Terreur nocturne

S’il ne se consolait pas du décès de ma mère, mon père se résignait de devoir faire avec, et menait son existence simplement et sans bruit. Je ne lui connaissais aucun ennemi, et il travaillait ardemment dix heures par jour, afin de subvenir à nos besoins. Il s’acquittait de ce devoir familial sans que je n’entende jamais de sa bouche la moindre protestation à l’encontre de son patron, qui lui versait un salaire pourtant bien modeste.Nous n’étions pas une famille comme les autres. Sans de véritables règles de conduite, nous profitions de notre indépendance, sans trop en abuser, tout en respectant également le travail et l’aide précieuse que ma grand-mère fournissait pour notre bien-être.

Je remarquais cependant depuis un certain temps, que papa s’accordait une part de liberté de plus en plus grande, me concédant pas la même occasion encore un peu moins d’attention.

Je détestais cette partie de sa vie qui m’échappait et qui faisait que nous nous éloignions chaque jour un peu plus l’un de l’autre. Etait-il en train de reconstruire quelque chose ?

Le transfert d’affection que j’avais effectué sur papa depuis que le destin m’avait arraché de ma mère faisait que je l’aimais exagérément, d’un amour que je voulais sans partage.

J’avais la désagréable sensation tout à coup que cet ordre établi pouvait être chamboulé, et l’anxiété commençait à se rendre maître de mon esprit.

Je haïssais à présent les week-ends où je me retrouvais seul dans ma chambre avec mes interrogations, mes doutes, et mes inquiétudes. Le plus effrayant pour moi c’était la nuit, car mes crises d’angoisse me laissaient sur le carreau. Au petit matin j’étais épuisé, trempé de sueur et quelquefois fiévreux. Il n’était pas à l’ordre du jour d’en parler et je mentais sur mon état de santé, prétextant une légère indisposition et autres mensonges qui me passaient par la tête.

Un jour que mes terreurs nocturnes avaient été encore plus violentes et que mon géniteur n’était pas rentrer de la nuit, j’avais fait un léger malaise avant de fondre en larmes au moment où mon père avait franchi le seuil de la porte. Sans dialogue mais d’un simple et profond regard, je crois qu’il avait enfin compris ma détresse.

Je n’eus  plus jamais l’occasion de supporter une telle épreuve, mais bien d’autres vicissitudes m’attendaient dans les pages encore blanches de mon futur.



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