Triste fin d’été

L’été était loin d’être terminé, et il faisait tellement chaud, qu’il me semblait raisonnable de ne pas quitter la maison. Je me sentais tellement fatigué, que j’avais également renoncé à entreprendre quoi que ce soit. Allongé dans l’herbe, à l’ombre du cerisier, je regardais la balançoire ballottée par une légère brise, et je songeais à mes cousines qui reviendraient bientôt du bord de mer. Leur présence donnait sans conteste une animation joyeuse à notre maison, et il fallait bien se rendre à l’évidence, lorsque ma solitude se prolongeait au delà de limites raisonnables, mon imagination et ma motivation s’épuisaient, et trouver une occupation devenait chaque jour un peu plus difficile.

En fermant les yeux, je m’efforçais de revivre quelques moments joyeux d’un passé relativement récent, mais qui me semblait à des années lumières de ce que je vivais à présent.

Le souvenir du visage de ma mère me semblait de plus en plus diffus. J’avais également oublié l’intonation de sa voix, mais j’avais hérité du bien précieux qu’était son amour, et je sentais ce trésor s’écouler en moi, comme le sang circule dans les veines. Mes larmes s’étaient taries, et je n’avais pas d’autres choix que de me soumettre à la triste réalité.

Si ma mémoire était défaillante lorsqu’il s’agissait de ressusciter maman dans mes pensées, je me souvenais en revanche parfaitement de notre arrivée en ce lieu.

Extrait du livre de mes mémoires

Petit à petit, la vie s’organisait dans cette nouvelle demeure, mon père avait repris le chemin du travail, ma mère envisageait ma scolarisation pour le rentrée prochaine et j’avais sympathisé avec Marie-Paule, que je ne connaissais pas aussi bien que Patrick et Dominique, pour ne l’avoir pas aussi souvent côtoyée. Sa sœur était encore trop jeune pour partager nos jeux qui n’étaient pas les mêmes que ceux pratiqués avec mes cousins. Avec la petite voisine, nous faisions des parties de cache-cache, la marelle dépensait également beaucoup de notre énergie.

Quelquefois Marie-Paule et moi, partions pour une longue balade qui nous conduisait vers un hameau situé à la sortie du village, un peu plus bas de chez nous.

Mon oncle possédait un clapier installé à l’entrée du jardin. J’aimais bien quand ses lapines élevaient une portée de lapereaux, je trouvais ces petites boules de poils tellement adorables. Marie-Paule et moi passions des heures à les observer en train de se débattre dans leur cage, et quelquefois nous ramassions de l’herbe pour les nourrir.

Un autre amusement prenait beaucoup de notre temps, c’était la fabrication de bouillabaisse dans une vieille cuvette. ………

 

Le son des cloches me fit sursauter, j’avais dû m’assoupir un court instant. Décidément je me sentais mal et j’étais probablement fiévreux. Grand-mère n’était pas en meilleur état que moi, et il fallait impérativement se rendre à la poste, pour téléphoner à notre médecin qui résidait dans la ville voisine. Décidément l’été ne s’achevait pas dans les meilleurs conditions qui soient.



Sauvageon

Je terminais une année scolaire auréolée de gloire, et le conseil d’orientation me destinait à une classe de quatrième, où l’on affectait les bons éléments pour y étudier une seconde langue. Je n’étais pas quelqu’un de très ambitieux et de plus je doutais fortement de mes capacités intellectuelles. Cette décision m’effrayait, et j’avais confié à mon père mes incertitudes en lui demandant de prendre rendez-vous avec le proviseur pour le faire changer d’avis afin de me placer dans une quatrième normale. Il avait fallu argumenter longtemps pour que mon père décide de se déplacer. Lorsqu’il revint de son expédition, le proviseur l’avait convaincu de ne pas bouger les choses et de considérer la décision qui avait été prise à mon égard, comme un honneur. Voilà qui n’était pas matière à me faire passer de bonnes vacances, d’autant plus que notre collège vivait ses derniers jours avant sa destruction complète. La prochaine rentrée scolaire s’effectuerait dans un nouvel établissement, à l’autre bout de la ville, et je n’aimais pas songer à ce chamboulement qui me faisait perdre mes repères en me plongeant dans la tourmente d’un avenir incertain.

En attendant il fallait s’occuper l’esprit car les années de bonheurs partagées avec mes fidèles n’étaient plus qu’un souvenir. Le groupe était à présent séparé, et chacun vaquait désormais à de nouvelles occupations. Les journées baignades au bord de l’étang n’existaient plus non plus. Avec mes cousins nous profitions désormais des opportunités qui s’offraient à nous, pour nous rendre à la piscine municipale de l’agglomération voisine, mais le charme n’opérait plus.

Lorsque je me retrouvais seul, je partais chez un très brave paysan des environs qui m’avait proposé quelques temps plus tôt de venir pêcher dans une mare très poissonneuse, située dans un pré à proximité de sa ferme.

Je m’y rendais sur mon vélo, encombré de mes gaules et de mon matériel, j’avançais péniblement car j’étais trop chargé et mal à l’aise pour pédaler. Mes efforts était largement récompensés car j’appréciais me retrouver camouflé dans un végétation luxuriante, tel un clandestin à l’abri des foules et loin de toutes agressions. Nul part ailleurs que dans ce lieu immergé de silence, j’éprouvais aussi intensément cet effet paradisiaque d’excitation et de jouissance.

Comme chaque année, à pareille époque, je recevais mon lot de lettres et de cartes postales des amis ou des membres de la famille, qui m’envoyaient des nouvelles de leurs lieux de vacances. Mon père qui ignorait à tel point son fils était asocial, en avait réellement pris conscience lorsque ayant essayé de m’envoyer dans un centre de loisir, sa tentative s’était soldée par un cuisant échec

Extrait du livre de mes mémoires

 

Depuis deux ans, la commune s’était dotée d’une association familiale, lui permettant d’acquérir du matériel tel que motoculteur pour les hommes, ou machine à tricoter pour les femmes. Les foyers peu fortunés, ne pouvant s’acheter ce genre de matériel, moyennant le paiement d’une location, pouvaient à présent profiter de ces facilités qui leur étaient accordées, pour améliorer leurs conditions d’existence.

Cette nouvelle année avait vu fleurir l’idée via ce groupement d’envoyer les enfants du village en centre aéré afin d’encadrer leurs activités au cours des vacances, alors qu’ils avaient été laissés pendant des décennies sans surveillance, livrés à eux mêmes à leurs risques et périls, dangers dont les adultes n’avaient pas toujours conscience.

Dès le début du mois de juillet, nous dûmes suivant la volonté de nos parents, emprunter le car, chargé de nous conduire sur l’hippodrome des bois de Clénet où nous attendaient des moniteurs, affectés d’une mission qui consistait à nous diviser en plusieurs groupes pour nous initier à tour de rôle, à diverses occupations de peinture de poterie à des jeux de pistes en plein air ou à des activités sportives. D’emblée je fus séparé de mes amis pour me retrouver dans un groupuscule d’individus que je ne connaissais pas et avec lesquelles j’avais beaucoup de mal à communiquer.

L’expérience de ne dura que deux petites semaines, durant lesquelles je fus très mal dans ma peau et face à ma réticence de me rendre chaque jour au centre, me père compris très vite qu’il ne fallait pas poursuivre l’expérience plus longtemps au risque de me voir tomber malade, Il abandonna l’idée de m’envoyer à Clénet. Je crois même qu’au sein de l’association l’expérience qui dura deux ou trois ans, fut ressenti comme un échec et très vite les parents redonnèrent l’indépendance, à leurs progénitures qui en avaient tant besoin. Une liberté d’action, à laquelle les mômes avaient été habitués depuis leur naissance.



Mystère

L’année mille neuf cent soixante sept aurait pu passer comme une lettre à la poste, mais je n’étais pas de nature à vivre sereinement trop longtemps. Au lieu de me contenter de résoudre mes soucis personnels, et de profiter des bons moments d’une adolescence déjà bien chaotique, il me fallait trouver de nouveaux sujets d’inquiétude, et en cette période troublée de juin, c’était dans l’actualité internationale que je dénichais matière à me torturer l’esprit. L’affrontement des six jours déclenché par la coalition entre trois pays arabes menaçait l’existence d’Israël, mais également en période de guerre froide, risquait d’ébranler le fragile équilibre qui subsistait tant bien que mal, entre le bloc soviétique et l’occident. Les radios et la télévision se faisaient largement l’écho de cette tragédie. J’étais parmi mes fidèles le seul à écouter assidûment des informations qui ne m’étaient pas forcément destinées. De ce fait, mon acharnement m’empêchait de prendre de la distance envers des évènements qui m’angoissaient bien inutilement. Heureusement le conflit ayant été bref, cet épisode de mon histoire n’avait que très légèrement affecté mon humeur et le soleil brûlant de cette fin de printemps présageait de belles vacances.

Comme à l’accoutumé l’embellie n’était que de courte durée et à présent mon géniteur occupait mon esprit en faisant l’objet de toute mon attention.

Mon père avait fréquemment des petits ennuis de santé. Fatigué par de longues journées d’usine, avec des conditions de travail parfois difficiles, il ressentait souvent des malaises, tels que des maux de tête ou d’estomac. Sa profession exigeait de lui une bonne condition physique et pour résister, il éprouvait le besoin de se nourrir en abondance et souvent de manière peu équilibrée ce qui le faisait grossir et nuisait parfois à sa forme. Il passait de temps à autre par des crises de cafard, et dans ses moments là, il éprouvait le besoin de me faire part de ses états d’âme. C’était nouveau car nous n’avions pas eu l’habitude jusqu’à ce jour de nous confier l’un à l’autre, et j’étais aussi démuni que pris au dépourvu, face à ce désarroi, pour lequel je ne trouvais pas les mots d’apaisement

 

 

Mystère : Je n’ai pas choisi de naître. Je n’ai pas choisi d’être un garçon, Je n’ai pas choisi la couleur de mes yeux. etc.…..

Quel est ce mystère qui me lie si intensément à toute une nation ?

Du plus loin dont je me souvienne, j’ai toujours eu une profonde amitié pour le peuple juif et tout ce qui touche ce peuple me touche au plus haut point. Les malheurs dont les hébreux sont les victimes depuis des siècles n’a de cesse de m’inspirer de la compassion et l’épisode douloureux de la seconde guerre mondiale m’a et continue de me marquer profondément. Pourquoi faut-il subir une condamnation et mourir pour ce que l’on n’est et non pour ce que l’on a fait ? Sans doute trouverez vous la clé du mystère dans cette phrase interrogative.



Prémices de l’adolescence

Nos grandes virées campagnardes, autrefois si nombreuses, se faisaient de plus en plus rares. Le sport achevait d’imposer sa très nette supériorité sur ces activités d’un autre temps. Les lézards et les oiseaux, pouvaient à présent dormir tranquilles, car les arcs et les frondes n’existaient plus qu’au fond des greniers.

Faute de main d’œuvre, nous avions abandonné la construction des cabanes dans les bois et nous n’allions plus grimper dans les arbres pour y dénicher les nids. Hobby qui nous avait coûté cher puisque l’un de mes fidèles, était tombé une fois d’un arbre, à califourchon sur un barbelé, se blessant assez sérieusement la cuisse. Une autre fois en franchissant une clôture je m’étais moi aussi sérieusement entaillé le front et la joue droite, tout en évitant de justesse de me crever un œil.

En dépit de ce changement d’habitude, mon cousin Dominique continuait à aimer la pêche et trouvait des moments de liberté pour que nous allions encore quelquefois tremper nos lignes dans les différentes mares de la région.

Nous arrivions au terme des vacances d’avril mille neuf cent soixante six, nous entamions le troisième trimestre de l’année scolaire. Au collège je n’avais toujours pas de copains, et j’étais devenu méfiant depuis que mon sac de sport ainsi que son contenu m’avaient été dérobés lors d’une absence forcée pour cause de maladie. Mon père avec sa discrétion habituelle, n’avait pas voulu porter réclamation auprès du proviseur, sans doute pour me protéger d’une vengeance éventuelle de la part de l’auteur du vol. Je ne m’étais pas encore remis de cette injustice et j’avais la haine de penser que ce méfait puisse resté impuni, alors que papa qui n’était pas bien riche avait dû faire le sacrifice d’un nouvel achat.

Tout n’était cependant pas négatif, car mes notes grimpaient au cours de ce troisième trimestre, et je pouvais espérer passer en cinquième dans de bonnes conditions, c’est donc en toute sérénité que j’abordais cette nouvelle saison d’été, qui promettait d’être chaude et ensoleillée.

Mes cousines m’avaient laissé, pour passer deux longs mois au bord de la mer, en revanche mes cousins de ma première demeure partiraient moins longtemps et beaucoup plus tard dans la saison, je pouvais espérer quelques bonnes journées en leur compagnie.

La kermesse des écoles privées marquait le début de septembre. Cette fête était l’une des occasions exceptionnelles que nous avions de nous divertir en dehors des rencontres de football, ou des deux manifestations organisées par le comité des fêtes. C’était également l’une des rares fois ou nous pouvions côtoyer, bavarder et échanger des idées avec nos camarades filles, dont les permissions de sorties étaient fortement réglementées par leurs parents.

La reprise des cours, ne fut pas un épisode marquant de ce début d’automne mille neuf cent soixante six, car nous avions désormais Patrick et moi, l’habitude d’emprunter le bus scolaire, nous connaissions parfaitement le fonctionnement du collège, et nous nous orientions sans plus aucun problème dans la ville. Nous retrouvions similairement les élèves et les professeurs que nous avions laissés en juin. J’étais beaucoup plus à l’aise que l’année antérieure dans ma classe de cinquième, sans doute que l’expérience passée m’avait permis d’acquérir une incontestable sérénité. Mes résultats scolaires étaient plus conformes à mes objectifs et je pouvais de nouveau présenter mon carnet de notes à mon père sans aucune amertume.

L’hiver était arrivé avec son cortège de pluie de brouillard et de périodes glaciales. Il faisait bon auprès de la cuisinière à charbon et quel bonheur de sentir l’odeur du pot au feu qui mijotait dans un coin du fourneau.

La vie continuait son petit bonhomme de chemin et il me semblait que l’horizon s’éclaircissait. Petit à petit l’adolescence pointait le bout de son nez.



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