D’une saison à l’autre

Il avait beaucoup plu, et il pleuvait encore. En ce début d’automne, le déversoir de l’étang ne suffisait plus à évacuer le trop plein, et l’eau débordait sur la route. Ces conditions climatiques étant aussi rares que les distractions, les badauds étaient venus en masse contempler le spectacle.Le mauvais temps me retenait prisonnier à l’intérieur de la maison, je profitais donc de la situation pour retrouver ma solitude. J’appréciais ces moments propices à la concentration de l’esprit, car la méditation faisait plus que jamais partie de ma personnalité.

Mes escapades estivales appartenaient déjà au passé. Nous avions retrouvé notre école, propre et bien rangée, ainsi que nos bureaux encaustiqués. Pour la première fois depuis la maternelle, un instituteur nous faisait la classe et j’étais content de ce changement.

Déjà on sentait les prémisses de l’hiver car le vent avait balayé plus vite qu’à l’accoutumé les feuilles des arbres, et les premières gelées avaient anéanti ce qu’il restait de la végétation.

L’anniversaire de l’armistice du onze novembre mille neuf cent dix huit, était commémoré par les écoliers en hommage aux millions de victimes de la grande guerre. La journée était fériée, mais nous nous rendions auprès de notre maître, pour nous charger des gerbes de fleurs naturelles que nous avions composées avant de nous rendre à l’église. La procession menait ensuite les gens au cimetière. En tête de cortège, les anciens combattants portaient les drapeaux, suivis par les élèves. Le prêtre, les enfants de cœur, puis les paroissiens fermaient la marche. Le devoir de mémoire et le respect des générations précédentes étaient des préceptes établis et nul ne songeait à transgresser les règles.

La neige avait fait une brève apparition avant que l’on ne fête Noël, mais le redoux, puis les averses de pluie, avaient de nouveau perturbé notre quotidien.

Ni les chemins boueux, ni les champs inondés n’étaient des entraves à nos désirs de liberté, et à la faveur d’une éclaircie, nous avions mes fidèles et moi repris nos longues marches dans la campagne environnante.

Parfois dans le lointain nous entendions sonner l’angélus. Les cloches étaient intimement liées à la vie du village Elles faisaient accourir sur le parvis de l’église, les enfants gourmands de dragées, lorsque elles annonçaient la sortie d’un baptême. Elles rassemblaient les foules tout le long des trottoirs quand en carillonnant elles prévenaient du passage imminent d’un cortège nuptial. Parfois aussi, elles plongeaient la bourgade dans la stupeur, lorsque le tocsin avertissait la population du décès de l’un de ses membres.

Les premières jonquilles, puis la veillée Pascale et enfin les premiers rayons de soleil mettaient un terme à cette longue période hivernale. Notre instituteur songeait déjà à mettre en scène une pièce de théâtre dont ses élèves seraient les acteurs dans le but de fêter dignement la fin du troisième trimestre.

Pour l’heure la catéchèse nous préparait à la profession de foi et les bénévoles réfléchissaient à la décoration des rues pour la Fête-Dieu.

Les fleurs du cerisier, ne résistaient pas à l’assaut du vent et leurs pétales tourbillonnaient dans l’air tels des flocons de neiges, avant de se poser sur le sol, formant un léger et fragile tapis blanc, sur la terre fraîchement labourée par mon père. Les frelons butinaient les très éphémères bouquets de pivoines qui exhalaient des parfums capiteux jusque dans l’entrée principale de la maison. Bientôt la chaleur ferait fondre le goudron sur les routes et nous pourrions organiser nos premières baignades de la saison à l’étang municipale qui désormais ne submergerait plus la chaussée avant bien longtemps.



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