Norvège août 1975 : jours suivants

 Extrait du livre de mes mémoires

 Je n’avais pas aussi bien dormi que j’aurai pu l’espérer, cependant cette période de repos m’avait permis de recouvrer mes esprits. Descendu enfin de mon petit nuage, j’étais à présent en mesure de profiter pleinement de mon séjour. Prendre un bain dans une vraie baignoire et dans une vraie salle de bain, était l’une de ces nombreuses expériences que je testais pour la première fois. Moi qui avait toujours manqué de confort matériel, je mesurai à quel point l’aisance financière pouvait améliorer l’ordinaire et rendre la vie agréable à ceux qui avait la chance de pouvoir en profiter, autrement que de manière occasionnelle.

À l’inverse du petit déjeuner à la française, celui des nordiques, constituait le repas essentiel de la journée. Servi sur une grande table, dressée au centre de la salle à manger, les touristes que nous étions pouvions constater visuellement de la profusion et de la diversité des plats qui étaient proposés à la consommation.

Les démarches administratives accomplies, nous pûmes charger nos bagages après avoir salué le réceptionniste de l’hôtel. Nous nous embarquâmes ensuite, à bord de l’autocar.

Nous quittâmes Oslo en traversant le plateau de Sollihogda le long du Tyrifjord pour atteindre Nesbyen à l’heure du déjeuner. Ce séjour qui devait nous conduire jusqu’à la hauteur du cercle polaire, avant de s’achever par notre retour dans la capitale, privilégiait la visite de très nombreux fjords norvégiens et c’était la raison pour laquelle j’avais choisi cet itinéraire. J’avais découvert la titanesque splendeur de ces sites, considérés comme des merveilles de la nature, en consultant diverses brochures qui traitaient du sujet. La lecture de ces documents avait attisé ma curiosité.

La densité de la population n’était pas celle que nous connaissions en France, laissant à la nature sauvage, une place de premier choix. Lors de cette première journée, nous franchîmes Hallingdal et Hemsedal, deux vallées dotées d’innombrables prairies. Ces pâturages d’un vert éclatant, étaient traversés par des rivières alimentées par de gigantesques cascades, qui précipitaient sur le flan des montagnes avoisinantes dans un vacarme indescriptible, des quantités impressionnantes d’eau bouillonnante, qui dévalaient les collines avec une force que les norvégiens avaient appris à maîtriser pour bénéficier ensuite de ses bienfaits. Ils captaient cette énergie naturelle, abondante et quasiment gratuite, pour la transformer en électricité, grâce à des centrales hydrauliques qu’ils n’étaient pas rares de rencontrer au hasard de notre chemin. L’habitat rural, disséminé de-ci de-là et constitué de chalets en bois peints de rouge brique ou d’ocre, donnait des touches de couleurs qui formaient avec la végétation, un paysage bucolique, digne des plus beaux modèles de tableaux.

Nous parcourûmes ainsi une grande distance avant d’atteindre une petite agglomération pittoresque, construite au bord d’un fjord. Ce fjord, comme tous les autres, était issu d’une ancienne vallée glaciaire, immergée par la mer. Cette emprise de l’eau formait un golfe de plusieurs centaines de mètres de large, s’enfonçant sur des dizaines de kilomètres, à l’intérieur des terres, contribuant au charme et à la renommée de la région.

Ces chefs-d’œuvre de la création, avaient l’inconvénient de perturber singulièrement la circulation routière, en formant des barrières naturelles. Pour franchir ces obstacles, les usagers dépendaient du ferry, qui faisait régulièrement la navette entre les deux rives pour y transporter les véhicules et ses occupants.

Les habitants s’étaient depuis longtemps partiellement affranchis de ces servitudes quotidiennes et possédaient pour la plupart des bateaux à moteur, amarrés dans de très attachants petits ports.

L’effet de surprise fut grand lorsque nous vîmes pour la première fois, notre passage obstrué par les caprices de cette étonnante nature. Il laissa la place ensuite à une admiration sans borne ressentie par la majorité des participants au voyage, face à ce colossal cadeau qui nous était offert et que nous avions l’immense privilège de découvrir.

A l’opposé des grandes agglomérations, il ne restait dans les cités plus modestes telle la petite ville de Laerdal, où nous devions passer la nuit, que très peu d’héritages architecturaux. La fragilité des structures en bois n’avait pas résisté aux injures du temps, privant ainsi les nouvelles générations d’un témoignage précieux sur le passé de leurs ancêtres. Il existait cependant quelques exceptions. Nous avions notamment visité une église très ancienne à Borgund, miraculeusement conservée, malgré sa longue histoire.



Norvège août 1975 : 1 jour

Extrait du livre de mes mémoires

 

Depuis notre rencontre opportune, je n’avais pas perdu de vue, ma nouvelle amie. Le hasard nous avait placé, côte à côte. La conversation que nous avions engagé bien avant notre embarquement, agrémentait notre vol, en nous épargnant l’ennui et en nous évitant l’un et l’autre, l’isolement. Nous firent escale à Copenhague, capitale du Danemark. Nous n’avions pas l’autorisation de sortir de la zone franche. Cette étape avait été rendue nécessaire, car nous devions réaliser la seconde partie de notre périple sur un autre avion.

Notre transfert s’était passé normalement et nous étions désormais pris en charge par une autre équipe de personnel naviguant. 

Le ciel était particulièrement dégagé quand notre pilote exécuta la manœuvre d’approche. L’aéroport était en vue, nous étions sur le point d’atterrir. D’un seul regard j’avais constaté l’omniprésence de l’eau et la particularité des maisons. L’habitat était constitué essentiellement de chalets en bois, disséminés au milieu de vastes prairies d’un vert improbable en France, en cette période de l’année. Le spectacle était féerique, j’étais conscient de la chance que j’avais de pouvoir m’extasier, pour parfois peu de choses. Je ne connaissais encore rien du monde et je plaignais les gens blasés par tant de merveilles. Le douanier chargé des visas avait hésité, avant de rendre mon passeport. M’avait il trouvé trop jeune? Dans un français parfait, il m’avait demandé les raisons de mon arrivée dans son pays. J’avais répondu à sa question, il n’avait pas insisté. Dès notre descente d’avion, un accompagnateur chargé d’accueillir les participants au séjour, organisé par son agence, nous avait regroupés dans un coin de l’aéroport. Nous étions à présent grimpés dans le bus qui nous conduirait à l’hôtel.

La Norvège était un pays riche, le niveau de vie de ses habitants, étaient l’un de ceux, parmi les plus élevés du monde. L’hébergement avait donc l’avantage d’être irréprochable, je disposais de tout le modernisme du moment. Contraste saisissant avec ce que j’avais l’habitude de vivre chez moi. Le coût excessif des produits de consommation, était l’inconvénient majeur, que je pouvais me reprocher dans le choix de cette destination touristique. Le prix des cigarettes était particulièrement inabordable, six fois environ celui de notre mère patrie.

Il y avait vingt quatre heures que j’avais quitté ma maison, j’avais l’impression d’être parti depuis une éternité, tant cette harassante journée avait été florissante en rebondissements.

Pour ces premières heures en terre étrangère, je retrouvais donc provisoirement ma solitude. J’avais découvert à la réception, papier et enveloppes, mis à la disposition des clients pour l’écriture. Je m’accordai un moment de repos et profitai du calme de ma chambre, pour rédiger ma correspondance.

En cette période estivale, je savais, les journées particulièrement longues en Scandinavie. De ce fait et malgré mon extrême fatigue, je n’avais pas l’intention de me cloîtrer à l’hôtel. J’entrepris une expédition photographique. Ne possédant pas le plan de la ville, j’évitai soigneusement de m’éloigner des abords de ma résidence. Par chance, j’étais installé à deux pas du palais royal et de l’hôtel de ville, deux chefs-d’œuvre de l’architecture, qui valaient bien que l’on s’y attarde. Je découvrais un quartier particulièrement commerçant, mais la plupart des magasins étaient fermés à la consommation. Les norvégiens avaient l’habitude d’embaucher dès l’aurore et donc de terminer très tôt leur journée de labeur. Ce rythme de vie était particulièrement fondamental durant la saison froide. La précocité des longues nuits glaciales de l’hiver, rendait l’ensemble de l’activité économique difficile. Depuis toujours, le peuple nordique avait appris à optimiser son travail , en s’adaptant aux rigueurs du climat et en accommodant son emploi du temps, de manière à profiter un maximum de la clarté naturelle cessant ainsi ses occupations avant le coucher du soleil.

Les restaurateurs faisaient exception à la règle et se préparaient à accueillir la clientèle du soir. J’étais curieux de découvrir les spécialités culinaires du pays. Je commençai à lire les menus affichés à la devanture des brasseries. Ne maîtrisant pas la langue, je me contentai de sélectionner les plats en fonction de mon budget, en ignorant totalement l’identité des aliments qui me seraient servis. Ce dîner était le seul à ne pas être inclus dans les prestations de service et de vivre cette expérience me réjouissait l’esprit. J’en étais à ce stade de mes pensées, quand je croisai inopinément ma coéquipière de voyage, qui visitait la ville, accompagnée par Patricia Gaillard. Elles avaient fait connaissance dans le hall de l’hôtel. Nous formions désormais un trio, lancé dans la même expédition. Nous décidâmes de tester conjointement la cuisine locale. Comparable aux us et coutumes des tavernes alsaciennes ou allemandes, le repas constitué d’un mets unique, voisin de la choucroute, mais adapté aux goûts sucré et salé des nordiques, était proposé dans une très grande assiette, accompagné d’une chope de bière. Cette cuisine aux saveurs nouvelles pour nos papilles, fut diversement jugée. Le dessert en particulier, présenté sous la forme d’une pâtisserie élaborée à base de miel n’obtint pas mes faveurs, à l’inverse de mes condisciples qui l’apprécièrent avec délectation. Dans l’ensemble nous étions malgré tout ravis d’avoir testé ces recettes différentes de celles offertes par la gastronomie française. Il n’était pas tard lorsque nous sortîmes de table, mais nous décidâmes de ne pas prolonger au delà du raisonnable notre soirée et nous regagnâmes rapidement nos chambres car nous avions un besoin urgent de sommeil.

Nous avions reçu diverses consignes, lors de notre installation , concernant l’organisation de notre séjour et je savais notamment que mon réveil du lendemain serait assuré par le personnel de l’hôtel, aussi je me glissai dans les draps, sans aucune autre préoccupation que celle de récupérer de la fatigue accumulée depuis la veille.



Carnet de voyage

Extrait du livre de mes mémoires

Ma convocation au comptoir de la SAS (Scandinavian Airline System), à l’aéroport du Bourget, en milieu de matinée, ne m’avait pas permis de trouver un train adapté à mes horaires. Mon arrivée à Paris Austerlitz, étant prévue pour cinq heures du matin, je n’avais pas eu d’autres alternatives que de passer une partie de ma nuit à Angers, à attendre la seule et unique correspondance mise à la disposition des voyageurs, à ce moment de la journée.

Lutter contre l’ennui et progressivement contre le sommeil, n’était pas chose aisée. Très vite, au milieu de ce très austère hall de gare, les conversations s’établirent, avec un garçon qui vivait la même expérience que moi. Il avait observé la manie que j’avais de consulter régulièrement ma montre. Ce comportement trahissait mon impatience et ma nervosité. En me voyant m’étirer pour combattre l’engourdissement de mes membres, il avait compris que le temps nous pesant tous les deux, la meilleure manière de résister contre le désœuvrement, était de partager temporairement nos solitudes. Nous avions donc ensemble parcouru les artères de la ville et avant de rejoindre notre quai de départ, nous avions fait une halte dans une brasserie, pour y partager l’ultime verre de notre brève amitié.

Paris était pour moi une ville fantôme. Je ne connaissais quasiment rien de la capitale. En dehors du regard que j’avais pu porter sur elle par la télévision et aussi grâce à la lecture de nombreux livres, je n’avais jamais mis les pieds dans cette métropole autrement que dans mon imagination. A ma descente du train, j’avais été happé par une nuée de voyageurs, qui partaient tous dans la même direction. Je suivais sans réfléchir cette afflux de gens qui s’engouffrait, vers ce que je supposais être une sortie. En réalité nous étions en train de prendre une bouche de métro. La station était déjà inondée par une multitude d’usagers. Je fus d’abord surpris par des odeurs que jusqu’alors je n’avais encore jamais respirées Je fus ensuite frappé par ce métissage de races qui faisait du fait de la pluralité de ses cultures, la richesse et la particularité de cette grande agglomération. Cependant je remarquai le visage fermé de la plupart des citadins, qui semblaient complètement indifférent à l’agitation fébrile qui pouvait régner autour d’eux. Dans cette atmosphère angoissante, je me sentais progressivement envahi par le stress, j’étais désormais bien loin de la sérénité de nos campagnes,

Je devais me rendre au sous sol du palais des congrès. Le site abritait la gare routière. J’avais été informé qu’à cette adresse, je trouverais un bus pour me conduire à l’aéroport. En revanche je ne savais pas quelle ligne de métro emprunter pour m’y rendre. Au hasard des passants, j’avais interpellé une femme pour obtenir le renseignement dont j’avais besoin. Notre conversation fut immédiatement interrompue par un homme qui daigna répondre à sa place. J’eus le sentiment que la rapidité avec laquelle, cet individu était intervenu n’avait rien de naturel. Nos petites bourgades ne connaissant que très peu la délinquance, je n’avais donc que des notions très abstraites de ce que pouvait être l’insécurité dans les grandes villes. Ma démarche franche et directe avait été mal interprétée par cet agent en civil, qui avait voulu en fait, protéger la passagère d’une éventuelle agression. C’est du moins ce que fut mon impression sur le vif.

La première difficulté de mon périple je la trouvai porte Maillot. Un panneau m’indiquait la direction à prendre pour rallier la gare routière. J’empruntai donc le couloir qui était supposé me conduire à bon port. L’agence dans son itinéraire de voyage n’avait pas prévu une arrivée si matinale et la grille d’accès qui conduisait au sous sol du palais des congrès était fermée. L’endroit était désert et je me trouvai complètement désarmé par ce scénario non inscrit à mon programme. Il me fallait prendre une décision, j’empruntai donc un escalier qui me conduisait vers l’extérieur. La capitale était pour moi et depuis ma plus tendre enfance, un lieu mythique. Le choc émotionnel fut donc intense, lorsqu’en arrivant en haut des marches, je découvris l’arc de triomphe au bon milieu de la place de l’Etoile. Le sous sol de la ville grouillait de voyageurs et à présent je me retrouvais seul sur l’avenue des Champs-Élysées désertée à cette heure matinale par les touristes et délestée en cette période estivale de ses habitants. Où étaient passés tous ces gens qui arpentaient en rangs serrés les couloirs du métro, quelques minutes auparavant. Le jour était levé, l’atmosphère pesante et suffocante de la veille au soir, avait laissé la place à une fraîcheur relative. Une averse orageuse balayait les rues. Au moment de mes préparatifs de départ, je n’avais pas considéré l’imprévisible, or mon carnet de route venait de subir son premier revers, j’étais donc plutôt contrarié et passablement décontenancé par cette situation insolite. Au pire il suffisait d’attendre l’ouverture des grilles pour poursuivre mon chemin, mais en attendant, je ne savais pas où me mettre à l’abri, car Paris était une ville morte. L’apparition quasi miraculeuse d’une femme, âgée d’une soixantaine d’années et qui cheminait dans ma direction, mit fin à mes incertitudes. Elle avait revêtu un ciré blanc, pour se protéger de la pluie. A la façon dont elle avait de marcher, le dos courbé et la tête penchée à regarder le trottoir, je devinais que les deux valises qui l’encombraient étaient lourdes à porter. Je n’avais pas eu besoin d’attendre une réponse au renseignement que je lui demandais. Elle m’avait simplement répliqué de la suivre, car nous prenions une direction identique. Elle partait en Roumanie, via l’aéroport du Bourget, nous allions donc monter dans le même bus. Parisienne de vieille souche, elle n’avait que faire d’un guide touristique pour se rendre à la gare routière et nous pouvions nous passer tout à fait des couloirs du métro. J’étais tellement soulagé de cette rencontre providentielle, que j’avais proposé à ma bienfaitrice de la débarrasser de l’un de ses fardeaux. Compte tenu de l’incident qui avait marqué mon arrivée, j’étais étonné de sa gentillesse et de sa totale confiance en moi. Sans doute avait elle deviné mon désarroi.

Nous n’avions pas attendu bien longtemps avant de pouvoir grimper dans le véhicule et nous nous étions assis l’un à côté de l’autre pour poursuivre notre conversation.

Les relations humaines peuvent revêtir parfois un caractère particulier. Dans certaines circonstances, un service rendu aussi petit soit-il, fait prendre conscience de l’étroite corrélation qu’il existe entre les êtres. Je savais que désormais, je ne serai jamais réellement seul, au cours de ce voyage, il suffirait simplement de donner, pour recevoir.

Il me restait encore pas mal de temps pour me restaurer et pour visiter ensuite l’aérogare du Bourget. J’avais remarqué une banque de changes, suivant ainsi les recommandations du voyagiste qui encourageait la clientèle à acheter des devises avant l’embarquement. Je n’avais pas dormi depuis mon départ. L’inexpérience et le stress m’avait jusqu’à présent tenu éveillé. Tout n’était pour moi que découverte, mais malgré ma curiosité, depuis que j’étais assis à observer l’effervescence qui régnait en ce lieu, je sentais la lassitude m’envahir. L’enregistrement des bagages était fixé à dix heures, je m’étais donc rapproché du comptoir de la SAS. L’hôtesse était déjà installée et accueillait ses premiers clients. Je pris donc la file d’attente et ne manqua pas d’observer les gens dans leur manière de procéder, afin de pouvoir les copier lors de mon passage au guichet. Nous avions été informés que notre transfert dans le périmètre d’embarquement, nous serait signifié par interphone au moment voulu. J’imitai la plupart des passagers du vol Paris, Oslo, en me réinstallant sur un siège vacant, à proximité de la barrière de franchissement. Il ne nous restait plus qu’à nous armer de patience, avant de répondre à l’appel qui nous serait lancé avant la fin de matinée. Je fus satisfait de sortir enfin de mon isolement, en faisant la connaissance de Sylviane, une institutrice célibataire, âgée d’une dizaine d’années de plus que moi. Le signe distinctif qui discernait nos bagages de ceux des autres usagers, avait permis ce rapprochement. Nous savions que désormais nous allions partager ces deux semaines de vacances au sein d’un groupe de touristes que nous n’avions pas encore totalement identifié.

Les formalités douanières accomplies, nous étions à présent en zone franche. Cet espace très lumineux, grâce à de larges baies vitrées, offrait en panorama, le ballet incessant des avions qui décollaient ou atterrissaient dans un vacarme parfois assourdissant. N’ayant jamais rien vu de semblable auparavant, j’étais subjugué par le spectacle. Tel un petit garçon excité et émerveillé par la découverte de ses cadeaux au pied du sapin, j’avais très envie d’exprimer mes émotions. Cependant je ne laissai rien paraître. Personne ne semblant partager mes impressions, je préférais donc m’abstenir de tous débordements, dans la crainte de me ridiculiser.

Un bus nous transporta jusqu’à hauteur d’un DC8, que je n’imaginais pas d’une telle envergure. L’accès à bord de la carlingue s’effectuait par une passerelle à l’extrémité arrière de l’appareil. Je n’avais aucune appréhension particulière, je me laissai guider par le personnel navigant avec l’impression d’être enfin pris en charge et ceci pour le reste de mon séjour.

De vivre un grand bonheur avait pour moi le même effet que l’inverse. J’étais dans un état second, incapable de pouvoir réaliser sereinement l’instant présent.

Assis à côté d’un hublot, je pouvais apercevoir une partie du tarmac qui déroulait sur des centaines de mètres ses rubans d’asphalte, me laissant deviner l’étendue gigantesque de cette infrastructure aéroportuaire. Une hôtesse nous donna l’ordre d’attacher notre ceinture, puis l’avion s’ébranla lentement, virant tantôt à gauche, tantôt à droite. La manœuvre dura quelques minutes. Je compris que nous étions en train de nous diriger vers la piste d’envol. Puis après un dernier mouvement de rotation, l’appareil s’immobilisa. Un profond silence s’était installé dans l’habitacle. Les passagers les bras posés sur les accoudoirs, la tête collée contre leur siège, attendaient le moment crucial du décollage. Je ressentis l’espace d’une seconde comme une sorte de tension, une impression d’angoisse générale qui se dissipa aussitôt qu’une fulgurante accélération de l’avion cloua puissamment l’ensemble des voyageurs sur leur fauteuil. Je fus à cet instant précis au comble de mon exaltation. La vitesse était telle, que la campagne dans le lointain ne m’apparaissait désormais que comme une image vaporeuse, le détail de la végétation et des habitations devenant impossible à discerner. Une soudaine perception de pesanteur, accompagnée par une sensation bizarre au creux de l’estomac, me firent prendre conscience qu’un grand événement dans mon existence venait de se produire. L’avion s’était envolé et ce n’était rien d’autre que la réalité. D’un rapide coup d’œil vers l’extérieur, je constatai que la capitale avait dorénavant l’allure d’une gigantesque maquette. Pour la première fois de ma vie, j’observais les nuages non pas en levant la tête, mais en la baissant. La phase de décollage fut brève mais intense. L’appareil fut stabilisé pour atteindre ensuite sa vitesse de croisière. Un steward nous instruisit des gestes à accomplir en cas d’incident, puis un plateau repas nous fut servi. Une période de calme et de sérénité s’instaura ensuite, au fur et à mesure que les déjeuners furent avalés.



Comme un poisson dans un bocal

Ma gestion financière était des plus rigoureuses, mais je n’avais pas non plus l’intention de sacrifier la totalité de mes plaisirs, car j’avais été longtemps privé de trop de choses, pour me défendre à nouveau de réaliser enfin la plus chère de mes aspirations.

Le décès de ma mère avait suscité chez mon père une vive réaction de douleur et un brusque changement de comportent, qui l’inclina vers un total repli sur lui même, sans aucun espoir d’amélioration,

Cette attitude négative avait considérablement influencé mon propre caractère, et depuis lors, je traversais mon époque en qualité de spectateur, plutôt qu’en celle d’acteur,

A défaut de vivre les évènements, j’avais donc appris à les imaginer, la méditation était chez moi une seconde nature, qui me permettait de m’échapper de cette prison dans laquelle notre deuil nous avait enfermé.

Je trouvais matière à réflexion, dans la lecture mais également en regardant la télévision, qui était bien que comportant des barreaux, une magnifique fenêtre ouverte sur l’univers

Au fil du temps le besoin d’apprendre attisait ma curiosité et je me sentais un peu comme un poisson rouge, de plus en plus étroit dans mon bocal,

Cesser de vivre ma vie par procuration, telle était ma détermination. L’idée m’avait effleuré l’esprit à l’époque de ma grande précarité, je m’étais promis d’accomplir mes rêves de voyage, dès que les fruits de mon travail me permettraient de le faire.

J’avais enfin les moyens de mes ambitions. Pour en arriver à ce stade, j’avais traversé bien des épreuves au bout desquelles, la fatigue et le découragement, avaient souvent été au rendez-vous. Avant de passer à une autre étape de ma vie, il me fallait absolument concrétiser par des actes, ce qui avait été longtemps pour moi une utopie, partir à la rencontre du monde.

Durant ma prime enfance je n’avais pas eu l’occasion de m’éloigner de notre région, à l’exception d’une excursion que nous avions effectuée en Charente Maritime, l’année de mes six ans, La disparition prématurée de maman avait mis un terme à ces escapades, fermant définitivement la porte, à n’importe quelle espèce de projets en la matière.

A l’adolescence par l’intermédiaire des camps de jeunes, j’avais découvert la montagne et franchi la frontière espagnole de quelques kilomètres à l’intérieure des terres. Cette expérience n’avait fait que de me conforter dans mes ambitions.


Extrait du livre de mes mémoires


Ma première démarche fut celle de me rendre dans une agence de voyage pour obtenir les renseignements nécessaires à la mise en œuvre, d’une telle expédition. J’avais jeté mon dévolu sur la Scandinavie. Une brochure qui proposait un séjour de deux semaines en Norvège avec une excursion au delà du cercle polaire me séduisit spécifiquement. L’obligation de posséder un passeport fut la seule démarche administrative, que j’eus à accomplir auprès de la préfecture. La signature du contrat avec Havas, prestataire de service, fut la touche finale, qui concrétisait après tant d’années d’impatience, mon rêve de gosse. Je sentais vibrer en moi une véritable effervescence, à l’idée de connaître cette expérience nouvelle. A part un trajet par le train, à l’occasion de mon séjour militaire à la caserne de Blois, je n’avais jamais utilisé autres choses que les transports routiers pour me déplacer. En l’espace de deux mois, je serai amené à combler rapidement cette lacune.

Tandis que j’étais dans la phase de mise au point des derniers préparatifs de mon futur départ, nous nous apprêtions dans le même temps à participer au mariage de Bernard et Annie qui avaient été mes fidèles à l’époque du lycée. La cérémonie devait avoir lieu le douze du mois de juin, or depuis peu le père de Bernard était tombé malade. L’aggravation de son état de santé, avait nécessité son transfert à l’hôpital de Nantes. La crainte des médecins, s’avéra exacte, car le malade décéda rapidement. Ironie ou cruauté du sort, la sépulture eut lieu le jour où nous aurions dû fêter dignement le jeune couple. Bien que reporté au mois de juillet, la réunion familiale qui suivit le passage à l’église de nos mariés, ne connut pas la bonne ambiance dont on pouvait s’attendre, à l’occasion d’un tel événement. Le deuil qui frappait la famille était trop récent. Il nécessitait le respect et une certaine retenue de la part des convives. Bernard et Annie se devaient de construire désormais un foyer solide, autour du quelle, ils pourraient tenter d’oublier l’épouvantable épreuve, qu’un méchant hasard leur avait réservé.

Trois semaines passèrent et ce fut au tour de Jeanne et Dominique de convoler en juste noce. Si pour nos deux tourtereaux, le déroulement de la cérémonie s’inscrivait sous de meilleurs auspices, il n’en restait pas moins vrai que leur destinée serait marquée à jamais par l’échec de leur union, car une douzaine d’années plus tard, le couple se séparerait et divorcerait. Pour l’heure nous étions encore à l’époque des jours heureux et je ne songeais à rien d’autre qu’à ma prochaine aventure. Quelques jours seulement me séparaient du moment fatidique.



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