Adolescence

Si notre village restait profondément attaché à ses racines chrétiennes, il n’en n’oubliait pas pour autant de perpétuer certaines traditions républicaines. C’est ainsi que dans l’année de leur dix-huit ans, les garçons qui avaient l’obligation de s’inscrire sur les rôles de l’armée, ne manquaient pas de fêter dignement l’événement. Les conscrits, c’est ainsi qu’ils étaient baptisés, avaient à tour de rôle, la charge d’organiser un dîner auquel était convié les membres de la conscription, ainsi que toutes les filles du même âge.Le repas avait lieu en principe dans les familles et était suivi d’une soirée dansante au cours de laquelle les classes antérieures et celles de l’année passée étaient priées d’assister. Le bal se déroulait dans la salle des mariages de la mairie, qui avait été autrefois la petite école publique. Les locaux étaient gracieusement prêtés par le maire de la commune, car nous ne disposions à l’époque, ni de salle de sport, ni de salle des fêtes.

En cette année mille neuf cent soixante neuf, j’étais désormais en âge de pouvoir participer à ce genre de manifestations, marquant par la même occasion mon entrée dans le monde de l’adolescence.

Timide et effacé, j’avais d’abord commencé par jauger l’ambiance qui régnait dans cette communauté de jeunes. Les rapports entre garçons et filles avaient largement évolués. Les jeux partagés des kermesses de notre prime enfance, avaient laissé la place à des affinités beaucoup moins naïves. Au fur et à mesure, je m’acclimatais et prenais de plus en plus plaisir à ces sorties nocturnes qui me donnaient l’opportunité de me libérer pour un temps de mon univers familial.

Je prenais conscience tout à coup que le droit de vivre joyeusement sa jeunesse n’était pas réservé qu’aux autres, et cet état d’esprit me gonflait d’optimisme, tout en m’offrant enfin une raison d’espérer en l’avenir.

C’était à mon tour de rentrer tard dans la nuit, et rassuré d’entendre la forte respiration de mon père, je me couchais avec la certitude de pouvoir dormir d’un sommeil profond, affranchi de ces insoutenables crises d’angoisses qui ne me quittaient guère depuis que maman s’était éteinte.

Mes efforts pour côtoyer la société ne s’arrêtaient pas là. Dans le milieu scolaire aussi les choses évoluaient, car la mode était désormais de souhaiter les anniversaires aux élèves de la classe qui en contre partie invitaient leurs camarades pour un après midi dansant, manifestation plus communément dénommée boum, qui se déroulait le plus souvent dans les appartements ou les résidences des parents.

J’assistais quelquefois à ces réunions, mais je ne me souviens pas m’y être amusé outre mesure, d’autant moins que je me sentais en position d’infériorité car dans l’impossibilité de rendre la pareille.



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