Vie nouvelle, nouvelle vie

Nous étions bientôt en septembre et les averses orageuses de cette fin d’été, avaient favorisé la pousse des premiers champignons. C’était l’occasion pour moi de partir avec la rosée du matin, en espérant remplir mon panier des variétés que je connaissais les mieux. Cette période de cueillette, mettait provisoirement un terme aux semaines d’insouciance passées en la compagnie de mes fidèles. Mon père ne m’accompagnait plus depuis longtemps, mais il m’avait donné le goût de ces promenades désormais en solitaire. Pourtant je n’étais pas aussi euphorique que les années précédentes, car des préoccupations de toutes sortes me troublaient l’esprit. Cette rentrée scolaire qui s’approchait à grands pas, était la cause de mes tourments. J’étais empreint de nostalgie en songeant à toutes ces années écoulées sur les bancs de notre école et, alors que je devais définitivement tourner la page, l’idée de me confronter à un univers inconnu m’angoissait, jusqu’à en devenir obsessionnelle.Partir au collège était une opportunité qui pouvait me permettre d’assouvir mes désirs d’ouverture sur le monde, mais paradoxalement cette expérience nouvelle n’avait pas dans l’immédiat le pouvoir de me réjouir. Je n’avais quasiment jamais quitté ma campagne autrement que par l’esprit et mon manque d’hardiesse entravait comme toujours, le plein épanouissement de ma personnalité.

Extrait du livre de mes mémoires

La rentrée de septembre mille neuf cent soixante cinq se caractérisa par mon entrée au collège. Dès lors mon emploi du temps fut considérablement chamboulé. Il fallut me lever beaucoup plus tôt, prendre mon petit déjeuner sur le pouce et rejoindre l’arrêt bus pour attendre par tous les temps et sans abri, le car qu’empruntait un groupe impressionnant d’élèves des deux institutions privée et publique. Le premier jour d’enseignement, le chauffeur déversa un premier flot d’élèves, place de la République. Nous décidâmes avec Patrick mon cousin, qui rentrait aussi au collège pour la première fois, de descendre à cette station. Il faut dire que personne nous avait donné le moindre renseignement, et nous n’étions absolument pas préparés à affronter sereinement cette nouvelle phase de notre vie. Il fallait se débrouiller et ne compter que sur nous mêmes. La peur panique de ne pas arriver à l’heure nous fit courir comme des dératés alors que nous avions en réalité une bonne heure devant nous avant l’ouverture des grilles. Nous ignorions complètement les règles qui régissaient le fonctionnement de l’établissement et nos parents n’avaient pas pris soin de s’informer de l’organisation auprès des responsables du collège. Je fus rassuré de constater que les bâtiments n’étaient pas aussi impressionnants que j’avais pu me l’imaginer.

L’ensemble était implanté au milieu d’un parc boisé ayant appartenu autrefois à un riche propriétaire. Nous profitions donc de tous les avantages qu’une végétation abondante pouvait nous procurer, en particulier des grands marronniers qui nous faisaient de l’ombre l’été. L’endroit était fort agréable et ne pouvait sans aucune commune mesure être comparé aux espaces bitumés des autres cours de récréation.

Il n’y avait pas de cantine, il fallait donc se rendre à pied jusqu’à un lycée situé à environ deux kilomètres de distance et ceux par n’importe quel temps.

Pour un campagnard comme moi, cette nouvelle étape était une épreuve redoutable à affronter. Bien que vivre dans un petit village comportait de gros inconvénients, j’avais l’impression en me trouvant en face de tous ces étrangers d’avoir été séparé d’un grande famille et mes difficultés relationnelles en s’amplifiant, ne m’aidaient pas à me faire de nouveaux amis.

Je ne cherchais d’ailleurs pas forcément à communiquer avec les autres, puisque je savais que Patrick et moi serions de nouveau réunis aux interclasses. Un seul garçon partageait nos discussions pendant les récréations. Il s’appelait Alain, habitait une commune voisine à la notre, et empruntait le même autobus que nous pour venir au collège.

Si j’avais été un bon élève en primaire, ici la concurrence était rude, et je me trouvais en face de quelques individus plus forts que moi, ce qui me portait un coup supplémentaire au moral. Si j’étais vexé de ne plus être dans les premiers, ce n’était pas par orgueil, mais c’était plutôt que je ne voulais pas décevoir mon père.

Le soir, à la sortie du cours je rattrapais à pied la place du champ de foire. Située face au grand jardin public, ce lieu pavé à l’ancienne, avait accueilli autrefois le marché aux bestiaux, avant de faire office de gare routière. J’y retrouvais un bon nombre de collégiens qui attendaient comme moi le moment de pouvoir regagner notre domicile.

Le samedi après-midi nous n’avions pas classe et à la fin des cours, je rejoignais en compagnie d’un camarade de mon village, le boulevard où nous attendait la voiture de ses parents. Son père était agriculteur et avait l’habitude de vendre toutes les fins de semaines sur le marché de la ville les produits de sa ferme. Nous profitions de cette opportunité pour pouvoir rentrer plus tôt dans nos foyers. Après le déjeuner, je regagnais ma chambre pour faire mes devoirs où mon père s’était enfin décidé à installer un poêle a mazout. Je n’étais pas un élève rapide, aussi mont travail me prenait une bonne partie de cette demi-journée. Lorsque je fermais enfin mes cahiers, il était souvent trop tard pour sortir, il me restait donc à cultiver ma solitude, et à m’évader par mes pensées.



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