L’oeuvre de l’été dernier

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En deux ou trois saisons, nous avions considérablement évolué, dans la conception de nos masures. Nos premières constructions avaient été réalisées à l’aide de branches coupées sur place et ficelées sur un groupe de quatre châtaigniers, de manière à former une ossature cubique, le tout étant renforcé par des traverses de bois, liées également avec de la ficelle, et recouvert par de la fougère, matière première indispensable pour la finition de la toiture et des murs.

Puis ensuite nous avions décidé de remplacer les cordes qui se sectionnaient facilement, par des pointes, que le fils du menuisier pouvait nous fournir facilement.

Petit à petit l’idée d’ériger notre bâtisse en hauteur avait fait son chemin. La tâche était titanesque et n’avait rien d’une sinécure. Il avait fallu hisser les matériaux, grimper par deux, chacun sur son arbre, pointer en équilibre instable, et oublier les risques de chutes. J’étais de ces pessimistes, qui pensaient que le projet ne faisait pas partie de nos compétences, mais je m’étais bien gardé de dire quelque chose, et puis cette belle idée nous avait donné tellement de matière à rêver.

Malgré nos efforts répétés, nous n’avions pas obtenu le résultat escompté, et notre structure complètement bancale était parfaitement inutilisable. A la vue de notre piètre travail, je m’étais caché pour ne pas éclater de rire, mais j’avais aussi écouté silencieusement les remèdes que l’un ou l’autre tenterait d’apporter au problème. L’orage et les quelques bourrasques de vent violent de la nuit, avaient mis définitivement un terme à cette entreprise. .

Un autre concept avait germé ensuite dans nos petits cerveaux, concevoir un abri sous-terrain. Le fils du menuisier rapporterait des planches qui nous serviraient à consolider les parois et à fabriquer le plafond. Les autres s’arrangeraient pour subtiliser pelles et pioches à la barbe des parents. Notre travail n’avait pas été de tout repos. Nous nous étions partagés le plus justement possible les tâches, car en plus de piocher et de creuser, il avait fallu aussi se débarrasser de la terre. A la fin de l’été, l’ampleur de la besogne était encore immense, mais nous avions été contraint d’abandonner le chantier, aux humeurs capricieuses de dame nature..

Une nouvelle année s’était écoulée et avec le retour des beaux jours nos imaginations se remettaient en marche et des tas de projets enthousiasmants, fleurissaient en nous, comme les pâquerettes dans les près. L’appel des grands espaces devenait de plus en plus fort, et l’envie d’entreprendre à nouveau, grandissait dans nos têtes, de même que la végétation s’éveillait après un long moment de sommeil. Pâques débutait la période où nous passions une grande partie de la journée à gambader dans la forêt, à la recherche d’une clairière, ou d’un endroit propice à la réédification de nouvelles cabanes. Il était temps pour nous de nous munir des outils empruntés clandestinement à nos parents, et de rejoindre notre lieu de prédilection.

Pour l’heure notre itinéraire nous conduirait à l’endroit où nous avions laissé provisoirement notre œuvre l’été dernier.

En longeant l’orée des bois nous sentîmes cette odeur familière et très particulière de l’humus, qui nous indiquait que nous n’avions jamais été aussi près du but. Nous marchions à l’ombre d’une végétation luxuriante, dans une herbe encore mouillée de la rosée du matin. A hauteur du sentier, nous nous introduisîmes religieusement dans un univers de silence, à peine perturbé par le chant des oiseaux et par le léger frémissement des feuilles, à la cime des grands arbres. Malheureusement pour nous, notre exaltation fut de courte durée et notre déception à hauteur de spectacle qui s’offrait à nos yeux. Lorsque nous arrivâmes sur les lieux, l’excavation avait été noyée par les eaux, et un arbre déraciné obstruait le passage. Il fallut très vite nous rendre à l’évidence, des forces incontrôlable nous avaient barré la route, en anéantissant nos lubies de gamins en quête d’aventures extraordinaires. Mais nous n’étions pas sujets au découragement et le printemps venait tout juste de commencer. Il fallait oublier cet épisode malheureux et se pencher sur un nouveau projet. L’idée nous vint de fabriquer un radeau. Nous quitterions notre univers pour un temps, mais quel enthousiasme de pouvoir peut-être un jour, naviguer sur l’étang communal. Dans les années quatre vingt, la forêt à été partiellement rasée pour la construction d’une voix de circulation, mais je sais qu’il reste quelques part dans un petit coin de fourré sauvé par le destin, une petite trace de ma vie passée.



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