Le précipice

Sans que j’en connaisse vraiment la raison, mon goût pour les promenades nocturnes avait cessé en même temps que débutait ma nouvelle vie de citadin.

Mes soirées se passaient à présent le plus souvent dans ma chambre avec pour compagnons mes microsillons que j’écoutais sur mon électrophone vieillissant. Le son était de bien médiocre qualité, mais il rompait un silence que je n’avais pas l’état d’esprit de supporter à cette époque particulière de ma vie.

Il me fallait m’acclimater à mon nouvel univers et l’exercice me paraissait pas aussi simple que j’avais pu l’imaginer.

J’avais longtemps voulu me libérer de cet environnement rural qui m’oppressait tant, et maintenant que mon désir s’était concrétisé, je ne trouvais terriblement déçu de mon sort. L’explication venait du fait que je subissais davantage ma situation que je ne l’avais choisi. Sans doute aussi que la réalisation de mes souhaits, n’était pas à la hauteur de mes attentes, le rêve étant toujours plus idyllique que le concrètement vécu.

En attendant un avenir meilleur, mon lit et la musique étaient de précieux partenaires. Durant des heures je restais allongé, les yeux fermés, me réfugiant dans des pensées nostalgiques d’une époque qui avait bien été cruel envers moi mais que ma mémoire sélective idéalisait pour combler mes pertes de repères, et le vide que ce transfert géographique avaient suscité en moi.

Comme la vie serait toujours plus belle, si le temps au lieu de courir en avant comme un obstiné, voulait bien quelquefois repartir an arrière quand on lui demanderait. Mes parents me manquaient et la blessure de leur absence était en train de s’ouvrir. Les épreuves m’avaient rendu différent et je sentais cette différence tous les jours encore un peu plus marquée. J’essayais de paraître comme on l’exigeait de moi et surtout parce que je craignais fortement un mise à l’index. Le résultat était catastrophique car j’avais désormais honte de ma véritable personnalité, honte de ma pauvreté, honte du résidu de famille qui me restait. Ma chambre était ma cachette, le seul véritable endroit ou je pouvais me soulager de l’humiliation.

La société détruisait tous les jours un peu plus mon amour propre mon sens de la dignité, jusqu’à me broyer irrémédiablement. J’écoutais depuis toujours cette mise à l’écart à laquelle chacune de mes fréquentations répondaient amen sans se rendre compte de la blessure qu’ils m’infligeaient. Très vite j’avais renoncé dans mes prières à l’appel à la tolérance et à la compréhension, puis j’avais renoncé à la prière elle même. La haine et la peur avaient anéanties mes espoirs. J’étais en ce mois de mai mille neuf cent soixante douze au bord du précipice, et je n’avais personne derrière moi pour me retenir. Je ne franchis pas, le pas.

Méditations

Alors avant de dire amen, chez vous ou ailleurs, réfléchissez, il y a un enfant qui vous écoute.



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