Pudeur et dignité

Nous nous consolons rarement des grandes humiliations, et nous tentons en vain de les oublier. En ce début du printemps mille neuf cent soixante douze, notre situation financière ne s’était pas améliorée et je me trouvais confronté à un dilemme, accepter ou non l’invitation au mariage de l’aînée de mes cousines. Au fil du temps, notre enfance s’en était allée, jusqu’à ce que le destin nous sépare, mais je gardais en mémoire les bons moments que nous avions passés, ensembles et de ne pas être témoin de son engagement me paraissait difficilement imaginable. Il ne devrait y avoir aucune honte à être pauvre, mais je jugeais cette condition bigrement incommode, car avec trop peu de moyens pécuniaires, j’étais embarrassé de ne pouvoir offrir un cadeau à hauteur de l’événement. De plus il fallait me vêtir décemment pour ne pas détourner les regards sur l’image dégradante de cette précarité qui me collait à la peau depuis déjà bien trop longtemps.

Extrait du livre de mes mémoires

Mes cousines qui avaient déménagé l’année précédente, m’avaient envoyé de leurs nouvelles. Je n’avais jamais été les voir depuis leur départ de notre petit village.

Ma tante profitait de ce courrier pour nous lancer une proposition à déjeuner. C’est ainsi que quelques jours plus tard, nous avions franchi grand-mère et moi, le seuil de leur nouvelle maison.

Lors de cette visite, Marie Paule nous avait fait part de la date de son futur mariage, auquel j’étais convié. Mon indécision était grande, car je n’avais pas les ressources nécessaires pour parer à d’indispensables dépenses.

Fallait-il décliner l’invitation, alors qu’il m’aurait fallu trouver une excuse sans valeur. Je me refusais en effet de dévoiler cette vérité qui me couvrirait de honte

Mon amertume n’avait de cesse de s’accroître, car évènements après évènements la vie se chargeait de me rappeler mes tristes conditions sociales.

Si mon aïeule avait ses défauts, elle avait aussi cette grande qualité d’être généreuse. Ma pudeur était également la sienne, et nous mettions un point d’honneur à préserver notre dignité. Elle m’avait donc fortement encouragé à accepter ma participation à la cérémonie. Pour ce faire, elle n’hésita pas à faire une coupe sombre dans notre budget qui était pourtant pour le moins restreint.

C’est ainsi qu’au prix d’économies drastiques, ma présence à la noce fut assurée. Mon honneur avait été préservée, mais j’en éprouvais pas moins de gêne, car les frais engagés ne l’avaient pas été dans l’intérêt général et leur montant important impliquait des conséquences imprévisibles sur notre niveau de vie.



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