Le temps d’une saison

La mort de mes parents m’avait profondément déstabilisé et en l’absence de solides repères ma vie s’était construite un peu n’importe comment.Je n’étais pas quelqu’un de très ouvert et mon visage souvent empreint d’austérité en faisait fuire plus d’un. Derrière cette sévérité apparente se cachait une profonde timidité et un manque évident de confiance en moi.

Parce que je n’avais jamais pu mettre des mots sur mes maux et que mes larmes s’étaient tarie, mon corps s’exprimait autrement et violemment. Les crises d’angoisses et les céphalées aiguës étaient mes compagnes de chaque instant.

C’était sans doute pour ses différentes raisons que je n’avais pas eu une évolution normale et mes relations avec autrui s’en trouvaient altérées. Je n’avais pas encore connu de flirt par exemple, et j’en n’éprouvais jusqu’alors nulle envie.

 

Extrait du livre de mes mémoires  

La commune de mon enfance grossissait de ses nouvelles constructions et de ses nouveaux habitants. Pierrot habitait non loin d’une famille nouvellement installée et depuis peu nous fréquentions deux sœurs de ce foyer recomposé.

Leur père s’était remarié après avoir divorcé et obtenu la garde de ses enfants. Il était cadre supérieur dans une usine de la région et possédait un niveau de vie qui contrastait fortement avec celui beaucoup plus modeste de la plupart des familles originaire du bourg.

L’aînée des filles, Dominique avait conquis le cœur de Jean frère cadet de Pierrot et leur idylle semblait plus que sérieuse. Véronique la cadette venait de mettre un terme à un flirt, ce qui lui avait permis de recouvrer sa liberté. Tous les cinq nous avions pris l’habitude de passer nos dimanches ensembles et une franche amitié commençait à se dessiner

Notre passade débuta le plus simplement du monde sur une piste de danse où nous échangeâmes le premier baiser d’une bluette qui ne durerait que le temps d’une saison.

Nous avions pourtant tissé des liens, apparemment solides mes qui n’étaient en fait qu’illusoires.

Véronique était issue d’un milieu aisé et sa vie complètement différente de la mienne en n’était pas moins compliqué. Après avoir supporté le douloureuse séparation de ses parents, elle se rebâtissait en cohabitant en parfaite harmonie avec les enfants de sa belle mère. Elle avait retrouvé un semblant d’équilibre et inconsciemment ne souhaitait pas mettre cette fragile stabilité en péril.

Elle n’était pas non plus prête à troquer son confort matériel contre des moyens d’existence et un mode de vie qui l’effrayaient plus que tout.

J’étais l’héritier d’un passé difficile et mes conditions financières conjuguées à un avenir plus qu’incertain suscitèrent très vite le trouble dans son esprit et l’amenèrent à déclarer son incapacité à supporter une relation compliquée.

Elle mit brutalement un terme à notre aventure de la manière la plus veule qu’elle put trouver, mais sa décision ne produisit pas en moi le séisme qu’elle craignait. J’aurais même pu lui dire que je m’enfichais si elle n’avait pas égratigné un peu mon amour-propre.

L’historiette fut vite oubliée et mon existence reprit son cours, Pierrot restait mon seul et unique ami.



La dernière rentrée

L’automne sonnait à nos portes, les feuilles avaient revêtus leurs couleurs de saison, et j’avais rangé mes vêtements d’été au fond de l’armoire . Cette nouvelle rentrée était pour moi la dernière, j’en avais pris la résolution. L’indifférence avec laquelle je retrouvais le banc des élèves ne présageait rien de bon pour l’avenir, d’autant plus que la motivation n’était pas non plus au rendez-vous.

L’emploi du temps n’aidait pas non plus à modifier mon état d’esprit, car la charge de travail me semblait énorme en regard de mes capacités intellectuelles.

Le milieu scolaire n’était pas ma seule source de tourments, bien d’autres sujets à problèmes occupaient mes pensées, et ma tête bouillonnait à en éclater.

Mon job d’été m’avait émancipé pour un temps de la tutelle de mon aïeule. L’ordinaire de nos repas s’en était trouvé amélioré, mais la mauvaise saison arrivait et je m’inquiétais de cette période de turbulences.

La retraite de ma grand mère et ma maigre allocation orphelin ne suffisaient pas à affronter l’imprévu., il fallait donc espérer traverser l’hiver sans qu’une mauvaise surprise ne vienne compromettre nos maigres possibilités financières.

Comme d’habitude notre pudeur nous interdisait d’envisager le moindre appel à l’aide, et c’est avec résignation que nous nous préparions à passer l’incertitude du moment.

Nous n’étions ni responsables, ni coupables de notre position, et la véritable tragédie de notre existence, restait avant tout la disparition prématurée de nos proches.

Néanmoins le sentiment de honte prédominait dans mon esprit, bien que dans cette période troublée de mon histoire ma jeunesse me donnât parfois quelques raisons d’espérer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

L’annonce des résultats du bac de français que nous avions passé en juin coïncidait avec la rentrée de septembre. J’étais déçu de mes résultats. Je ne décrochais qu’une moyenne générale de dix sur vingt, alors que mon travail de l’année écoulée n’avait jamais été évalué par mon professeur en dessous du quatorze. Je réalisais que cette contre performance me privait de points précieux et que je venais de gâcher l’une des rares opportunités qui me seraient accordées de gagner des points. Il me restait donc les maths et l’économie, deux disciplines dans lesquelles je pouvais espérer remonter mes notes. Il me serait beaucoup plus difficile de me surpasser en comptabilité ou en gestion, aussi je tentais de me persuader de ne pas baisser les bras malgré ce mauvais départ, et un manque certain d’intérêt.

Notre terminale recomposée conservait quand même une bonne partie des élèves de l’année précédente. Nous étions partagés en groupes d’activités et Annie qui avait intégré ma classe, faisait également partie de mon équipe.

Une merveilleuse entente régnait entre nous, nous n’étions pas de grands amis, mais notre camaraderie n’en était pas pour autant moins sincère. Sa présence à mes côtés m’était d’une aide précieuse.

Notre emploi du temps nous libérait le vendredi après-midi, mais avec la masse de travail personnel et le peu d’enthousiasme qui me restait, je rejoignais ma chambre après le déjeuner pour ne plus quitter mes cahiers avant le repas du soir.



Un bel été

L’été pointait le bout de son nez, et le mois de juin s’achevait en même temps que mon année scolaire. La section dans laquelle j’avais pris la décision de poursuivre mes études ne me satisfaisait guère, mais à force de persévérance, j’avais décroché mon passage en classe de terminale.

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seul, ma candidature pour un emploi saisonnier au sein de l’entreprise Thomson avait été retenue et je commençais mon travail le trois juillet.

Il ne m’en fallait pas plus pour retrouver un état d’esprit au beau fixe, à l’image de la saison que nous étions en train de traverser. Mon chien profitait de cette embellie, car il n’avait pas été à même de se dégourdir les pattes depuis notre déménagement. Nous habitions à deux pas d’une forêt traversée par une allée principale qui guidait nos pas vers la petite commune de mon enfance. Je ne me privais donc point de mes moments de liberté pour sortir en compagnie de l’animal.

Des châtaigniers plus que centenaires ombrageaient notre parcours et le silence des lieux hormis le bruit du vent dans les feuilles n’avaient de cesse de me rappeler le temps des culottes courtes et des cabanes au milieu des bois.

Au bout d’une demi-heure de marche, au lieu de poursuivre vers le centre du bourg, j’empruntais à droite un étroit sentier qui me permettait d’atteindre une route. Cette voie communale peu fréquentée partait de l’étang, longeait les dernières habitations et parcourait la campagne jusqu’à l’entrée nord de la ville où j’avais élu à présent domicile.

Je sortais de la forêt en tournant sur la gauche, puis je marchais encore sur une centaine de mètres. Le soleil écrasant fondait le bitume, et il fallait regarder où mettre les pieds. Enfin après un dernier effort je rejoignais l’exploitation de mon ami Pierre qui m’accueillait avec son sourire familier.

Une fois de plus, il n’allait pas pouvoir partir en vacances.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Pierre restait l’ami, mais je n’avais pas cessé toutes relations avec mes copains d’enfance. Une petite escapade en bord de mer avait donc été prévue. Bien qu’en mauvais état, la tente que mon oncle Maurice m’avait donné, ferait l’affaire.

Mon cousin Patrick avait souhaité se joindre à notre équipe, il devait cependant assisté le dimanche de notre départ à une réunion familiale. Son père s’était proposé de nous acheminer notre matériel de camping. Le lendemain de notre arrivée, mon oncle François conduisit à nous son fils, avec le coffre de sa voiture rempli des bagages, vivres, toile et accessoires en tous genres dont nous avions besoin.

En ce qui nous concerne, nous avions choisi le train, comme moyen de locomotion. Nous avions également décidé de passer notre première nuit à l’hôtel.

Nous avions installé nos quartiers sur le terrain municipal de la commune de Sion. Le tissu extérieur de notre cahute, avait subi de manière irrémédiable, les outrages du temps. Nous faisions figure de miséreux en comparaison des équipements dont certains usagers du camp pouvaient disposer. Nous étions sans complexe, mais pour ne pas être matière à moqueries gratuites, nous avions orné l’avant de la toile de tente, d’une inscription cocasse. Cette courte phrase, nous l’avions réalisée à l’aide d’un rouleau de scotch blanc qui nous servait à composer les lettres. Le texte avertissait les individus de la chose suivante :  » Ne riez pas votre fille est peut-être ici  ».

Notre humour , notre jeunesse et notre bonne humeur nous avaient attiré la sympathie des vacanciers qui ne manquaient pas de s’arrêter devant chez nous, pour nous taquiner, nous signifiant ainsi qu’ils appréciaient notre plaisanterie.

Nous n’avions ni table, ni chaises et nous prenions nos repas assis sur une couverture que nous étendions face à l’entrée de notre abris précaire. La nourriture était le plus souvent composée de boîtes de conserves mais la vaisselle se faisait à tour de rôle et nous étions relativement bien disciplinés.

Comme l’année précédente, une autre équipe de copains vint nous rejoindre quelques jours plus tard, en prenant soin de s’installer tout près de chez nous.

Nous ne disposions d’aucun moyen de locomotion, aussi nos jambes étaient nos meilleurs alliées pour nous rendre à l’endroit voulu.

Notre retour à la civilisation se fit par l’entremise de parents qui avaient accepté de venir nous chercher.

Pour ma part j’avais pris la décision de mettre mon équipement de camping à la poubelle, il était définitivement hors d’usage et j’étais convaincu que nous ne partirions plus ensembles.

Certains membres du groupe avaient une petite amie, d’autres parlaient déjà du service militaire qu’ils devraient effectuer l’année à venir.

Il fallait tourner la page, l’adolescence avait vécu, le temps s’écoulait irrémédiablement.

 



Désenchantement

De violents maux de tête me clouaient fréquemment sur mon lit, et dans le noir le plus complet. Seul un antalgique puissant venait à bout de ma douleur. Je supportais difficilement ces assauts répétés de la maladie, et lorsque la tempête s’éloignait, je demeurais totalement exténué par le combat mené. Mon état psychologique et le stress qu’il engendrait ne devait certainement pas être étranger au déclenchement des crises.

Toutes les difficultés qui jalonnaient cette étape précise de mon existence freinaient considérablement mes motivations pour mener à bien mes études. Les épreuves de français du baccalauréat approchaient à grand pas et j’avais hâte de terminer cette avant dernière année scolaire, mon but principal étant de rejoindre au plus vite le monde du travail.

Mes sources de désillusions étaient multiples, et il y en avait une qui m’affectait davantage que les autres, c’était cette histoire d’amitié qui s’achevait aussi soudainement qu’elle avait commencé.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Lorsque j’avais rencontré cet ancien barman parisien, très vite une amitié c’était crée car j’admirais certains traits marqués de son caractère dont l’originalité et l’anti-conformisme n’étaient pas des moindres. Il était âgé de 25 ans, mais il avait déjà vécu de nombreuses aventures alors que moi je n’avais pas encore quitté l’horizon de mon clocher. J’écoutais passionnément le récit de ces expériences passées et ses histoires me faisaient rêver. La musique était également notre passion commune et il me faisait profiter de ses compétences en la matière grâce à son métier à mi-temps de disquaire.

J’avais fait également la rencontre d’une partie de ses amis pour la plupart aisés. Ils formaient un cercle d’intellectuels qui m’apprenait beaucoup d’une existence qui était loin d’être la mienne.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque son comportement changea. Il devait épouser par obligation une femme dont j’ignorais l’existence. Il connaissait sa compagne depuis peu et j’apprenais la nouvelle alors que la cérémonie était fixée.

Manifestement ce mariage le contrariait. Il m’avait laissé entendre que sa nouvelle situation ne modifierait en rien ses habitudes. Je n’adhérais en rien à cette manière de voir les choses et j’étais bien décidé de mettre un frein à nos rencontres, d’autant qu’il ne m’avait pas présenté sa future épouse ce que je considérais comme ma mise à l’écart de sa nouvelle vie.

Je me sentais blessé dans mon amour propre, car son attitude me prouvait que je n’étais pas aussi important à ses yeux qu’il ne le laissait paraître. Je détestais également à travers ce silence une certaine forme de mensonge alors qu’il avait toute ma confiance.

Sans doute avait-il du mal à assumer ses responsabilités et préférait-il en ma compagnie ignorer sa futur situation . Lors d’une ultime rencontre nous avions pris des chemins opposés en nous disant au revoir, alors qu’il était clair dans mon esprit que cet au revoir était un adieu.

Je n’étais pas au bout de mes surprises, car l’avenir allait m’apporter bien des occasions d’être désenchanté du personnage.



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