La porte refermée

Le troisième livre de ma vie était achevé. Nos déménageurs avaient fermé la porte, nous laissant seul avec nos souvenirs. Chacun était reparti vers son propre destin émaillé de joies et de peines. Je me sentais comme un enfant abandonné au milieu d’une forêt, inhibé par cet environnement qui ne m’était pas familier et qu’il fallait pourtant que je m’approprie le plus vite possible. Le tohu-bohu de ses dernières heures, laissait la place à un silence oppressant et n’était pas sans me rappeler les étranges sensations qui m’avaient traversé le corps, lorsque qu’au soir de la sépulture de mon père, la famille avait pris congé de nous.

J’étais assis sur mon lit dans cette chambre qui avait été celle de papa lorsqu’il était enfant, mais je ne connaissais pas l’histoire de ce lieu, mon géniteur ayant toujours entretenu un certain mystère sur ce qui avait été sa vie avant ma naissance.

Grand-mère était revenue chez elle, mais je n’arrivais pas plus à lire de l’enthousiasme dans son regard, que j’avais moi même de la joie dans le cœur. En fait elle s’était habituée à notre petite communauté de village et elle supportait avec résignation ce revirement de situation . Elle avait subi tant d’autres évènements largement plus dramatiques, que cette nouvelle étape de son existence, ne l’affectait pas plus qu’elle ne la réjouissait.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

L’euphorie de cette journée de déménagement laissa une nouvelle fois la place à l’amertume et au découragement. Abandonnés à notre triste sort, nous étions complètement dépaysés par ce brutal transfert d’environnement. Bien que tétanisé et inquiet par l’incertitude de l’avenir, il me fallait trouver de nouveaux repères et réorganiser ma façon de vivre.

Notre installation nécessitait un certain nombre d’heures de travail auxquelles je ne pouvais me dérober. Les meubles avaient été placés en fonction de notre volonté, mais il restait à vider les cartons afin de ranger linge et vaisselle dans les armoires. Ce changement de domicile me donnait l’opportunité de me débarrasser de tous les bibelots et objets divers appartenant au passé.

Il n’était pas question de me priver de ces effets bénéfiques qu’un total renouvellement de ma décoration intérieure produirait sur mon mental.

Cette perspective d’un aménagement entièrement repensé à mon goût, me donna subitement du courage et les forces dont j’avais besoin pour réagir contre cette apathie qui m’avait totalement engourdie l’esprit.

Depuis le décès de mon père j’avais pris l’habitude d’enfourcher ma mobylette pour m’évader vers la ville afin d’y goûter le plaisir de l’anonymat. Le soir même de mon établissement en ville, une réunion de conscrits comme il en était organisé régulièrement avait lieu dans mon ex petit village.

Pour la première fois de ma vie et pour longtemps, je fis donc le voyage inverse afin de retrouver cette population que j’avais si souvent souhaitée quitter mais qui à peine mes valises posées dans ma nouvelle contrée, commençait déjà à me manquer.



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