Nourriture du corps et de l’esprit

L’illettrisme, l’analphabétisme et l’obscurantisme, avaient tenu la classe ouvrière en laisse, pendant des siècles. Désormais l’éducation nationale s’afférait à inculquer aux nouvelles générations les bases essentielles, non seulement nécessaires à l’autonomie des individus mais également bénéfiques au développement économique de la nation toute entière.

L’école primaire des années soixante préparaient encore beaucoup d’élèves à l’examen du certificat de fin d’études, qui conduisait ensuite les candidats vers l’apprentissage d’un métier. Cette examen vivait cependant ses dernières heures de gloire, car la généralisation des études secondaires était en marche, et bon nombre de familles étaient invitées par le corps enseignant, à envoyer les enfants vers le collège.

Pour l’heure, notre petit village ne se souciait guère de ses mutations, car nos professeurs préparaient patiemment et pédagogiquement nos mentalités villageoises à cette inéluctable évolution.

J’allais bientôt entamer la dernière ligne droite avant de ranger définitivement le livre de mes années primaires. Mon père me l’avait confirmé, je partirai bientôt étudier à la ville, mais la perspective d’un bouleversement radical dans ma manière d’exister, ne perturbait en rien ma quiétude du moment.

Les journées s’écoulaient lentement au rythme d’un emploi du temps bien cadré et rodé depuis des lustres pour des élèves qui se sentaient rassurés par une éducation parfois autoritaire mais qui avait la capacité de leur apprendre à se comporter droitement dans la vie.

C’est ainsi que la leçon de morale débutait toujours la matinée et était un excellent exercice complémentaire des préceptes religieux transmis par nos ecclésiastiques au cours des réunions de catéchèse. L’institutrice mettait l’accent sur les mathématiques et sur l’orthographe, un savoir que les élèves et particulièrement les futurs apprentis devaient acquérir impérativement. Le calcul mental avec réponse rapide sur ardoise n’était pas le moment de la journée que je préférais, car il fallait être vif d’esprit et cette qualité n’était pas de celles que je possédais. Les sciences naturelles, l’histoire et la géographie étaient toujours expliquées à l’aide de panneaux illustrés que nous devions commenter. A l’inverse du calcul, j’appréciais ces moments qui faisaient appel à notre mémoire et qui développaient les sens de l’expression et de l’imagination.

Nous avions connu la révolution du transistor qui avait remisé notre ancien poste radio au placard. Désormais les foyers fortunés possédaient la modulation de fréquence, sur laquelle on pouvait capter des stations instructives, telles que France Musique ou France Culture. La démocratisation de ce mode de réception provoquait au sein de notre école une mini révolution, car notre maîtresse en profitait désormais pour nous faire découvrir la musique dite classique, et elle étendait ses prérogatives jusqu’à nous faire écouter des pièces de Molière, ou autres grands auteurs, dans le cadre d’émissions autorisées par l’éducation nationale.

Nous accédions d’un coup à une culture jusqu’à ce jour réservée aux milieux intellectuels et majoritairement bourgeois. Beaucoup d’entre nous n’avaient pas saisi cette opportunité pour étendre le champ de leur connaissances, moi j’étais de ceux qui avaient eu le coup de foudre pour ces grands compositeurs qu’étaient Mozart Beethoven et tous les autres, et cette révélation était pour moi une seconde naissance qui m’ouvrait sur un monde nouveau que j’avais grande curiosité à découvrir. Le milieu enseignant venait de remplir pleinement sa mission en ce qui me concerne, car comme les aliments sont la nourriture vitale de notre corps, grâce à l’initiative heureuse de notre institutrice, je n’ai pas cessé à partir de cette période de mon existence, de considérer la musique comme l’une des nourritures essentielles de mon esprit.



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