Moyenâgeux

Il était bien tard samedi soir lorsque je regagnai mon lit après avoir éteint mon téléviseur. La diffusion des deux derniers épisodes d’une série dont l’action se déroulait en 1375, venait de s’achever en nous laissant présager d’une suite à suspens et à rebondissement.

Ma déception fut bien grande ce matin en lisant dans la presse les mauvais résultats d’audience obtenus par ce feuilleton.

Cet échec risque fortement de compromettre le tournage d’une nouvelle saison, et pourtant cette production française distançait largement en matière de qualité la multitude de séries policières américaines qui inondent les écrans.

L’intrigue nous ramenait à ces temps que notre maître d’école nous décrivait comme les heures obscures de notre histoire.

Toutes les causes étaient en effet réunies pour faire de ce moyen-âge une période de profonds ténèbres, que peu de nos contemporains auraient aimé connaître.

A l’époque donc, la guerre de cent ans plongeait le royaume de France, dans le désastre d’une lutte sans merci contre les anglais.

Un fléau encore plus menaçant décimait les populations, la peste noire qui se propageait par la prolifération des rats. Prolifération d’autant plus grande que l’on massacrait les chats responsables selon la croyance de la transmission de la pandémie.

D’autres calamités achevaient d’accabler les paysans de misère, c’étaient les trop souvent mauvaises récoltes et la domination de la noblesse, qui ne prêtait que peu d’importance à la basse classe.

Le film nous montre avec beaucoup de minutie, les serfs et les vilains évoluer dans leur cadre de vie.

Ces paysans habitaient de modestes demeures, construites en bois ou en boue séchée, les maisons étaient couvertes d’un toit de chaume et ne s’ouvraient que sur une seule pièce mal éclairée par une petite fenêtre. Le sol était en terre battue, le mobilier était constitué de coffres, de quelques bancs et d’un lit garni d’une paillasse.

Presque toute les terres étaient aux mains de grands propriétaires tels que les seigneurs ou les ecclésiastiques, qui n’éprouvaient aucune compassion pour une population écrasée d’impôts, qu’ils pouvaient emprisonner ou condamner à mort sans la moindre restriction.

Le monde rural était volontairement maintenu dans l’ignorance (les paysans n’avaient pas le droit d’apprendre à lire sous peine de graves sanctions), ce qui permettait au clergé de le tenir sous son joug.

La peur de l’enfer et du jugement dernier était une obsession également encouragé, ce qui avait également pour effet de développer grandement l’obéissance religieuse et la reconnaissance du pouvoir de ce même clergé, le seul à être capable d’éloigner le mal.

L’esprit des croisades faisait remonter le désir de vengeance contre les juifs, accusés d’avoir mis à mort Jésus. On les rendait comme les chats, coupables de la peste, et des rumeurs circulaient sur leurs rituels supposés cruels. L’inquisition mise en place au XIIIe siècle se déchaînaient contre eux.
Personne ne pouvait échapper à l’autorité papale, l’inquisition était célèbre par ses excès en matière de tortures et de jugements sommaires. C’était un tribunal ecclésiastique qui servait aussi la politique du roi, en l’aidant à se débarrasser de certaine personnes, via le bûcher, et qui réduisait en cendres des milliers d’hérétiques.

La commanderie d’Assier, seigneurie de l’Ordre des Hospitaliers, est dans cette série télévisée l’unique espoir d’un peuple qui est terrorisé et qui à faim. Sa mission héberger, soigner et protéger par les armes, quiconque vient y trouver refuge.

La malédiction proférée à l’encontre du roi Philippe le Bel, responsable du massacre des Templiers et de la spoliation d’une grande partie de leurs biens, hante encore les esprits. Un trésor ayant appartenu à l’Ordre des Templiers serait caché à la commanderie et attise les convoitises de ceux qui cherchent à financer une nouvelle expédition en terre sainte.

L’arrivée impromptue de Louis I d’Anjou (grand-père de notre bon Roi René d’Angers, et frère du roi Charles V), qui à bien l’intention de s’approprier le magot, va déclencher une suite d’évènements dramatiques. L’histoire s’achève avant son dénouement, espérons donc que l’intérêt culturel de cette série l’emportera sur les exigences financières et que nous serons amenés à regarder la suite de cette passionnante fiction.




Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté ou la suite de mon périple égyptien : 1 jour septembre 1976)


Avant de monter à bord d’un minibus, nous avions été invités à prendre notre petit déjeuner. Accompagnés d’un chauffeur et de notre guide, nous entamions cette première journée, par la visite du grand musée national des antiquités. En l’absence d’un réseau de transport en commun suffisamment développé, nous fûmes rapidement confrontés aux difficultés de circulation. Nous empruntions des infrastructures routières complètement saturées par une surpopulation urbaine totalement indisciplinée en matière de conduite.

Malgré une présence policière accrue aux intersections, le flux des automobiles avait bien du mal à être régulé et le passage en force, à grands coups de klaxons semblait l’emporter au détriment du respect élémentaire des règles de priorités. La cohue était présente aussi bien dans les rues, que sur les trottoirs et je comprenais à présent les raisons de ce vacarme incessant qui avait gâché mon sommeil et qui risquait de me dérouter durant une partie de mes vacances.

J’avais été impressionné par la grandeur de ce musée et par l’abondance de ses collections. Subjugué par la richesse du trésor de Toutankhamon et particulièrement par l’extrême beauté de son sarcophage, je pensais avoir atteint le summum du ravissement, quand nous nous dirigeâmes vers la salle des momies. J’avais sous mes yeux écarquillés, protégé par d’épaisses parois de verre, le corps gisant de l’un des plus grands pharaons de l’Égypte ancienne, Ramsès II, mort depuis plus de trois mille ans.

La fin de notre visite fut bien éprouvante pour les nerfs. Nous avions été délesté de nos appareils photos, avant d’entrer dans la galerie. Maintenant des groupes de gens toujours plus nombreux, s’agglutinaient aux abords du comptoir derrière lequel, un employé exploitait l’impatience des pauvres étrangers que nous étions, en faisant monter la tension. Par crainte de ne pas récupérer notre bien, nous faisions en effet preuve d’une certaine générosité pécuniaire, envers ce fonctionnaire zélé, qui jouait de notre manque de confiance pour accélérer ou ralentir son travail de restitution, de manière à recueillir un maximum de bakchichs.

Préservé de la chaleur et de ses agressions, j’avais oublié pendant un temps, les pollutions atmosphérique et sonore du Caire. Dès ma sortie du muséum, l’activité économique intense de la ville, me rappela à mes bons souvenirs.

Bien que les égyptiens soient en conflit avec Israël, soutenu par les occidentaux (mon passeport ne devait pas mentionner un passage dans l’état hébreux sinon je n’aurais pas obtenu l’autorisation d’entrée sur le territoire), notre statut de touriste suffisait à favoriser nos relations avec la population locale.

Cette sympathie que nous manifestait les autochtones, n’était pas dénuée d’intérêts. Nous étions en effet détenteurs de devises et donc des consommateurs potentiels, bien utiles au profit de la lutte que les égyptiens menaient contre leur propre précarité. Les enfants étaient les premiers à témoigner leur bienveillance envers nous. Notre présence provoquait attroupements, bousculades et sollicitations en tous genres.

Le soleil était au zénith et mon ventre me rappelait qu’il était l’heure de se mettre à table.



Froides statistiques

Dans la série la mort d’un homme est une tragédie, la mort d’un million d’hommes est une statistique, je lisais jeudi matin, dans la presse quelques lignes traitant de l’espérance de vie des cancéreux.

Censé nous informer d’une bonne nouvelle, mais rédigé d’une manière abrupte, l’article était dépourvu de toute humanité, et glaçait le dos, surtout de ceux concernés par le sujet.

Un peu comme on recense les moutons, l’annonce disait ceci :

Selon un rapport rendu public, sur les quelques 320 000 patients qui ont chaque année un diagnostic de cancer, plus de la moitié vivront encore cinq ans après et  »au moins 120 000 guériront »

120 000 guériront imprimés en italique pour nous signifier que la médecine sauvera certains du néant, mais le conditionnel reste de rigueur en particuliers en ce qui concerne la quantité exacte des rescapés.

Selon l’institut nationale qui a fourni ces données, il faut considérer ce bilan comme encourageant Donc si vous êtes malade débutant , vous pouvez espérer faire partie des 160 000 élus qui soufflerons encore leurs bougies en 2015 et pourquoi pas des 120 000 chanceux qui seront hypothétiquement sauvés. Rassurant non?

Des chiffres qui ne disent rien des cris et des larmes versées par les familles touchées par ce fléau.

Ce jeudi encore, j’assistais à la sépulture d’une lointaine parente. Je connaissais un peu de son histoire, car nous nous étions côtoyés lors de mes différentes quêtes généalogiques.

Son père n’avait que très peu compté dans son existence, elle était fille unique, s’était mariée mais n’avait pas pu avoir d’enfants. Son mari était décédé d’un cancer après quinze ans d’une union sans faille, et elle s’était très difficilement remise de son veuvage. Sa mère dont elle était très proche était elle même morte de la même maladie en l’an deux mille. Elle avait donc largement subi son lot de souffrance et de solitude avant de rencontrer enfin un ami avec lequel elle poursuivait désormais son chemin. La mort de ma cousine, vient de mettre un terme à leur romance.

Tous les membres d’une famille terrassés par la même affection et qui n’apprécieraient surement pas le ton résolument optimiste de ce journal.

Des dictionnaires entiers d’autres noms de malades, dont l’étoile brille pour toujours au firmament, mériteraient un peu plus de compassion de la part des milieux scientifiques et de leurs statisticiens.


Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – périple égyptien suite)


Après une toilette revigorante, nous sortîmes arpenter le bitume à la découverte du quartier et de ses alentours. Piétons et automobilistes s’étaient enfin assagis. Une étrange odeur flottait dans l’air que je ne savais analyser. Les rues étaient quasi désertes et presque silencieuses, mais l’état d’excitation dans laquelle nous nous trouvions, nous dissuadait de tout autre tentative de repos. Il faisait déjà chaud et sec, une légère brise soulevait la poussière qui volait jusque dans nos yeux. Le spectacle sans cesse renouvelé des mendiants blottis le long des façades et parfois même couchés dans les caniveaux, ravivait en moi ce sentiment de gêne à l’égard de cette misère qui me faisait relativiser sur les durs moments de pénuries financières que j’avais pu connaître à une certaine époque de mon existence. En comparaison de cette extrême indigence, ma pauvreté n’avait été qu’un simple mauvais moment à passer.

Parfois nous évitions des tas d’immondices, éparpillés sur le trottoir par une meute de chats à demi sauvages. Je me demandais comment était organisé le ramassage de ces ordures dans une ville d’une telle dimension. Le temps passait vite et le tumulte urbain reprenait du service. Les premiers marchands ambulants apparaissaient, poussant leurs charrettes pleines de fruits et légumes, vers les marchés de proximité. Les plus aisés parmi eux, disposaient de carrioles tirées par un mulet. Tout ce petit monde se fondait aisément avec le trafic routier, qui se densifiait au fil des heures. L’archaïsme cohabitait avec le modernisme, de la manière la plus naturelle possible.

J’étais à présent dans le petit salon de l’hôtel à rédiger mes premières correspondances. Le réceptionniste me proposa les bienfaits d’un ventilateur, car la chaleur commençait à se faire intense. Mon coéquipier était remonté se rafraîchir, tandis que les premiers membres du groupe commençaient à affluer dans le hall d’entrée.



Décadence et laxisme

Après un hiver trop long et des températures de début d’avril frisquettes, le soleil semble enfin disposer à nous dispenser de cette chaleur nécessaire à notre vitalité. Le carnaval s’est achevé très tard dans la nuit, et les milliers de spectateurs qui avaient envahi le parcours du défilé se sont envolés comme une nuée de moineaux. Les flonflons se sont tus, les groupes de danseurs ont raccrochés les déguisements et les chars ont regagné leurs hangars, une année vient encore de s’écouler.

En ce dimanche matin de la saint Parfait, je déambule dans des rues désertes, le contraste est saisissant compte tenu de l’ambiance euphorique des festivités de la veille. Seule une légère brise trouble le silence qui règne en maître au milieu de la ville.

Les confettis qui tourbillonnent dans le vent devraient être le seul témoignage de cette nuit de liesse populaire et pourtant l’envers du décor est là sous mes yeux. Je constate avec amertume l’incivisme qui prévaut, comme à chaque fois qu’une réunion de telle ampleur est organisée.

Les bombes aérosol à serpentin, les cannettes en aluminium ou en verre jonchent le sol à deux pas des poubelles publiques largement présentes à différents endroits des quartiers, des dizaines de sacs en plastique ressemblent à des cerf-volants qui s’écrasent contre les façades des maisons avant de redescendre sur les trottoirs, attendant un nouvel assaut du vent pour reprendre leur course.

Le pire je le constate en traversant le parc municipal qui a manifestement servi d’aire de pique-nique, emballages à pizzas, sacs et cartons alimentaires jetables portant bien leur nom, gobelets en plastique, etc… l’endroit ressemblent à un dépotoir à ciel ouvert au milieu duquel le promeneur que je suis, n’a pas envie de s’arrêter. Je sens la colère monter en moi quand j’aperçois un massif de tulipes piétinés par des individus qui peu soucieux de respecter le travail des employés municipaux, font également supporter aux contribuables les frais de leur inconduite.

Vivons nous une époque de décadence et de laxisme, ou ce genre de situation existait-il lorsque j’étais enfant. Peut-être suis je en train de devenir un vieux grincheux et que finalement tout ceci n’est pas aussi grave que je veux bien l’imaginer. Il me semble pourtant qu’une certaine morale s’est envolée de l’éducation des nouvelles générations et mes craintes pour l’avenir ne semblent pas prêtes à se dissiper.

 

Extrait du livre de mes mémoires (récit de voyage Égypte 1976)

 

Très vite nous fûmes pris en charge par notre guide accompagnateur et acheminés en autobus vers notre hôtel. Il était environ dix huit heures quand nous quittâmes l’aéroport, mais la nuit était déjà tombée. Je n’avais plus la force de me réjouir d’avoir enfin atteint mon but, car j’étais littéralement épuisé par cette folle journée. Tout en essayant de faire le vide dans ma tête, je fermai doucement les yeux me laissant bercé par le ronron sécurisant du moteur. Au loin les premiers néons de la ville apparaissaient à travers les vitres du véhicule, me laissant présager que nous approchions de notre destination finale.

Nous posâmes nos valises dans un hôtel situé en plein cœur d’un quartier populaire, très fortement agité en cette période de ramadan. La rue grouillante de vie, continuait à déverser son flot continue de véhicules qui manifestaient leur présence par des coups de klaxons intempestifs. Sur les deux trottoirs, une foule dense et ininterrompue, contribuait à prolonger l’activité commerciale, bien au delà du crépuscule. Le couché du soleil, avait marqué en effet la fin d’un jeûne débuté dès l’aurore et qui s’était achevé par le traditionnel coup de canon, approximativement tiré au moment de notre arrivée à l’aéroport. Les musulmans, consacraient à présent la soirée à se restaurer et à faire la fête en attendant une nouvelle journée de privation.

Les différentes formalités administratives accomplies, nous avions reçu nos clés, avant de passer au restaurant pour le dîner. Ma mémoire me fait défaut quant à la qualité des repas qui nous fûmes servis durant tout ce voyage. Sans doute cette alimentation ne s’éloignait elle pas trop de nos habitudes culinaires. Nous séjournions dans un pays pauvre et la quantité de nourriture mise à la disposition des touristes était sans commune mesure avec celle, singularisée par l’abondance et la richesse des plats qui m’avaient été servis en Scandinavie. Cette différence de prestations, n’affectait en rien la qualité de mes vacances.

Je partageais ma chambre avec un parisien, fleuriste de métier et à peu près de mon âge. Nous avions choisi cette formule par souci d’économie. J’avoue qu’en sa présence, je me sentais un peu moins dépaysé et surtout en relative sécurité. Le choc des cultures n’était pas une chose à laquelle on faisait face dès la première seconde et mon colocataire m’aidait à ne pas me sentir complètement perdu, d’autant plus que nous avions opté pour un hébergement qui nous permettait d’évoluer en plein cœur des populations locales, aux antipodes des formules qui proposaient aux occidentaux, un accueil dans des complexes touristiques, dont l’agencement ne différait pas beaucoup de leurs habitudes. Ces hôtels surprotégées était pour la plupart construits dans des secteurs résidentiels, bien à l’écart des petites gens et de leurs préoccupations quotidiennes.

Nous étions logés au second étage de l’immeuble et notre chambre donnait sur la rue Gomhoreya. L’hôtel Victoria datait de l’époque de la domination britannique. Il n’était pas récent et de confort modeste, mais nous disposions de sanitaires propres, d’une salle de bain très acceptable et de lits relativement confortables.

Nous avions passé un long moment à discuter, afin d’apprendre à nous connaître, puis nous avions tenté de nous coucher pour récupérer le sommeil qui nous faisait défaut. Il faisait chaud, mais le vacarme incessant de la circulation, nous dissuadait d’ouvrir notre fenêtre. Dormir dans ces conditions extrêmes, relevaient d’un miracle. Cependant, nous avions à force d’insistances, réussi à nous assoupir avant d’être définitivement réveillé par un appel à la prière, diffusé par voie de haut-parleur et émanant du minaret voisin. Il était environ quatre heures du matin et il faisait déjà grand jour. Nous brûlions d’impatience de sortir de notre isolement et nous décidâmes de ne pas nous attarder plus longtemps dans notre lit.



Eyjafjallajokull

Les médias nous rabâchent à longueur de temps que nous traversons une grave crise économique. Les associations caritatives qui fleurissent comme les pâquerettes au printemps, appellent à la solidarité, alors soyons solidaires de ces pauvres vacanciers qui sont tragiquement bloqués dans les aéroports, à cause d’un vilain volcan islandais qui crache des épaisses fumées nocives aux avions qui voudraient les affronter.

Certains hommes de sciences ont dit, réjouissez vous mes frères, car grâce au réchauffement climatique, la fonte des calottes glaciaires dans les décennies à venir, en ôtant un grand poids libèreront beaucoup plus facilement le magma, lors des éruptions qui seront de plus en plus nombreuses.

Certains hommes de sciences ont dit aussi, qu’il n’y avait aucune preuve montrant que le phénomène actuel situé sous le glacier Eyjafjallajokull, était lié au réchauffement de la planète, nous voilà rassurés, tant pis pour les futures générations.



Extrait du livre de mes mémoires



Situé au niveau supérieur, les zones d’embarquement étaient accessibles au départ des différentes portes, par l’intermédiaire d’escalators. Protégés par une galerie en plexiglas, nous traversions un puits central inondé de lumière, où s’entrecroisaient les passagers en partance ou en provenance des différents continents.

Les formalités douanières achevées nous fûmes dirigés vers un endroit exigu, réservé pour l’heure aux seuls et uniques participants de notre vol AF124.

Il était bientôt onze heures à ma montre quand une issue s’ouvrit sur le sourire d’une hôtesse qui nous invitait à emprunter ce que je pensais être l’un de ces fameux tunnels contemplés lors de mon arrivée en taxi. J’eus la confirmation que ce large passage avait pour usage d’acheminer les voyageurs directement à l’intérieur de la carlingue.

De part sa démesure et sa modernité, l’airbus dans lequel nous prenions place n’avait rien à voir avec les DC8 que j’avais pu emprunter précédemment. La partie centrale de l’habitacle était occupée par des rangées de places assises désolidarisées des sièges latéraux par deux larges allées dans lesquelles une personne pouvait aisément déambuler. L’avion pouvait transporter un grand nombre de passagers, cependant l’espace vital de chacun étant préservé, je n’avais pas cette sensation de mal-être qu’une situation de confinement aurait pu provoquer en moi. Assis du côté gauche de l’appareil à proximité d’un hublot, j’avais obéi à l’ordre qui nous avait été donné, d’attacher notre ceinture. Très vite nous sentîmes que nous étions en mouvement. L’avion rejoignait doucement sa piste d’envol. Le décollage m’avait largement impressionné. Le commandant de bord nous informait à présent que nous avions atteint notre vitesse de croisière, soit les neuf cents kilomètres par heure. La stabilité en plein ciel ainsi que le ronron assourdi des moteurs contribuaient à renforcer cette impression de sûreté et d’invulnérabilité que cette merveille de haute technologie avait suscité en moi dès l’instant où j’avais franchi la porte d’accès aux passagers. Une hôtesse nous fit la démonstration des gestes à réaliser en cas d’incidents majeurs, tandis que l’une de ses collègues commença à nous servir un plateau repas. Pour mon plus grand bonheur, mon expédition en Scandinavie n’avait émoussé en rien le côté enfantin de ma personnalité. Je continuais à m’émerveiller et à m’extasier au fur et à mesure de mes découvertes. Loin d’être blasé et insensible au milieu dans lequel j’étais en train d’évoluer, mes yeux étaient au contraire aux aguets. Des années d’enfermement et de repli sur soi étaient à l’origine de ma frustration. Je m’employais à présent à combler cette lacune en ouvrant ma fenêtre sur l’humanité et en faisant de mon inexpérience un stimulant à la soif que j’avais d’apprendre et de comprendre la vie.

Nous fîmes escale à Athènes où nous devions embarquer une série de passagers parmi lesquels une équipe de footballeurs, qui se rendait à Dubaï en Arabie Saoudite. Nous avions l’autorisation de sortir sur la passerelle pour nous dégourdir les jambes. J’étais de ceux qui voulurent en profiter. Je fus instantanément suffoqué par la chaleur. La réverbération intense du soleil sur l’asphalte, me blessa les yeux, mais j’eus le temps de ressentir comme un léger frisson à la vue de cette étrange étendue désertique qu’était le tarmac en ce milieu d’après-midi. Le personnel navigant nous fit savoir que l’aéroport était en état d’alerte. Le commandant de bord avait reçu la consigne de diriger son appareil vers un endroit très précis à l’écart d’une zone ultra sécurisée. Les autorités grecques redoutaient l’atterrissage forcé d’un Boeing contrôlé par des terroristes qui étaient pour l’heure en pleines négociations avec les gouvernements régionaux.

Depuis le début des années soixante dix, l’aviation civile était la cible privilégiée de détournements à répétions. J’avais choisi une destination où les probabilités d’un piratage étaient possibles, mais peu probables. Persuadé d’être à des années lumières de ce type d’incidents, je n’avais pas manqué de répondre par des sourires au boutades multiples que cette destination dite à risques avait alimentées au fil de mes conversations. J’étais à présent au cœur d’un fait divers qui faisait la une de l’actualité. Je n’étais que le témoin de cet évènement mais je pris soudainement conscience que j’aurais pu en être la victime, confirmant la thèse selon laquelle les choses n’arrivent pas qu’aux autres.

Nous reçûmes l’ordre de décoller à l’horaire prévue. La deuxième partie du voyage se déroula sans incident. Nous étions à présent en phase d’approche. Le commandant de bord nous avait informé de notre atterrissage imminent après nous avoir donné l’ordre d’attacher notre ceinture. Il nous avait souhaité un bon séjour en nous précisant l’heure locale et la température ambiante que nous allions trouver à notre arrivée. Il nous avait recommandé au préalable de jeter un œil à travers les hublots de l’appareil, d’où l’on pouvait distinguer comme égaré dans l’immensité désertique, le minuscule trio mythique des pyramides de Gizeh Envahi par une excitation difficilement contenue, je m’étais délecté de ce moment privilégié qui me rappelait ma petitesse face à l’échelle du temps et l’humilité dont je devais faire preuve au regard de ce grand mystère que représentait l’existence de notre univers.

Au sortir de nos presque cinq heures de vol, nous étions descendus de la passerelle, oppressés par la chaleur et la sécheresse de l’air. La lumière diminuait d’intensité car nous arrivions au couché du soleil. Des agents de service s’affairaient à descendre les bagages de la soute mais j’avais l’impression que sur le reste de l’aéroport, le calme prédominait.

Je ne pouvais m’empêcher de comparer mon expérience présente, à celle de l’année passée et le contraste était saisissant. Malgré quelques spécificités, les us et coutumes du peuple norvégiens restaient très proches de nos propres habitudes. Je ne m’étais jamais senti dépaysé lors de mon séjour en Scandinavie.

A l’inverse, en posant le pied sur le sol égyptiens, j’éprouvai immédiatement comme une sorte de malaise. Plus nous approchions du contrôle bagages, plus j’avais l’impression de ne pas être à ma place en ce lieu. D’un seul regard, j’avais mesuré l’ampleur des différences qui séparaient nos deux civilisations.

J’étais presque gêné de ma situation d’européen riche et privilégié. Je considérais le regard des gens comme autant de jugements portés à mon encontre. Ma présence indécente était comme une forme de provocation face à leur pauvreté. De peur d’être considéré comme un indiscret, je n’osais plus lever les yeux du sol, car la tentation était grande d’observer des scènes de vie qui m’étaient jusqu’à présent totalement étrangères.

Ce mal-être se dissipa un peu à l’instant même ou mon passeport me fut rendu par un douanier qui d’un large sourire me souhaita un bon séjour dans son pays. Je compris que je ne pénétrais pas sur un terrain hostile mais qu’à l’inverse, j’étais plutôt accueilli avec respect. Choc des cultures oblige,il me restait du chemin à faire avant d’être totalement à l’aise, mais j’étais partiellement rassuré et mieux disposé à profiter de cet opportunité qui m’était offerte de découvrir un peuple.



Voyages voyages

La machine à remonter le temps n’existe pas, et pourtant il se trouve une façon simple de voyager à travers les siècles, c’est de s’asseoir dans un fauteuil de théâtre et de se laisser transporter par le talent des acteurs, à l’époque par exemple, de l’intrigant cardinal de Mazarin, drapé dans son habit de diable rouge.

Un périple historique et politique qui prouve qu’en affaires, rien a changé. Il faut donner l’illusion que tout est possible, surtout quand on est sûr de rien

Nos hommes de pouvoirs contemporains n’ont rien inventé. Dans le royaume de France régenté par la reine mère, Anne d’Autriche, au remède à apporter à un trésor qui était à sec ( aujourd’hui on parle de la dette de l’état), son premier ministre répondait:

« Dans un royaume où la dette se creuse chaque jour un peu plus, impossible de toucher aux plus démunis et pas question de froisser les nantis, il n’y a que la classe moyenne, qui à peur de devenir pauvre et qui rêve d’être riche qui peut contribuer au redressement du pays »

Extrait de la pièce de théâtre  » Le diable rouge »

J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…

 ** Mazarin  : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
** Colbert   :  Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous  faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

** Mazarin : On en crée d’autres.
** Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils le sont déjà .

** Mazarin : Oui, c’est impossible.

** Colbert : Alors, les riches ?

** Mazarin: Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.

** Colbert : Alors, comment fait-on ?

** Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d’un malade) ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… C’est un réservoir inépuisable.

 

 

 

 

 

 

 

A méditer :


Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une autre réalité inexplorée qui semble un rêve.

Le voyage me semble un exercice profitable. L’âme y a une continuelle sorte d’entrainement à remarquer les choses inconnues et nouvelles.


Extrait du livre de mes mémoires



Une grève de la SNCF perturbait la rentrée. Les cheminots s’étaient engagés dans un conflit avec leur direction au début du mois. Ce matin du cinq septembre, Chantal était venue me conduire à la gare de Cholet sans trop de convictions, car le trafic ferroviaire était fortement perturbé. Ma correspondance pour Angers était annulée, cependant on m’avait donné l’information qu’un train en direction de la capitale était maintenu au départ de cette même ville d’Angers. Je n’avais qu’une heure devant moi pour ne pas rater cette occasion unique de gagner Paris dans la durée qui m’était impartie. De son côté, Chantal avait juste le temps de faire l’aller et le retour pour ne pas arriver en retard à son travail. A partir de cet instant précis, une course contre la montre s’engagea. Notre marge de manœuvre était mince, aussi avais je l’impression de bien mal commencer mon périple oriental et je ressentais en moi une montée d’adrénaline qui collait mal avec l’état d’esprit qui aurait du être le mien en ce début de vacances. Nous n’avions pas eu le temps de longs discours à notre arrivée à la gare. Il me fallait très vite rejoindre les quais et grimper dans un wagon bondé de voyageurs satisfaits d’avoir trouvé enfin une solution à leurs tourments.

A Montparnasse régnait la plus complète des anarchies. A cette heure de grande affluence, il fallait se frayer un chemin à travers une foule de plus en plus compacte. Je ressentais comme une sorte de nervosité grandissante dans les comportements des gens et j’étais bien content de m’éloigner de cette galère. Il n’était pas à l’ordre du jour de prendre le métro, mon avion décollait aux alentours des onze heures. J’avais donc opté pour le taxi, auquel j’avais donné l’ordre de me conduire à Roissy, le plus rapidement possible.

Implanté au nord est de la capitale, cette infrastructure ultra moderne et de conception nouvelle, était pour l’époque l’un des aéroports les plus vastes et les plus modernes au monde. De la rocade, à travers la vitre du véhicule, je fus très impressionné d’apercevoir la structure gigantesque et futuriste de l’aérogare. Les yeux écarquillés je constatai avec émerveillement l’ingéniosité des architectes qui avaient imaginé un rangement des avions aux abords des bâtiments de manière à ce que chaque appareil soit relié à l’édifice par un tunnel escamotable, évitant ainsi aux passagers une sortie sur le tarmac. Le spectacle de ces machines volantes disposées en arc de cercle était à couper le souffle.

Ayant un peu dépassé l’horaire de convocation, je me présentai au comptoir d’Air France, fort de mon expérience précédente et sans appréhension particulière. L’enregistrement des bagages s’effectuait en ordre dispersé, car la plupart des gens accusaient plus ou moins de retard, pour avoir affronté les mêmes difficultés que moi.

Ce laps de temps aussi court entre mon départ de Cholet et mon arrivé à l’aérogare, ne m’avait pas permis de prendre le moindre répit. Il me restait cependant une dernière démarche à accomplir avant de m’accorder une pause. Pour plus de facilités, il était en effet dans mon intérêt d’acheter des devises égyptiennes avant le décollage. Nous avions la consigne de porter un badge et de nous regrouper porte numéro quatre pour y attendre l’ordre de départ. Je n’eus donc pas de difficultés à identifier mes compagnons de route après avoir rallié les lieux désignés par notre tour-opérateur. Le stress engendré par les péripéties de cette matinée laissa la place à la détente et à la convivialité dans la perspective d’un séjour plein de mystères et de découvertes exceptionnelles.



Autorité et préjudices

Chers parents, nous ne sommes pas des gens assez riches, nous n’avons pas de connaissances hautement placées, mais je suis innocent, et jamais je n’avouerai une chose que je n’ai pas commise.

La France, comme dans de nombreux pays, la justice reconnaît rarement ses erreurs, elle plie mais ne rompt pas. Un détenu vient d’être exceptionnellement relâché, après neuf ans d’emprisonnement. Accusé de viol sur mineur, et condamné à seize années d’emprisonnement, son salut vient de la victime qui s’est rétractée depuis, rongée par trop de remords.

Privé un homme de sa liberté par le mensonge n’est il pas un flagrant délit?

Dans l’immédiat pour l’institution judiciaire, la victime reste la victime et le coupable redevient présumé innocent, il sera rejugé

On peut s’étonner d’un tel acharnement, et que dire du préjudice moral subi par toute une famille. Cette main invisible qui agit par derrière et qui refuse ce que l’on attend d’elle, quelles sont les raisons qui l’animent?

Dans le domaine du préjudice moral, la curie romaine fait aussi partie des mauvais élèves. Dernière ineptie en date, celle du cardinal Tarcisio Bertone qui pour justifier la position du Vatican sur le célibat des prêtres, a récusé le lien entre les cas récents de pédophilie impliquant le clergé et la question de ce fameux célibat, estimant le problème lié uniquement à l’homosexualité. Hitler en son temps n’aurait pas mieux fait en tenant de tels propos discriminatoires. Condamner un individu pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a fait, il n’y a qu’un pas que notre bon cardinal vient de franchir sans le moindre complexe.

Il est désarmant de percevoir tant de mépris et de méconnaissances, dans un discours prononcé par une haute autorité ecclésiastique sensée délivrer des messages d’amour et de paix.

L’église divise plutôt qu’elle ne rassemble, il n’est donc pas étonnant de voir les pratiques religieuses s’étioler devant une certaine forme d’obscurantisme

Autre sujet d’actualité particulièrement douloureux, la découverte par les sinistrés de la tempête Xynthia, des tracés de la zone noire et donc du destin réservé à ceux dont les résidences situées dans le périmètre fatidique,verront le fruit de toute une vie de travail anéanti par les bulldozers.

La décision arbitraire du gouvernement de rendre à la mer, le territoire que la convoitise financière de certains promoteurs lui avait volé, accentuera les séquelles psychologiques d’une population qui sera encore la seule à payer les pots cassés. Prévenir plutôt que de guérir, il aurait simplement fallu que l’on écoute les revendications, la consolidation des digues auraient coûté beaucoup moins cher et nous aurions sans doute pu éviter le triste bilan d’une soixantaine de morts.

Les intérêts de certains priment aux détriments de la sécurité des autres, la vie est ainsi faite et aucune révolution ne peut changer la loi des plus forts.

En juillet de l’année mille neuf cent soixante seize, l’urbanisation du littoral français n’en n’était pas encore à son apogée, mais les perspectives d’avenir étaient grandes, et l’argent promettait de couler à flot.

La saison estivale profitait d’un ensoleillement jamais vu, mais le bonheur des uns n’était pas le bonheur des autres.

L’été meurtrier de la canicule (5000 morts) ne passionnait pourtant pas les foules, par contre le casse du siècle, réalisé par Albert Spaggiari à la société générale de Nice faisait l’affaire des médias.


Extrait du livre de mes mémoires


A cette époque, Jeanne et Dominique vivaient en ville, nous passions souvent les voir dans leur appartement du neuvième étage Notre complicité n’avait pas pris une ride et nous passions souvent nos weekends ensemble. Leur prochain déménagement pour cause de travail était envisagé, mais pour l’heure nous ne nous soucions que de notre jeunesse.

Économie oblige, nous n’avions cependant pas totalement renoncé aux sorties théâtre ou cinéma et nous faisions quelquefois une entorse supplémentaire à notre budget en nous offrant comme par le passé, des soirées au restaurant.

J’étais désormais à l’aise et solidement implanté au sein de ma nouvelle famille. En recentrant l’essentiel de mes activités autour de ce nouveau pôle d’intérêt, j’avais définitivement tournée les pages de mon adolescence.

Le départ de la sœur aînée de Chantal, pour le sud de la France, avait recouvert la maison d’un voile de tristesse. Nous tentions par notre présence et notre bonne humeur d’accompagner la famille, sur le chemin de l’apaisement et de l’acceptation.

C’était la troisième des filles a quitter la maison,. Jeanne et Denise en poursuivant leurs études s’étaient déjà envolées du nid.

Denise infirmière en psychiatrie, et célibataire, avait prévu de se rendre dans le Tarn afin de rendre visite à la nouvelle épouse. Ses parents étaient du voyage. L’initiative avait considérablement détendu l’atmosphère.

Bien que n’ayant plus le soucis des lendemains difficiles, j’avais gardé de mon passé, l’habitude d’une vie modeste n’ayant pas encore en moi l’envie de satisfaire de grands besoins matériels. Je restais fixé sur un seul et unique objectif, disposer d’un pécule important pour garantir de notre avenir

Je n’avais cependant pas renoncé à ma soif d’évasion et je me refusais le sacrifice de ce désir d’indépendance qui m’avait si longtemps hanté dans mon enfance.

Je ménageais donc la chèvre et le chou, et l’heure n’était pas encore venu de trancher

Mettre un frein à mes ardeurs, n’étant pas dans mon état d’esprit, bien mal aurait été avisé celui qui aurait voulu me dissuader du contraire. Chantal avait d’ailleurs parfaitement compris l’attitude qu’elle devait adopter et elle n’avait fait aucun commentaire à l’annonce de mes intentions de m’envoler pour l’Égypte.




Tragédie et statistiques

La mort d’un homme est une tragédie, la mort de millions d’hommes est une statistique. Cette citation de Joseph Staline fait froid dans le dos, et pourtant nos comportements face à la surabondance d’informations que les médias s’emploient à nous faire ingurgiter à longueur de journées, tend à prouver qu’en matière de sentiments, nous ne valons pas mieux que ce dictateur.

Il ne se passe pas en effet un jour où l’actualité spectacle, souvent responsable de la banalisation des évènements, nous abreuve de drames en tous genres. Que l’on soit en voiture, sur son lieu de travail, devant son téléviseur, l’annonce d’une nouvelle catastrophe nous fait oublier la précédente et les quelques milliers de victimes annoncées (le journaliste n’étant pas à un centaine de morts près) s’ajoute à une longue liste de tués d’un séisme ou d’un ouragan précédent, sans que notre quotidien en soit particulièrement affecté.

A l’inverse le mort d’une célébrité suscite parmi nous, une vague d’émotions abondamment nourrie par un matraquage médiatique incessant au sein d’une population endoctrinée qui ne sait de l’individu décédé que ce que l’on a bien voulu lui faire savoir.

Le grand homme rentrera dans l’histoire, des millions d’autres ne feront partie que du bilan définitif d’un fait divers imprimé sur une feuille de papier rangé précieusement dans les archives d’un quelconque journal.

En matière d’environnement et de réchauffement climatique, jusqu’à récemment, nous éprouvions bien peu de compassion à l’égard des ces communautés lointaines qui souffraient de l’irresponsabilité collective et de ses conséquences.

Les savants du monde entier pouvaient bien tirer la sonnette d’alarme, leurs incursions incessantes dans nos foyers à travers les articles de presses ou à travers les différents reportages ne soulevaient pas chez nous des montagnes, pire elles nous dérangeaient car notre égoïsme nous interdisait de faire le moindre sacrifice dans nos modes de vie.

Comme je le disais précédemment trop d’informations tuent l’information et l’effet recherché se retournaient contre nos érudits.

La tempête Lothar de mille neuf cent quatre vingt dix neuf, la tempête Xynthia de ce mois de février deux mille dix, les inondations à répétitions, la canicule de deux mille trois, sont autant de phénomènes qui nous inquiètent parce qu’ils touchent la famille, notre mère patrie, la tragédie est maintenant entre nos murs, les séquelles des cataclysmes naturels subis par les autres ne représentaient pour nous que de simples chiffres bien peu passionnants, à présent nous savons que l’apocalypse n’est pas un vain mot.

L’activité humaine et ses répercussions négatives sur la planète n’avaient pas encore fait l’objet d’études fortement médiatiques en ce printemps été mille neuf cent soixante seize, et pourtant nous entendions parler pour la première fois en ma connaissance d’un impôt solidarité, en faveur des agriculteurs sévèrement touchés par une sécheresse qui durait et qui avait mis à mal les cultures de toutes sortes.


Extrait du livre de mes mémoires


Nous étions en train de vivre un printemps particulièrement chaud, la pluie n’était pas beaucoup tombée durant la période d’hiver et la sécheresse menaçait, inquiétant le monde agricole tout en faisant la une des médias.

Notre entreprise, comme une grande majorité d’autres, n’étaient pas dotées d’une climatisation interne. Au bureau l’atmosphère devenait irrespirable et nous devions nous protéger d’une transpiration excessive en couvrant dossiers et assises de nos sièges en skaï de serviettes en éponge qui constituaient une isolation thermique mais qui par leur fonction étaient en mesure aussi d’absorber une humidité excessive fortement désagréable pour les personnes concernées. Le papier collait sur les bras et sur les mains, la sueur perlaient sur les fronts et tombaient sur les documents administratifs rendant notre tâche fortement désagréable, Nous vivions des conditions extrêmes mais en tant que société de service nous ne pouvions pas adapter nos horaires à la fraîcheur du matin.

Le soir je rentrais fatigué et n’ayant pas le confort des maisons modernes je ne pouvais pas compter sur les bienfaits d’une douche pour me rafraîchir et pour me détendre afin de recouvrer mes esprits avant de passer à table.

Le climat sec et ensoleillé de cette fin mai était aussi propice à la rêverie et aux désirs de congés. La pénibilité du travail accompli, sous une chaleur écrasante ne faisait qu’attiser mon impatience de pouvoir disposer enfin d’un peu de temps libre.

L’option d’une escapade au Moyen-Orient cogitait déjà depuis plusieurs mois dans ma tête. Un tour-opérateur organisateur de circuits touristiques en Égypte avait particulièrement retenu mon attention. Cet état avait l’avantage de nous offrir à la connaissance l’histoire ancienne de la civilisation disparue des pharaons, et celle actuelle d’une population majoritairement islamique, solidement implantée malgré les affres et aléas de la vie, sur les deux rives du Nil, depuis le début de notre ère. Je profitais de mon expérience de l’année passée pour peaufiner les derniers préparatifs avant mon départ qui devait avoir lieu en septembre.

En attendant télévision, radio et journaux plus alarmistes que jamais, prédisaient une année calamiteuse pour les récoltes. Le gouvernement préparait psychologiquement les français à supporter un impôt exceptionnel, mesures impopulaires mais nécessaires, en signe de solidarité envers les agriculteurs en situation de détresse.

Ces conditions météorologiques rarissimes, dont je ne connaissais aucun précédent, n’avaient pas à mon niveau que des inconvénients, car elle me dispensait d’entretenir le jardin, en effet plus rien n’y poussait depuis que nos dirigeants nous interdisaient d’arroser.



Juste un peu trop tard

C’est une conséquence du progrès que d’entretenir l’appétit du futile en variant son menu, les pays riches vibrent bien trop souvent pour des choses qui n’en valent pas la peine, au détriment de celles qui méritent que l’on s’y attarde.

Pourtant l »homme nait avec plusieurs cartes maîtresses en main, dès son plus jeune âge, il sait que la vie est un jeu, et qu’il faudra perdre un jour la partie. Avant d’être vaincu, il peut cependant gagner bien des manches, en préservant par exemple le plus précieux mais le plus vulnérable de ces trésors, sa santé.

Malheureusement ce même homme pêche trop souvent par insouciance ce qui fait que ce capital est bien mal gardé.

C’est ainsi qu’aussi soudainement qu’un orage, un drame, qu’il aurait souhaité ne jamais connaître, survient en plein milieu de sa vie réduisant à néant l’être qu’il était, et qu’il ne sera plus.

Combattre l’adversité ramène l’individu aux choses essentielles, tandis qu’un chemin sans entrave de ne fait que de l’en éloigner.

La société matérialiste qu’il côtoyait, se caractérisait jusqu’à présent par une surabondance d’informations, ne pas confondre l’accessoire du fondamental n’était pas de ses priorités, le malheur le ramène à la raison. Il n’emploiera plus le temps qui reste à s’attacher à des futilités.

La foudre s’abattit sur ma vie le jeudi deux décembre de l’année deux mille quatre, le coup de grâce me fut porté le mardi suivant, lors de mon premier contrôle scanner.

Je savais désormais que la fuite était inutile, j’étais prisonnier au milieu de nul part, l’anéantissement m’attendait, la mort n’oublie personne. Une petite lueur d’espoir était pourtant apparu lorsqu’il m’avait été signifié qu’une opération était possible.

Il ne me restait plus qu’à me relever de mes cendres.

Je n’étais plus désormais que l’une de ces machines humaines que les milieux médicaux ont l’habitude de remettre en état lorsque la science le permet. Je n’avais pas d’autres issues que celle d’obéir et de me laisser guider. J’avais simplement la sensation qu’un bandeau m’obstruait la vue et je paniquais de ne pas savoir où ces gens si attentionnés allaient me conduire.

Ma grand-mère me disait combien sont longues ces journées où allongée sur son lit d’hôpital, elle regardait le plafond de sa chambre sans pouvoir imaginer un autre horizon. Il y avait plus de dix ans qu’elle nous avait discrètement quitté, un beau matin de juillet mille neuf cent quatre vingt douze, mais je sentais tellement sa présence dans cette période de ma vie où j’avais également beaucoup d’heures de solitude à tuer, en fixant ce redoutable plafond.

Mes trois séjours en cliniques furent propices aux interrogations. La faucheuse frappait à ma porte et j’espérais qu’elle ne puisse pas entrer, ainsi la peur me réconciliait avec le spirituel, je savais désormais que perdre la vie, c’est se poser les questions primordiales juste un peu trop tard.

Par toute mon éducation, par tout ce je que j’avais vu et entendu autour de moi, depuis mon enfance, j’avais absorbé une telle somme de sottises, mélangées à des vérités essentielles, que mon premier devoir de malade était de tout dégorger.

L’apparence était un rideau derrière lequel j’avais pu emprisonné bien des côtés complexes de ma personnalité, j’avais désormais la certitude que ma nature était ainsi faite et que je ne devais pas en avoir honte. J’étais toujours que trop ce que les autres voulaient que je sois.

Cependant ce n’était plus le moment d’exprimer des regrets, les regrets ne sont que des ratures sur le récit d’une vie, les ratures ne s’effacent pas.

Comme la plupart de mes concitoyens, j’avais passé mon existence à désirer ce que je n’avais pas et à me lamenter sur ce que je n’avais plus, il me fallait à présent vivre chaque journée comme elle vient, et refuser tant les remords que les doutes pour l’avenir. Employer au mieux le temps qui reste, qu’importe la durée.

Mais fermons à cet endroit précis ce tome de mon histoire et revenons en à celui qui relate les faits qui se sont déroulés en mai de l’année mille neuf cent soixante seize.


Extrait du livre de mes mémoires


Nous connaissions une année de sécheresse sévère, et c’est dans ce contexte météorologique particulier, que le vingt neuf mai, Henri et Anne Marie convolèrent en justes noces.

La mairie située à l’emplacement de l’ancienne petite école publique résonnait encore des cris de plusieurs générations de gamins qui avaient usé ici leurs fonds de culottes. La cour de récréation était à présent déserte, j’apercevais à travers les carreaux le préau et la remise à charbon, rien n’avait changé.

Le passage devant le premier magistrat, était suivi par la cérémonie religieuse Le cortège emprunta à pied, le parcours habituel.

La circulation automobile permettait encore de perpétuer la tradition et la population villageoise restait fidèle à cette coutume en occupant les trottoirs et les abords du parvis de l’église en ne manquant pas de féliciter la mariée sur son passage.

Les trois cloches sonnaient à toute volée, saluant ainsi l’arrivée de la procession. Pour ajouter une touche de romantisme à la fête, une voiture décapotable d’époque ancienne avait été louée pour transporter le jeune couple dès la sortie de la messe jusqu’aux différents lieux de réjouissances.

A grand renfort de klaxons, nous suivions le cortège à bord de notre récente acquisition, une Renault 6 de couleur grenat que Chantal avait pris la décision d’acheter après avoir été privée de la voiture familiale devenue coûteuse en réparations et que Jean son frère, à l’époque mécanicien automobiles, avait conseillé de se défaire avant que le véhicule ne devienne une épave.

Elle avait dû s’endetter auprès de ses parents pour réaliser son dessein. Je lui avais laissé la responsabilité de cet investissement préservant ainsi ma capacité financière à épargner car nous avions toujours en tête notre projet immobilier.

La noce avait duré pendant deux jours, mais il était temps pour le jeune couple de nous quitter, une nouvelle vie les attendaient loin de chez nous.




 



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