L’âge ingrat

Semaine après semaine la vie s’écoulait doucement mais sûrement, nous approchions des vacances de Noël et ce premier trimestre se passait plutôt pour le mieux au niveau de mes études.

L’adolescence d’après ce que j’avais pu entendre autour de moi correspond à une période difficile de l’existence. J’avais désormais l’âge requis pour le constater. Il me fallait à présent, en plus de tout le reste, compter sur les désagréments de la puberté et de son lot de complexes associés. Peau et cheveux gras, boutons sur le visage, rien ne m’était épargné.

Dans ce contexte il m’était encore un peu plus difficile de tisser des liens durables avec les élèves de ma classe.

Plutôt spectateur qu’acteur, et grâce à une observation minutieuse, j’avais établi un classement des collégiens en trois genres.

D’abord celui que j’aimais le moins. Un groupe composé d’une dizaine de filles, qui se considérant comme des êtres supérieurs, regardaient les autres avec dédain. Elles avaient malgré leur âge, l’allure de jeunes et belles femmes et ne s’intéressaient qu’aux surveillants de l’établissement pour les unes ou à notre jeune professeur d’anglais pour les autres.

Rien ne m’exaspérait plus que les cris, les ricanements ou les larmes qui caractérisaient chez elles comme chez la plupart de nous, les comportements spécifiquement liés à l’adolescence.

En deuxième position, c’était la catégorie des intellectuelles. Dotées parfois d’un physique ingrat, se donnant l’allure de petites saintes, et n’ayant rien d’autre à penser qu’à leurs études, elles adoptaient un comportement qui constituait une barrière que je jugeais infranchissable. Avec des airs de ne jamais rien comprendre et d’avoir toujours les meilleurs notes, elles m’énervaient plus que la moyenne. La communication avec ces créatures restaient quasiment impossible. Sans doute n’étais je pas meilleurs qu’elles. Sans doute pouvaient elles dire également du mal de ma conduite. Je n’étais pas en mesure à l’époque de comprendre que l’amélioration des relations passent automatiquement par des efforts de dialogues et un minimum de diplomatie.

Le clan des garçons terminait la série. La sexualité naissante et les premiers désirs secrets n’avaient pas qu’une mince responsabilité sur les agissements. Il fallait avant tout affirmer sa virilité et rejeter en bloc tout ce qui aurait pu porter à confusion. Crachats, pets, jurons étaient l’apanage des mecs qui en ont. Dixit les activités autres que le sport national et tant pis pour ceux qui ne suivaient pas le mouvement, leur exil ne pouvait être qu’inéluctable.

Dans ce contexte j’arrivais quand même a surnager et a continuer mon petit bonhomme de chemin. J’avais pour moi la facilité de pouvoir m’évader de cet environnement aussi bien par le corps que par l’esprit.



Cadeau empoisonné

Les restrictions de l’année passée n’étant plus qu’un mauvais souvenir, mon père décida en ce début d’automne de fêter Noël avant l’heure. Pourquoi avait-il pris la décision de ce sacrifice financier aussi important ?

Mon père avait certainement conscience que la vie ne m’avait jusqu’à présent guère épargné. En agissant de la sorte, il souhaitait sans doute m’offrir un semblant de compensation. Tout en préservant la pudeur de ses sentiments, il trouvait également le moyen de m’exprimer son profond attachement.

C’était la plus moderne et la plus classe des deux roues de l’époque. Doté d’un moteur à trois vitesses automatiques, l’engin de par son design ressemblait plus à une moto qu’à un vélomoteur.

Alors que par nature, je préférais la discrétion, l’événement me plaçait au devant de la scène égratignant ainsi mon inébranlable timidité. Ne servant pas mon intégration, le cadeau s’avéra bien au contraire rapidement empoisonné.

Ma soudaine supériorité matérielle suscita envies et jalousies de certains, et mes escapades dominicales en groupe devinrent très vite pour moi fortement inconfortables.

Ces ressentiments à mon encontre, me fortifiait dans l’opinion négative que je me faisais de la nature humaine, mais la vie m’avait contraint depuis fort longtemps à encaisser les coups et à défaut de m’y habituer, je tentais sans relâche d’amortir les chocs.

La blessure n’en n’était pas pour autant moins profonde, mais l’essentiel était de prendre du recul sachant qu’autour de moi il existait aussi une grande part de ciel bleu.

De toute manière cette faveur paternelle aussi unique soit-elle, arrivait en décalage par rapport à mes camarades qui possédaient déjà depuis longtemps les moyens de locomotion de leurs aînés leur permettant en fonction du calendrier sportif de sortir au cinéma ou ailleurs. J’avais bien essayé de les suivre à un moment donné en utilisant la vieille mobylette de mon père, mais me sentant ridicule avec cet engin d’un autre temps, j’avais très vite renoncé a surmonter ma honte.

Habitué à ma solitude, et devant ces nouvelles difficultés, je ne tentai pas plus en avant cette nouvelle expérience, d’autant plus facilement que je me connaissais un ami fidèle. Pierre se remettait tout doucement de ses blessures, et en attendant de pouvoir profiter à nouveau de sa présence, j’utilisais mes temps libres à élargir davantage mon espace de liberté, grâce à mon engin motorisé.



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