Richesse insoupçonnée

L’année qui venait de s’écouler avait été délicate au point de vue financier. Il avait fallu batailler ferme pour joindre les deux bouts, mais nous avions gagné le combat. Nous faisions partie de ces familles dites de conditions modestes, et si j’en avais conscience, il y avait une chose que j’avais oublié, c’était que chacun possédait autrement que de l’argent, un bien qui valait plus que toutes les richesses du monde, et mon géniteur allait en moins de deux ans gaspiller son précieux capital.

Un horrible mal de tête fut le premier symptôme de sa maladie, suivi par des vertiges qui le contraignirent à rester allongé dans le noir le plus total.

En quasiment quinze ans d’existence, c’était la deuxième fois que je voyais mon père aussi malade, j’avais en mémoire en effet, le souvenir de cette mauvaise grippe, qui l’avait contraint à se soigner quelques années plus tôt.

Le médecin diagnostiquait cette fois, une poussée de tension artérielle qui plaçait désormais son patient dans le clan des hypertendus, avec obligation d’un régime alimentaire drastique, et d’une prise de médicaments à vie. Le praticien lui demandait de considérer ce discours comme un avertissement, l’alerte ayant été assez sérieuse.

Dès qu’il fut rétabli, papa fit en sorte d’oublier les conseils prodigués par son docteur, et rangea bien vite les boîtes de médicaments dans la pharmacie, ne changeant ni ses habitudes, ni son hygiène de vie.

Je n’avais pas réellement la notion des risques majeurs qu’il était en train de prendre, mais un vague pressentiment me troublait l’esprit, d’autant plus que l’épreuve semblait avoir influé sur son humeur. Un jour, je le trouvais enjoué et gonflé d’un optimisme que je ne lui connaissais pas auparavant, puis le lendemain il m’apparaissait silencieux et le visage fermé. Je lisais même parfois dans son regard la tristesse des moments les plus sombres de notre histoire.

Un jour qu’il était encore un peu plus déprimé que d’habitude, il m’avait avoué cette intuition qui le taraudait depuis la prime enfance, à savoir qu’il était convaincu de décéder avant d’atteindre sa quarantième année. En se laissant allé à de telles confidences, il ne se doutait même pas du ravage psychologique qu’il pouvait provoquer en moi.

Je pense que cette perspective peu réjouissante de la mort, ne l’effrayait pas, mais son inquiétude tournait à l’obsession à l’idée de devoir me laisser seul avant que je ne puisse subvenir moi-même à mes besoins. Je le sus plus tard parce qu’il en avait parlé à un ami.

Je n’avais malheureusement pas la maturité nécessaire pour le sermonner et pour le ramener sur le chemin de la raison.

Malgré un désastre programmé, il me fallait cependant continuer à vivre, et j’espérais toujours un changement de comportement de la part de celui qui m’avait donné la vie, mais qui désirait inconsciemment qu’on lui prenne la sienne.

Le miracle ne se produisit pas.



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