Un regard austère

Vivre dans une petite commune avait été pour moi comme un étau dans lequel j’avais été enserré jusqu’à mon déménagement. Je n’avais éprouvé que très partiellement une sensation de liberté quand mes valises s’étaient posées dans la ville voisine. Quelques mois m’avaient suffi, pour comprendre les limites de ma nouvelle situation. La réalité n’étant que désillusion, cette frustration qui avait été la mienne durant toutes ces années d’enfance, réapparue aussi soudainement qu’elle s’était envolée.Mon espace vital me paressait de nouveau trop étroit et je ne rêvais que de voyage, mais le voyage ne peut-être merveilleux que s’il est effectué autrement que par la contrainte.

Je n’avais jamais pris le train, le service des armées me donnait l’opportunité de combler ce vide, et c’était pourtant sans enthousiasme que je m’exécutais.

 

Extrait du livre de mes mémoires 

Trois mois plus tard je montais dans le train en direction de Blois avec dans ma tête le souvenir de cette fantastique aventure qui ne s’était pas achevée avec la fin de semaine. Il avait fallu en effet fixer plusieurs journées supplémentaire sur notre calendrier, afin de mettre un terme à nos péripéties. Notre bourse avait bien été remplie et le repas avec nos familles assuré.

Mon arrivée à la caserne s’effectua dans l’anonymat le plus parfait. Une griffe portée sur le registre des entrées était le seul témoignage de ma présence dans ces lieux. Cet enregistrement donnait droit au paiement d’une somme de trente francs correspondant à la solde attribuée aux jeunes futurs recrues, indemnité qui d’ailleurs ne m’avait pas été versée par le militaire chargé de notre accueil, soit intentionnellement, soit par oubli. N’ayant pas apposé ma signature dans la bonne case, j’avais été invité par mon interlocuteur à émarger une seconde fois mon nom. Cet incident avait rendu le personnage de mauvaise humeur et je n’avais pas osé lui réclamer mon dû.

Le reste de la journée n’avait été qu’une longue période d’attente ponctuée par des séries de tests que nous devions effectuer dans des salles de cours affectées à ce sujet. Très vite je pus discerner l’esprit particulier des militaires et de vivre dans une telle communauté me paraissait difficile à imaginer.

J’avais sympathisé avec un garçon de Chemillé, nos convergences d’idées avaient facilité notre rapprochement et désormais nous n’allions plus nous quitter. Nous partagions le même dortoir et nous couchions l’un au dessus de l’autre sur des lits superposés. Au soir de cette première journée pour avoir passé le plus clair du temps à ne rien faire, nous avions beaucoup discuté. Mon camarade était sur le point de devenir chauffeur routier. Promesse était faite de nous revoir dès notre retour dans nos foyers. Le soir pour distraire les jeunes appelés, un film avait été projeté dans la salle de cinéma du foyer.

Le lendemain matin nous avions bénéficié d’une douche à l’eau froide. Ces ablutions obligatoires et effectuées en communauté, n’avaient rien de bien réconfortant. Une autre série de tests suivie l’après midi par une visite médicale dégagée de toute pudeur, n’avait fait qu’accroître la gêne contenue en moi, depuis mon arrivée. Je ne me sentais pas à ma place dans ce milieu et l’idée de passer un an de ma vie à faire le pantin dans cet univers singulier, me donnait la nausée. J’étais de nature fragile et vulnérable. La disparition prématurée de mes parents m’avait causé un choc émotionnel de telle intensité que toute ma personnalité en avait été modifiée. Elle avait fait de moi un individu apeuré par la vie. Mes complexes et mon hyper sensibilité ne m’aidait pas à prendre confiance en moi.

Cette faiblesse faisait de ma personne, une proie facile, il me fallait donc me protéger.

J’étais pour qui ne me connaissais pas un individu austère, et j’entretenais cette apparence en jetant des regards froids et sévères, refusant la plupart du temps de communiquer. J’avais adopté cette attitude dans l’espoir d’éloigner les assaillants potentiels. Ce bouclier protecteur n’étant pas toujours efficace, je recevais souvent de plein fouet des offensives de toutes sortes. Ma susceptibilité exacerbée, ne laissait rien échapper. Les plaisanteries douteuses, les railleries, la moindre des petites phrases assassines prononcée à mon égard, étaient autant de vexations qui atteignaient systématiquement leur but. Je gardais en moi le souvenir des ces agressions comme autant de plaies ouvertes.

La vie militaire présentait tous les ingrédients d’un climat et d’un état d’esprit où la loi du plus fort règne en maître. Le pouvoir et la domination peuvent être des armes redoutables, j’avais peur d’en être victime. J’avais déjà ressenti les prémisse de cette situation lors de mon arrivée, en ne tentant pas de réclamer ma rétribution. Une erreur de ma part qui risquait fort d’être suivie de beaucoup d’autres. J’espérais intensément à l’aboutissement de mon dossier de dispense. Une nouvelle séance de cinéma avant que nous rejoignîmes nos dortoir, mit un terme à cette seconde journée d’évaluation.

Nous fûmes libérés le matin du troisième jour après avoir été convoqués à tour de rôle par le commandant. Bien qu’insensible à ma présence et ignorant tout de ma vie privée, le gradé m’avait rapidement jaugé. Il avait pris connaissance de mon dossier de demande d’exemption mais ne m’adressa la parole que pour me signifier mon aptitude à servir l’armée et pour me communiquer ironiquement le bon résultat de mes tests qui me permettait d’espérer une affectation dans un corps de parachutistes.

Je fus délivré de cet entretien avec soulagement . Il me restait assez de temps pour rejoindre la gare et pour prendre le premier train en partance pour Angers. Mon ami d’infortune m’accompagna durant tout le trajet. Il descendit de notre wagon sur les quais de Chemillé et nous nous fîmes un signe de la main, avant que la locomotive ne s’ébranlât de nouveau. Cet au revoir fut en réalité un adieu car malgré notre promesse de garder contact, nous ne nous revîmes jamais.



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