L’auberge des vacances

Lundi 12 novembre 2009, je me sens toujours aussi menacé par ces terribles crises d’angoisse qui ne me quittaient guère durant mon enfance et mon adolescence. Mon parcours ne m’a jusqu’à présent pas appris l’optimisme, et les craintes d’un avenir incertain n’ont de cesse de faire vaciller en moi le fragile équilibre acquis durant ces trente dernières années.
Lorsque je plonge dans mes souvenirs de ce début d’été 1973, il me vient à l’esprit, l’image de mon visage tendu, se reflétant dans le miroir de mon armoire, manifestation physique de l’une de ces crises.
Beaucoup de grandes ou petites aventures pouvaient être l’élément déclencheur de cette peur panique qui envahissait mon corps tout entier.
Parce que j’avais la hantise de ne pas être à la hauteur de la tâche qui m’attendait, ce contrat d’embauche que je venais de signer et qui mettait un terme à ma vie d’écolier faisait partie de ces événements qui me paralysaient jusqu’à ce que je devienne l’ombre de moi même.
La tempête finissait néanmoins par se calmer, et je pouvais dès lors recommencer à vivre. Et vivre avec la chaleur et le soleil qui régnait à l’extérieur de la maison, c’était de songer à prendre un peu de vacances avant d’entamer cette carrière professionnelle tant redoutée.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Une année s’était écoulée depuis notre séjour à Sion et le groupe de campeurs constitué d’individus plus âgés que moi et avec lequel j’avais passé ces dernières vacances, n’était plus en mesure de se reformer. Le service militaire auquel certains avaient été appelés, et les fréquentations féminines auxquelles d’autres consacraient désormais leur temps, avaient entraîné la dissolution définitive de l’équipe.
En raison des différents séquelles occasionnées par son accident de chasse, Pierrot avait été relevé deux ans plutôt de ses obligations nationales. Néanmoins l’élevage de porcins dont il avait la responsabilité ne lui permettait toujours pas de s’absenter, même pour quelques jours. Cette nouvelle période estivale ne faisait pas exception à la règle.
Seul rescapé de cette irrémédiable dispersion, Jean Noël n’était pas encore appelé sous les drapeaux et prenait ses congés payés en juillet. Nous décidâmes de partir ensembles en auto-stop avec nos sacs à dos pour unique bagage et la plage de Saint Jean de Monts comme projet de destination.
Le voyage s’était passé sans complications particulières, grâce notamment à la solidarité des automobilistes qui avaient bien voulu s’arrêter, pour nous prendre en charge. Les météorologues annonçaient un temps sec et des températures idéales pour rêver à la belle étoile. Nous avions projeté de dormir sur le sable, il nous fallut rechercher un endroit à l’abri du vent pour y passer la nuit. La période estivale favorise un indubitable relâchement dans les comportements. L’insouciance et la désinvolture remplacent la rigueur et le sérieux qu’impose la manière de vivre dans notre société moderne et plus particulièrement dans le milieu du travail. De nature naïve et peu enclin à la réflexion, Jean Noël ne mesurait pas toujours les conséquences de ses actes ni la portée de ses paroles. Sa bonne humeur et sa décontraction favorisées par l’ambiance de vacances dans laquelle nous étions plongés, ne faisaient qu’accentuer les particularités de son caractère. Une drôle d’idée lui vint donc à l’esprit d’interpeller sur le ton de la plaisanterie une brigade de CRS, qui effectuait sa ronde habituelle. La réaction fut immédiate, nous dûmes décliner nos identités et afin de procéder aux différentes vérifications d’usage, nous fûmes invités à nous rendre au poste le plus proche. L’incident loin de nous porter préjudice allait plutôt nous rendre service. Notre interrogatoire conduisit la police à constater que nous étions sans domicile, aussi avant de nous libérer notre interlocuteur nous avait communiqué l’adresse d’une association dont le rôle était de recevoir les routards, en quête d’un abri pour la nuit.
Moyennant une faible participation financière, et c’était important pour moi car je ne disposais que d’un maigre pécule emprunté à ma grand-mère, l’auberge de jeunesse de Saint Jean accueillait des individus de toutes les nationalités, dans un établissement scolaire déserté par ses élèves pendant la période d’été.
Les classes avaient été vidées de leurs bureaux et aménagées provisoirement en dortoirs. Les cuisines ainsi que le réfectoire avaient été mis à la disposition des résidants. L’intendance était assurée par la gérante, la mère aubergiste (Mère Aube), qui représentait également l’autorité, chargée de maintenir l’ordre et la discipline au sein du groupe. L’organisation des soirées était la panage de son mari, son ambition étant de faire de cet espace de rencontres, un lieu d’échanges culturels et de convivialité. Nous fûmes donc hébergés avec l’hospitalité coutumière de l’endroit.
Notre intégration dans ce groupe d’inconnus ne fut cependant pas aussi facile que nous aurions pu l’imaginer, d’autant plus que le temps s’était rafraîchi et que la pluie était venue ternir le moral. En outre mes disponibilités financières s’amenuisaient de jour en jour. Toutefois, ces petits incidents de parcours ne vinrent pas entacher définitivement notre séjour. Notre méfiance et notre laborieuse adaptation des premiers jours furent rapidement remplacées par un climat de franche amitié et de confiance réciproque, favorisant ainsi un changement radical dans nos manières de penser.
Ce mélange de pays, de connaissances, de religions et de coutumes était en fait une réelle invitation au voyage. Le hasard avait bien fait les choses, car il nous avait guidé vers une voie nouvelle.
Sans cette opportunité nous n’aurions jamais eu connaissance des qualités si particulières de cette formule de congés. Nos restions libres dans notre emploi du temps et passions la plupart de nos journées en dehors de notre campement. Cependant nous apprécions de prendre nos repas au sein de la communauté et ne manquions pas de participer aux différentes festivités nocturnes organisées à notre égard.
Chantal ma complice des veillées de classe du samedi soir était également la sœur de Jeanne, future compagne de mon cousin. Enthousiasmé par le contexte singulier dans lequel nous cohabitions, j’avais souhaité faire découvrir ce lieux, à Dominique, qui répondit favorablement à mon invitation et arriva le dimanche suivant, accompagné des deux frangines. Le trio ne mit pas bien longtemps à juger de la qualité de l’accueil. Le repas du midi fut organisé en leur honneur en compagnie d’une majorité des pensionnaires de l’auberge, qui cautionnaient sans réserve ce type de rassemblements. La table fut dressée en plein air dans la cour de l’école, avec au menu des sardines grillées au barbecue. Il y avait autour de nous un couple d’Alsaciens nouvellement marié, un allemand qui flirtait avec une jeune parisienne, deux compagnons gays de citoyenneté belge, un danois, un canadien, etc.… tous étaient devenus nos amis.
Cette échantillonnage d’individus d’horizons variés aux us et coutumes distincts et aux réactions caractéristiques à leur identité national ou régionale, alimentait richement les discussions et faisait de ces rassemblements privilégiés une occasion unique de parfaire ses connaissances, de rompre avec ses préjugés, d’élargir ses vues de l’esprit et de s’initier enfin à la tolérance et au respect des autres.
Au terme de notre séjour nous n’eûmes pas à nous préoccuper de notre retour, le jeune ménage résidant dans l’est de la France et avec lequel nous avions passé beaucoup de notre temps, nous proposa de nous raccompagner en voiture jusqu’à nos domiciles respectifs. Nous avions déjeuné chez les parents de Jean-Noël. Je dus me résigner à rentrer chez moi. J’éprouvais une forte appréhension à l’idée de découvrir mon aïeule dans l’état d’ébriété dans lequel elle semblait vouloir se complaire depuis que mon père nous avait quittés. Cette inquiétante perspective, m’empêchait de garder la tête froide. Je savais qu’en la faveur de mon absence, son état s’empirait irrémédiablement. Politesse oblige, je ne pouvais malgré cela éviter de recevoir mes amis avant qu’ils ne nous quittent définitivement.
La modestie ainsi que l’inconfort matériel de notre intérieur de maison trahissait la grisaille de nos états d’âme en même temps que les précarités financières dans lesquelles nous nous trouvions. La pauvreté de notre condition m’inspirait un sentiment d’humiliation, j’endossais la responsabilité de cette situation, aussi était-il nécessaire de surmonter cette opinion négative, car je n’étais en réalité que la victime d’un mauvais sort, encore fallut-il s’en convaincre soi-même, cela n’était pas une évidence. Je fus ébahi de retrouver une maison aux fenêtres ouvertes, laissant rentrer le soleil et un peu de gaieté dans un intérieur ordré et extraordinairement hospitalier.
Grand-mère parfaitement sobre, paraissait ravie de mon retour et en mesure de convier nos hôtes à se désaltérer avant de reprendre la route. Cette situation était suffisamment exceptionnelle pour que j’en garde un agréable souvenir. Comme papa l’avait été autrefois, mon aïeule était devenue le baromètre de mon état d’âme. Ma bonne ou ma mauvaise humeur dépendaient pour beaucoup de sa santé physique ou mentale. L’agréable surprise que son bien être venait de me réserver, me procurait assez d’énergie pour espérer de nouveau à un avenir meilleur.



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