Juste un peu trop tard

C’est une conséquence du progrès que d’entretenir l’appétit du futile en variant son menu, les pays riches vibrent bien trop souvent pour des choses qui n’en valent pas la peine, au détriment de celles qui méritent que l’on s’y attarde.

Pourtant l »homme nait avec plusieurs cartes maîtresses en main, dès son plus jeune âge, il sait que la vie est un jeu, et qu’il faudra perdre un jour la partie. Avant d’être vaincu, il peut cependant gagner bien des manches, en préservant par exemple le plus précieux mais le plus vulnérable de ces trésors, sa santé.

Malheureusement ce même homme pêche trop souvent par insouciance ce qui fait que ce capital est bien mal gardé.

C’est ainsi qu’aussi soudainement qu’un orage, un drame, qu’il aurait souhaité ne jamais connaître, survient en plein milieu de sa vie réduisant à néant l’être qu’il était, et qu’il ne sera plus.

Combattre l’adversité ramène l’individu aux choses essentielles, tandis qu’un chemin sans entrave de ne fait que de l’en éloigner.

La société matérialiste qu’il côtoyait, se caractérisait jusqu’à présent par une surabondance d’informations, ne pas confondre l’accessoire du fondamental n’était pas de ses priorités, le malheur le ramène à la raison. Il n’emploiera plus le temps qui reste à s’attacher à des futilités.

La foudre s’abattit sur ma vie le jeudi deux décembre de l’année deux mille quatre, le coup de grâce me fut porté le mardi suivant, lors de mon premier contrôle scanner.

Je savais désormais que la fuite était inutile, j’étais prisonnier au milieu de nul part, l’anéantissement m’attendait, la mort n’oublie personne. Une petite lueur d’espoir était pourtant apparu lorsqu’il m’avait été signifié qu’une opération était possible.

Il ne me restait plus qu’à me relever de mes cendres.

Je n’étais plus désormais que l’une de ces machines humaines que les milieux médicaux ont l’habitude de remettre en état lorsque la science le permet. Je n’avais pas d’autres issues que celle d’obéir et de me laisser guider. J’avais simplement la sensation qu’un bandeau m’obstruait la vue et je paniquais de ne pas savoir où ces gens si attentionnés allaient me conduire.

Ma grand-mère me disait combien sont longues ces journées où allongée sur son lit d’hôpital, elle regardait le plafond de sa chambre sans pouvoir imaginer un autre horizon. Il y avait plus de dix ans qu’elle nous avait discrètement quitté, un beau matin de juillet mille neuf cent quatre vingt douze, mais je sentais tellement sa présence dans cette période de ma vie où j’avais également beaucoup d’heures de solitude à tuer, en fixant ce redoutable plafond.

Mes trois séjours en cliniques furent propices aux interrogations. La faucheuse frappait à ma porte et j’espérais qu’elle ne puisse pas entrer, ainsi la peur me réconciliait avec le spirituel, je savais désormais que perdre la vie, c’est se poser les questions primordiales juste un peu trop tard.

Par toute mon éducation, par tout ce je que j’avais vu et entendu autour de moi, depuis mon enfance, j’avais absorbé une telle somme de sottises, mélangées à des vérités essentielles, que mon premier devoir de malade était de tout dégorger.

L’apparence était un rideau derrière lequel j’avais pu emprisonné bien des côtés complexes de ma personnalité, j’avais désormais la certitude que ma nature était ainsi faite et que je ne devais pas en avoir honte. J’étais toujours que trop ce que les autres voulaient que je sois.

Cependant ce n’était plus le moment d’exprimer des regrets, les regrets ne sont que des ratures sur le récit d’une vie, les ratures ne s’effacent pas.

Comme la plupart de mes concitoyens, j’avais passé mon existence à désirer ce que je n’avais pas et à me lamenter sur ce que je n’avais plus, il me fallait à présent vivre chaque journée comme elle vient, et refuser tant les remords que les doutes pour l’avenir. Employer au mieux le temps qui reste, qu’importe la durée.

Mais fermons à cet endroit précis ce tome de mon histoire et revenons en à celui qui relate les faits qui se sont déroulés en mai de l’année mille neuf cent soixante seize.


Extrait du livre de mes mémoires


Nous connaissions une année de sécheresse sévère, et c’est dans ce contexte météorologique particulier, que le vingt neuf mai, Henri et Anne Marie convolèrent en justes noces.

La mairie située à l’emplacement de l’ancienne petite école publique résonnait encore des cris de plusieurs générations de gamins qui avaient usé ici leurs fonds de culottes. La cour de récréation était à présent déserte, j’apercevais à travers les carreaux le préau et la remise à charbon, rien n’avait changé.

Le passage devant le premier magistrat, était suivi par la cérémonie religieuse Le cortège emprunta à pied, le parcours habituel.

La circulation automobile permettait encore de perpétuer la tradition et la population villageoise restait fidèle à cette coutume en occupant les trottoirs et les abords du parvis de l’église en ne manquant pas de féliciter la mariée sur son passage.

Les trois cloches sonnaient à toute volée, saluant ainsi l’arrivée de la procession. Pour ajouter une touche de romantisme à la fête, une voiture décapotable d’époque ancienne avait été louée pour transporter le jeune couple dès la sortie de la messe jusqu’aux différents lieux de réjouissances.

A grand renfort de klaxons, nous suivions le cortège à bord de notre récente acquisition, une Renault 6 de couleur grenat que Chantal avait pris la décision d’acheter après avoir été privée de la voiture familiale devenue coûteuse en réparations et que Jean son frère, à l’époque mécanicien automobiles, avait conseillé de se défaire avant que le véhicule ne devienne une épave.

Elle avait dû s’endetter auprès de ses parents pour réaliser son dessein. Je lui avais laissé la responsabilité de cet investissement préservant ainsi ma capacité financière à épargner car nous avions toujours en tête notre projet immobilier.

La noce avait duré pendant deux jours, mais il était temps pour le jeune couple de nous quitter, une nouvelle vie les attendaient loin de chez nous.




 



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