Une très grande amitié

La création du club de football avait eu pour effet de mettre de la distance entre moi et mes camarades licenciés. Je me suis d’ailleurs pas mal exprimé à ce sujet. J’aurai pu resté indéfiniment à l’écart de ce monde qui ne collait pas réellement à ma peau, mais la vie nous réserve parfois d’agréables surprises. Je ne sais pas par quel mystère naît une amitié, mais les nombreux atomes crochus qui me lièrent durablement à Pierrot me permirent de passer les moment les plus heureux de cette époque de ma vie.

Pierre avait une particularité qui n’était pas faite pour me déplaire, il n’aimait pas fréquenter les stades. Très vite j’avais compris que notre entente serait parfaite, d’autant plus qu’il partageait mes envies d’évasion. Nous concrétisions ces désirs par de longues balades en nature. Il me racontait sa passion pour la chasse, moi je lui parlais de livres et de musique. Il me décrivait ses premières expériences amoureuses, moi je lui parlais de mes difficultés à communiquer avec autrui.

Il était de trois ans mon aîné, cependant il avait gardé en lui un peu de la naïveté et de l’innocence des enfants, c’est d’ailleurs pour cette raison que je l’aimais tant. .

Sa continuelle bonne humeur n’avaient pas d’égal dans mon entourage. Il n’y avait aucune haine en lui, de plus c’était un garçon fidèle en amitié. Au fur et à mesure du temps, cette complicité naissante en cette année mille neuf cent soixante neuf, n’allait faire que de s’amplifier.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires

(comment un cruel destin aurait pu me priver de mon ami )

 

 

Si j’étais attiré par la pêche, la cueillette des champignons, la chasse aux escargots ou le ramassage des pissenlits, mon ami Pierre préférait la chasse. Il était en âge de posséder un fusil aussi ne s’était il pas privé d’en acquérir un. Je l’accompagnais souvent, quelquefois même pendant des virées nocturnes. Lorsque nous pouvions pénétrer dans un champ avec sa voiture, il se garait et éteignait son moteur tout en laissant ses phares allumés pour distinguer les lapins et les lièvres que notre arrivée avait effrayés et dont il fallait attendre patiemment le retour. Cette traque s’effectuait en toute illégalité mais cette clandestinité et cette façon de braver les interdits nous faisaient monter l’adrénaline et je crois que nous adorions l’excitation intérieure que ces situations dangereuses nous produisaient, elle donnait un peu de piment à notre vie

L’accident se produisit pendant une période de vacances scolaires. Cet après-midi là, Jean son frère nous accompagnait, il portait le fusil chargé et il marchait derrière nous alors que nous longions une haie à la recherche d’un éventuel gibier. Le corbeau responsable du malheur s’enfuit brutalement de la branche d’un chêne, étonné et apeuré de notre arrivée. Surpris par l’envol du volatile, Jean fit un mouvement brusque, braquant le canon de l’arme à feu qu’il tenait appuyée sur sa hanche dans notre direction. Le coup parti alors que son auteur n’avait pas voulu tiré. Le destin ce jour là me fut favorable puisque aucun plomb de m’atteignit alors que nous marchions la victime et moi, côte à côte. Pierrot à l’inverse de moi, s’écroula dans l’herbe atteint par une décharge de chevrotine. Mon ami n’étant pas inconscient, au prix de grands efforts, il réussit à se relever et nous pûmes nous rendre à la maison la plus proche afin d’avertir dans un cas d’extrême urgence les secours qui arrivèrent aussi vite qu’ils purent. La blessure était grave et l’intervention chirurgicale fut longue et délicate. Mon camarade fut amputé de la rate et d’une partie de l’estomac mais sa vie n’était pas en danger et il sortit de la clinique quelques semaines plus tard ne pesant plus que quarante cinq kilos. Sa convalescence fut longue et délicate et lorsqu’il fut définitivement rétabli il ne manqua pas de reprendre ses activités de chasse, sport qu’il n’avait pas cessé d’aimer. Ni son frère ni moi ne pûmes comme autrefois l’accompagner, car le traumatisme avait été trop grand et de reprendre un fusil entre les mains n’était plus dans nos cordes.

Mon père ne connaissait pas mon amitié pour Pierrot ni cette complicité que nous avions partagée durant des mois entiers dans notre traque animalière, cependant ne posant pas plus de questions que de coutume il avait simplement été rassuré de ne pas me voir impliqué dans cet accident. Il n’a jamais su que ce jour là, j’avais été à deux doigts de la mort.

Alors que mon copain se remettait doucement de sa mésaventure, l’été arriva en même temps que débutait la période des vacances scolaires.



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