Rébellion

Malgré mon redoublement, l’année scolaire qui venait de s’écouler n’avait pas été exceptionnelle, j’étais quand même admis en classe supérieure, c’était pour moi l’essentiel.Nous étions à l’époque des Beatles et des cheveux longs. Mon père s’acharnait depuis ma plus tendre enfance à me faire raser le crâne par notre coiffeuse locale dont les compétences en matière de coiffure étaient plus que douteuses. Chaque passage à la tondeuse était pour moi un moment d’humiliation, et ma révolte grandissait au fur et à mesure que ma crise d’adolescence s’affirmait. Je contenais ma colère car j’avais été éduqué dans le respect des parents et l’époque que nous vivions ne tolérait ni l’indiscipline ni la désobéissance, mais mon expérience de l’été avait laissé des traces, et je sentais que cette situation ne perdurait pas.Septembre étant désormais en première page du calendrier, il fallait penser à refaire le cartable.

La rentrée scolaire fut des plus routinières, je retrouvais les élèves qui avaient composé notre classe de l’année précédente et ceci dans le même établissement. Seule ombre au tableau, mon professeur de physique et chimie n’était autre que la cousine germaine de mon père. Ce malencontreux hasard me chiffonnait un peu l’esprit, car j’avais la désagréable sensation de me retrouver une fois de plus en situation de liberté surveillée.

Il faut dire aussi que mon séjour à la montagne m’avait permis de découvrir un autre univers que celui dans lequel j’évoluais au sein de ma famille, et j’apprenais petit à petit à braver les interdits.

C’est ainsi que profitant de la candeur absolue de l’autorité parentale, j’avais commencer à consommer de manière clandestine de l’alcool et à fumer des cigarettes d’une manière beaucoup moins occasionnelle qu’autrefois.

Mais je n’avais pas été non plus élevé dans l’art de la dissimulation, aussi je ne sentais pas à l’aise de vivre secrètement ces expériences nouvelles.

Il fallait que papa comprenne que j’avais grandi. L’épanouissement de ma personnalité passait par l’assouplissement de certaines règles, et j’étais bien décidé de m’affirmer en tant qu’individu. Lui avouer mes différentes dérives d’adolescent, c’était faire preuve d’honnêteté à son égard.

Je redoutais l’affrontement, mais rien au monde ne m’aurait fait reculer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

J’avais en cette période cruciale de ma jeunesse, décidé d’égratigner un peu l’autorité paternelle et était déterminé à m’affirmer en tant qu’individu, en espérant éviter l’affrontement lorsqu’il s’agirait de négocier avec papa . Ma première démarche fut de lui avouer que ma première cigarette ne datait pas d’hier et que je voulais désormais fumer comme tout adolescent qui se respecte, sans avoir à me cacher de lui. La réaction fut celle à laquelle il fallait s’attendre et chacun resta campé sur ses positions. Vu ma détermination, mon père avait bien compris que je ne céderais pas, aussi avait il mis un terme à la discussion car il détestait par dessus tout les conflits familiaux.

Je m’étais résolu à remettre à plus tard, la suite de la conversation, mes autres revendications attendraient, car je venais de lui asséner un coup fatal.

Il avait enfin compris que son fiston avait grandi et que nous étions en train d’aborder un nouvel épisode de notre vie.

Je ne souhaitais pas le provoquer, aussi je me dispensais de fumer en sa présence, par contre, je n’hésitais pas à griller une cigarette en public, sachant que les commérages iraient bon train et qu’il serait rapidement avisé de mes agissements.

La situation devait être claire et sans ambiguïté et je n’hésitait pas à faire le nécessaire pour cela.



La Grande Evasion

Alors que mon ami Pierre se remettait doucement mais sûrement de ses blessures, l’été pointa le bout de son nez..

Comme pour les enfants qui avaient profité autrefois, de journées en centre aéré, il existait à la fin des années soixante, un groupement de plusieurs communes de la région qui avait pour mission d’organiser des séjours en camps, en faveur d’adolescents dont les familles pour diverses raisons n’étaient pas en mesure de partir en vacances.

J’étais de ceux qui remplissaient les conditions nécessaires pour bénéficier des bienfaits du grand air. C’était seulement la deuxième fois de ma vie que je quittais ma famille et surtout je m’en allais découvrir la montagne, que je ne connaissais que par les livres ou les médias.

L’expérience du centre aéré avait été pour moi catastrophique mais j’avais vieilli et l’idée de découvrir de nouveaux horizons ne me déplaisait pas, j’étais même assez enthousiaste et bien décidé à m’intégrer au sein du groupe.

L’éloignement géographique stimulait en moi le désir d’écrire, et je m’attelais tous les jours à cette tache. Mon père recevait régulièrement par la poste, ce qui constituait en quelques sortes mon journal de vacances. Ce courrier abondant était aussi pour moi une formidable instrument de communication, papa étant ordinairement peu enclin à écouter mes confidences

 

Extrait du livre de mes mémoires

C’est ainsi qu’au début du mois d’août nous partîmes en car, piquer nos tentes dans un petit village Pyrénéen.

L’une des grandes qualités concernant l’organisation de ce séjour, fut que les moniteurs avaient laissé se regrouper les adolescents par affinités. Sous ma toile je n’avais donc comme colocataires que des copains d’enfance. Cette façon de procéder avait permis d’éviter une période d’adaptation car chacun des groupes restaient à l’aise dans son milieu, ce qui n’empêcha pas que s’établissent rapidement des contacts entre participants des diverses communes.

Les activités dans ce campement étaient des plus variées, les randonnées de jour succédaient à celles de nuit ou nous grimpions jusqu’aux neiges éternelles pour attendre et contempler le levé du soleil.

La vie en communauté était pour moi une expérience bénéfique car mon statut de fils unique ne m’avait jamais donné l’occasion d’être confronté à l’obligation du partage, ni à la discipline de groupe. La bonne entente entre personnes exigeait des contraintes et le respect de certaines règles et ce mode de vie que nous venions d’adopter provisoirement pour les vacances était la meilleur façon de nous enseigner nos droits mais aussi nos devoirs de jeunes citoyens.

Les soirées s’organisaient souvent autour d’un feu de camp et nous passions notre temps à chanter avec nos camarades filles, des airs populaires, tandis que d’autres s’essayaient à jouer de la guitare pour tenter de nous accompagner. Nous avions également la possibilité de danser car la municipalité avait mis à notre disposition une grange désaffectée qui nous servait de salle de cantine mais aussi de salle de bal.

Pendant notre séjour deux excursions en bus nous permirent de franchir pour la première fois de notre existence la frontière et de séjourner en Espagne pour y découvrir un autre mode de vie que celui de nos campagnes. L’Espagne fut pour moi également l’occasion de contracter une bonne gastro-entérite qui fit légion parmi notre troupe de jeunes vacanciers, à tel point que la municipalité dut mettre à disposition l’église du village pour abriter les malades incapables de coucher sous la tente à cause de leurs fréquentes nausées et de leurs diarrhées aiguës.

La dernière grande balade que nous fîmes avant notre grand retour, fut la visite de plusieurs plages méditerranéennes dont Collioure et Argeles sur Mer, des destinations qui représentaient pour moi le bout du monde. J’y découvrais le grand soleil et un climat beaucoup plus chaud que celui que l’on rencontrait habituellement sur les plages de l’atlantique, du moins durant les rares périodes pendant lesquelles je m’y étais rendu.

Nous avions également profiter de notre séjour dans cette région pour visiter à Thuir les caves des établissements Byrrh fabriquant d’apéritif ainsi qu’à Font Romeu le centre d’entraînement sportif des athlètes de haut niveau .

 Le rapatriement dans nos familles fut à l’arrivée des cars dans notre région natale un moment de tristesse et de nostalgie. Le moment de la séparation et des aux revoirs, fut l’occasion d’échange d’adresses entre habitants des différentes communes, avec la promesse de nous revoir dès que possible tant ces quinze jours passés en collectivité nous avaient semblé paradisiaques.

Cette expérience m’avait donné encore un peu plus le goût de la liberté, tout en me fortifiant l’esprit. J’étais certain de pouvoir désormais m’affirmer un peu plus en tant qu’adolescent et les premières rébellions envers l’autorité parentale n’allaient pas tarder à perturber la tranquillité familiale



Une très grande amitié

La création du club de football avait eu pour effet de mettre de la distance entre moi et mes camarades licenciés. Je me suis d’ailleurs pas mal exprimé à ce sujet. J’aurai pu resté indéfiniment à l’écart de ce monde qui ne collait pas réellement à ma peau, mais la vie nous réserve parfois d’agréables surprises. Je ne sais pas par quel mystère naît une amitié, mais les nombreux atomes crochus qui me lièrent durablement à Pierrot me permirent de passer les moment les plus heureux de cette époque de ma vie.

Pierre avait une particularité qui n’était pas faite pour me déplaire, il n’aimait pas fréquenter les stades. Très vite j’avais compris que notre entente serait parfaite, d’autant plus qu’il partageait mes envies d’évasion. Nous concrétisions ces désirs par de longues balades en nature. Il me racontait sa passion pour la chasse, moi je lui parlais de livres et de musique. Il me décrivait ses premières expériences amoureuses, moi je lui parlais de mes difficultés à communiquer avec autrui.

Il était de trois ans mon aîné, cependant il avait gardé en lui un peu de la naïveté et de l’innocence des enfants, c’est d’ailleurs pour cette raison que je l’aimais tant. .

Sa continuelle bonne humeur n’avaient pas d’égal dans mon entourage. Il n’y avait aucune haine en lui, de plus c’était un garçon fidèle en amitié. Au fur et à mesure du temps, cette complicité naissante en cette année mille neuf cent soixante neuf, n’allait faire que de s’amplifier.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires

(comment un cruel destin aurait pu me priver de mon ami )

 

 

Si j’étais attiré par la pêche, la cueillette des champignons, la chasse aux escargots ou le ramassage des pissenlits, mon ami Pierre préférait la chasse. Il était en âge de posséder un fusil aussi ne s’était il pas privé d’en acquérir un. Je l’accompagnais souvent, quelquefois même pendant des virées nocturnes. Lorsque nous pouvions pénétrer dans un champ avec sa voiture, il se garait et éteignait son moteur tout en laissant ses phares allumés pour distinguer les lapins et les lièvres que notre arrivée avait effrayés et dont il fallait attendre patiemment le retour. Cette traque s’effectuait en toute illégalité mais cette clandestinité et cette façon de braver les interdits nous faisaient monter l’adrénaline et je crois que nous adorions l’excitation intérieure que ces situations dangereuses nous produisaient, elle donnait un peu de piment à notre vie

L’accident se produisit pendant une période de vacances scolaires. Cet après-midi là, Jean son frère nous accompagnait, il portait le fusil chargé et il marchait derrière nous alors que nous longions une haie à la recherche d’un éventuel gibier. Le corbeau responsable du malheur s’enfuit brutalement de la branche d’un chêne, étonné et apeuré de notre arrivée. Surpris par l’envol du volatile, Jean fit un mouvement brusque, braquant le canon de l’arme à feu qu’il tenait appuyée sur sa hanche dans notre direction. Le coup parti alors que son auteur n’avait pas voulu tiré. Le destin ce jour là me fut favorable puisque aucun plomb de m’atteignit alors que nous marchions la victime et moi, côte à côte. Pierrot à l’inverse de moi, s’écroula dans l’herbe atteint par une décharge de chevrotine. Mon ami n’étant pas inconscient, au prix de grands efforts, il réussit à se relever et nous pûmes nous rendre à la maison la plus proche afin d’avertir dans un cas d’extrême urgence les secours qui arrivèrent aussi vite qu’ils purent. La blessure était grave et l’intervention chirurgicale fut longue et délicate. Mon camarade fut amputé de la rate et d’une partie de l’estomac mais sa vie n’était pas en danger et il sortit de la clinique quelques semaines plus tard ne pesant plus que quarante cinq kilos. Sa convalescence fut longue et délicate et lorsqu’il fut définitivement rétabli il ne manqua pas de reprendre ses activités de chasse, sport qu’il n’avait pas cessé d’aimer. Ni son frère ni moi ne pûmes comme autrefois l’accompagner, car le traumatisme avait été trop grand et de reprendre un fusil entre les mains n’était plus dans nos cordes.

Mon père ne connaissait pas mon amitié pour Pierrot ni cette complicité que nous avions partagée durant des mois entiers dans notre traque animalière, cependant ne posant pas plus de questions que de coutume il avait simplement été rassuré de ne pas me voir impliqué dans cet accident. Il n’a jamais su que ce jour là, j’avais été à deux doigts de la mort.

Alors que mon copain se remettait doucement de sa mésaventure, l’été arriva en même temps que débutait la période des vacances scolaires.



Adolescence

Si notre village restait profondément attaché à ses racines chrétiennes, il n’en n’oubliait pas pour autant de perpétuer certaines traditions républicaines. C’est ainsi que dans l’année de leur dix-huit ans, les garçons qui avaient l’obligation de s’inscrire sur les rôles de l’armée, ne manquaient pas de fêter dignement l’événement. Les conscrits, c’est ainsi qu’ils étaient baptisés, avaient à tour de rôle, la charge d’organiser un dîner auquel était convié les membres de la conscription, ainsi que toutes les filles du même âge.Le repas avait lieu en principe dans les familles et était suivi d’une soirée dansante au cours de laquelle les classes antérieures et celles de l’année passée étaient priées d’assister. Le bal se déroulait dans la salle des mariages de la mairie, qui avait été autrefois la petite école publique. Les locaux étaient gracieusement prêtés par le maire de la commune, car nous ne disposions à l’époque, ni de salle de sport, ni de salle des fêtes.

En cette année mille neuf cent soixante neuf, j’étais désormais en âge de pouvoir participer à ce genre de manifestations, marquant par la même occasion mon entrée dans le monde de l’adolescence.

Timide et effacé, j’avais d’abord commencé par jauger l’ambiance qui régnait dans cette communauté de jeunes. Les rapports entre garçons et filles avaient largement évolués. Les jeux partagés des kermesses de notre prime enfance, avaient laissé la place à des affinités beaucoup moins naïves. Au fur et à mesure, je m’acclimatais et prenais de plus en plus plaisir à ces sorties nocturnes qui me donnaient l’opportunité de me libérer pour un temps de mon univers familial.

Je prenais conscience tout à coup que le droit de vivre joyeusement sa jeunesse n’était pas réservé qu’aux autres, et cet état d’esprit me gonflait d’optimisme, tout en m’offrant enfin une raison d’espérer en l’avenir.

C’était à mon tour de rentrer tard dans la nuit, et rassuré d’entendre la forte respiration de mon père, je me couchais avec la certitude de pouvoir dormir d’un sommeil profond, affranchi de ces insoutenables crises d’angoisses qui ne me quittaient guère depuis que maman s’était éteinte.

Mes efforts pour côtoyer la société ne s’arrêtaient pas là. Dans le milieu scolaire aussi les choses évoluaient, car la mode était désormais de souhaiter les anniversaires aux élèves de la classe qui en contre partie invitaient leurs camarades pour un après midi dansant, manifestation plus communément dénommée boum, qui se déroulait le plus souvent dans les appartements ou les résidences des parents.

J’assistais quelquefois à ces réunions, mais je ne me souviens pas m’y être amusé outre mesure, d’autant moins que je me sentais en position d’infériorité car dans l’impossibilité de rendre la pareille.



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