Pélerinage

Nous étions le jeudi onze novembre, et la France entière fêtait l’armistice de mille neuf cent dix huit. Les cérémonies de commémorations n’impliquaient pas les lycéens, et j’ignorais si dans les écoles primaires les manifestations telles que je les avais connues dans ma prime enfance, existaient encore.

Les cloches appelaient ses fidèles à la prière. Les anciens combattants et leurs porteurs de drapeaux pressaient le pas, pour ne pas manquer le début de la cérémonie. Peu à peu les paroissiens remplissaient l’église avant que les portes ne se soient totalement refermées.

Mon chien avait les yeux sur moi et trépignait d’impatience. Maintenant qu’il m’avait vu prendre sa laisse, son excitation était à son comble. Il savait que nous allions sortir.

La rue était déserte, car la plupart des gens assistaient à la messe, ou profitaient de ce jour férié pour paresser.

Mon parcours me conduisait à l’arrière de l’édifice religieux, où malgré l’épaisseur des murs, j’entendais le son mélodieux de l’harmonium qui accompagnait la chorale.

L’endroit était venteux et dominait les prés qui s’étendaient à l’ouest vers l’infini. La pompe à main qui servait autrefois à alimenter en eau, une partie du village, bien que très rouillée, existaient encore. Le petit chemin qui longeait l’arrière du cimetière n’étant plus utilisé depuis longtemps, disparaissait peu à peu sous les ronces.

Quelques mètres plus loin j’arrivai dans le vieux bourg, l’endroit n’avait pas trop perdu de son âme, et l’ancien puit n’était pas encore démoli.

Malgré une circulation automobile quasi inexistante, je n’avais pas libéré mon chien, car il me fallait longer la départementale sur une petite centaine de mètre avant d’atteindre le chemin des bois.

En passant devant l’imposant portail qui fermait l’entrée principale du cimetière, j’aperçus l’étendue des tombes encore fleuries des chrysanthèmes de la Toussaint. Bientôt le silence des lieux serait troublé par l’arrivée de la procession organisée en la mémoire des soldats tués aux combats.

Le Pont était le nom donné à une mare située à l’entrée de la voie agricole que nous venions d’emprunter. Je n’avais jamais vu de troupeaux de vaches venir s’abreuver à ce point d’eau, et pourtant l’endroit m’était coutumier. Les nombreuses parties de pêches au milieu des joncs et des roseaux, auxquelles j’avais participées, autrefois, avec mes cousins, étaient encore bien présentes dans ma mémoire.

Je marchais lentement sur une terre non boueuse, mais il me fallait toutefois prendre garde de ne pas me tordre les pieds, dans les profondes ornières formées par les roues des charrettes

Les nids délaissés de leurs occupants, se balançaient à la cimes des chênes. La plupart des arbres étaient dépouillés de leur feuillage et ressemblaient à d’inquiétants squelettes géants.

La lisière des bois étaient en vue, les fougères desséchées formaient une haie aisément franchissable. Cà et là quelques champignons ciselés par l’appétit féroce des limaces, témoignaient que nous étions toujours en automne. Mon chien courait devant moi, en faisant craqueter les feuilles mortes sous ses pattes.

La forêt exhalait des parfums apaisants. Seul le vent dans les arbres et le bruit de nos pas perturbaient le silence. Il ne me fallait juste me concentrer un peu et fermer les yeux pour imaginer mes fidèles et entendre comme des voies fantômes revenues du passé, les cris et les rires de nos jeux d’enfants.

Nos cabanes n’avaient pas résistée aux années et j’en n’étais pas surpris, mais j’étais contrarié de ne pas retrouver le trou que nous avions creusé lors de l’une de nos toutes dernières inventions.

La matinée s’avançait, mon pèlerinage s’achevait. Je ne reviendrais plus jamais dans ce paysage forestier, alors qu’une menace terrible planait sur sa conservation.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Dans l’intérêt général, nos élus l’avaient décidé. La déviation passerait à travers la petite forêt. Le traçage de l’artère qui détournait à présent le trafic routier du centre du village, avait nécessité l’abattage d’au moins un tiers des arbres, et séparait les bois en deux parties. Les parcelles clôturées, interdisaient désormais l’accès au promeneur.

Comme une très vilaine cicatrice sur le visage d’un ange, la petite forêt de mon enfance avait été sacrifié sur l’autel du progrès, et la presse en n’avait pas fait la une de ses journaux. J’étais sans doute le seul à m’émouvoir de ce pillage d’un patrimoine qui avait été le paradis de mon enfance.



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