La cour de récréation

Petite minute de réflexion


Les privilèges ont la vie dure.


Nos hommes politiques nous font penser parfois à des gamins dans une cour de récréation. Le sujet pourrait prêter à sourire si je n’avais pas ce fâcheux sentiment de les sentir incapable de nous sortir de cette spirale infernale qui fait que les pauvres sont de plus en plus pauvres, et que les riches sont de plus en plus riches. Des centaines d’années de lutte ouvrière pour conquérir des droits à une plus grande justice, et à une meilleure vie semblent partir tous les jours un peu plus en morceaux. Le budget de l’état est dans le rouge, il est nécessaire de faire des économies, tapons sur les acquis sociaux d’un grand nombre de citoyens, tout en préservant les nantis de tout sacrifice, et nous retrouverons l’équilibre de nos finances.


Guéguerre de chiffres

 

Affrontement verbal à propos du chiffrage des manifestants descendus dans les rues pour défendre la retraite à 60 ans, pour les uns un échec, pour les autres un succès. L’ouvrier dans tout cela, reste la victime pris en otage entre deux politiques qui s’affrontent l’une pour conserver le pouvoir, l’autre pour le récupérer. L’une qui n’hésite pas culpabiliser les gens de vivre trop longtemps, et l’autre qui propose des mesures démagogiques comme l’avait fait François Mitterrand en son temps.





Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 9ème jour : Égypte septembre 1976)


Ce qu’il y avait d’agréable en Égypte, c’était que la météo était sans surprise. Au matin de ce neuvième jour, j’ouvrais donc ma fenêtre et ne voyais que le ciel d’un bleu d’azur. Les courbatures de notre parcours un peu sportif de la veille, étaient oubliées et j’étais fin prêt pour entamer une nouvelle journée.

Nous étions arrivés de nuit, et je découvrais donc le quartier dans lequel nous étions logés. La rue ne semblait pas être un grand axe routier, car les piétons occupaient autant les trottoirs que la chaussée. Des charrettes à ânes, mais aussi des charrettes à bras, remplies de fruits et légumes, ou de sacs de je ne sais quelle denrée, tentaient de faire bon ménage avec la circulation automobile, mais également avec les nombreux marcheurs qui leur obstruaient souvent le passage. A part un ou deux coups de klaxon, personne n’avait l’air de s’énerver, la cohabitation s’effectuait dans un bon état d’esprit.

J’étais fortement impressionné par la dextérité d’un porteur qui se faufilait en vélo, parmi la foule. Il tenait d’une main son guidon, et de l’autre un plateau en équilibre sur sa tête, remplis de galettes de pains empilées.

Cette fourmilière humaine attisait chez moi une sorte de curiosité, et je ne me lassais pas du spectacle qu’elle m’offrait, je quittai donc mon balcon avec réticence.

La salle du petit-déjeuner était éclairée par une large baie vitrée qui donnait sur la piscine de l’hôtel.

Le petit déjeuner avalé, il était temps de monter dans un bus qui devait nous conduire sur l’autre rive du Nil

Kom el Hettan était notre première halte. Les colosses de Memmon semblaient attendre notre venue. Ils représentaient le pharaon assis sur son trône, des statues de pierre monumentales qui avaient subi les injures du temps mais qui en imposaient par leur stature. Le site était complètement en ruine, mais prometteur en matière de fouilles archéologiques.
Nous laissâmes les vestiges du temple d’Amenhotep pour nous diriger vers la vallée des rois.

Formée par une faille dans la chaine de montagne, cette vallée était complètement désertique. Un paysage lunaire se présentait sous mes yeux, je n’apercevais pas la moindre trace d’une végétation, et pourtant le panorama était grandiose et terriblement intimidant.

Il existait un bon nombre de sépultures sur le site, mais nous étions autorisés à visiter uniquement celles que le conservateur avait décidé d’ouvrir au public, et nous devions impérativement accompagner un guide.

A l’inverse des mastabas de Saqqarah, qui étaient des édifices funéraires bâtis en surface, ici les pharaons avaient fait creuser dans la roche, pour bâtir des hypogées. Il fallait descendre une multitude de marches dans des galeries étroites pour être enfin récompensé de ces efforts.

Les murs étaient couverts de fresques merveilleusement bien conservées. J’avais eu la chance de pouvoir accéder entre autres choses, dans la chambre funéraire de Toutankhamon.

La chaleur cumulée à l’épreuve physique avaient affecté une de nos coéquipière, elle s’était sentie mal et avait dû être évacuée vers la surface.

Il faut dire que sous terre, si la température était légèrement plus fraîche, la sensation de manquer d’air était importante, et pouvait être très paniquante pour les claustrophobes.

Nous devions impérativement nous réhydrater et prendre un peu de repos, la matinée avait été longue et nous avions encore un après-midi très chargé.

Notre chauffeur nous attendait et avec lui une ribambelle de gamins qui savaient à quel point le touriste n’est pas prévoyant, la soif des uns, faisait donc le bonheur des autres.

Notre retour à la civilisation moderne avait été rapide mais largement apprécié.

En franchissant de nouveau le Nil pour rejoindre la Nécropole de Thèbes je remarquai les reflets du soleil sur l’eau du fleuve, ils me faisaient penser à des milliers de pépites d’or, j’en fis la remarque à Dominique mon colocataire qui était assis à côté du moi.

La petite cité de Médinet Habou accueillait ses premiers touristes de l’après-midi, un temple dédié à Ramsès III , un autre voué au culte d’Amon, en faisaient sa célébrité.

Nous avions largement arpenté les lieux, les amateurs de photos s’en étaient donnés à cœur joie. Je n’osais pas me l’avouer mais je commençais à ressentir une overdose des visites de monuments pour cette journée. Il faut dire que ce programme de voyage riche en visites, était fortement adressé à des initiés. Mes lacunes concernant l’histoire de l’Égypte antique étaient grandes, je n’en connaissais que les bases. Il fallait donc que je me recadre sur l’essentiel, et que je laisse les érudits à leur passion du détail en ne tentant pas de comprendre à tout prix, les explications qui nous étaient données. J’appliquai donc ma décision à la lettre et abandonnai le groupe pour m’accorder un grand moment de récréation.

Deux gardiens des lieux, turban sur les cheveux et djellaba de rigueur étaient assis à l’ombre au pied d’un mur. S’étonnant de me voir isolé des autres, l’un deux m’avait demandé dans un mauvais français si j’étais malade. Je leur avais fait comprendre par un geste que j’étais fatigué. Ils s’étaient gentiment moqués de moi.

« Kapput monsieur moustache » m’avaient-ils dit en riant de bon cœur.

L’ultime étape de la journée s’effectuait sur le complexe funéraire du site de Deir el-Bahari, le temple d’Hatchepsout était au programme des réjouissances. Bien qu’en cours de restauration l’édifice était passionnant à explorer et je n’avais pas perdu une miette des explications qui nous avaient été fournies. Un photographe nous attendait à notre sortie des lieux, je possède toujours dans un album cette photo en noir et blanc qu’il avait prise de moi entouré de Claire et Marie-Françoise.

Nous arrivions au terme de notre périple et le soleil commençait à décliner; nous percevions une très relative fraicheur. Je prévoyais une soirée non agité, car mon organisme avait besoin à nouveau d’une bonne nuit de repos.



Le grand méchant loup

Onze gendarmes de différentes brigades viennent de recevoir une  »lettre d’observation » concernant leurs activités sur les bords des routes.

Des lettres donc synonymes de sérieux avertissements pour ne pas avoir suffisamment verbalisé de contrevenants au code de la route.

Il est expliqué donc aux destinataires que leur activité montre des carences dans l’application des directives

Des résultats faibles en terme d’action répressive aux infractions au code de route comparativement aux efforts fournis par les autres militaires et unités composant la compagnie.


Peut-on parler de non respect des quotas de procès verbaux?


A cette question l’auteur de cette mise en garde répond non catégoriquement, bien que son courrier abonde dans le sens contraire.

Afin d’être en adéquation avec les objectifs assignés et lutter contre des résultats erratiques, je vous fixe un chiffre à atteindre.


Mon avis


Si la politique du chiffre est appliquée pour limiter le nombre des accidents, on peut comprendre que nos dirigeants cherchent à mettre la pression sur les automobilistes. Reste à savoir si cette manière de procéder est la bonne, la prévention n’est elle pas moins agressive que la répression. La difficulté de communication de plus en plus importante entre la police et les civiles ne vient-elle pas justement de ces pénalisations à outrances qui révoltent les usagers de la route, tous les jours un peu plus.

La voiture depuis toujours a été considérée par les gouvernements successifs comme une vache à lait, utile à l’enrichissement du budget de l’état. Les quotas de procès verbaux ne seraient-ils pas une manière déguisée de fixer un montant minimum de recettes à percevoir chaque année.

Visiblement la multiplication des radars et l’évolution des techniques de contrôles qui sont systématiquement testés avant d’être très souvent appliqués ne penchent pas dans le sens d’une modification de stratégie des pouvoirs publics

Reste que les français sont un peuple très indiscipliné et qu’il suffirait peut-être d’un peu plus de retenue dans les comportements, pour que la police ne soit pas considérée sans arrêt comme le grand méchant loup.




Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – 8ème jour : Égypte septembre 1976)


En ce huitième jour de voyage, le dieu Râ nous illuminait de son éclat lorsque nous prîmes la direction du nord pour rallier la ville de Louxor. Le trajet s’effectuait en autobus, nous avions environ deux cent cinquante kilomètres à parcourir.

La route n’était pas exemptée de tout reproche, car elle nous épargnait guère les secousses et les coups de freins brutaux. De ci de là nous croisions des véhicules en tous genres, puis d’un coup de klaxon notre chauffeur signalait notre présence avant de doubler un chamelier ou un gamin qui conduisait ses chèvres vers de maigres pâturages.

De temps en temps nous traversions de petits villages plantés au milieu d’une colonie de palmiers. Leurs habitants semblaient être endormis, car nous n’apercevions pas âme qui vive, sans doute à cause de l’écrasante chaleur qui régnait en ce début de matinée. Nous n’avions évidement pas la climatisation et la sueur perlait sur nos visages sans que nous puissions faire grand chose pour l’arrêter. La difficulté majeure de notre itinéraire, c’était de trouver un coin discret pour soulager un besoin naturel, les femmes étaient encore plus à plaindre que les hommes.

Nous roulions les fenêtres ouvertes pour nous donner un peu d’air, mais la poussière qui volait sur notre trajet pénétrait à l’intérieur de notre véhicule et en très peu de temps nous avions perdu les bénéfices de notre douche du matin.

Une première étape nous conduisait dans la petite agglomération de Kom Ombo où était situé un temple dédié aux dieux Horus (faucon) et Sobek (crocodile).

Nous avions pris le temps de nous désaltérer et de prendre quelques photos après que notre guide nous ait donné les commentaires lors de la visite.

J’apercevais en contrebas un bateau croisière qui était amarré tandis qu’un groupe de touriste débarquait, s’apprêtant à nous remplacer sur le site.

Notre seconde étape se situait à une centaine de kilomètres au sud de notre destination finale. Nous devions y déjeuner avant de visiter le temple d’Horus. Nous étions toujours en haute Égypte, sur la rive ouest du Nil. Edfou était une ville moyenne et tout à fait traditionnelle. Un souk pour touristes coloré et très animé, des charrettes à ânes dans les rues, une kyrielle de petites échoppes, des égyptiens exclusivement vêtus de djellabas, nonchalamment installés sur les trottoirs, le tout baigné dans une chaleur torride, toute l’ambiance qui nous était désormais familière.

Plusieurs odeurs plus ou moins agréables qui s’entremêlaient, et qui s’intensifiaient par une température excessive me donnaient la nausée. Pourtant j’avais faim et j’espérais pouvoir manger de bon appétit. J’avais apprécié cette petite heure de repas et de repos, loin des cahots de la route, et du bruit assourdissant du moteur de notre véhicule.

Le temple était en très bon état de préservation. On nous avait expliqué que pendant des siècles, l’ensemble de l’édifice avait été pratiquement enseveli par le sable, ce qui l’avait largement épargné de l’injure du temps.

L’espace de prendre un cliché de la merveilleuse statue du dieu faucon Horus, et je m’éloignai un peu du groupe pour m’imprégner de l’atmosphère des lieux. Je refis notre parcours à l’inverse, et comme il n’y avait pas d’autres visiteurs, je profitais pleinement de ce moment qui n’appartenait qu’à moi. Me savoir tout seul dans endroit aussi célèbre, me donnait la chair de poule. J’étais dans le même état d’esprit que celui qui avait été le mien lorsque j’avais approché le sphinx de Gizeh. J’aurais bien aimé que l’expérience se prolonge, mais Karim me faisait signe de rallier l’équipe.

Notre troisième étape nous donnait l’occasion de constater le fort encombrement du trafic fluvial à Esna. A cet endroit les navires devaient se disputer la passage de quelques mètres de largeur d’écluses. Des vendeurs à la sauvette arrimaient leurs barques, aux gros bateaux de voyageurs, pour vendre tissus et autres fanfreluches, avant que ces précieuses embarcations de touristes ne repartent vers d’autres horizons.

Le temple de Knoum était érigé sous le niveau actuel du sol, il fallait descendre pour y accéder. Le guide nous expliqua que le site avait été sauvé par Champollion, à une époque où il servait de dépôt pour le coton, c’est la raison pour laquelle il n’était pas en très bon état de conservation.

Une journée éreintante s’achevait. Dans l’autobus qui s’approchait lentement de notre destination finale, bien peu de gens avaient encore la force de parler. Nous devions être logés à l’hôtel Luxor du nom de la ville qui nous accueillait. Nous avions hâte de pouvoir enfin nous poser.

Il faisait déjà nuit quand nous descendîmes nos bagages. Notre chambre était sans surprise, modeste mais propre, il nous en fallait pas plus pour réparer par une bonne nuit de sommeil, notre corps des ankyloses du voyage. Pour l’heure, il était urgent de passer sou la douche, avant de descendre pour le dîner.



Crime et châtiment

La fessée et autres châtiments corporels sur les enfants doivent être interdits dans tous les pays européens avant qu’ils ne deviennent des problèmes sociaux ou de santé a averti le conseil de l’Europe hier à Vienne. Les châtiments corporels sont à ce jour interdits dans vingt et un pays, mais des pays comme la France et le Royaume-Uni sont réticents.


Ma réaction à chaud


N’importe-quels parents sensés connaissent la différence entre les sévices corporelles (gifles, fouets etc….) et petites sanctions qui ne doivent en rien humilier l’enfant, mais lui faire comprendre les limites à ne pas franchir.

Cette loi n’empêchera pas à une minorité d’adultes d’être violents, pour les autres laissons leur la responsabilité d’éduquer leurs progénitures, ce qui aidera considérablement d’ailleurs le corps enseignant qui semble bien démuni face à une jeunesse de plus en plus arrogante.

A en croire les législateurs, nous allons bientôt vivre dans un monde de douceur: les enfants seront sages sur le simple regard de leurs parents, les policiers n’auront plus le droit de sévir dans les interpellations. Au sortir des matchs de foot, tous les supporters sortiront bras dessus bras dessous

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant de manger des aliments gras ou sucré le soir afin d’éviter l’obésité?

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant au parents de coucher les enfants après 20h?

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant aux parents toute initiative en matière d’éducation, en dehors de celles dictées par les autorités?



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 7ème jour : Égypte septembre 1976)



Un mauvais rêve m’avait tiré de mon sommeil plus tôt que prévu, mais je m’abstenais de faire du bruit, car mon colocataire dormait encore. J’étais plongé dans mes pensées les plus intimes, lorsque la sonnerie du téléphone nous rappela qu’il était temps de nous lever.

Les membres du groupe qui n’avaient pas choisi de participer à l’expédition facultative organisée par notre tour-opérateur avaient quartier libre ce jour là.

J’étais de ceux qui partaient pour l’extrême sud du pays, visiter le temple d’Abou Simbel. Ce voyage nécessitait un déplacement par voie aérienne.

Le soleil brillait déjà de mille feux quand le minibus nous déposa devant l’aéroport d’Assouan. Nous n’avions pas de bagages à enregistrer, aussi les formalités administratives avaient été rapides. Les uns derrières les autres, nous attendions patiemment devant la porte d’embarquement l’autorisation d’accès à l’appareil.

Le voyage était très court. Dans l’avion qui nous emmenait, je regardais par le hublot ce lac immense qui avait déplacé plus de 100.000 Nubiens et englouti villes, villages et temples.

Hormis une piste d’atterrissage, et un petit bâtiment, il n’y avait rien sur le site. Peut-être des contrôleurs aériens et quelques personnes autour de lui, qui s’occupaient de la sécurité et de l’accueil des passagers, mais pour l’heure, seuls les occupants du boeing constituaient l’effectif des visiteurs.

Karim avait laissé sa place à un guide attitré qui nous expliquait les conséquences qu’avaient entraîné la construction du haut barrage d’Assouan.

Outre l’expropriation des populations locales, quatorze édifices datant de l’ancienne Égypte avaient été sauvés au prix d’un travail titanesque de déplacement vers des zones non inondables.

Le temple d’Abou Simbel se trouvait soixante cinq mètre plus bas sous les eaux et chacun des colosses de vingt mètre de haut avaient été découpés et remontés bloc par bloc.

Remonté lui aussi de la même manière, le temple d’Hator s’offrait à la visite du public quelques dizaines de mètres plus loin. Les deux édifices étaient indissociables car ils étaient consacrés l’un à Ramsès, l’autre à son épouse, la reine Néfertari.

La visite avait duré deux bonnes heures et il nous restait encore un peu de temps avant que notre pilote ne reprenne les airs. Il n’y avait quasiment aucun endroit pour trouver de l’ombre en dehors de quelques arbrisseaux ridicules. Je me demandais comment cette maigre végétation avait pu pousser dans cet enfer. Nous étions à proximité de la frontière Saoudienne, le gigantesque lac Nasser était planté là au milieu d’un désert qui s’étendait à perte de vue, il n’y avait vraiment rien d’autre à faire que d’attendre le signal du départ.

Nous avions déjeuner à bord de l’appareil et dès notre atterrissage nous regagnâmes notre hôtel à Assouan.

J’avais bénéficié des bienfaits d’une douche froide et je marchais à présent le long de la corniche, sollicité comme à l’habitude par de nombreux petits gagnes-misères. Mon colocataire qui ne faisait pas partie du voyage du matin, était en train de s’embarquer pour visiter l’île Kitchener intégralement occupée par un jardin botanique. J’étais persuadé que l’excursion en valait la chandelle et je décidai donc de l’accompagner.

Comme la veille, la traversée en felouque avait opéré son charme, et la balade aux milieux d’une végétation luxuriante avait tranché fortement avec l’excursion touristique du matin.

Le soleil se couchait sur le Nil et nous étions à présent en salle de restaurant, nous achevions là cette étape de notre voyage.

J’avais décidé de me rendre une dernière fois dans les souks pour y faire quelques photos souvenirs. Claire et Marie-Françoise qui se trouvaient dans l’entrée de l’hôtel me proposèrent de faire le trajet avec elles en calèche. Je n’avais pas trop aimé cette virée, j’avais l’impression assis confortablement dans ma position de privilégié, de poser un regard malsain sur la misère. Je n’avais pas sorti mon appareil de son étui. J’étais attristé de devoir quitter cette sympathique communauté de Nubiens.

 



Sant-Brieg

Sant-Brieg (2ème jour)


La nuit a été courte, la chambre est confortable, mais je ne suis pas dans mon lit et le dos me fait un peu mal. Il faut se dépêcher car le rassemblement sur la parking est fixé à sept heures quarante cinq.

Tout le monde est fidèle au poste. La bonne humeur n’est pas tarie et le temps ne semble pas aussi maussade que la météo nous l’avait annoncé.

Première étape le petit village de Plerneuf pour acheter le pain et les croissants. La route nous est déjà familière, aucun habitant dans les rues, quelques kilomètres supplémentaires, et nous sommes de nouveau chez nos amis.

Il fait moins froid que la veille, et le petit déjeuner copieux se passe une fois de plus dans la bonne humeur.

La visite de la ville de Saint-Brieuc est au programme. Jean roule un peu vite, il est difficile de le suivre, nous ne connaissons pas aussi bien la région que lui, et nous craignons de perdre son véhicule de vue.

Le centre ville est provisoirement inaccessible, nous garons nos voitures à quelques encablures du vieux quartier pavé.

Nous marchons dans des rues où les plus vieilles maisons à pan de bois datent du quinzième siècle, nous atteignons la place du Martay. A cet endroit, la cathédrale Saint-Étienne domine les anciennes halles. Nous parvenons rapidement sur le parvis de l’église et pénétrons à l’intérieur de l’édifice qui est malheureusement très sombre. Je sens la fraîcheur des lieux, mais mon odorat identifie très vite les agréables émanations des bougies qui se consument dans les différentes chapelles. Une chorale entame un chant religieux, ultime répétition avant la messe dominicale. L’orgue qui les accompagne est magnifique et impressionnant, il faut lever les yeux pour l’apercevoir, j’adore les sons majestueux de cet instrument a vent, qui me donnent à tous les coups la chair de poule.

Nous sortons quelques minutes plus tard, pour nous diriger vers un secteur qui ne présente que peu d’intérêt. Nous y retrouvons des enseignes commerciales qui nous sont familières. L’endroit ne diffère en rien de ce que nous connaissons dans le centre de notre propre agglomération.

Les Briochins ne sont pas encore sortis de chez eux, les rues sont désertes. Les nouvelles halles nous attendent, Jean y fait une petite course de dernière minute. Nous regagnons la cathédrale puis en la contournant, nous passons devant la mairie, avant d’aborder la place du Général de Gaulle. Des gamins jouent sur une aire de jeux, un faible d’esprit nous croise sans nous apercevoir, il semble en vouloir à quelqu’un, car il se parle en vociférant des propos venimeux.

Nous apercevons de l’autre côté de la place les façades imposantes du conseil régional et de la préfecture. Nous foulons de nouveau le pavé des très vieux quartiers. Je filme quelques façades et rattrape en pressant le pas l’équipe. Nous ne sommes pas bien loin des voitures, très vite nous grimpons à l’intérieur pour nous rendre au port, beaucoup trop éloigné pour que nous songions à nous y rendre à pied.

Les véhicules empruntent un itinéraire qui ne fait que descendre sur une distance de quelques kilomètres.

Mon impression à notre arrivée est saisissante. Je suis complètement subjugué par cette immense pont qui enjambe l’estuaire du Gouet. Porté par de gigantesques piliers, le tablier de ce pont supporte la deux fois deux voies qui conduit de Nantes à Brest. Ma caméra n’arrête pas de filmer, car cette prouesse technique de l’homme m’éblouit terriblement.

Notre balade se prolonge sur plusieurs centaines de mètre. Le lit de la rivière est largement encombré par des bateaux de plaisance, qui sont amarrés des deux côtés. Notre promenade ne nous porte pas jusqu’à la mer, nous empruntons donc un petit pont qui est tournant, pour permettre le passage de la navigation. Nous bifurquons sur la droite et continuons à longer la rive jusqu’à un site de carénage et de réparation navale. Nous sommes dimanche et l’activité y est quasi inexistante. Je suis d’ailleurs étonné de ne pas voir non plus de touriste en ce long week-end de l’Ascension.

Florence me raconte comment la mutation de Jean à Bourges avait été difficile. Ceci est un lointain souvenir, car ils sont à présent complètement intégrés. Elle est contente de notre petite réunion et de cette initiative qui nous permet de nous revoir désormais au moins une fois par an.

Le temps est de plus en plus gris, mais il n’est pas utile d’accélérer le pas car la pluie semble vouloir nous épargner. Nous traversons un autre pont pour aboutir à notre point de départ.

Le chemin du retour est ponctué par un incident qui ne pouvait être qu’inévitable. Jean n’est plus dans notre ligne de mire, et nous nous sommes trompés d’itinéraire. Gaby possède un GPS et Étienne un portable, avec ces deux technologies modernes, nos véhicules finissent par repérer le bon chemin.

Jean a allumé la barbecue. Patrice à débouché une bonne bouteille de muscadet. Assis sur la margelle du puits nous attendons l’heure de l’apéritif.

Florence nous a cocotté un menu typiquement breton. Andouille et pâté, galettes aux saucisses et enfin crêpes au caramel.

Chantal est nauséeuse, sans doute un manque de sommeil conjugué avec un sérieux mal du transport.

Nous sommes tous un peu fatigués, mais rien ne peut entamer notre bonne humeur. La pendule nous rappelle que le séjour se termine et qu’avec regret, il est temps de prendre congé.

La nationale est encombré, je ne conduis pas mais je suis stressé par le trafic routier. Je préfère fermer les yeux. Une halte à Nantes pour déposer Étienne et Nadine puis nous repartons pour une dernière étape, celle qui nous conduira à destination.

Élisabeth, Patrice et Odile nous ont quittés, il nous reste à remercier Gaby et Nelly pour le voyage et prendre congé à notre tour.

Notre périple s’achève, restera les photos et les souvenirs et de nouveaux projets. Deux mille onze sera une autre année.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 6ème jour : Égypte 1976)


La journée s’annonçait intéressante, car il était prévu une longue balade sur le Nil, à bord de felouques que notre tour-opérateur mettait à notre disposition, en même temps que le personnel nécessaire pour les gouverner. Hormis le clapotis des vaguelettes sur la coque du bateau et le claquement de la voile triangulaire, chahutée par le vent, il régnait à bord de mon embarcation un calme olympien.

Nous voguions dans la direction de l’île du temple de Philae, noyée par les eaux du fleuve, une bonne partie de l’année, à cause de la folie constructrice des hommes, son transfert pierre par pierre sur une île voisine était en cours de réalisation. Il n’était pas prévu que nous visitions le chantier.

Nos embarcations filaient au gré de la brise, nous étions à une proximité raisonnable du rivage, ce qui me permettait d’observer les populations rurales locales qui vivaient par petits groupes d’individus au bord du fleuve.

La rudesse de leur environnement conjuguée à l’extrême archaïsme de leur mode de vie, me donnait la sensation d’assister à la représentation de scènes bibliques particulièrement lorsque je voyais les femmes descendre au bord de l’eau pour laver quelques pièces de vaisselle ou qu’un groupe de gamins se baignaient à proximité d’un troupeaux de dromadaires se désaltérant sous le regard attentif de leur propriétaire.

Comme partout sur ma route, je ne constatais qu’une seule et unique chose, des exclamations et des gestes de saluts marquaient notre passage. Leur extrême pauvreté ne freinait en rien leur enthousiasme et leur joie de vivre.

Il se dégageait à bord de notre felouque une impression de profonde sérénité. J’étais certain que mon désir de prolonger indéfiniment ces moments magiques, était partagé par l’ensemble du groupe.

Notre flottille rebroussait à présent chemin, car nous devions toucher terre, à l’opposé de notre point de départ. Une excursion facultative au célèbre promontoire du mausolée de l’Agha Kahn était proposée. Ceux qui n’était pas de l’aventure repartait sur la bateau.

Il n’y avait pas de meilleurs endroits pour admirer des îles qui face à nous, émergeaient du Nil, contraignant le fleuve à les contourner en se divisant en plusieurs branches, avant de poursuivre sa course vers l’océan.

Malgré un nombre important de visiteurs, il régnait à proximité du monument un profond silence marquant ainsi le respect que suscitait la présence du tombeau du chef spirituel des Ismaéliens. Outre la relative mais très appréciée fraîcheur du site, j’avais également savourer les explications précises de notre guide qui nous invitait à présent à rejoindre nos bateliers.

Une autre embarcation nous attendait en contrebas. Une brève traversée nous conduisit de la rive occidentale vers la deuxième étape de notre journée. Nos felouques solidement amarrées le long d’un ponton aménagé à cet effet, nous débarquâmes sur l’île Eléphantine, qui de haut de notre promontoire, était une heure plus tôt dans la ligne de mire de nos jumelles.

Un pique-nique organisé par notre voyagiste, nous attendait avec les moins courageux du groupe. A l’ombre d’une palmeraie, j’avais tout le loisir de remarquer le contraste avec les paysages précédents. Je ne pouvais m’empêcher de comparer les lieux à un oasis au milieu du désert. Ombragées par des rangées de palmiers dattiers, des allées nous conduisaient dans différentes directions, au milieu d’une végétation variée, soigneusement préservée pour garantir le développement touristique du site.

Un groupe folklorique, nous attendait à un détour de notre chemin, et se prêtait au jeu des appareils photos, tout en interprétant un air de musique traditionnelle. L’ensemble était parfaitement agencé et manquait sérieusement à mon goût de spontanéité.

Comme il avait coutume de la faire depuis le premier jour, Karim consacrait de bonne grâce, une partie de son temps à initier notre groupe à l’ethnologie. Nous eûmes donc le privilège de visiter une bananeraie, puis il nous invita à rencontrer la population nubienne, qui habitaient l’île. Le contact fut facilité par la présence de Karim qui traduisait les explications données par cette majorité de paysans et d’artisans, heureux de nous parler de leur origine et de leur culture. Orchestrée par les gestes lents mais excessivement précis de son guide, notre embarcation filait paisiblement sur le chemin du retour, lorsque nous entendîmes dans le lointain, comme un coup de canon.

Ce signal appelait les musulmans à cesser pour cette journée leur période de jeûne. Privé d’eau et de nourriture, depuis le matin, notre batelier qui avait su préserver ses forces, n’hésitait pas désormais, à nous dévoiler sa véritable personnalité. D’un seul trait il avait effacé l’obligation de retenue qu’il s’était imposée depuis le début de notre aventure, sans doute dans le respect de ses croyances.

A présent délivré de toutes ses contraintes, il semblait très agité et prenait la parole régulièrement en exigeant de Karim, qu’il nous traduise ses propos. Son visage s’illuminait d’un large sourire lorsqu’il constatait que ses discours retenaient l’attention des voyageurs. Je me félicitais d’avoir choisi cette époque du ramadan pour visiter le pays, car ce comportement individuel n’était que le pale reflet de l’euphorie générale que je constatais tous les soirs à l’heure du coucher du soleil au sein des populations locales et qui produisait cette ambiance si particulière et tellement agréable à vivre que je constatais depuis mon arrivée au Moyen Orient.



Breizh

Week-end breton (1er jour)

Samedi quinze mai deux mille dix, le réveil sonne, il est l’heure de se lever car il faut terminer de remplir la valise et passer à la boulangerie pour confectionner nos sandwichs. Nous avons rendez-vous à neuf heures précises. Le temps de charger notre coffre, de parcourir les quatre kilomètres qui nous séparent de notre bourgade natale, et nous retrouvons enfin notre fidèle équipe

Depuis dix ans nous avons l’habitude de nous réunir un week-end par an pour ne pas laisser mourir ces liens qui nous unissent, depuis notre prime jeunesse. Nous sommes onze (cinq couples et une personne seule), qui avons en commun d’avoir partager tantôt les bancs de l’école, tantôt ceux de la catéchèse, etc…. Onze qui avons individuellement été témoins à des degrés divers, de la vie des autres pendant les longues années de notre enfance et de notre adolescence, à une époque où nous faisions partie de la grande famille des habitants d’un même village.

Deux couples parmi nous sont restés fidèle à leur clocher, c’est chez l’un d’entre eux que nous nous regroupons. Notre célibataire s’est déplacée de la région parisienne pour nous rejoindre, avant d’avoir effectué une halte chez sa mère.

Nous formons deux voitures direction Nantes, pour récupérer un autre couple et nous filons ensuite à Plouvara dans les côtes d’Armor.

Jean et Florence nous accueillent dans leur petite résidence d’été, une maison typiquement bretonne en plein milieu des champs.

Le ciel est gris et incertain. Quelques gouttes de pluie ont fêté notre arrivée. Il fait frais et la pièce principale est chauffé par un poêle à bois. Rapide visite des lieux, pique-nique sur le pouce et nous partons poser nos bagages à l’hôtel à un quart-d’heure de trajet.

Le courriel nous avait prévenu, prévoyez de bonnes chaussures. Nous voici donc en marche pour un long périple qui nous conduit le long du sentier des douaniers. Nous avons beaucoup grimpé et nous sommes maintenant haut perchés sur la falaise qui surplombe la mer. Paysage totalement magnifique, le vent souffle fort, mais le soleil fait de timides apparitions.

Nous atteignons Binic, un petit port qui célèbre en ce week-end de l’Ascension, ses hommes qui partaient autrefois durant de longues semaines pêcher la morue dans les eaux froides de l’atlantique, du côté de Terre-Neuve. Il y a foule sur la jetée, une chorale de marins installée sur un bateau, interprètent des chants mélancoliques, un peu plus loin c’est le sonneur de biniou qui anime la fête. Les terrasses des cafés attendent les clients, la soirée sera sans doute bien arrosée. Il fait soif et nous nous installons dans un bar.

Nous poursuivons ensuite notre chemin à travers les rues typiques de cette petite station balnéaire bretonne, puis retrouvons de nouveau la campagne, avant de récupérer nos voitures à l’endroit où nous les avions garées.

Des huitres , ainsi qu’une excellente choucroute de la mer, nous attendent pour le diner. Un petit verre de muscadet bu confortablement assis sur la margelle du puits, et quelques photos plus tard, l’apéritif est servi.

La soirée se passe dans un climat convivial, nous nous connaissons bien et sommes encore une fois terriblement content d’être réunis. Les yeux qui s’alourdissent, et les bâillements qui se succèdent, donnent raison à la pendule qui nous indique, qu’il est bien tard.

Demain nous ramènerons le pain et les croissants. La chambre de l’hôtel est confortable, j’allume le radiateur car il fait un peu frais. Très vite je me plonge dans les draps. Chantal est encore dans la salle de bain, mais déjà je sens que mon esprit s’égare, le sommeil m’emporte et n’emmène vers le monde imaginaire de mes rêves. Demain sera un autre jour.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 5ème jour : Septembre 1976)


Au petit matin du cinquième jour, le soleil s’était levé tandis que retentissait la voix du muezzin, qui m’était désormais familière. Je n’avais pas bien dormi. La chaleur et le bruit m’empêchaient de retrouver le sommeil. Je n’étais pas seul dans la chambre, et ne voulant pas réveiller mon colocataire, je restais cloué sur mon lit, me sentant légèrement prisonnier de cette inconvénient du voyage.

Mes pensées se bousculaient dans ma tête, et je songeais au repas de la veille au soir lorsque j’avais compris avoir été la victime de mon manque de connaissances envers les us et coutumes de la population locale.

Notre groupe d’explorateurs était rentré du désert du Sinaï. L’équipe complète avaient rallié la salle de restaurant à l’heure du dîner. La discussion s’était éternisée autour de cette visite du monastère, chacun ayant une anecdote à raconter.

Nous avions avec mes deux amies évoqué à notre tour notre emploi du temps de la journée.

L’épisode de la visite du zoo avait fait réagir Karim notre accompagnateur, qui nous déclara que nous avions été stupidement berné, car au Caire, comme partout dans le monde, la visite d’un parc animalier ne suscitait pas la présence d’un guide .

Cette remarque qui avait provoqué les rires m’avait un peu vexé, je me sentais ridicule et me reprochais ma naïveté. Je n’avais pas prêté attention aux réactions de mes coéquipières de balade, de toute façon, il était trop tard pour se lamenter.

Mon colocataire avait enfin ouvert les yeux, et était à présent sous la douche. J’étais penché à la fenêtre de notre chambre, pour fumer une cigarette. Des enfants me hélaient deux étages plus bas pour me réclamer des bonbons, c’est du moins ce que je croyais comprendre. Je me demandais ce qu’ils pouvaient bien faire dans les rues à cette heure matinale. Un bus tout bringuebalant, et bondé de voyageurs passa en trombe en les klaxonnant alors qu’ils continuaient inlassablement de m’interpeler.

L’eau tiède m’avait rafraîchit le corps et l’esprit. Ma valise était bouclée, j’étais fin prêt à rejoindre la salle du petit-déjeuner.

Le bus nous attendait à l’entrée de l’hôtel, nous quittions provisoirement la capitale pour rejoindre la ville d’Assouan.

Le Boeing 747 de la compagnie Egypt Air qui devait nous transporter à neuf cents kilomètres de la capitale, attendait ses passagers à une centaine de mètres de la porte d’embarquement.

Dans l’avion j’étais à côté de Karim qui m’avait longuement parlé de son séjour en France et de ses parfaites connaissances de notre pays.

Le voyage s’était passé sans incidents notoires et nous avions été transféré à notre logement sans que nous ayons eu besoin d’attendre trop longtemps.

Je me souviens particulièrement de l’écrasante chaleur qui sévissait dans cette ville située très au sud du pays. J’avais promptement franchi par l’escalier, les trois étages qui me séparaient des bienfaits d’une douche. L’immeuble qui nous abritait, était construit à l’écart de la ville, dans une zone dépeuplée. J’étais sorti sur le balcon, par la porte fenêtre de ma chambre, pour sécher au soleil, mes cheveux fraîchement lavés. Le paysage était magnifique et apaisant. Lentement et méticuleusement, je contemplais la majesté du Nil, que le lac Nasser situé à quelques kilomètres de là, alimentait régulièrement en eaux.

Je conserve dans ma mémoire, l’image particulièrement magique et sensuel, de ce moment de solitude. Penché contre la balustrade, je fermai les yeux, pour sentir encore plus intensément le vent brûlant du désert, me fouetter le visage. Ce genre de situation me soulageait de tous mes maux, j’avais à cet instant, la certitude que jamais plus rien de fâcheux ne viendrait désormais polluer mon existence. Très tôt dans les solitudes de mon enfance, j’avais acquis cette faculté de perdre toute notion de temps et d’espace, une sorte de rêve éveillé,

En faisant involontairement claquer la porte, mon colocataire qui venait d’entrer à son tour, brisa la miroir de mes pensées.

Nous avions l’après-midi de libre et Karim proposa à ceux qui le souhaitaient, la visite d’une carrière de granite rose, que l’Égypte exploitait à l’époque ancienne pour satisfaire l’édification de ses temples et autres monuments. L’obélisque inachevé était le principal intérêt touristique de ce lieu. Sa taille avait été abandonnée à la suite d’une fêlure dans la roche et il reposait, à l’état d’ébauche, non détaché du massif.

Nous avions parcouru les quelques kilomètres désertiques qui nous séparaient de cette curiosité historique, à bord d’un minibus, que nous avions loué pour la circonstance. Puis nous poursuivîmes vers le haut barrage. Sa construction décidée par Nasser, avait certes procuré une certaine croissance économique au pays, mais les séquelles sur l’écosystème devenaient au fil des ans, de plus en plus problématiques. Il était temps pour nous de faire demi-tour et de consacrer un peu de temps à la visite d’Assouan.

Hormis l’époque coloniale, la ville ne possédait que peu d’attraits en matière de patrimoine architectural, mais Karim connaissait un vieux quartier réputé pour son marché aux épices.

Après avoir traversé quelques rues animées du centre ville, nous nous engageâmes dans une petite rue qui montait vers les quartiers nubiens. Les plupart des femmes étaient en ce lieu vêtues et voilées de noirs.

Au fur et à mesure de notre progression le quartier changeait d’aspect, la terre battue remplaçait le bitume et les trottoirs n’existaient plus. Beaucoup d’enfants couraient pieds nus ne risquant de rencontrer sur leur passage que quelques ânes attelés à de vétustes charrettes.

Au détour de notre chemin, un tas d’ordure laissée à l’abandon barra partiellement notre route. Des chiens errants tentaient d’y débusquer une maigre pitance.

Nous rencontrions de plus en plus d’animation, manifestement nous nous approchions de la zone commerçante. Ici et là des adultes nonchalamment adossés contre un mur fumait le narguilé et nous décochaient un sourire de bienvenue. De vieilles femmes nous faisaient un signe de la main. Leur pauvreté ne semblaient pas les anéantir.

Notre parcours s’élargissait petit à petit, nous avions atteint les souks. Les étalages étaient à présent les uns sur les autres. De ci de là, des marchands de soieries, de cigarettes, de fruits et légumes tentaient d’attirer notre attention.

Nous étions arrêté devant la boutique du repasseur, qui exécutait son travail avec un fer en fonte accroché au pied, spectacle rare qui nous ne serions pas amenés à voir de si tôt.

Il devenait de plus en plus difficile de se frayer un chemin parmi les badauds.

Nous étions enfin en plein cœur du quartier populaire où les étales regorgeaient de toutes sortes de ces fameuses épices multicolores. Des assaisonnements culinaires, qui exhalaient des parfums capiteux, flattant les odorats des promeneurs, en favorisant par la même occasion l’évasion des esprits.

L’ambiance à la fête et à la décontraction, encourageait les dépenses.

Dans le souk abondait également fabricants d’articles en cuir, quincailliers, tailleurs d’habits. J’avais accepté de me faire couper une djellaba en popeline blanche à mes mesures, à condition de pouvoir la récupérer très vite.

En attendant, avec Claire et Marie-Françoise, nous nous étions accordés une pause, pour boire un thé à la menthe. Je n’avais toujours pas voulu tenter l’expérience de fumer le narguilé, une manière pourtant irréfutable d’épouser les us et coutumes du pays. Un enfant c’était assis sur mes genoux et m’avait embrassé, il était parti sans réclamer un bakchich, je n’avais pas compris la signification de son geste. Plus tard, j’avais reçu un projectile dans le dos, sans savoir si c’était pour attirer mon attention et si c’était au contraire un geste d’hostilité.

En tant que touriste, nous étions harcelés de toute part et notamment, les sollicitations se portaient volontiers sur les cigarettes américaines, que les égyptiens aimaient bien voir se faire offrir. De mon côté, j’étais sûr de ne pas être dévalisé car mes gitanes blanches de fabrication française n’était pas appréciées. Lorsque je tendais mon paquet, une grimace apparaissait sur le visage du quémandeur, qui portait sa main droite à la gorge pour me signifier que mon tabac était trop fort pour lui.

Loin de la ville, nous bénéficiâmes cette nuit là du silence qui nous avait manqué lors de notre séjour au Caire. Cependant l’excessive chaleur qui régnait dans la chambre, me faisait transpirer abondamment. Comme toujours, j »avais soif. J’avais également du mal à trouver le sommeil dans des draps froissés et imprégnés de sueur.

C’est les yeux bouffis et les cheveux hérissés que je décrochai le lendemain matin, le combiné du téléphone qui venait de sonner l’heure du réveil.




La tarte de bêtises

Recette

 

Prenez un élu qui cumule les fonctions de conseiller régional socialiste, et conseiller municipal d’opposition.

Prenez une réunion du conseil municipal qui tourne mal, le maire estimant avoir été insulté par l’individu ci-dessus nommé : (La phrase objet du scandale ‘‘ Quand vous me regardez avec un air hébété comme maintenant »)

Rajoutez un premier magistrat qui demande des excuses publiques et son adversaire qui refuse de s’exécuter.

Complétez par une décision municipale de ne plus inviter ce conseiller régional aux manifestations financées par la région alors même qu’il en est le représentant élu.

Arrosez le tout de la colère d’un président du conseil régional qui s’insurge de l’éviction de son protégé de ces fameuses manifestations.

Salez et poivrez par un chantage : (monsieur le président à monsieur le maire)

Vous prenez le risque de placer votre commune et communauté d’agglomération que vous présidez dans une situation délicate vis à vis de l’un de ses partenaires financiers importants.

Ces obligations (d’inviter l’élu de l’opposition) ne sont pas des figures de style, elles ont un valeur juridique et entraînent en cas de non-respect le gel des financements concernés mais aussi la possibilité pour la région de demander le remboursement des aides versées.

Car non seulement les contribuables ne bénéficieront pas de leurs impôts versés au conseil régional mais en plus ils devront mettre la main à la poche pour compenser le financements évaporés.

Vous obtiendrez une délicieuse tarte de bêtises digne des chamailleries d’enfants en maternelle, alors que nous traversons un grave crise économique, que le chômage gangrène notre société, que les injustices sont de plus en plus évidentes, que l’état creuse la dette sans relâche, que nos gamins risquent de travailler jusqu’à soixante dix ans, et que dans les siècles à venir notre terre menace ruine à cause d’une humanité qui court tous les jours un peu plus vite à la catastrophe.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Egypte 4ème jour : septembre 1976)



Personne ne nous réveilla ce matin du quatrième jour, nous avions quartier libre. J’étais descendu prendre mon petit déjeuner avant de rejoindre le salon pour rédiger quelques lettres. J’avais l’impression d’avoir quitté la France, depuis une éternité. J’eus une pensée affectueuse, pour mes proches, qui me manquaient. Je serai ravi de les retrouver. Pour l’heure je leur adressais des messages remplis de bonheur.

Mon colocataire m’avait rejoint. Nous étions assis l’un en face de l’autre à boire un coca. La pièce était encombrée de projecteurs et de différents matériels. Une équipe de cinéma arriva sur les lieux pour tourner la scène d’un film. Nous voulûmes partir, mais le réceptionniste nous expliqua de rester le temps d’une prise, car en tant que voyageurs, nous ferions des figurants parfaits. L’expérience fut amusante, malheureusement nous n’en verrions jamais le résultat.

Une excursion hors circuit ayant été planifiée, beaucoup de nos coéquipiers avaient déserté l’hôtel. Localisé dans le désert du Sinaï, le monastère Sainte Catherine était une destination très prisée des touristes, car le site était classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Mon budget me permettait quelques incartades, mais j’avais décidé d’exclure cette balade du programme de mes visites.

Il ne me restait plus qu’à faire preuve d’un peu d’imagination pour occuper à temps plein cette journée en solitaire. Je ne me comportais pas comme un guerrier en terre conquise, mais ma méfiance des premiers jours s’était dissipée. Je m’habituais à la vie quotidienne des orientaux et n’éprouvais aucune angoisse à l’idée de déambuler seul, au hasard des rues. Je retournai dans ce quartier populaire que nous avions visité avec notre guide et retournai m’asseoir à la terrasse du troquet qui nous avait si chaleureusement accueilli. J’y retrouvai deux de mes accompagnatrices, Claire et Marie-Françoise et nous décidâmes de passer le reste de la journée ensemble. Alors que nous étions à essayer d’identifier la nature des boissons que nos voisins de table étaient en train de boire, le cabaretier nous proposa de nous servir la même chose. Il s’agissait d’une infusion glacée à base de de fleurs d’hibiscus, le Karcadé , que nous appréciâmes davantage que le café turc que nous avions pu boire la veille au soir.

Nous profitâmes également de notre présence au milieu des souks, pour faire quelques achats, puis poursuivant notre chemin, nous repérâmes un petit musée traitant de l’histoire coloniale dans lequel nous décidâmes d’entrer.

Beaucoup de petites gens, exerçaient une activité que je qualifierais de survie. Sur le chemin du retour, nous croisions le cireur de chaussures, le porteur d’eau, le vendeur de beignets. Bon nombre étaient des enfants et nous étions sans cesse sollicités, par cette horde de nécessiteux.

Des kiosques à journaux étaient disséminés aux coins des rues. Ce jour là nous apprîmes la mort de Mao Tsé-toung le leader Chinois, dont la photo trônait en première page d’un journal que le vendeur avait accroché en devanture de sa boutique.

Nous déjeunâmes à l’hôtel. Nous ne buvions que de l’eau minérale, directement importée d’Europe et prenions à tous les repas, des gélules contre la  »tourista ». Nous suivions en ce sens les consignes de l’organisation mondiale de la santé. Cette protection semblait efficace, mais avait l’inconvénient d’être très coûteuse. La salle de restaurant comportait de larges ouvertures vitrées qui donnaient sur la rue. Des gamins, le visage collé aux carreaux épiaient nos différentes tables. Je ne manquai pas de me triturer l’esprit, à la vue de ces enfants que j’imaginais pauvres et sans doute, mal nourris. Je me sentis de nouveau mal à l’aise dans cette position d’intrus privilégié, mais je me gardai bien de faire part de mes scrupules à mon entourage.

L’après midi, nous prîmes un taxi, pour nous rendre dans un quartier contemporain de la ville. Le chauffeur nous descendit au pied du Ramsès Hilton, un palace réservé à une clientèle fortunée. Par curiosité nous avions décidé d’explorer les lieux. Ce building, érigé au bord du Nil, disposait d’une esplanade, offrant aux visiteurs une vue panoramique des différents bâtiments modernes construits sur l’autre rive du grand fleuve à proximité de la tour du Caire, qui ne souffrait d’aucune rivalité en matière de beauté architecturale. En pivotant du regard, j’observai d’un bout à l’autre de l’horizon, les méandres du cours d’eau et constatai que le trafic fluvial était presque aussi dense que le trafic routier.

Nous pénétrâmes dans un immense hall d’accueil peu fréquenté à cette heure de la journée. L’air climatisé contrastait fortement avec la chaleur écrasante que nous subissions dehors. Une galerie marchande située à droite de l’entrée, offrait aux touristes une kyrielle de boutiques toutes aussi luxueuses les unes que les autres. La diversité des commerces était telle que de séjourner en ce lieu dispensait le vacancier de tout contact avec la population extérieure. Nous comprîmes très vite que cette visite ne comportait pas d’intérêt, car nous trouvions ici le matérialisme débridé que nous avions justement voulu temporairement oublié en quittant la France. Nous libérâmes sans plus attendre la place, soulagés de retrouver le quotidien de tout un peuple que nous apprenions petit à petit à connaître et à apprécier.

Une longue balade sur le bord du Nil nous dirigeait jusqu’à un quartier commerçant où nous fûmes assaillis par une multitude de braves gens qui tentaient de nous vendre les produits de leurs étalages. Nous fûmes heureux de nous libérer de cette emprise, car notre temps était précieux et nous voulions profiter un maximum de notre journée.

Notre déambulation au hasard des rues nous amena à proximité du zoo que Karim, notre guide, nous avait recommandé de visiter. Notre promenade au sein du parc fut des plus agréables. Un jeune égyptien s’était incrusté dans notre équipe et tenait le rôle d’accompagnateur. Nous n’avions pas trouvé cette situation curieuse. Pensant naïvement que cette manière de faire, rentrait dans le cadre des coutumes locales, nous avions gratifié notre chaperon d’un généreux pourboire, n’oubliant pas de le remercier de son amabilité.

L’après midi était bien avancé quand nous prîmes la décision du retour. Déjà les boutiques ouvertes sur les trottoirs, éclairaient largement les piétons qui se précipitaient de partout, chacun se dirigeant vers sa propre destinée. Je continuais à m’étonner du spectacle que m’offrait la rue. Il était rare par exemple, de voir deux personnes de sexes opposés, se déplaçant côte à côte. A l’inverse, croiser deux hommes se tenant par le bras était dans les normes. Usage que notre civilisation occidentale interpréterait dans les rues de nos villes, comme de la plus malsaine des manières. Dans le vacarme infernal des klaxons et dans le tohu-bohu des voitures, il nous fallut repérer un taxi car nous étions trop loin de notre hôtel pour s’y rendre à pied.



La voie de la sagesse

Historique : La condamnation définitive des horreurs du stalinisme au plus haut niveau de l’état russe


Le président russe a condamné le régime  »totalitaire » de l’URSS et les crimes  »impardonnables » commis par le dictateur soviétique Joseph Staline, dans un geste fortement symbolique.

C’est la première fois que la plus haute autorité de cet état prend clairement le parti de condamner le stalinisme et son leader.

Dmitri Medvedev a écrit un véritable réquisitoire, contrecarrant par avance les principaux arguments adverses et lançant une authentique campagne pour le devoir de mémoire envers les victimes.

L’une des plus grandes tragédies de l’histoire russe – c’est la terreur stalinienne: après avoir cité « la Volga de la douleur du peuple » de A. Soljenitsine, parlant du « flot » des victimes, Medvedev insiste sur l’horreur des exactions et les millions de victimes des répressions et des fausses accusations.

Il se dit convaincu qu’aucun succès ou ambition nationale ne peut justifier cela:

« Rien ne peut être mis plus haut que la valeur de la vie humaine » écrit-il.

Il attaque les défenseurs du stalinisme qui puisent leurs arguments dans le principe de la fin qui justifie les moyens: c’est la nécessité de bâtir un pays puissant pour se défendre, et pour aboutir au succès final ( industrialisation et victoire de 1945), qui sont censés absoudre les criminels.

A deux jours de la commémoration du 65ème anniversaire de cette fameuse victoire de 1945, monsieur Medvedev a explicitement séparé l’exploit de l’Armée rouge des méfaits de l’Union soviétiques qui ont suivi

‘ L’ Armée rouge, qui avec les Alliés a libéré l’Europe des nazis »

 » Les crimes de Staline ne peuvent diminuer l’exploit du peuple russe qui a obtenu la victoire… ».

Il qualifie clairement Staline de criminel et met fin à un autre argument de ses défenseurs, celui qui fait de lui l’artisan de la Victoire et prétend que s’attaquer Staline s’est s’attaquer à tous les héros de la guerre

Enfin dans son allocution du 65e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, Dmitri Medvedev a encouragé les puissances mondiales à s’unir pour la défense de la paix et a expliqué sa décision d’inviter des soldats de l’Alliance atlantique à défiler sur la place Rouge.

A l’opposition communiste et aux anciens combattants de l’Armée rouge qui ont critiqué la décision d’inviter des troupes occidentales, il a répondu que la Seconde Guerre mondiale avait enseigné au monde une leçon « d’unité et de solidarité » face au nazisme. Cette leçon, a-t-il souligné, est toujours valable aujourd’hui face aux menaces contre la paix.

 » Il faut savoir regarder son passé en face, avec ses cotés tragiques, vaincre la facilité de l’oubli et élever les enfants à respecter les droits de l’homme, la valeur de la vie humaine… etc. »

Épilogue : L’affaire de la commémoration de la déportation.(cf article blog  »Douloureux souvenirs)


Ida Grispan, une ancienne déportée de la guerre 39/45, à qui l’on reprochait de citer dans son texte, l’intervention de trois gendarmes, lors de son arrestation, et dont l’écrit avait été partiellement censuré, vient d’obtenir réparation de l’offense qui lui avait été faite.

Monsieur le maire de cette désormais célèbre municipalité, qui avait été à l’origine de la polémique, a lu le témoignage tel qu’il avait été écrit, au pied du monument aux morts de la commune, lors de la cérémonie de ce 8 mai 2010.


Pour la mémoire : Heureuse initiative du gouvernement allemand.


L’ Allemagne consacre un musée au crimes nazis à quelques centaines mètres du mémorial des victimes de l’holocauste, dont les 2700 cubes de béton où sont inscrits le noms des morts, couvrent une surface équivalente à un stade de football.

Construit au-dessus des anciennes caves de la Gestapo, seuls vestiges conservés des anciens bâtiments, le nouveau musée de deux étages, en verre et en acier, donne l’impression de  »flotter » au-dessus du site.

Sur les murs des photos de dirigeants nazis, des photos de détenus prises par la Gestapo, des photos d’exécutions sommaires, ainsi que des plaquettes visant à expliquer les efforts après-guerre pour juger les coupables.


Ma réaction : (La menace ne viendra plus de l’Europe de l’est, mais de l’Orient ou plus sûrement des pays du sud)


Vingt sept pays ont adhéré à la communauté économique européenne depuis sa création en mille neuf cent cinquante sept. Cette coopération politique industrielle scientifique et sociale du fait de son imbrication de plus en plus étroite, interdit toute possibilité de conflits entre les états membres.

La guerre froide qui perdura de mille neuf cent quarante sept, jusqu’en mille neuf cent quatre vint et onze, et qui restait une énorme menace pour la paix, semble désormais un mauvais souvenir.

La chute du communisme, puis l’évolution positive des relations entre l’est et l’ouest éloignent petit à petit les risques majeurs d’un conflit entre nos nations.

Le discours historique de monsieur Medvedev, l’initiative allemande pour que les crimes nazis ne tombent pas dans l’oubli, le choix de monsieur le maire de lire un texte qui méritait que l’on ne l’ampute pas d’une partie de la vérité, trois parmi de nombreuses dispositions qui font que notre vieux continent semble vouloir panser ses plaies, et trouver peu à peu la voie de la sagesse.



Extrait du livre de mes mémoires : (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte 3ème jour : septembre 1976 )


 

La sonnerie du téléphone nous fit tressaillir. Le réceptionniste nous informait qu’il était l’heure de se lever. Le petit déjeuner avalé, nous prîmes la route du nord en direction de la ville d’Alexandrie. Nous nous approchions d’une région où le Nil forme un delta se séparant à cet endroit en plusieurs branches. La contrée était marécageuse et ce paysage verdoyant contrastait fortement avec l’aridité de certaines régions que nous avions eu l’occasion de traverser. Alors que nous longions le bras le plus à l’ouest du fleuve, nos regards furent attirés par le regroupement sur la rive, d’un certain nombre de petite embarcations typiques du pays et les amateurs de photos souvenirs demandèrent au chauffeur de s’arrêter Sur les felouques des hommes s’affairaient à différentes tâches. Leur méthode de travail me paraissait bien archaïque. Je me demandais s’il s’agissait de pêcheurs ou bien si leur activité était liée au transport artisanal de marchandises. L’image était belle et apaisante. Elle nous renvoyait à des années lumières de cette course effrénée aux profits, que nous connaissions dans nos gigantesques ports industrialisés d’Europe. Je serais resté des heures à contempler la scène mais déjà notre guide nous hélait en pointant du doigt sa montre bracelet.

Nous avions parcouru les deux cents et quelques kilomètres qui nous séparaient du Caire, en un peu plus de trois heures et il nous restait assez de temps pour effectuer un tour de visite rapide de la ville.

Pêle-mêle nous avions pu apercevoir à travers les vitres de notre bus, le fort Qaït Bey, la mosquée d’Abou Abbas al Mursi, l’amphithéâtre de Kom el Dick, la colonne de Pompée.

Deux heures de pause déjeuner plus tard, le musée national nous ouvrit ses portes pour une inspection minutieuse et précise de ses collections. Grâce à la compétence de notre accompagnateur je passai encore un moment fabuleux. Et puis la cerise sur la gâteau, fut le créneau horaire qui permit aux détenteurs d’un maillot de bain (nous avions été averti la veille), de pouvoir piquer un plongeon dans les eaux tièdes de la Méditerranée. La plage était quasi déserte, notre guide nous expliqua que la religion musulmane était très stricte en matière de mœurs et les tenues à l’occidentale sur les plages, encore plus en période de ramadan, étaient à proscrire. Il respecta ses convictions religieuses et resta pendant toute la durée de la baignade à l’écart du groupe.

La tête appuyée contre le carreau, je regardais défiler le paysage. Au loin le soleil couchant marquait la fin de la journée. L’état des routes n’était pas toujours sans grief, et nos pauvres corps fatigués par cette épuisante excursion, étaient cahotés dans tous les sens. J’avais retrouvé ma chambre avec beaucoup de soulagement.



Daniel mon ami

La vie d’un homme est trop courte, elle ne laisse même pas le temps de compter jusqu’à deux.

Son décès arrive donc un jour parce que l’une ou l’autre des principales parties du corps se sont corrompus.

Vous voici revenus mes vieux tourments, au creux de mon corps, comme un mauvaise blessure que chaque mouvement irrite, l’angoisse de la solitude éternelle, la crainte qu’il n’y ait pas de réponses en ces lieux mystérieux où toi le trépas tu nous emmènes.

Quand on pense à quel point la mort nous es familière, et combien est entière notre ignorance, et qu’il n’y jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé !

Je suis de la race des hommes, je n’aime pas l’inconnu, à défaut de certitude j’aimerais tellement retrouver cette confiance qui s’est évaporée au fil du temps. Cette foi, remède à bien des maux de l’âme, qui me conduirait sûrement sur le chemin de la sérénité.

Daniel mon ami, tu as été de ceux qui m’ont aidé à porter ma croix durant cette période difficile de ma maladie, et puis tu es tombé malade à ton tour. Ton fardeau était bien trop lourd, il a donc fallu contraint et forcé que tu démissionnes.

En ce début de mois de mai ta bougie s’est éteinte et il nous est impossible de la rallumer.


A méditer

Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte 2ème jour : septembre 1976)


Même causes, mêmes effets, au matin de cette deuxième journée, notre chauffeur tentait patiemment de se frayer un chemin au milieu de la cohue et des embouteillages. Il faisait toujours aussi chaud et je ressentais déjà le besoin de me désaltérer. Nous nous dirigions dans la banlieue sud, à l’endroit même où se situait Memphis, la capitale de l’ancienne Égypte. Ce site archéologique était très riche en vestiges et les explications de notre guide étaient suffisamment convaincantes pour que nous prenions beaucoup de plaisir à visiter les lieux. Nous fîmes ensuite étape à Saqqarah.

Construite à quelques encablures de Memphis, cette nécropole rassemblait un grand nombre de mastabas qui étaient à l’Égyptien antique, ce que les caveaux de nos cimetières sont à nos familles occidentales. Ici un bon nombre de sépultures de pharaons et de notables avaient été mises à nu et l’on pouvait prendre en photos l’une des plus ancienne pyramide existante: la pyramide à degrés de Djéser.

Un soleil écrasant nous rendait la vie difficile, mais la matinée s’achevait et nous devions regagner notre car.

Heureusement, une ribambelle de gamins nous attendaient à la sortie pour nous proposer des bouteilles de jus de fruits et de coca cola qu’ils tenaient au frais dans des seaux d’eau glacée. Le service était largement payé, mais j’étais prêt à dépenser une fortune pour ne plus souffrir de la soif.

Nous longions la verte vallée du Nil, où des agriculteurs disposaient de terres enrichies par les alluvions apportées par le fleuve royal, au moment des crues. Les cultures étaient abondantes, aussi bien en céréales, qu’en plantes fourragères ou en légumes. Nous avions fait une halte pour satisfaire la curiosité des possesseurs de jumelles. On apercevait dans le lointain une partie des trois célèbres pyramides de Gizeh.

Des gamins en costumes traditionnels, des paysans tirant un dromadaire chargé de marchandises, nous abordaient avec un sourire et se prêtaient contre un bakchich, aux jeux de nos appareils photos. Notre restaurant jouissait d’une vue imbattable sur le plateau désertique de la nécropole. Je n’imaginais pas un seul instant, découvrir ce site mondialement connu aussi près de la ville. En fait nous étions situé exactement à la frontière entre civilisation et désert.

Au programme, il était prévu de parcourir la zone à dos de dromadaires. J’avais besoin de silence et de recueillement face à ces 4500 ans d’histoire, aussi j’optai pour la marche afin de m’approcher le plus possible du sphinx. Des milliards de gens s’étaient trouvés à cet endroit avant moi, des milliards d’autres me remplaceraient. Pourtant l’instant présent m’appartenait.. Cette pensée me donnait la chair de poule. Je songeai à cette multitude de rêves qui avaient peuplé mon enfance. Que de chemins parcourus avant que certains d’entre eux ne deviennent réalité. La promenade touristique s’achevait et l’arrivée de la caravane mit un terme à mes rêveries.

Nous devions ensuite explorer l’intérieur de la pyramide de Kheops. Elle était constituée d’un nombre important de galeries qui formaient un labyrinthe, censé dissuader les pilleurs. Depuis déjà bien longtemps l’accès à la chambre funéraire avait été découvert. Pour atteindre la dernière demeure de pharaon, il fallait se servir d’un escalier métallique aménagé à l’usage des visiteurs, dans un couloir étroit et sombre. La progression se faisait la tête penchée et le dos courbé, mais la récompense suprême attendait les passionnés au bout de leur effort. Il ne restait rien dans la chambre hormis la pierre tombale qui avait renfermé le sarcophage, Je considérais néanmoins comme un privilège de me retrouver en ce lieu si prestigieux.

La journée s’achevait, il nous restait vingt cinq kilomètres à parcourir avant de regagner le Caire. La clarté du soleil avait laissé sa place à celle des lumières de la ville qui se reflétaient dans les eaux tumultueuses du Nil que nous franchîmes sur un pont nouvellement construit.

En très peu de temps, nous étions passés d’une architecture antique, datant d’au moins deux mille cinq cent ans avant Jésus-Christ, à l’architecture ultramoderne du vingtième siècle, ce qui me fit penser que le génie de l’homme était de toutes les époques.

Notre guide offrit de nouveau ses services, pour agrémenter notre soirée, en nous suggérant la visite d’un quartier très populaire de la ville. Il y avait moins de volontaires que la veille, j’étais de ceux qui avaient profité la nuit précédente d’une dose correcte de sommeil, j’acceptai donc l’invitation. Un quart d’heure de marche, nous suffirent pour atteindre une rue très étroite qui nous conduisait dans un souk populaire. L’endroit était inondé de la lumière émanant des différents commerces qui s’étalaient côte à côte, tout le long des allées, et qui malgré l’heure avancée de la soirée, continuaient à proposer un impressionnant achalandage à une nuée de badauds quelquefois intéressés mais négociant avec acharnement le prix des articles vendus.

Nous nous étions installés à la terrasse d’un troquet pour boire le traditionnel thé à la menthe. Certains d’entre nous essayèrent d’imiter les Cairotes, en fumant le narguilé, d’autres se pliaient aux usages de bienvenue en acceptant les colliers de jasmin qui leur étaient offerts.

L’ambiance était conviviale et l’accueil des plus chaleureux. La présence de notre guide d’origine orientale parmi nous n’était pas étrangère au climat de confiance qui s’était établi entre nous et les autochtones. Nous ne pouvions que le remercier de nous avoir conduits dans ces quartiers habituellement désertés des touristes.



L’instinct de survie

L’instinct de survie fait souvent perdre le sens du raisonnement et peut rendre l’homme terriblement dangereux pour l’homme.

Le corps, quelque soit le domaine, nous renvoie à notre condition, il a pour conséquence, souvent, l’agressivité, simple réponse à une menace réelle, ou future, ou imaginée.

 

Pourquoi l’homme, animal doté de raison conserve-t-il son instinct d’agressivité?

Parce que sa raison n’est pas suffisante pour dominer ses instincts.

Enfermez un groupe d’énarques, d’académiciens, de prix nobels, bref, une trentaine de personnes, parmi lesquelles un soi-disant « inculte », dans la même pièce, et donnez leur une fois par semaine de quoi nourrir dix d’entre eux, avec le strict minimum d’eau.
On verra tout de suite de quoi l’être humain est aussi fait.
Il n’est pas impossible que se soit le moins érudit qui se comporte de la manière la plus humaine.
Nous sommes conditionnés par notre corps, notre partie animale, et tout ce qui se rapporte à lui.
Dès que ce corps est en grande carence, il nous ramène inexorablement, fatalement, puissamment, à nos instincts les plus primaires, à la partie de nous dont nous ne pouvons nous défaire, puisqu’elle est le véhicule de notre existence, et donc, si nous la sentons en danger, pour la plupart d’entre nous, alors plus rien d’autre n’a d’importance, plus rien d’autre n’existe, sinon une réponse immédiate, brutale, sans aucune concession, à sa survie, fut-ce au dépens de celle de l’autre.

Parce que sa raison n’est pas suffisante pour dominer sa peur.

Au plus profond de lui-même, l’homme connaît la peur: la peur de l’autre homme, surtout de l’homme autre, cet inconnu, cet étranger, cet indésirable, cet intrus qu’il considère porteur de menaces et de dangers. La peur de l’homme s’enracine toujours dans la crainte de mourir. Dès lors, nous considérons l’autre comme un ennemi auquel nous prêtons l’intention de nous faire du mal et, peut-être, de nous faire mourir. Nous appréhendons la rencontre avec l’autre homme en le considérant comme notre meurtrier potentiel, quand bien même il ne manifeste aucune hostilité à notre égard.

La peur crée le danger plus souvent que le danger ne crée la peur.

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte septembre 1976)

Je n’avais pas la notion du temps, peut-être étais-je couché depuis une ou deux heures. Je ne dormais pas aussi profondément que j’aurais pu l’espérer. J’avais soif et ma bouteille d’eau était vide, il fallait pourtant que je me réhydrate, car j’avais beaucoup transpiré. L’agence de voyage m’avait conseillé de ne pas boire au robinet, mais la tentation était trop forte,et tant pis pour mes intestins, d’ailleurs j’avais dans ma valise des gélules pour parer à toute éventualité. La lumière extérieure, perçait à travers les rideaux et j’eus envie d’ouvrir ma fenêtre pour observer l’agitation de la rue. Penché à ma balustrade je fumai une cigarette pour m’apaiser un peu, je me sentais légèrement nerveux. Du haut de mon deuxième étage je contemplais cette fourmilière humaine qui s’agitait dans tous les sens, je n’avais encore jamais rien vu de semblable.
Mon colocataire n’était pas encore rentré, et je regrettais à présent de ne pas l’avoir accompagné. Mes paupières étaient lourdes, il fallait que j’essaie de me reposer. J’avais dû m’assoupir mais je gardais les yeux semi-ouverts. Le plafond éclairé par les lumières de la ville servait de toile de fond à des ombres filiformes qui me donnaient l’impression de danser faiblement.
Un léger bruit me fit tressaillir, mon coéquipier était entré en essayant de se faire le plus discrètement possible.
Etait-ce mon état d’anxiété qui m’avait fait réagir ainsi ?
L’espace d’un éclair, je vis une troupe effrayante de momies, commandées par la silhouette agressive d’un individu armé d’un couteau, celui-là même qui m’avait fait sursauté peu de temps avant, alors qu’il était assis à proximité de ma chambre. Je me sentis brutalement en danger et sautai du lit en poussant un cri strident, en même temps que je décochai un coup de pied magistral dans ma table de chevet, qui s’en alla valser un peu plus loin.
Surpris par cette réaction d’une extrême violence, mon colocataire restait figé le long du mur. Le temps de recouvrer mes esprits, nous pûmes nous rassurer mutuellement.
J’avais été victime d’une hallucination et nous expliquions mon geste, par le fait que se sentant menacé, mon esprit avait obéi à un réflexe d’autodéfense. Je n’avais même pas mal aux orteils et pourtant la brutalité de mon geste aurait pu faire penser le contraire.
Nous passâmes une partie de la nuit à discuter de choses et d’autres, avant de trouver enfin un peu le sommeil. L’appel à la prière du petit matin, ne troubla pas notre repos.

 




Douloureux souvenir

J’ai été arrêté le 31 janvier 1944 par trois gendarmes, l’inhumanité même de ces trois hommes, le chiffre trois, chiffre impair qui montre bien la détermination d’être solidaires, de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas n’emmener moi, si jeunes, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des Allemands, trois gendarmes français, on obéi aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire.

Ida Grinspan


Dimanche 25 avril, journée du souvenir de la déportation, une professeur d’histoire accompagnait comme depuis quelques années , ses élèves qui participaient avec elle aux cérémonies commémoratives de la déportation.

Elle avait demandé à une ancienne déportée de rédiger un texte que ses élèves devaient lire. Dans ce récit, l’auteur évoquait son arrestation par trois gendarmes alors qu’elle n’avait que 14 ans.

Ce témoignage a tout d’abord heurté la sensibilité d’un ancien gendarme, adjoint au maire dans la commune où la célébration devait avoir lieu.

Après échange avec cet adjoint, l’enseignante accepta de retirer le mot ‘‘gendarmes » et de ne plus évoquer que  »trois hommes qui obéissaient aux ordres de Vichy »

Le conseiller municipal en question, décida cependant de présenter le texte au maire qui en censura tout bonnement la lecture.


Déclaration du premier magistrat de la commune.

Je décrète qu’on ne lira pas ce texte, car il n’est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l’autorité légitime.


Riposte de l’enseignante

Mes élèves ne participeront plus au devoir de mémoire et aux cérémonies commémoratives de votre commune. Je renonce à souscrire à ce que j’appelle une forme de censure


Réaction de l’ancienne déportée

C’est terrible cette mentalité-là. Il faut savoir regarder la vérité en face. Tous les gendarmes n’ont pas arrêté des gens et certains même ont permis d’éviter des déportations. Mais dans un pays démocratique comme le nôtre c’est triste de penser qu’on ne peut pas raconter l’histoire telle qu’elle s’est passée.


Nouvelle déclaration du premier magistrat de la commune

L’affaire du texte censuré de l’ancienne déportée a fait beaucoup de bruit et je tiens à m’expliquer. Je le reconnais c’est une maladresse. Je pense à cette dame qui a souffert dans sa chair et qui a dû être blessée par cette situation. Je lui présente mes excuses les plus sincères.

Je suis partisan d’une histoire apaisée. Jacques Chirac avait officiellement reconnu la responsabilité de l’état français dans la persécution des juifs. C’est désormais un fait reconnu.

Je n’ai pas interdit la lecture du témoignage de cette dame, j’ai dit que ce serait bien qu’on évite de stigmatiser une profession dans sa globalité.


Mon opinion (elle n’engage que moi)

Dans cette période troublée de notre histoire la terreur dominait le monde. Certains avaient parié sur une victoire totale et définitive de l’Allemagne, ils collaboraient donc avec l’ennemi dans l’espoir de s’enrichir et de grimper les échelons sociaux. Pour servir leur cause, ils n’hésitaient pas à commettre les pires des atrocités et n’éprouvaient aucune compassion pour les personnes qu’ils tenaient entre leurs griffes.

Le discours de l’ancienne déportée est remplie d’amertume et cette réaction est très logique, car il humainement impossible de pardonner l’impardonnable. Les exactions commises durant ce conflit mondial sont inconcevables pour des personnes saines d’esprit, la folie meurtrière qui s’était emparée des nazies dépassait largement l’entendement.

Je ne pense pas pourtant que les gendarmes avaient choisi le camp des bourreaux. Ils se soumettaient à un gouvernement qui avait capitulé devant l’envahisseur et qui en était à présent son esclave. Il fallait avant tout protéger sa famille, car la désobéissance risquait de coûter la liberté, voir même la vie.

Je ne pense pas non plus qu’un grande majorité de ces mêmes gendarmes, prenaient plaisir à agir de la sorte. Le sentiment de honte devait très vite se transformer en sentiment de faute puis de remords.

L’histoire nous raconte les effets psychologiques dévastateurs provoqués par des arrestations musclées, sur les victimes, mais elle passe sous silence celles subies par des exécutants qui n’avaient pas choisi le rôle qu’on leur demandait de tenir.

En pleine période d’occupation, pour la plupart de la population, il était impossible d’imaginer ni la cruauté du destin réservé à ces gens qu’on arrêtait avant d’être déportés par les Nazis, ni l’ampleur du génocide que découvrirait plus tard les troupes alliées.

Peut-être que dans le cas contraire davantage de personnes se seraient rebellés en enfreignant les ordres.

Avec soixante cinq années de recul depuis la fin de la guerre il est facile, assis dans notre fauteuil de dire que nous n’aurions jamais été du côté des méchants, pour quelqu’un qui n’a pas connu le conflit mondial de 39-45, il est impossible de savoir dans quel état d’esprit se trouvaient les contemporains de cette sombre période, l’instinct de survie prédominait, et l’on devait penser davantage à sauver sa peau que de se préoccuper de celle des voisins.

Notre président ayant reconnu la responsabilité de l’état français dans la persécution des juifs, il était donc inutile de vouloir un fois encore masquer la vérité en remplaçant un mot par un autre pour ne pas porter atteinte à une profession qui bénéficie largement du délai de péremption.

Que dire du préjudice moral infligé à une femme qui a largement souffert et qui méritait que l’on fasse preuve d’un peu plus de respect envers elle.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte septembre 1976)


A quelques encablures du musée des antiquités, l’après déjeuner fut consacré à la découverte de la vieille ville. Nous laissions provisoirement les pharaons, pour nous intéresser à la période conquérante des arabes. Datant du début de notre ère, la luxuriance des réalisations, en matière d’art et d’urbanisme, témoignaient de l’incontestable domination islamique et de son implantation irréversible dans ce pays. L’encrage politique et culturel des musulmans étaient présent à tous les coins de rues. Nous avions de noté à notre programme, la visite de deux édifices religieux. Avec discernement et dans le plus grand respect des rites, nous nous déchaussâmes afin de pénétrer à l’intérieur de la mosquée d’Ibn Touloun, qui me permit d’apprécier un style et de m’initier à une architecture qui m’était jusqu’alors, quasiment inconnue. Solidement implantée au cœur de la citadelle et érigée à partir de mille huit cent trente, Mehemet Ali fut la seconde mosquée que nous eûmes l’occasion d’explorer.

Sous une telle latitude, le crépuscule plongeait très tôt, la ville dans l’obscurité, marquant la fermeture des sites touristiques et contraignant les voyageurs à regagner leurs hôtels à un moment où en cette saison estivale l’astre solaire était encore au zénith en occident.

En cette période de ramadan, les musulmans respectaient scrupuleusement les astreintes liées à leurs croyances religieuses. Le jeûne prenait fin avec le soleil couchant, marquant ainsi le début des réjouissances. Nous traversions des quartiers populaires, noyés par une foule de gens qui se pressait vers les échoppes artisanales, ouvertes sur la rue. Tous ces petits commerces étaient largement éclairées et joyeusement animées par la diffusion de musiques orientales, diffusées en continu par différentes chaînes de radios. L’ensemble composait une indescriptible cacophonie qui déconcertait quelques peu l’occidental que j’étais.

Nous arrivions au terme de notre première journée de voyage et nous avions quartier libre jusqu’au lendemain matin. Emporté par la passion de son pays, notre guide qui ne se décidait pas à nous quitter, proposa de nous accompagner après dîner dans un cabaret généralement peu ou pas fréquenté pas les touristes. La plupart des participants au séjour acceptèrent la proposition. Je fus de ceux qui préférèrent décliner l’invitation, j’espérais ainsi pouvoir me reposer et récupérer un gros retard de sommeil.

C’était la première fois que je me trouvais complètement seul depuis que nous foulions la terre d’Égypte. J’étais cependant déterminé à me balader dans la rue qui jouxtait notre lieu de résidence.

Étranger parmi les étrangers, j’en ressentais comme à mon arrivée,un léger inconfort. Je décidai de regagner mon hôtel au plus vite, pressé de dissiper cette désagréable sensation.

Le couloir qui conduisait à mon lit était sombre, et dans cette demie obscurité, je faillis bousculer un employé de l’hôtel. Assis sur le sol, dos au mur, et les bras croisés sur ses genoux, il semblait dormir. Mon arrivée impromptue avait dû le réveiller car il s’apprêta à se mettre debout

Je lui fit signe de ne pas bouger, et je rentrai dans ma chambre à peine rassuré par cette rencontre insolite. Je fermai ma porte sans la verrouiller, en espérant que mon coéquipier ne tarderait pas trop à rentrer de cette fameuse soirée cabaret.

Malgré l’appréhension et bien que le vacarme extérieur fut identique à celui de la veille, mon épuisement était tel, que je dus plonger presque instantanément dans les bras de Morphée.




WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie