Le grand bain

Le sol très irrégulier des abords de l’étang municipal, était doté d’une végétation luxuriante qui donnait à l’époque l’aspect d’un paysage sauvage tel qu’il n’existe plus de nos jours. Il était possible d’en faire le tour à pied, et de disparaître dans les hautes herbes, à condition de suivre une petite allée tracée par les passages fréquents des pêcheurs ou des promeneurs. Les joncs, les roseaux et les nénuphars trouvaient en cet endroit les conditions idéales pour se développer jusqu’à en devenir envahissants.

Ce cadre de verdure était largement apprécié par les jeunes qui ne partaient pas, ou qui n’étaient pas encore partis en vacances. Aussi notre cercle de fidèles s’élargissaient  de camarades qui ne partageaient pas nos autres occupations et qui pour certains n’étaient pas forcément des intimes.

Une rangée de vieux chênes ombrageaient la voie communale qui longeait l’étang dans sa partie nord. C’était à cet endroit que nous passions fréquemment nos après-midi d’été, à proximité d’un vieux lavoir qui résonnait encore du chant des lavandières d’autrefois.

La baignade n’était pas autorisée, mais c’était ici que nous avions appris pour la plupart à nager. Une pancarte d’interdiction avait été plantée et des contrôles fréquents étaient effectués, mais nous trouvions très excitant de transgresser les lois en piquant régulièrement une tête dans l’eau.

Lorsque nous n’étions pas à nous baigner, il nous arrivait d’organiser des concours de la plus longue plongée en apnée. Pour ce faire, nous investissions le bateau-lavoir, et à tour de rôle nous nous mettions à genoux en prenant appui sur la planche à laver. Montre en main, un abrite nous donnait le top de départ. La tête immergée jusqu’à hauteur du cou, nous tentions alors de retenir le plus longtemps possible notre souffle.

Beaucoup d’entre nous avaient le goût de la compétition et lorsque les journée étaient un peu trop fraîches pour la trempette, différentes catégories de courses étaient agencées suivant que les participants possédaient un vélo, un solex ou pour les plus chanceux un vélomoteur. De nombreux chemins de fermes nous permettaient d’établir différents circuits qui ramenaient toujours le coureur à son point de départ. Pour ma part, je ne possédais aucun de ses moyens de transports, aussi je me contentais d’être spectateur et ce rôle m’allait bien car j’avais toujours autant de mal à m’insérer dans un groupe lorsqu’il n’était pas celui de mes amis.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Notre premier contact avec le milieu aquatique, se fit grâce à la pratique de l’apnée. A tour de rôle, à l’abri des regards dans le bateau lavoir, les individus s’agenouillaient pareil à la position des lavandières d’autrefois. Les candidats à la victoire plongeaient à tour de rôle le visage et les cheveux jusqu à la hauteur du cou dans l’eau trouble de l’étang.

C’est ainsi qu’un jour de canicule, pour rafraîchir nos corps brûlants de soleil, un des membres de notre fine équipe proposa à ses camarades de faire entièrement trempette.

Le seul ennui était de taille, car personne ne savait nager et il n’était pas question de rester sur les bords marécageux, où l’eau ne donnait pas envie d’y faire barboter ses pieds.

Nous décidâmes de partir d’un endroit plus profond et d’utiliser comme bouées, des chambres à air de voitures qu’un petit astucieux de la bande avait réussies à se procurer. Notre équipée remporta un franc succès, et le bouche à oreille fit qu’au cours des semaines suivantes les volontaires au bain furent de plus en plus nombreux. La discrétion des premiers jours fut suivie d’une période d’euphorie qui alerta les habitants voisins de l’étang, conscients des dangers que cette bande de gamins étaient en train de courir. La mairie fut donc rapidement prévenue de nos agissements et le magistrat de la commune fit mettre sans plus tarder une pancarte nous interdisant la baignade. Le panneau fut presque immédiatement arraché et jeté à l’eau par je ne sais qui. Puis nous poursuivîmes jusqu’à la fin des vacances nos activités sans trop d’empêchements. Au fil du temps, nous prîmes de l’assurance avec le milieu aquatique, nous nous débarrassâmes progressivement de nos bouées, d’abord aux endroits où nous avions pied, puis plus tard, nous nous en libérâmes définitivement en nageant du bateau lavoir en direction de ce que nous appelions la queue de l’étang c’est à dire à l’endroit où nous pouvions sortir de l’eau en marchant.

C’est de cette façon, que la plupart des gamins de ma génération apprirent à nager dans notre petite bourgade et je crois que cet épisode de notre vie, occupe chez la plupart d’entre nous un coin privilégié dans la mémoire



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