Peur au ventre

Avril mille neuf cent soixante quinze, les salles de cinémas s’apprêtaient à projeter, la dernière œuvre cinématographique d’Henri Verneuil ,dont le rôle principal était tenu par la star du moment, Jean Paul Belmondo. Peur sur la ville était le titre de ce film  qui allait à n’en pas douter obtenir un franc succès auprès des cinéphiles.
La peur était également pour moi d’actualité, elle était même fortement ancrée dans ma tête au point que mes intestins faisaient des nœuds et que mon cœur battait à tout rompre. La raison de cet état d’extrême anxiété n’était rien d’autre que  le jour j était arrivé, et qu’il me fallait affronter le regard autoritaire et déstabilisant de l’inspecteur du permis de conduire.

Extrait du livre de mes mémoires

Mon inscription à l’examen de conduite qui correspondait également à ma quatrième tentative, coïncidait avec le début du printemps. Je sentais monter l’adrénaline au fur et à mesure que le jour fatidique approchait. Le souvenir de mes trois précédents échecs, ainsi que l’appréhension  de devoir à nouveau me confronter à un inspecteur autoritaire, ne m’aidait pas à trouver en moi l’énergie nécessaire au franchissement du cap de cette inévitable phase de ma vie.
Mon état de nervosité avait été à son paroxysme durant ces dernières vingt quatre heures, et pourtant en m’asseyant au volant et sans que je sache réellement pourquoi mon attitude changea brusquement. La peur était toujours aussi présente mais j’étais tellement tétanisé que je n’arrivais même plus à penser, j’agissais comme un robot aux ordres qui m’étaient donnés. J’avais l’impression de voler vers une autre planète.
Les gestes maintes fois répétés étaient machinalement mais correctement exécutés. Je sentis l’inspecteur confiant lorsqu’il commença un peu a m’oublier en discutant avec mon moniteur. En diminuant ainsi la pression qu’il exerçait sur moi, il me donna enfin l’occasion de me détendre et de retrouver petit à petit la confiance et la sérénité, qui me faisaient si souvent défaut. Pour la première fois j’avais le sentiment que la victoire m’attendait au bout du chemin.
Après vingt minutes d’un combat acharné contre mon ego, la boucle était bouclée et j’immobilisai mon véhicule à l’endroit même où je l’avais trouvé au début de notre périple. Quelques instants de silence et l’examinateur me demanda de descendre. Je savais que cet injonction était également un test piège dans lequel il ne fallait pas tomber. Un bref regard dans mon rétroviseur, suivi d’une rotation de la tête vers l’arrière, pour m’assurer que la voie était libre, je pus ouvrir ma portière et descendre de la voiture avant de rejoindre le trottoir. D’un geste rapide de la main mon instructeur me fit comprendre que la partie était gagnée. Une poignée de minutes plus tard, je pus en effet palper entre mes doigts ce précieux imprimé rose qui m’avait donné tant de fil à retordre.
Bien que nous soyons un jeudi, Chantal m’attendait à quelques mètres de distance. Sans doute devait elle être en congés ce jour là. Elle n’avait pas perdu une miette de la scène. Elle jubilait tout autant que moi. Pour m’avoir accompagné depuis le début de l’expérience, pour avoir été témoin de mes échecs, pour avoir partagé mes désappointements, il était naturel qu’elle puisse également se réjouir de ma victoire.



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