Cadeau empoisonné

Les restrictions de l’année passée n’étant plus qu’un mauvais souvenir, mon père décida en ce début d’automne de fêter Noël avant l’heure. Pourquoi avait-il pris la décision de ce sacrifice financier aussi important ?

Mon père avait certainement conscience que la vie ne m’avait jusqu’à présent guère épargné. En agissant de la sorte, il souhaitait sans doute m’offrir un semblant de compensation. Tout en préservant la pudeur de ses sentiments, il trouvait également le moyen de m’exprimer son profond attachement.

C’était la plus moderne et la plus classe des deux roues de l’époque. Doté d’un moteur à trois vitesses automatiques, l’engin de par son design ressemblait plus à une moto qu’à un vélomoteur.

Alors que par nature, je préférais la discrétion, l’événement me plaçait au devant de la scène égratignant ainsi mon inébranlable timidité. Ne servant pas mon intégration, le cadeau s’avéra bien au contraire rapidement empoisonné.

Ma soudaine supériorité matérielle suscita envies et jalousies de certains, et mes escapades dominicales en groupe devinrent très vite pour moi fortement inconfortables.

Ces ressentiments à mon encontre, me fortifiait dans l’opinion négative que je me faisais de la nature humaine, mais la vie m’avait contraint depuis fort longtemps à encaisser les coups et à défaut de m’y habituer, je tentais sans relâche d’amortir les chocs.

La blessure n’en n’était pas pour autant moins profonde, mais l’essentiel était de prendre du recul sachant qu’autour de moi il existait aussi une grande part de ciel bleu.

De toute manière cette faveur paternelle aussi unique soit-elle, arrivait en décalage par rapport à mes camarades qui possédaient déjà depuis longtemps les moyens de locomotion de leurs aînés leur permettant en fonction du calendrier sportif de sortir au cinéma ou ailleurs. J’avais bien essayé de les suivre à un moment donné en utilisant la vieille mobylette de mon père, mais me sentant ridicule avec cet engin d’un autre temps, j’avais très vite renoncé a surmonter ma honte.

Habitué à ma solitude, et devant ces nouvelles difficultés, je ne tentai pas plus en avant cette nouvelle expérience, d’autant plus facilement que je me connaissais un ami fidèle. Pierre se remettait tout doucement de ses blessures, et en attendant de pouvoir profiter à nouveau de sa présence, j’utilisais mes temps libres à élargir davantage mon espace de liberté, grâce à mon engin motorisé.



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie