A l’écart du monde

L’arrivée du printemps coïncidait avec la décision de mon père de m’offrir le présent que je lui réclamais depuis fort longtemps. Aucune de mes fréquentations n’avaient été propriétaire d’un vélo aussi moderne, la plupart d’entre eux ayant dû se contenter d’une vieille bécane héritée d’un grand frère. Cette initiative paternelle, bien que réjouissante pour moi, arrivait un peu tardivement, car mes fidèles étaient déjà passés au stade supérieur en possédant désormais une motocyclette toujours par l’intermédiaire de leurs aînés.Le football avait balayé et remplacé tout un mode de vie. A présent c’était ce décalage de moyens que je subissais comme une épreuve de plus. Les circonstances s’ajoutaient les unes aux autres, pour que ma vie suive un chemin de traverse, à l’écart d’un monde dans lequel il me faudrait pourtant, tôt ou tard, retrouver une place.En attendant solitude ne voulait pas dire enfermement, et par ce moyen de locomotion mon espace de liberté s’élargissait tous les jours un peu plus. J’éprouvais une espèce de jouissance lorsque après avoir parcouru des dizaines de kilomètres je m’étendais dans l’herbe fraîche pour reprendre mon souffle. Je fermais les paupières en écoutant le silence des lieux, quelquefois troublé par les gazouillis d’un oiseau ou par le frémissement du vent dans les branches. A cet instant précis, je faisais complètement le vide dans ma tête jusqu’à en oublier mon corps et n’avais de cesse qu’une union parfaite ne s’établisse entre moi et la nature. Jamais je n’étais plus heureux que ces moments ou libéré de toutes contraintes, je pouvais enfin être moi, loin de mon univers familial, à l’abri des regards inquisiteurs et oppressants de ce monde bien pensant.

 

Méditation Un croyant vous dira : Pas un seul cheveu ne tombe de la tête d’un homme sans que Dieu l’est souhaité, et ce Dieu dont les volontés nous sont bien souvent incompréhensibles, donnera assurément un jour une réponse à nos interrogations.

Lorsque j’étais triste, je me demandais de quelle chose je m’étais rendu coupable pour que ma vie soit jalonnée de tant de souffrance.

Lorsque j’étais optimiste, je me disais que ces épreuves m’étaient imposées pour que je perçoive les choses d’une manière différente de celle de mes semblables. Cette sensibilité à fleur de peau, il fallait peut-être la considérer comme une force et non comme une faiblesse.

En réalité y a t-il une réponse ? J’espère que oui , si non quel sens donner à la vie ?



Asphyxie

Rien ne se ressemblaient plus que les dimanches. La majorité des villageois restaient fidèles à leurs pratiques religieuses et assistaient massivement à la grand messe. Lorsque l’office s’achevait, le parvis de l’église tenait de lieu de rassemblement.

C’était à cet endroit que l’annonciateur public informait les ouailles, des différentes manifestations organisées, et c’était également ici que les petits potins de la semaine s’échangeaient entre paroissiens. Puis venait ensuite pour les hommes, l’instant crucial de la traditionnelle partie de belote, disputée dans l’un ou l’autre des deux cafés du bourg, tandis que les femmes se contentaient de regagner leur domicile pour y préparer le repas dominical.

Les enfants étaient très vite initiés aux us et coutumes de leurs aînés et dès l’adolescence, les garçons imitaient les hommes en consommant au bar, leurs premiers verres de vin, alors que les filles respectaient les convenances liées à leur rôle de futur mère au foyer. Une société formatée dans laquelle j’avais beaucoup de mal à me reconnaître.

Malgré l’imagination débordante de notre prêtre, les distractions de ces dimanches après-midi, étaient restées peu nombreuses jusqu’à ce que la création de l’association sportive de football vienne sortir la commune de la torpeur dans laquelle elle était plongée.

A présent la pratique du ballon rond, monopolisait l’essentiel des activités d’un grand nombre de licenciés, et attirait les familles sur un terrain souvent très animé à l’occasion des rencontres de championnats.

Pour profiter de ces brefs moments où nous pouvions être encore ensemble, bien que n’étant pas très enthousiasmé par ce genre de passe-temps, j’accompagnais mon père d’autant plus volontiers sur le stade, que notre période de deuil était terminée et que les gens en ayant pris de la distance par rapport à notre malheur, ne posaient plus sur moi ce regard de pitié qui m’avait été tellement insupportable à une période encore récente.

D’autre part au risque de me marginaliser encore davantage, il était indispensable pour moi de faire à nouveau un effort d’insertion, en participant à ces manifestations afin de rester en contact avec mes fidèles.

Mais je m’ennuyais fermement et mon horizon devenait tous les jours un peu plus étriqué. J’avais besoin d’évasion et de liberté. Les livres, la télévision et mon imagination débordante m’offraient des parts de rêve dont j’avais de plus en plus de mal à me satisfaire.

L’arrivée du printemps coïncida avec la décision de mon père de m’offrir un premier remède à mes frustrations



Terreur nocturne

S’il ne se consolait pas du décès de ma mère, mon père se résignait de devoir faire avec, et menait son existence simplement et sans bruit. Je ne lui connaissais aucun ennemi, et il travaillait ardemment dix heures par jour, afin de subvenir à nos besoins. Il s’acquittait de ce devoir familial sans que je n’entende jamais de sa bouche la moindre protestation à l’encontre de son patron, qui lui versait un salaire pourtant bien modeste.Nous n’étions pas une famille comme les autres. Sans de véritables règles de conduite, nous profitions de notre indépendance, sans trop en abuser, tout en respectant également le travail et l’aide précieuse que ma grand-mère fournissait pour notre bien-être.

Je remarquais cependant depuis un certain temps, que papa s’accordait une part de liberté de plus en plus grande, me concédant pas la même occasion encore un peu moins d’attention.

Je détestais cette partie de sa vie qui m’échappait et qui faisait que nous nous éloignions chaque jour un peu plus l’un de l’autre. Etait-il en train de reconstruire quelque chose ?

Le transfert d’affection que j’avais effectué sur papa depuis que le destin m’avait arraché de ma mère faisait que je l’aimais exagérément, d’un amour que je voulais sans partage.

J’avais la désagréable sensation tout à coup que cet ordre établi pouvait être chamboulé, et l’anxiété commençait à se rendre maître de mon esprit.

Je haïssais à présent les week-ends où je me retrouvais seul dans ma chambre avec mes interrogations, mes doutes, et mes inquiétudes. Le plus effrayant pour moi c’était la nuit, car mes crises d’angoisse me laissaient sur le carreau. Au petit matin j’étais épuisé, trempé de sueur et quelquefois fiévreux. Il n’était pas à l’ordre du jour d’en parler et je mentais sur mon état de santé, prétextant une légère indisposition et autres mensonges qui me passaient par la tête.

Un jour que mes terreurs nocturnes avaient été encore plus violentes et que mon géniteur n’était pas rentrer de la nuit, j’avais fait un léger malaise avant de fondre en larmes au moment où mon père avait franchi le seuil de la porte. Sans dialogue mais d’un simple et profond regard, je crois qu’il avait enfin compris ma détresse.

Je n’eus  plus jamais l’occasion de supporter une telle épreuve, mais bien d’autres vicissitudes m’attendaient dans les pages encore blanches de mon futur.



Dissolution

Une mini révolution économique et culturelle était en marche et l’amélioration du pouvoir d’achat s’accompagnait d’une évolution du mode de vie et d’un changement irréversible des comportements.

Notre ambitieux postier était devenu maire. Il avait signé la réalisation de vastes travaux d’aménagements. Du service d’eau en passant par la réfection des trottoirs, toutes les artères du village étaient en chantier. La municipalité avait également décidé d’aménager les abords de l’étang. C’est le regard un peu triste que j’avais assisté au défrichage de ce coin de terres sauvages, témoin de quelques moments heureux de ma vie. La destruction du calvaire et par enchaînement la suppression des processions de la fête Dieu, achevèrent de bouleverser nos us et coutumes, et clôturèrent par la même occasion cette série de mutations décidées par notre magistrat.

A présent le club de football qui s’était largement développé, recrutait ses joueurs parmi les jeunes générations. L’engouement que suscitait la pratique de ce sport national, détournait la plupart d’entre nous de nos occupations initiales, et j’assistais à le dissolution lente mais progressive de notre petit groupe de fidèles.

Volontairement j’avais choisi de ne pas faire comme les autres, car une activité collective et encadrée, nécessitant implications et obligations, ne collait pas avec une personnalité aussi réservée et solitaire que la mienne. Rien n’était plus précieux pour moi que ma liberté, mais cette liberté avait un prix qui impliquait une certaine forme de marginalisation. Tous les efforts d’intégration que j’avais pu consentir, à un moment donné, étaient réduis à néant. La nature avait fait de moi un individu profondément différent, dans un monde hostile aux minorités, et il n’y avait pas d’autres solutions que de subir à défaut de pouvoir s’assimiler.

Un chapitre entier de mon histoire s’achevait en laissant dans ma mémoire les souvenirs indélébiles d’une philosophie de vie qu’aucune société de consommation n’était en mesure d’acheter. L’isolement n’était pas quelque chose qui me faisait peur, je retrouvais dans mes longs moments de silence, les bienfaits d’une paix intérieure qui étaient une nourriture nécessaire à l’équilibre bien fragile de mon esprit.

A méditer :

Il faut, à certaines heures, que l’homme soucieux, anxieux, tourmenté se retire dans la solitude et qu’il ouvre un livre pour y chercher un principe d’intérêt, un thème de divertissement, une raison de réconfort et d’oubli.

Georges Duhamel

Tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi même. Nulle retraite n’est plus tranquille ni moins troublée que celle qu’il trouve en son âme.

Marc Aurèle

La plus grande chose du monde est pouvoir être soi.

Montaigne

Oh la la la vie en rose
Le rose qu’on nous propose
D’avoir les quantités d’choses
Qui donnent envie d’autre chose
Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires
Dérisions de nous dérisoires car

Foule sentimentale
On a soif d’idéal
Attirée par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
Alain Souchon



Vie nouvelle, nouvelle vie

Nous étions bientôt en septembre et les averses orageuses de cette fin d’été, avaient favorisé la pousse des premiers champignons. C’était l’occasion pour moi de partir avec la rosée du matin, en espérant remplir mon panier des variétés que je connaissais les mieux. Cette période de cueillette, mettait provisoirement un terme aux semaines d’insouciance passées en la compagnie de mes fidèles. Mon père ne m’accompagnait plus depuis longtemps, mais il m’avait donné le goût de ces promenades désormais en solitaire. Pourtant je n’étais pas aussi euphorique que les années précédentes, car des préoccupations de toutes sortes me troublaient l’esprit. Cette rentrée scolaire qui s’approchait à grands pas, était la cause de mes tourments. J’étais empreint de nostalgie en songeant à toutes ces années écoulées sur les bancs de notre école et, alors que je devais définitivement tourner la page, l’idée de me confronter à un univers inconnu m’angoissait, jusqu’à en devenir obsessionnelle.Partir au collège était une opportunité qui pouvait me permettre d’assouvir mes désirs d’ouverture sur le monde, mais paradoxalement cette expérience nouvelle n’avait pas dans l’immédiat le pouvoir de me réjouir. Je n’avais quasiment jamais quitté ma campagne autrement que par l’esprit et mon manque d’hardiesse entravait comme toujours, le plein épanouissement de ma personnalité.

Extrait du livre de mes mémoires

La rentrée de septembre mille neuf cent soixante cinq se caractérisa par mon entrée au collège. Dès lors mon emploi du temps fut considérablement chamboulé. Il fallut me lever beaucoup plus tôt, prendre mon petit déjeuner sur le pouce et rejoindre l’arrêt bus pour attendre par tous les temps et sans abri, le car qu’empruntait un groupe impressionnant d’élèves des deux institutions privée et publique. Le premier jour d’enseignement, le chauffeur déversa un premier flot d’élèves, place de la République. Nous décidâmes avec Patrick mon cousin, qui rentrait aussi au collège pour la première fois, de descendre à cette station. Il faut dire que personne nous avait donné le moindre renseignement, et nous n’étions absolument pas préparés à affronter sereinement cette nouvelle phase de notre vie. Il fallait se débrouiller et ne compter que sur nous mêmes. La peur panique de ne pas arriver à l’heure nous fit courir comme des dératés alors que nous avions en réalité une bonne heure devant nous avant l’ouverture des grilles. Nous ignorions complètement les règles qui régissaient le fonctionnement de l’établissement et nos parents n’avaient pas pris soin de s’informer de l’organisation auprès des responsables du collège. Je fus rassuré de constater que les bâtiments n’étaient pas aussi impressionnants que j’avais pu me l’imaginer.

L’ensemble était implanté au milieu d’un parc boisé ayant appartenu autrefois à un riche propriétaire. Nous profitions donc de tous les avantages qu’une végétation abondante pouvait nous procurer, en particulier des grands marronniers qui nous faisaient de l’ombre l’été. L’endroit était fort agréable et ne pouvait sans aucune commune mesure être comparé aux espaces bitumés des autres cours de récréation.

Il n’y avait pas de cantine, il fallait donc se rendre à pied jusqu’à un lycée situé à environ deux kilomètres de distance et ceux par n’importe quel temps.

Pour un campagnard comme moi, cette nouvelle étape était une épreuve redoutable à affronter. Bien que vivre dans un petit village comportait de gros inconvénients, j’avais l’impression en me trouvant en face de tous ces étrangers d’avoir été séparé d’un grande famille et mes difficultés relationnelles en s’amplifiant, ne m’aidaient pas à me faire de nouveaux amis.

Je ne cherchais d’ailleurs pas forcément à communiquer avec les autres, puisque je savais que Patrick et moi serions de nouveau réunis aux interclasses. Un seul garçon partageait nos discussions pendant les récréations. Il s’appelait Alain, habitait une commune voisine à la notre, et empruntait le même autobus que nous pour venir au collège.

Si j’avais été un bon élève en primaire, ici la concurrence était rude, et je me trouvais en face de quelques individus plus forts que moi, ce qui me portait un coup supplémentaire au moral. Si j’étais vexé de ne plus être dans les premiers, ce n’était pas par orgueil, mais c’était plutôt que je ne voulais pas décevoir mon père.

Le soir, à la sortie du cours je rattrapais à pied la place du champ de foire. Située face au grand jardin public, ce lieu pavé à l’ancienne, avait accueilli autrefois le marché aux bestiaux, avant de faire office de gare routière. J’y retrouvais un bon nombre de collégiens qui attendaient comme moi le moment de pouvoir regagner notre domicile.

Le samedi après-midi nous n’avions pas classe et à la fin des cours, je rejoignais en compagnie d’un camarade de mon village, le boulevard où nous attendait la voiture de ses parents. Son père était agriculteur et avait l’habitude de vendre toutes les fins de semaines sur le marché de la ville les produits de sa ferme. Nous profitions de cette opportunité pour pouvoir rentrer plus tôt dans nos foyers. Après le déjeuner, je regagnais ma chambre pour faire mes devoirs où mon père s’était enfin décidé à installer un poêle a mazout. Je n’étais pas un élève rapide, aussi mont travail me prenait une bonne partie de cette demi-journée. Lorsque je fermais enfin mes cahiers, il était souvent trop tard pour sortir, il me restait donc à cultiver ma solitude, et à m’évader par mes pensées.



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie