Mai 68

Le printemps était arrivé en même temps que les premières manifestations estudiantines. Les contestataires avaient envahi les rues de Paris, tandis que les syndicats appelaient également à la grève. La révolte s’amplifiait doucement mais sûrement, et s’étendait désormais dans les milieux ouvriers. Contrairement à mon habitude, je vivais une période où je ne prêtais pas attention à l’actualité, aussi je n’avais rien vu venir.

L’insurrection pourtant paralysait petit à petit la nation toute entière. Les médias ainsi que l’éducation nationale se joignaient au mouvement.

Mon réveil avait donc été fortement brutal, lorsque durant le cours d’allemand, notre professeur nous avait annoncé que l’établissement fermait ses portes, pour une période indéterminée. Je prenais conscience enfin de la gravité de la situation. Pour l’heure la majorité des collégiens étaient ravis de ce surplus de congés.

Les rares informations que le service publique était dans l’obligation de nous donner, nous apprenaient que les magasins d’alimentation étaient pris d’assaut par des ménagères qui craignaient la pénurie et que l’on pouvait voir des files incessantes de voitures devant les stations d’essence.

Notre campagne n’était pas encore affectée par ses évènements, aussi mon père continuait-il à se rendre régulièrement à son travail. Il était à des années lumières de ce mouvement de protestations. La colère n’existait pas en lui et je ne l’avais jamais entendu se plaindre d’une injustice. Il vivait sa vie discrètement et modestement, à l’abri de toutes les agitations du monde extérieur.

L’incident se produisit un lundi matin alors qu’il s’apprêtait à entamer une nouvelle semaine de labeur. Un groupuscule d’individus favorables au durcissement du mouvement bloquait l’accès aux ateliers menaçant de tabasser les récalcitrants. Le patron de l’usine avait donné l’ordre à ses ouvriers de rentrer chez eux pour parer à d’éventuelles échauffourées. Ainsi nous retrouvions nous l’un et l’autre contraints et forcés de participer indirectement au débrayage général.

Extrait du livre de mes mémoires

La révolte débuta à Paris dans le quartier de la Sorbonne où les manifestations étudiantes tournèrent en insurrection après que les CRS eurent chargé la foule. La violence remplaça la négociation et la grève se généralisa dans toutes les facultés. La régie Renault, ainsi que d’autres grandes firmes emboîtèrent le pas et les usines durent fermer leurs portes les unes après les autres.

Le professorat imita le reste de la population et se mit en grève illimitée, obligeant les chefs d’établissements à fermer collèges et lycées. La radio et la télévision cessèrent également leurs programmes. Le manque d’essence semait la panique au sein des automobilistes qui formaient devant les stations services, des files d’attente de plus en plus longues au fur et à mesure que la crise s’aggravait. Les consommateurs dévalisaient les magasins, par crainte d’une grave pénurie de denrées alimentaires. Les journaux étrangers titraient «  La France au bord de la guerre civile  ».

L’usine de chaussures dans laquelle mon père travaillait dut fermer ses portes à cause des menaces proférées par les syndicats qui juraient de déloger à coup de matraque les salariés qui ne respecteraient pas les arrêts de travail.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes mon père et moi au chômage forcé pendant une durée d’un mois environ, période au cours de laquelle nous en profitâmes pour partager ensemble de bons moments. Très loin de toute cette agitation sociale, nous passions notre temps à pêcher au bord de l’étang, tandis que la radio diffusait des morceaux de musiques  ponctués par des brefs flashs d’informations nous rendant compte de l’évolution de la situation. Mon père ne s’intéressait pas à la politique et j’avoue que malgré mon souci de l’information, je ne comprenais pas grand chose à cette période trouble de notre histoire, ni aux mobiles qui poussaient tout un peuple à la révolte.



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