La facture

Sans guirlandes lumineuses ni fioritures dans les rues, le budget municipal de notre petite commune ne pouvant se permettre une telle dépense, Noël restait une fête célébrée dans la discrétion des foyers.

J’étais fidèle à mes convictions en participant assidûment à la messe de minuit, mais comme le mot réveillon n’était pas dans le dictionnaire de notre maison, je rentrais tard dans la nuit pour trouver comme de coutume ma famille profondément endormie.

Cette période de la nativité qui rassemblait les familles, restait toujours un moment douloureux pour nous, car elle nous rappelait que le destin nous avait largement amputé du bonheur que nous étions en mérite d’attendre de la vie.

Mon père n’avait de cesse de chercher des compensations à cet indiscutable manque affectif que le décès de ma mère avait provoqué en moi. A l’exception de l’hiver passé, financièrement difficile, il ne dérogea pas a ces habitudes en ce vingt cinq décembre, et il me fit présent de la table basse que je lui avais demandé pour supporter l’électrophone qu’il m’avait également offert quelques années auparavant.

Les derniers jours de décembre furent très froid, mais dès le début janvier la pluie recommença à tomber. Pour la première fois de ma vie je venais de fêter la saint Sylvestre chez une amie qui m’avait gentiment invité.

Sans doute sentait-il que nous étions en train de partager ensemble, les derniers moments, car mon père multipliait les bonnes intentions à mon égard. Il n’usait que très rarement de la parole, mais par des actes sans arrêt renouvelés, il me rappelait la place importante que j’occupais dans son existence.

C’est ainsi que bien que les anniversaires n’étaient pas habituellement souhaités dans notre famille, le mois d’avril de mes seize ans fut une exception. En m’offrant un briquet, alors qu’il avait tellement combattu l’idée de me voir fumer, il me confirma par cet acte, l’ambiguïté, la contradiction, et la complexité de son personnage.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ma grand-mère qui était encore moins loquasse que son fils décida elle aussi cette année là de dévoiler un peu de ses sentiments envers moi, en me faisant cadeau de l’appareil photographique dont je rêvais depuis longtemps.

Pour l’époque au regard de mes camarades j’étais ce que l’on pouvait appeler un enfant gâté, mais cette instant de grâce n’allait malheureusement pas durer et la facture allait être bientôt trop lourde à payer.



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