Mes rêves éveillés

Il est parfois bien difficile de se défaire de ses souffrances. Les conduites à risques illustrent la volonté des hommes de fuir une réalité qu’ils ne peuvent plus supporter. Malheureusement, sombrer dans l’alcool ou dans la drogue ne résout jamais rien. Pire le malade ne fait pas que de s’autodétruire, il provoque parmi les siens de nombreux dégâts psychologiques . Les éléments les plus fragiles du foyer familial, auront d’ailleurs bien du mal à s’en remettre.
J’étais à cette époque de ma vie, bien placé pour le constater, car j’étais au quotidien le témoin du drame que représente l’addiction d’un proche, et cette situation avait sur moi des répercussions plus que négatives. Paradoxalement, c’est sans doute le comportement de ma grand-mère et l’image dégradante qu’elle donnait d’elle même qui me protégèrent définitivement, de la tentation d’emprunter le même chemin. Grâce à elle, si j’ose dire, je n’eus donc jamais recours à ce genre d’échappatoire même dans les moments les plus sombres de mon existence. Ma manière à moi de m’envoler était complètement différente.
Dans ma prime jeunesse, ma foi, héritage maternel, m’avait beaucoup aidé à contenir ma révolte. Le portrait de ma mère restait gravé dans ma tête, et avec un peu de concentration, cette image rassurante apparaissait dans mes prières me permettant d’oublier temporairement l’évidence de mon destin. Au fil du temps le portrait s’était fait plus pâle, jusqu’à disparaître complètement de ma mémoire. Une porte s’était refermée sur mon passé et j’en n’avais pas la clé. Puisque désormais la spiritualité restait chez moi sans écho, il me fallait trouver un autre moyen de voyager dans l’irréel. Resté prisonnier de cette mémoire défaillante m’était insupportable, et j’avais retrouvé rapidement une autre forme de liberté en pratiquant le rêve éveillé.
La lecture était ma source d’inspiration et la musique l’élément essentiel pour ma mise en condition.
La seconde onde de choc qu’avait été le décès de mon père avait sérieusement écorné ce qu’il me restait de mes convictions religieuses, la lumière s’était éteinte, m’empêchant pour longtemps de retrouver la clé.
Ma propension à vouloir avidement rechercher refuge dans mon imaginaire s’en trouva dès lors fortement accentuée.

Extrait du livre de mes mémoires

Dans le milieu ouvrier auquel nous appartenions, la lecture n’étant pas pratiquée de manière courante (les livres coûtaient chers), l’école était restée pendant longtemps, la seule base d’éducation sur laquelle les enfants pouvaient compter pour parfaire leur savoir. Je pus me distinguer très tôt de cette généralité, lorsque mon père m’accorda un immense privilège, celui de m’ouvrir l’esprit vers le monde extérieur, en me donnant l’accès à cette formidable source de connaissances qu’est la télévision.
Papa éveilla involontairement en moi l’attrait que j’éprouve encore à ce jour, envers diverses formes d’expressions artistiques, telles que le cinéma, le théâtre, la danse ou la peinture. Parmi ces disciplines, la musique était devenue une passion qui coulait en moi, comme le sang dans mes veines. Associées à la lecture elle me permettait de fuir ce monde parfois insoutenable lorsque dans la solitude de ma chambre je m’adonnais au rêve éveillé.
Lorsqu’il m’avait offert à l’occasion d’un noël, mon pick-up, qui subissait désormais,  l’outrage du temps , mon père m’avait fait l’un de ses plus beaux cadeaux.
Les avancements du savoir-faire rangeaient  ce que l’on avait appelé autrefois des électrophones, dans la catégorie des technologies d’une autre époque. L’apparition des chaînes stéréophoniques sur le marché de l’audiovisuel garantissait désormais une qualité d’écoute, quasi parfaite. Fidèle alliée des moments difficiles, la musique était au fil du temps, devenue un élément indissociable de ma vie. Je ne pouvais m’imaginer être privé d’un jour à l’autres de sa substance. La haute fidélité impliquait une dépense financière très importante, aussi les acquéreurs d’un tel équipement étaient encore peu nombreux et c’est sans remords que je m’octroyais le droit de faire partie de ces pionniers.
Cette envie de se faire plaisir je ne l’avais quasiment jamais ressenti jusqu’alors, faute de moyens financiers. Ma condition sociale m’avait appris à restreindre, plus encore à étouffer mes désirs et en ce mois d’octobre lorsque le livreur sonna à ma porte,, je ressenti au fond de moi une formidable sensation de joie, que je ne connaissais plus depuis fort longtemps.



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