidé de remplacer les cordes qui se sectionnaient facilement, par des pointes, que le fils du menuisier pouvait nous fournir facilement.

Petit à petit l’idée d’ériger notre bâtisse en hauteur avait fait son chemin. La tâche était titanesque et n’avait rien d’une sinécure. Il avait fallu hisser les matériaux, grimper par deux, chacun sur son arbre, pointer en équilibre instable, et oublier les risques de chutes. J’étais de ces pessimistes, qui pensaient que le projet ne faisait pas partie de nos compétences, mais je m’étais bien gardé de dire quelque chose, et puis cette belle idée nous avait donné tellement de matière à rêver.

Malgré nos efforts répétés, nous n’avions pas obtenu le résultat escompté, et notre structure complètement bancale était parfaitement inutilisable. A la vue de notre piètre travail, je m’étais caché pour ne pas éclater de rire, mais j’avais aussi écouté silencieusement les remèdes que l’un ou l’autre tenterait d’apporter au problème. L’orage et les quelques bourrasques de vent violent de la nuit, avaient mis définitivement un terme à cette entreprise. .

Un autre concept avait germé ensuite dans nos petits cerveaux, concevoir un abri sous-terrain. Le fils du menuisier rapporterait des planches qui nous serviraient à consolider les parois et à fabriquer le plafond. Les autres s’arrangeraient pour subtiliser pelles et pioches à la barbe des parents. Notre travail n’avait pas été de tout repos. Nous nous étions partagés le plus justement possible les tâches, car en plus de piocher et de creuser, il avait fallu aussi se débarrasser de la terre. A la fin de l’été, l’ampleur de la besogne était encore immense, mais nous avions été contraint d’abandonner le chantier, aux humeurs capricieuses de dame nature..

Une nouvelle année s’était écoulée et avec le retour des beaux jours nos imaginations se remettaient en marche et des tas de projets enthousiasmants, fleurissaient en nous, comme les pâquerettes dans les près. L’appel des grands espaces devenait de plus en plus fort, et l’envie d’entreprendre à nouveau, grandissait dans nos têtes, de même que la végétation s’éveillait après un long moment de sommeil. Pâques débutait la période où nous passions une grande partie de la journée à gambader dans la forêt, à la recherche d’une clairière, ou d’un endroit propice à la réédification de nouvelles cabanes. Il était temps pour nous de nous munir des outils empruntés clandestinement à nos parents, et de rejoindre notre lieu de prédilection.

Pour l’heure notre itinéraire nous conduirait à l’endroit où nous avions laissé provisoirement notre œuvre l’été dernier.

En longeant l’orée des bois nous sentîmes cette odeur familière et très particulière de l’humus, qui nous indiquait que nous n’avions jamais été aussi près du but. Nous marchions à l’ombre d’une végétation luxuriante, dans une herbe encore mouillée de la rosée du matin. A hauteur du sentier, nous nous introduisîmes religieusement dans un univers de silence, à peine perturbé par le chant des oiseaux et par le léger frémissement des feuilles, à la cime des grands arbres. Malheureusement pour nous, notre exaltation fut de courte durée et notre déception à hauteur de spectacle qui s’offrait à nos yeux. Lorsque nous arrivâmes sur les lieux, l’excavation avait été noyée par les eaux, et un arbre déraciné obstruait le passage. Il fallut très vite nous rendre à l’évidence, des forces incontrôlable nous avaient barré la route, en anéantissant nos lubies de gamins en quête d’aventures extraordinaires. Mais nous n’étions pas sujets au découragement et le printemps venait tout juste de commencer. Il fallait oublier cet épisode malheureux et se pencher sur un nouveau projet. L’idée nous vint de fabriquer un radeau. Nous quitterions notre univers pour un temps, mais quel enthousiasme de pouvoir peut-être un jour, naviguer sur l’étang communal. Dans les années quatre vingt, la forêt à été partiellement rasée pour la construction d’une voix de circulation, mais je sais qu’il reste quelques part dans un petit coin de fourré sauvé par le destin, une petite trace de ma vie passée.



Bonhomme hiver

 images2.jpeg   J’aimais notre campagne l’hiver et les congés de fin d’année me donnaient l’occasion d’en profiter. Dès qu’une journée s’annonçait glaciale et ensoleillée, je retrouvais mes fidèles. Nous repartions alors pour une nouvelle escapade, à travers bois et champs. Les mains profondément enfouies dans nos poches, nous sortions du village en longeant la voie routière, avant de bifurquer pour nous enfoncer progressivement dans l’un des nombreux chemins creux existants encore à l’époque.

Le passage répété du bétail et des engins agricoles, sur un sol détrempé par les abondantes pluies d’automne, avait laissé son emprunte. Pour l’heure, le gel avait durci ces ornières moulées dans la boue, et nous étions obligés de marcher lentement et silencieusement, en prenant bien garde de ne pas poser le pied n’importe où, pour éviter de nous tordre les chevilles. Une désagréable sensation de froid, colonisait petit à petit l’extrémité de nos pieds et de nos mains. Le vent frisquet nous mordillait les oreilles et nous piquait un peu les yeux, mais nous étions libres et heureux et c’était bien là l’essentiel.

L’effort consenti nous obligeait à nous arrêter régulièrement pour reprendre notre souffle. Nous tirions profit de ces haltes, pour moucher nos nez humides et pour observer le spectacle que nous offrait dame nature. Nous aimions ces arbres et ces buissons entièrement dépouillés de leurs feuilles et recouverts de givre. La lumière du soleil qui perçait entre les branchages, changeait d’intensité au fur et à mesure que la journée s’avançait, nuançant ainsi les couleurs du paysage. La brume qui flottait au dessus des mares et des étangs donnait à l’endroit, cet aspect inquiétant et mystérieux des décors de contes de fées.

Une envolée d’oiseaux peureux, brisait le silence au moment ou nous nous introduisions dans les bois. Au fur et à mesure de notre avancée, nous percevions le bruissement des feuilles mortes s’écrasant sous le poids de nos pas. La bise soufflait en chahutant la cime des châtaigniers. L’entrechoquement des branches, produisait des sons étranges, qui dérangeaient un peu la quiétude des lieux, me donnant l’impression d’une force maléfique planant au dessus de nos têtes. Nous retrouvions souvent aux abords des sentiers les vestiges de nos activités d’été. Ces cabanes que nous avions construites de nos mains, n’étaient plus à présent qu’un amas de bois enchevêtrés et de fougères séchées. Abrités naturellement de l’air, nous quittions avec regret la forêt, avant d’affronter de nouveau bonhomme hiver.

Lorsque nous croisions, au hasard de nos périples, une étendue d’eau suffisamment solidifiée pour ne pas risquer l’accident, nous organisions des parties de glissades improvisées. Nous vivions alors des moments exceptionnels et dans notre extrême défoulement nous ne pensions pas à regarder nos montres. C’était les cloches de l’église, tintant dans le lointain qui nous annonçait l’heure du retour. Il faisait déjà presque sombre lorsque je retrouvais mes pantoufles et la chaleur de la cuisinière à charbon sur laquelle le pot au feu finissait de mijoter. Papa allait rentrer bientôt de son travail et grand-mère tricotait inlassablement ses pulls de laine. Le bonheur était là, simplement, et il fallait le goûter de toute urgence.



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