L’artisan de mon destin

Alors que depuis ma plus tendre enfance, je ne cheminais qu’à travers des sentiers semés d’embûches et que ma très courte mes très douloureuse expérience de la vie avait forgé ma personnalité de telle sorte que je n’attendais rien de mon environnement, mon itinéraire pris une direction inespérée.

L’artisan de mon futur n’était autre que mon professeur de gestion. Jusqu’alors je n’avais pas eu le sentiment de l’intéresser davantage que ses autres élèves, et pourtant l’étude de mon dossier conjugué avec son expérience de l’observation, l’avaient conduit à chercher une solution pour me venir en aide sans ne jamais rien laisser paraître, de ses intentions.

C’est au début de juin, tandis que la date des épreuves du baccalauréat approchait, qu’en trois ou quatre phrases il fit basculer mon destin.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Juin s’affichait au calendrier et la date des épreuves du baccalauréat s’approchait . Monsieur Graff nous enseignait la gestion et la comptabilité. Il était d’une nature affable et exerçait son métier avec conviction et déférence. Il était très apprécié de la totalité des élèves.

Ce que j’ignorais, c’est qu’il savait aussi discerner ceux qui parmi nous, éprouvaient des difficultés d’adaptation. J’étais de la catégorie des individus qu’il avait décidé d’épauler.

Il avait rapidement remarqué mon changement de comportement et n’avait pas eu besoin de dialoguer pour comprendre que ma destinée n’était pas celle de poursuivre mes études au delà du lycée.

Il m’avait fallu l’année entière pour me rendre compte de l’intérêt que je suscitais en lui.

Mon parcours scolaire s’achevait avec cet ultime examen à l’issue duquel je désirais impérativement travailler.

Mon professeur était en relation constante avec le président directeur général d’une entreprise en pleine expansion avec lequel il partageait la passion du tennis.

Au terme du troisième trimestre, il s’était tenu informé des besoins en personnel de cette société et proposait les quelques élèves de sa classe qui souhaitaient rentrer dans la vie active. C’est ainsi qu’il avait soutenu ma candidature en défendant mon dossier, corps et âme avec à l’appui de ses arguments, ma situation sociale qu’il savait particulièrement délicate.

Grâce à lui, j’avais reçu par courrier une convocation afin de passer un test de compétences au terme duquel je pouvais espérer un emploi. Je devais me rendre au bureau du personnel de l’établissement, la semaine suivante. J’ignorais jusqu’à ce jour l’existence de cette affaire familiale dont l’activité économique, consistait à acheminer par la route, diverses marchandises, pour le compte des industriels de la région. Le transport s’effectuait aussi bien en France qu’en Europe. Je n’avais également jamais entendu parlé de cette commune vendéenne qui abritait le siège sociale de la société.

Le samedi vingt trois juin de ce début d’été, je vivais une étape de ma vie et pourtant mon réveil mal réglé ne m’avait pas arraché des bras de Morphée. J’eus donc la désagréable surprise d’être sorti de mon lit, par la sonnette de l’entrée.

Mon professeur venait me chercher pour me conduire à mon rendez-vous et j’étais encore en pyjama.

Lorsque j’ouvris la porte, le rouge me vint aux joues, tellement ma gêne était grande d’avoir failli à mes obligations.

Je balbutiai quelques mots d’excuses, en accusant mon réveil de cette forfaiture et ne mis pas bien longtemps à m’habiller, en négligeant un tantinet ma toilette dans le but de me libérer rapidement de cette situation embarrassante.

Je n’étais pas seulement humilié, j’éprouvais aussi de la colère en raison de l’image que je donnais de moi alors qu’un adulte m’avait accordé sa confiance. Cet incident n’eut pas de fâcheuses conséquences et mon entretien c’étant déroulement sereinement, je compris que mon protecteur ne me tenait pas rigueur de l’incident du matin.

La vie prend parfois des tournures inattendues, qui viraient pour une fois à mon avantage. Le 1 août de l’année mille neuf cent soixante treize, j’allais pouvoir enfin gagner mon indépendance.



Savoir ou ne pas savoir

Trois jours s’étaient écoulés depuis le début de notre marathon sportif, et c’était avec un déplaisir certain que j’avais quitté mes conscrits pour rejoindre les bancs du lycée.Au matin du quatrième jour, la confrérie avait repris sa marche sans moi.

Cette randonnée à travers les chemins creux de notre campagne m’avait sorti de la routine en exacerbant ma soif de liberté.

Contraint au confinement dans un environnement qui était de moins en moins le mien, j’avais peine à me détacher des merveilleuses et fraternelles journées que je venais de vivre, mon esprit n’était pas aussi réceptif qu’il aurait dû l’être. Très vite les regrets, l’ennui, puis une profonde sensation d’enfermement, me persuadèrent de me faire la belle.

Il n’était pas dans mon éducation d’enfreindre les règles, mais cette décision soudaine de sécher l’école me provoqua une sorte d’excitation, et l’acte accompli, j’en éprouvai aucun remord.

Mon escapade de trois jours à Blois et ma brève expérience du milieu militaire m’avait également éloigné un peu plus de mes études et mon objectif prioritaire de rentrer dans la vie active restait incontestablement d’actualité.

L’enseignement renforce l’esprit critique, et permet de ce forger une opinion. Elle est donc un moyen de défense et de contestation. L’éducation est également une immense porte ouverte sur le monde. De tout ceci j’avais conscience, et je ne regrettais en rien toutes ces années d’études, mais j’avais atteint un point de non retour et ne supportais plus le milieu scolaire.

Les bases que j’avais acquises me donnaient les moyens d’enrichir mes connaissances autrement que par l’intermédiaire de l’éducation nationale. L’univers était vaste et il était temps pour moi de le découvrir.

 

Citations

Trois savoirs gouvernent le monde : le savoir, le savoir-vivre, et le savoir-faire, mais le dernier souvent tient lieu des deux autres.

L’enseignement : apprendre à savoir, à savoir-faire, à faire savoir.

L’éducation : apprendre à savoir être

Savoir parler à toujours été savoir se taire, savoir qu’il ne faut pas toujours parler.

Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait, ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : c’est savoir véritablement.



Un regard austère

Vivre dans une petite commune avait été pour moi comme un étau dans lequel j’avais été enserré jusqu’à mon déménagement. Je n’avais éprouvé que très partiellement une sensation de liberté quand mes valises s’étaient posées dans la ville voisine. Quelques mois m’avaient suffi, pour comprendre les limites de ma nouvelle situation. La réalité n’étant que désillusion, cette frustration qui avait été la mienne durant toutes ces années d’enfance, réapparue aussi soudainement qu’elle s’était envolée.Mon espace vital me paressait de nouveau trop étroit et je ne rêvais que de voyage, mais le voyage ne peut-être merveilleux que s’il est effectué autrement que par la contrainte.

Je n’avais jamais pris le train, le service des armées me donnait l’opportunité de combler ce vide, et c’était pourtant sans enthousiasme que je m’exécutais.

 

Extrait du livre de mes mémoires 

Trois mois plus tard je montais dans le train en direction de Blois avec dans ma tête le souvenir de cette fantastique aventure qui ne s’était pas achevée avec la fin de semaine. Il avait fallu en effet fixer plusieurs journées supplémentaire sur notre calendrier, afin de mettre un terme à nos péripéties. Notre bourse avait bien été remplie et le repas avec nos familles assuré.

Mon arrivée à la caserne s’effectua dans l’anonymat le plus parfait. Une griffe portée sur le registre des entrées était le seul témoignage de ma présence dans ces lieux. Cet enregistrement donnait droit au paiement d’une somme de trente francs correspondant à la solde attribuée aux jeunes futurs recrues, indemnité qui d’ailleurs ne m’avait pas été versée par le militaire chargé de notre accueil, soit intentionnellement, soit par oubli. N’ayant pas apposé ma signature dans la bonne case, j’avais été invité par mon interlocuteur à émarger une seconde fois mon nom. Cet incident avait rendu le personnage de mauvaise humeur et je n’avais pas osé lui réclamer mon dû.

Le reste de la journée n’avait été qu’une longue période d’attente ponctuée par des séries de tests que nous devions effectuer dans des salles de cours affectées à ce sujet. Très vite je pus discerner l’esprit particulier des militaires et de vivre dans une telle communauté me paraissait difficile à imaginer.

J’avais sympathisé avec un garçon de Chemillé, nos convergences d’idées avaient facilité notre rapprochement et désormais nous n’allions plus nous quitter. Nous partagions le même dortoir et nous couchions l’un au dessus de l’autre sur des lits superposés. Au soir de cette première journée pour avoir passé le plus clair du temps à ne rien faire, nous avions beaucoup discuté. Mon camarade était sur le point de devenir chauffeur routier. Promesse était faite de nous revoir dès notre retour dans nos foyers. Le soir pour distraire les jeunes appelés, un film avait été projeté dans la salle de cinéma du foyer.

Le lendemain matin nous avions bénéficié d’une douche à l’eau froide. Ces ablutions obligatoires et effectuées en communauté, n’avaient rien de bien réconfortant. Une autre série de tests suivie l’après midi par une visite médicale dégagée de toute pudeur, n’avait fait qu’accroître la gêne contenue en moi, depuis mon arrivée. Je ne me sentais pas à ma place dans ce milieu et l’idée de passer un an de ma vie à faire le pantin dans cet univers singulier, me donnait la nausée. J’étais de nature fragile et vulnérable. La disparition prématurée de mes parents m’avait causé un choc émotionnel de telle intensité que toute ma personnalité en avait été modifiée. Elle avait fait de moi un individu apeuré par la vie. Mes complexes et mon hyper sensibilité ne m’aidait pas à prendre confiance en moi.

Cette faiblesse faisait de ma personne, une proie facile, il me fallait donc me protéger.

J’étais pour qui ne me connaissais pas un individu austère, et j’entretenais cette apparence en jetant des regards froids et sévères, refusant la plupart du temps de communiquer. J’avais adopté cette attitude dans l’espoir d’éloigner les assaillants potentiels. Ce bouclier protecteur n’étant pas toujours efficace, je recevais souvent de plein fouet des offensives de toutes sortes. Ma susceptibilité exacerbée, ne laissait rien échapper. Les plaisanteries douteuses, les railleries, la moindre des petites phrases assassines prononcée à mon égard, étaient autant de vexations qui atteignaient systématiquement leur but. Je gardais en moi le souvenir des ces agressions comme autant de plaies ouvertes.

La vie militaire présentait tous les ingrédients d’un climat et d’un état d’esprit où la loi du plus fort règne en maître. Le pouvoir et la domination peuvent être des armes redoutables, j’avais peur d’en être victime. J’avais déjà ressenti les prémisse de cette situation lors de mon arrivée, en ne tentant pas de réclamer ma rétribution. Une erreur de ma part qui risquait fort d’être suivie de beaucoup d’autres. J’espérais intensément à l’aboutissement de mon dossier de dispense. Une nouvelle séance de cinéma avant que nous rejoignîmes nos dortoir, mit un terme à cette seconde journée d’évaluation.

Nous fûmes libérés le matin du troisième jour après avoir été convoqués à tour de rôle par le commandant. Bien qu’insensible à ma présence et ignorant tout de ma vie privée, le gradé m’avait rapidement jaugé. Il avait pris connaissance de mon dossier de demande d’exemption mais ne m’adressa la parole que pour me signifier mon aptitude à servir l’armée et pour me communiquer ironiquement le bon résultat de mes tests qui me permettait d’espérer une affectation dans un corps de parachutistes.

Je fus délivré de cet entretien avec soulagement . Il me restait assez de temps pour rejoindre la gare et pour prendre le premier train en partance pour Angers. Mon ami d’infortune m’accompagna durant tout le trajet. Il descendit de notre wagon sur les quais de Chemillé et nous nous fîmes un signe de la main, avant que la locomotive ne s’ébranlât de nouveau. Cet au revoir fut en réalité un adieu car malgré notre promesse de garder contact, nous ne nous revîmes jamais.



La conscription

Beaucoup plus mordantes qu’un vent glacial sur la peau, les célébrations de Noël et de la St Sylvestre venaient me rappeler inéluctablement l’absence. Cette période très redoutée ravivait mes rancœurs, mais je n’avais pas d’autres choix que de la traverser. J’avais trouvé un bon remède, c’était de me coucher tôt, car le sommeil effaçait en partie la morsure douloureuse de ces moments.Nous étions en ce début de janvier en période de vacances scolaires. Notre bon vieux soleil brillait de tous ses éclats, mais la terre était fortement gelée. J’abordais l’année de mes dix neuf ans et j’allais devoir effectuer prochainement un séjour dans un centre militaire. Des tests physiques et psychologiques ainsi qu’une visite médicale m’y attendaient.

J’avais déposé un dossier de demande de dispense du service militaire auprès du centre de Rennes. J’avais invoqué comme motifs ma situation familiale particulière, mes difficultés financières et mes qualités de soutien moral auprès d’une personne âgée et handicapée. Malgré l’évidence de ma position, il avait fallu faire appel à notre député maire. Celui-ci était intervenu immédiatement pour appuyer ma démarche, et m’en avait avisé par l’envoi d’un courrier qu’il m’avait adressé directement de l’assemblée nationale. J’espérais que cette aide précieuse favoriserait ma requête.

En revanche je savais que la réponse de me parviendrait pas avant que mon stage d’évaluation des futurs appelés du contingent soit effectué.

 

Extrait du livre de mes mémoires 

 

Dans mon village natal, nous étions une petite dizaine de copains concernée par cet appel du contingent. Les conscrits, c’est ainsi que nous étions nommés, avaient l’habitude avant leur incorporation dans un corps d’armée, d’offrir un banquet aux filles de la classe ainsi qu’à nos parents respectifs.

La responsabilité de financement d’une telle manifestation était à la charge des organisateurs, aussi les garçons devaient ils se munir de bottes en caoutchouc, prévoir des vêtements chauds, s’équiper d’un bâton pour la marche et s’armer d’une bonne dose de courage. Il s’agissait d’être au mieux de sa forme pour affronter une longue périodes d’investigations. Battre campagne pour obtenir les fonds nécessaires à la réalisation de leur projet, tel était le but de leur motivation.

Malgré mon expatriation vers la ville, j’avais été convié à participer à cette mission.

Il faisait particulièrement froid ce lundi de janvier quand notre petit groupe partit pour un long périple à travers bois et champs, qui durerait sans doute au-delà d’une semaine.

La terre était gelée, le ciel était bleu et le soleil brillait malgré un vent frisquet qui cinglait les visages. Nous avions le nez rougi par la température glaciaire de ce début d’hiver et des larmes perlaient aux coins de nos yeux.

Le conscrit se distinguait du reste de la population par le port d’un chapeau garni de pompons aux couleurs nationales, pompons qu’ils portaient aussi parfois autour de la taille. Le chef d’équipe était nanti d’un clairon qui lui servait à signaler la présence prochaine de la circonscription aux habitants des fermes des alentours.

Cette tradition ancestrale était bien connue de la population régionale, aussi l’accueil des futurs militaires était toujours irréprochable.

Réalisée traditionnellement par un jeune fille de la classe, dans un tissu de velours bordeaux, et dotée de rubans aux trois couleurs patriotiques, la bourse que l’un de nous portait autour du cou était également ornementée du chiffres soixante quatorze correspondant à l’année de nos vingt ans.

Lorsque nous avions franchi le seuil des habitations, nous étions généralement invités à nous asseoir pour nous reposer de notre longue marche. Il était souvent possible de se chauffer auprès d’un bon feu de bois que la fermière avait allumé dans la cheminée. Le maître des lieux nous servait la goutte, c’était une eau de vie ordinairement de sa composition qui pesait énormément en degré et qui faisait indubitablement monter la température des corps.

Enfin avant de prendre congés, ces braves gens ne manquaient pas de glisser une petite pièce dans notre réserve d’argent.

Nous reprenions ensuite notre route jusqu’à la nuit tombée avant de nous coucher chez qui voulait bien nous inviter.



Une nouvelle chance

Dimanche 18 octobre 2009, la période estivale qui avait largement débordée sur les premières semaines de l’automne vient de s’achever. La froidure du petit matin accélère la chute des feuilles et bientôt la végétation s’endormira jusqu’au prochain printemps.Mon cœur me joue des tours. Depuis quelques temps je souffre d’arythmie, et les crises qui surviennent à intervalles réguliers me laissent dans l’état d’épuisement d’un marathonien.

Je suis assis devant mon ordinateur à rédiger ce texte destiné à mes lecteurs. L’écriture m’aide à replonger d’une manière beaucoup plus sereine dans mon passé.

A 55 ans, l’existence a laissé sur moi un bon nombre de ses empreintes. Les épreuves morales et physiques ont façonné mon caractère, et des expressions parfois très austères sur mon visage. Je suis couvert de plaies, de bleus et de bosses, mais il me reste un bien précieux l’espérance. Mes yeux sont restés très longtemps secs et s’il m’arrive maintenant de pleurer, c’est pour les autres, mais jamais pour moi. Cet état de fait reste un mystère.

Mon aïeule est décédée en juillet 1992 et avec elle s’éteignait à jamais mes racines. Comme pour mon père et avec l’appui de ma famille, j’avais essayé temps bien que mal de l’aider à porter sa croix, mais j’avais ressenti son placement en maison de retraite, et sa mort qui s’ensuivit comme l’échec de ma mission. L’amertume de cette défaite avait certainement été l’un des facteurs du déclenchement de cette terrible dépression nerveuse qui m’avait dévasté quelques quatre ans après sa disparition.

Avant d’en arriver là nous avions continué à traverser les tempêtes et celle qui nous avions subie en cette fin d’année 1972 s’ajoutait à une liste déjà trop bien remplie d’évènements fâcheux.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires  

L’opération que mon aïeule avait subie à l’orteil n’avait pas été couronnée de succès et ses problèmes physiques étaient réapparus très rapidement, affectant un peu plus un état psychologique déjà fortement dégradé.

Je ne supportais plus son visage grimaçant de douleur et le désintérêt croissant qu’elle affichait même pour les choses les plus élémentaires de la vie.

A défaut de pouvoir lui apporter une aide morale, j’espérais que le soulagement physique que produiraient les résultats d’une second intervention chirurgicale, amènerait une solution à la situation dans laquelle nous étions en train de nous embourber.

L’action que j’entrepris auprès des médecins, eut le mérite de donner à la malade la sensation de ne pas être abandonnée.

Comme je l’avais escompté, la perspective d’une chance nouvelle de guérison, restaura au coin de ses lèvres le sourire que la maladie lui avait ôté.

Pendant son absence, il fallut m’organiser de manière à ne pas porter préjudices à mes études, mais en onze ans de vie commune, c’était la troisième hospitalisation de mon aïeule. Sans être vraiment de la routine, je maîtrisais relativement bien la conjoncture à laquelle nous étions encore confrontés.

Malgré la rareté de nos échanges verbaux et bien que je fusse de nature solitaire, j’avais l’habitude d’une présence humaine particulièrement lorsque je rentrais du lycée. Je ne goûtais guère l’isolement dans lequel cette séparation forcée allait me plonger, en conséquence, j’amplifiai mes durées de visites avenue Bonaparte. Ses deux nièces étant restées célibataires, j’étais considéré par la sœur de grand-mère ainsi que par son beau-frère, comme le petit fils de la maison. En leur présence, j’avais la sensation d’exister, car ils s’intéressaient à moi. Ils désiraient savoir en quoi consistaient mes études, étaient curieux de la façon dont j’envisageais l’avenir. Ils me demandaient des nouvelles de mes amis, me posaient des questions sur la manière dont je disposais de mes temps de loisirs. Ils s’informaient sur mes goûts en matière de musique, appréciaient être éclairés sur l’actualité du livre du spectacle ainsi que sur celle du cinéma. J’étais le maillon de la chaîne qui connectait le cocon familial dans lequel ils s’étaient tous les quatre progressivement mais inéluctablement enfermé, au reste du monde. Petit à petit la confiance mutuelle s’installa entre nous jusqu’à ce qu’ils deviennent mes interlocuteurs privilégiés et mes confidents attitrés.



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