Docteur Jekyll et Monsieur Hyde

L’écrasante chaleur de l’été n’altérait en aucune manière notre extrême fringale de liberté. De part notre inépuisable réserve d’énergie, nous ne connaissions ni l’ennui, ni la lassitude, et notre imagination débordante nous conduisait toujours plus en avant dans nos désirs d’inventer ou de découvrir.

Nous ne mesurions pas toujours la portée de nos agissements et comme nous n’étions pas des enfants modèles, il nous arrivait parfois de déraper, particulièrement lorsque nos instincts de prédateurs, polluaient importunément nos esprits.

Les vieux murs de pierres, et notamment ceux du cimetière et de l’enceinte du presbytère, qui de par leur exposition, bénéficiaient toute la journée des rayons brûlants du soleil, étaient des paradis terrestres pour de nombreux lézards mais également des lieux de prédilection pour les chasseurs que nous avions dessein de devenir l’espace d’un moment.

Nous ne possédions pas tous l’arme redoutable qu’était la fronde, mais nous étions tous complices du tireur. Les reptiles sans défense n’étaient pas les seules victimes de nos jets de pierres. Parfois il nous arrivait d’ôter la vie à des petits oiseaux imprudents, mais aussi à des petits rongeurs que nous n’avions pas de mal à débusquer au pied d’une haie bocagère.

Le tronc creux, d’un arbre à moitié mort, nous servait de cimetière. Nous avions crée à cet endroit un espèce de sanctuaire que nous nous devions de respecter. Un rite bizarre que je n’arrive pas à expliquer, mais qui n’était pas loin de ressembler au film : les jeux interdits, de René Clément, qui traitait du rapport entre les enfants et la mort.

De temps en temps, nous nous rendions à l’orée d’un bois situé en bordure d’une route communale peu fréquentée par les automobiles. Les talus couverts de ronces et de hautes herbes abritaient des colonies de serpents qui profitaient de ce lieu extrêmement ensoleillé pour faire la sieste. Lorsque nous avions repéré notre proie, nous lui coincions la tête à l’aide d’un long bâton fourchu, puis nous la saisissions par la queue avant de projeter la bête d’un coup sec sur l’asphalte. La vipère en furie nous menaçait alors de ses crochets venimeux. Complètement affolée, elle rampait dans tous les sens, tentant par ses sifflements de nous impressionner. Lorsqu’elle arrivait enfin à s’enfuir, la tension retombait d’un coup et avec elle la montée d’adrénaline que le danger d’une telle opération avait suscitée.

Nous étions capable du pire, mais aussi du meilleur, et c’est ainsi qu’il existait dans la forêt qui nous séparait de la ville un centre hippique où une dizaine d’équidés étaient soignés par un jeune lad qui nous avait adopté et qui prenait plaisir à nous faire partager sa passion pour les chevaux. Nous n’étions pas autorisés à grimper sur les pouliches, en revanche nous avions la possibilité de pénétrer dans leurs box et nous passions des heures à les bichonner. J’avais un faible pour une jument à la robe grise et blanche. J’aimais bien poser ma main sur ses naseaux, je trouvais cette partie de l’animal particulièrement douce à caresser et puis j’adorais sentir le souffle tiède de sa respiration. Je comprenais dans ces instants magiques pourquoi on dit du cheval qu’il est l’ami de l’homme.



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