2 et 6 avril 1974

La radio avait interrompu la diffusion de ses programmes habituels et ne passait à l’antenne que des morceaux musicaux du répertoire classique. Je n’avais pas entendu parlé d’une grève, il devait donc se passer un événement important pour que les émissions quotidiennes soient annulées ainsi.

Mes questionnements furent de courte durée, car un flash d’information m’apprit qu’en ce mardi 2 avril de l’année mille neuf cent soixante quatorze, Georges Pompidou était mort. Notre chef d’état qui avait gouverné un pays dopé par une forte croissance, quittait ce monde en même temps qu’apparaissaient en France de graves difficultés économiques, liées évidemment à la politique internationale du moment. La nouvelle était d’autant plus brutale que l’état de santé du président de la république avait été soigneusement caché à la presse.

L’état d’effarement dans lequel cette annonce m’avait plongé fut de courte durée, car la réalité de la vie quotidienne me rappelait à l’ordre et il était temps pour moi de partir au travail.

Extrait du livre de mes mémoires

Georges Pompidou était décédé, les stations de radios avaient interrompu leurs émissions et en signe de deuil, émettaient en boucle des morceaux de musique classique, soulignant ainsi le côté solennel et historique de l’événement.

J’attendais toujours de savoir si ma demande de dispense adressée au service des armées par notre député maire allait aboutir. De la décision qui serait prise, dépendait mon inscription ou non dans un centre d’apprentissage à la conduite.

Je songeais à toutes ces années écoulées depuis le décès de mes parents. Les épreuves à répétition m’avaient vieillis prématurément l’esprit. Mon enfance et mon adolescence m’avaient été volées, et je n’avais de cesse de crier à l’injustice.

Dans ce contexte nous approchions de la date de mon vingtième anniversaire, l’événement avait un goût d’amertume, je n’avais plus réellement confiance en cette existence, qui prend pourtant parfois une tournure à laquelle on ne s’attend pas.

En ce samedi 6 avril, j’avais été de permanence à mon bureau comme il était dans mes obligations de le faire une fois par mois. La première des bonnes surprises de cette fin de semaine fut de retrouver ma grand-mère avenue Bonaparte alors que je m’apprêtais à récupérer ma motocyclette pour rentrer chez moi. Ma tante avec la complicité de sa famille, avait dressé la table et m’invitait à rester déjeuner pour souffler mes bougies. Hormis l’année de mes dix sept, on ne m’avait jamais fêté mon anniversaire. Ce geste aussi simple soit-il me donnait la sensation d’exister et ne manquait assurément pas de me faire plaisir.

Le second des imprévus heureux de la journée, m’attendait dans la boîte à lettre. Ma demande de dispense du service national était accordée. Le courrier avait été signé par le préfecture d’Angers, en date du 2 avril 1974. Les autorités compétentes avaient admis ma responsabilité en tant que soutien de famille auprès d’une personne handicapée.

Cette excellente nouvelle rayait d’un trait tous les différents déboires qui m’avaient passablement empoisonnés la vie depuis quelques temps.

Grand-mère de nature peu loquace et encore moins expansive, n’avait pas réagi à la lecture de la lettre, de la manière dont j’espérais, pourtant cette décision positive la concernait autant que moi. Je ne souhaitais pas garder ce grand bonheur pour nous seuls, et je savais un lieu, où trouver des personnes à mon écoute, aussi je me privai point de m’y rendre sur le champ.

Mon avenir immédiat se clarifiait et au fil des jours je me rendais compte à quel point l’attente de cette décision administrative avait pesé lourd sur mes épaules. Je n’avais plus mal à la tête et surtout mes insupportables maux de ventre avaient disparu.

C’est donc dans ce contexte particulier du moment que ma résolution de m’inscrire à l’auto école de mon quartier fut ferme et définitive.



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