Carnet de voyage

Extrait du livre de mes mémoires

Ma convocation au comptoir de la SAS (Scandinavian Airline System), à l’aéroport du Bourget, en milieu de matinée, ne m’avait pas permis de trouver un train adapté à mes horaires. Mon arrivée à Paris Austerlitz, étant prévue pour cinq heures du matin, je n’avais pas eu d’autres alternatives que de passer une partie de ma nuit à Angers, à attendre la seule et unique correspondance mise à la disposition des voyageurs, à ce moment de la journée.

Lutter contre l’ennui et progressivement contre le sommeil, n’était pas chose aisée. Très vite, au milieu de ce très austère hall de gare, les conversations s’établirent, avec un garçon qui vivait la même expérience que moi. Il avait observé la manie que j’avais de consulter régulièrement ma montre. Ce comportement trahissait mon impatience et ma nervosité. En me voyant m’étirer pour combattre l’engourdissement de mes membres, il avait compris que le temps nous pesant tous les deux, la meilleure manière de résister contre le désœuvrement, était de partager temporairement nos solitudes. Nous avions donc ensemble parcouru les artères de la ville et avant de rejoindre notre quai de départ, nous avions fait une halte dans une brasserie, pour y partager l’ultime verre de notre brève amitié.

Paris était pour moi une ville fantôme. Je ne connaissais quasiment rien de la capitale. En dehors du regard que j’avais pu porter sur elle par la télévision et aussi grâce à la lecture de nombreux livres, je n’avais jamais mis les pieds dans cette métropole autrement que dans mon imagination. A ma descente du train, j’avais été happé par une nuée de voyageurs, qui partaient tous dans la même direction. Je suivais sans réfléchir cette afflux de gens qui s’engouffrait, vers ce que je supposais être une sortie. En réalité nous étions en train de prendre une bouche de métro. La station était déjà inondée par une multitude d’usagers. Je fus d’abord surpris par des odeurs que jusqu’alors je n’avais encore jamais respirées Je fus ensuite frappé par ce métissage de races qui faisait du fait de la pluralité de ses cultures, la richesse et la particularité de cette grande agglomération. Cependant je remarquai le visage fermé de la plupart des citadins, qui semblaient complètement indifférent à l’agitation fébrile qui pouvait régner autour d’eux. Dans cette atmosphère angoissante, je me sentais progressivement envahi par le stress, j’étais désormais bien loin de la sérénité de nos campagnes,

Je devais me rendre au sous sol du palais des congrès. Le site abritait la gare routière. J’avais été informé qu’à cette adresse, je trouverais un bus pour me conduire à l’aéroport. En revanche je ne savais pas quelle ligne de métro emprunter pour m’y rendre. Au hasard des passants, j’avais interpellé une femme pour obtenir le renseignement dont j’avais besoin. Notre conversation fut immédiatement interrompue par un homme qui daigna répondre à sa place. J’eus le sentiment que la rapidité avec laquelle, cet individu était intervenu n’avait rien de naturel. Nos petites bourgades ne connaissant que très peu la délinquance, je n’avais donc que des notions très abstraites de ce que pouvait être l’insécurité dans les grandes villes. Ma démarche franche et directe avait été mal interprétée par cet agent en civil, qui avait voulu en fait, protéger la passagère d’une éventuelle agression. C’est du moins ce que fut mon impression sur le vif.

La première difficulté de mon périple je la trouvai porte Maillot. Un panneau m’indiquait la direction à prendre pour rallier la gare routière. J’empruntai donc le couloir qui était supposé me conduire à bon port. L’agence dans son itinéraire de voyage n’avait pas prévu une arrivée si matinale et la grille d’accès qui conduisait au sous sol du palais des congrès était fermée. L’endroit était désert et je me trouvai complètement désarmé par ce scénario non inscrit à mon programme. Il me fallait prendre une décision, j’empruntai donc un escalier qui me conduisait vers l’extérieur. La capitale était pour moi et depuis ma plus tendre enfance, un lieu mythique. Le choc émotionnel fut donc intense, lorsqu’en arrivant en haut des marches, je découvris l’arc de triomphe au bon milieu de la place de l’Etoile. Le sous sol de la ville grouillait de voyageurs et à présent je me retrouvais seul sur l’avenue des Champs-Élysées désertée à cette heure matinale par les touristes et délestée en cette période estivale de ses habitants. Où étaient passés tous ces gens qui arpentaient en rangs serrés les couloirs du métro, quelques minutes auparavant. Le jour était levé, l’atmosphère pesante et suffocante de la veille au soir, avait laissé la place à une fraîcheur relative. Une averse orageuse balayait les rues. Au moment de mes préparatifs de départ, je n’avais pas considéré l’imprévisible, or mon carnet de route venait de subir son premier revers, j’étais donc plutôt contrarié et passablement décontenancé par cette situation insolite. Au pire il suffisait d’attendre l’ouverture des grilles pour poursuivre mon chemin, mais en attendant, je ne savais pas où me mettre à l’abri, car Paris était une ville morte. L’apparition quasi miraculeuse d’une femme, âgée d’une soixantaine d’années et qui cheminait dans ma direction, mit fin à mes incertitudes. Elle avait revêtu un ciré blanc, pour se protéger de la pluie. A la façon dont elle avait de marcher, le dos courbé et la tête penchée à regarder le trottoir, je devinais que les deux valises qui l’encombraient étaient lourdes à porter. Je n’avais pas eu besoin d’attendre une réponse au renseignement que je lui demandais. Elle m’avait simplement répliqué de la suivre, car nous prenions une direction identique. Elle partait en Roumanie, via l’aéroport du Bourget, nous allions donc monter dans le même bus. Parisienne de vieille souche, elle n’avait que faire d’un guide touristique pour se rendre à la gare routière et nous pouvions nous passer tout à fait des couloirs du métro. J’étais tellement soulagé de cette rencontre providentielle, que j’avais proposé à ma bienfaitrice de la débarrasser de l’un de ses fardeaux. Compte tenu de l’incident qui avait marqué mon arrivée, j’étais étonné de sa gentillesse et de sa totale confiance en moi. Sans doute avait elle deviné mon désarroi.

Nous n’avions pas attendu bien longtemps avant de pouvoir grimper dans le véhicule et nous nous étions assis l’un à côté de l’autre pour poursuivre notre conversation.

Les relations humaines peuvent revêtir parfois un caractère particulier. Dans certaines circonstances, un service rendu aussi petit soit-il, fait prendre conscience de l’étroite corrélation qu’il existe entre les êtres. Je savais que désormais, je ne serai jamais réellement seul, au cours de ce voyage, il suffirait simplement de donner, pour recevoir.

Il me restait encore pas mal de temps pour me restaurer et pour visiter ensuite l’aérogare du Bourget. J’avais remarqué une banque de changes, suivant ainsi les recommandations du voyagiste qui encourageait la clientèle à acheter des devises avant l’embarquement. Je n’avais pas dormi depuis mon départ. L’inexpérience et le stress m’avait jusqu’à présent tenu éveillé. Tout n’était pour moi que découverte, mais malgré ma curiosité, depuis que j’étais assis à observer l’effervescence qui régnait en ce lieu, je sentais la lassitude m’envahir. L’enregistrement des bagages était fixé à dix heures, je m’étais donc rapproché du comptoir de la SAS. L’hôtesse était déjà installée et accueillait ses premiers clients. Je pris donc la file d’attente et ne manqua pas d’observer les gens dans leur manière de procéder, afin de pouvoir les copier lors de mon passage au guichet. Nous avions été informés que notre transfert dans le périmètre d’embarquement, nous serait signifié par interphone au moment voulu. J’imitai la plupart des passagers du vol Paris, Oslo, en me réinstallant sur un siège vacant, à proximité de la barrière de franchissement. Il ne nous restait plus qu’à nous armer de patience, avant de répondre à l’appel qui nous serait lancé avant la fin de matinée. Je fus satisfait de sortir enfin de mon isolement, en faisant la connaissance de Sylviane, une institutrice célibataire, âgée d’une dizaine d’années de plus que moi. Le signe distinctif qui discernait nos bagages de ceux des autres usagers, avait permis ce rapprochement. Nous savions que désormais nous allions partager ces deux semaines de vacances au sein d’un groupe de touristes que nous n’avions pas encore totalement identifié.

Les formalités douanières accomplies, nous étions à présent en zone franche. Cet espace très lumineux, grâce à de larges baies vitrées, offrait en panorama, le ballet incessant des avions qui décollaient ou atterrissaient dans un vacarme parfois assourdissant. N’ayant jamais rien vu de semblable auparavant, j’étais subjugué par le spectacle. Tel un petit garçon excité et émerveillé par la découverte de ses cadeaux au pied du sapin, j’avais très envie d’exprimer mes émotions. Cependant je ne laissai rien paraître. Personne ne semblant partager mes impressions, je préférais donc m’abstenir de tous débordements, dans la crainte de me ridiculiser.

Un bus nous transporta jusqu’à hauteur d’un DC8, que je n’imaginais pas d’une telle envergure. L’accès à bord de la carlingue s’effectuait par une passerelle à l’extrémité arrière de l’appareil. Je n’avais aucune appréhension particulière, je me laissai guider par le personnel navigant avec l’impression d’être enfin pris en charge et ceci pour le reste de mon séjour.

De vivre un grand bonheur avait pour moi le même effet que l’inverse. J’étais dans un état second, incapable de pouvoir réaliser sereinement l’instant présent.

Assis à côté d’un hublot, je pouvais apercevoir une partie du tarmac qui déroulait sur des centaines de mètres ses rubans d’asphalte, me laissant deviner l’étendue gigantesque de cette infrastructure aéroportuaire. Une hôtesse nous donna l’ordre d’attacher notre ceinture, puis l’avion s’ébranla lentement, virant tantôt à gauche, tantôt à droite. La manœuvre dura quelques minutes. Je compris que nous étions en train de nous diriger vers la piste d’envol. Puis après un dernier mouvement de rotation, l’appareil s’immobilisa. Un profond silence s’était installé dans l’habitacle. Les passagers les bras posés sur les accoudoirs, la tête collée contre leur siège, attendaient le moment crucial du décollage. Je ressentis l’espace d’une seconde comme une sorte de tension, une impression d’angoisse générale qui se dissipa aussitôt qu’une fulgurante accélération de l’avion cloua puissamment l’ensemble des voyageurs sur leur fauteuil. Je fus à cet instant précis au comble de mon exaltation. La vitesse était telle, que la campagne dans le lointain ne m’apparaissait désormais que comme une image vaporeuse, le détail de la végétation et des habitations devenant impossible à discerner. Une soudaine perception de pesanteur, accompagnée par une sensation bizarre au creux de l’estomac, me firent prendre conscience qu’un grand événement dans mon existence venait de se produire. L’avion s’était envolé et ce n’était rien d’autre que la réalité. D’un rapide coup d’œil vers l’extérieur, je constatai que la capitale avait dorénavant l’allure d’une gigantesque maquette. Pour la première fois de ma vie, j’observais les nuages non pas en levant la tête, mais en la baissant. La phase de décollage fut brève mais intense. L’appareil fut stabilisé pour atteindre ensuite sa vitesse de croisière. Un steward nous instruisit des gestes à accomplir en cas d’incident, puis un plateau repas nous fut servi. Une période de calme et de sérénité s’instaura ensuite, au fur et à mesure que les déjeuners furent avalés.



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