Breizh

Week-end breton (1er jour)

Samedi quinze mai deux mille dix, le réveil sonne, il est l’heure de se lever car il faut terminer de remplir la valise et passer à la boulangerie pour confectionner nos sandwichs. Nous avons rendez-vous à neuf heures précises. Le temps de charger notre coffre, de parcourir les quatre kilomètres qui nous séparent de notre bourgade natale, et nous retrouvons enfin notre fidèle équipe

Depuis dix ans nous avons l’habitude de nous réunir un week-end par an pour ne pas laisser mourir ces liens qui nous unissent, depuis notre prime jeunesse. Nous sommes onze (cinq couples et une personne seule), qui avons en commun d’avoir partager tantôt les bancs de l’école, tantôt ceux de la catéchèse, etc…. Onze qui avons individuellement été témoins à des degrés divers, de la vie des autres pendant les longues années de notre enfance et de notre adolescence, à une époque où nous faisions partie de la grande famille des habitants d’un même village.

Deux couples parmi nous sont restés fidèle à leur clocher, c’est chez l’un d’entre eux que nous nous regroupons. Notre célibataire s’est déplacée de la région parisienne pour nous rejoindre, avant d’avoir effectué une halte chez sa mère.

Nous formons deux voitures direction Nantes, pour récupérer un autre couple et nous filons ensuite à Plouvara dans les côtes d’Armor.

Jean et Florence nous accueillent dans leur petite résidence d’été, une maison typiquement bretonne en plein milieu des champs.

Le ciel est gris et incertain. Quelques gouttes de pluie ont fêté notre arrivée. Il fait frais et la pièce principale est chauffé par un poêle à bois. Rapide visite des lieux, pique-nique sur le pouce et nous partons poser nos bagages à l’hôtel à un quart-d’heure de trajet.

Le courriel nous avait prévenu, prévoyez de bonnes chaussures. Nous voici donc en marche pour un long périple qui nous conduit le long du sentier des douaniers. Nous avons beaucoup grimpé et nous sommes maintenant haut perchés sur la falaise qui surplombe la mer. Paysage totalement magnifique, le vent souffle fort, mais le soleil fait de timides apparitions.

Nous atteignons Binic, un petit port qui célèbre en ce week-end de l’Ascension, ses hommes qui partaient autrefois durant de longues semaines pêcher la morue dans les eaux froides de l’atlantique, du côté de Terre-Neuve. Il y a foule sur la jetée, une chorale de marins installée sur un bateau, interprètent des chants mélancoliques, un peu plus loin c’est le sonneur de biniou qui anime la fête. Les terrasses des cafés attendent les clients, la soirée sera sans doute bien arrosée. Il fait soif et nous nous installons dans un bar.

Nous poursuivons ensuite notre chemin à travers les rues typiques de cette petite station balnéaire bretonne, puis retrouvons de nouveau la campagne, avant de récupérer nos voitures à l’endroit où nous les avions garées.

Des huitres , ainsi qu’une excellente choucroute de la mer, nous attendent pour le diner. Un petit verre de muscadet bu confortablement assis sur la margelle du puits, et quelques photos plus tard, l’apéritif est servi.

La soirée se passe dans un climat convivial, nous nous connaissons bien et sommes encore une fois terriblement content d’être réunis. Les yeux qui s’alourdissent, et les bâillements qui se succèdent, donnent raison à la pendule qui nous indique, qu’il est bien tard.

Demain nous ramènerons le pain et les croissants. La chambre de l’hôtel est confortable, j’allume le radiateur car il fait un peu frais. Très vite je me plonge dans les draps. Chantal est encore dans la salle de bain, mais déjà je sens que mon esprit s’égare, le sommeil m’emporte et n’emmène vers le monde imaginaire de mes rêves. Demain sera un autre jour.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 5ème jour : Septembre 1976)


Au petit matin du cinquième jour, le soleil s’était levé tandis que retentissait la voix du muezzin, qui m’était désormais familière. Je n’avais pas bien dormi. La chaleur et le bruit m’empêchaient de retrouver le sommeil. Je n’étais pas seul dans la chambre, et ne voulant pas réveiller mon colocataire, je restais cloué sur mon lit, me sentant légèrement prisonnier de cette inconvénient du voyage.

Mes pensées se bousculaient dans ma tête, et je songeais au repas de la veille au soir lorsque j’avais compris avoir été la victime de mon manque de connaissances envers les us et coutumes de la population locale.

Notre groupe d’explorateurs était rentré du désert du Sinaï. L’équipe complète avaient rallié la salle de restaurant à l’heure du dîner. La discussion s’était éternisée autour de cette visite du monastère, chacun ayant une anecdote à raconter.

Nous avions avec mes deux amies évoqué à notre tour notre emploi du temps de la journée.

L’épisode de la visite du zoo avait fait réagir Karim notre accompagnateur, qui nous déclara que nous avions été stupidement berné, car au Caire, comme partout dans le monde, la visite d’un parc animalier ne suscitait pas la présence d’un guide .

Cette remarque qui avait provoqué les rires m’avait un peu vexé, je me sentais ridicule et me reprochais ma naïveté. Je n’avais pas prêté attention aux réactions de mes coéquipières de balade, de toute façon, il était trop tard pour se lamenter.

Mon colocataire avait enfin ouvert les yeux, et était à présent sous la douche. J’étais penché à la fenêtre de notre chambre, pour fumer une cigarette. Des enfants me hélaient deux étages plus bas pour me réclamer des bonbons, c’est du moins ce que je croyais comprendre. Je me demandais ce qu’ils pouvaient bien faire dans les rues à cette heure matinale. Un bus tout bringuebalant, et bondé de voyageurs passa en trombe en les klaxonnant alors qu’ils continuaient inlassablement de m’interpeler.

L’eau tiède m’avait rafraîchit le corps et l’esprit. Ma valise était bouclée, j’étais fin prêt à rejoindre la salle du petit-déjeuner.

Le bus nous attendait à l’entrée de l’hôtel, nous quittions provisoirement la capitale pour rejoindre la ville d’Assouan.

Le Boeing 747 de la compagnie Egypt Air qui devait nous transporter à neuf cents kilomètres de la capitale, attendait ses passagers à une centaine de mètres de la porte d’embarquement.

Dans l’avion j’étais à côté de Karim qui m’avait longuement parlé de son séjour en France et de ses parfaites connaissances de notre pays.

Le voyage s’était passé sans incidents notoires et nous avions été transféré à notre logement sans que nous ayons eu besoin d’attendre trop longtemps.

Je me souviens particulièrement de l’écrasante chaleur qui sévissait dans cette ville située très au sud du pays. J’avais promptement franchi par l’escalier, les trois étages qui me séparaient des bienfaits d’une douche. L’immeuble qui nous abritait, était construit à l’écart de la ville, dans une zone dépeuplée. J’étais sorti sur le balcon, par la porte fenêtre de ma chambre, pour sécher au soleil, mes cheveux fraîchement lavés. Le paysage était magnifique et apaisant. Lentement et méticuleusement, je contemplais la majesté du Nil, que le lac Nasser situé à quelques kilomètres de là, alimentait régulièrement en eaux.

Je conserve dans ma mémoire, l’image particulièrement magique et sensuel, de ce moment de solitude. Penché contre la balustrade, je fermai les yeux, pour sentir encore plus intensément le vent brûlant du désert, me fouetter le visage. Ce genre de situation me soulageait de tous mes maux, j’avais à cet instant, la certitude que jamais plus rien de fâcheux ne viendrait désormais polluer mon existence. Très tôt dans les solitudes de mon enfance, j’avais acquis cette faculté de perdre toute notion de temps et d’espace, une sorte de rêve éveillé,

En faisant involontairement claquer la porte, mon colocataire qui venait d’entrer à son tour, brisa la miroir de mes pensées.

Nous avions l’après-midi de libre et Karim proposa à ceux qui le souhaitaient, la visite d’une carrière de granite rose, que l’Égypte exploitait à l’époque ancienne pour satisfaire l’édification de ses temples et autres monuments. L’obélisque inachevé était le principal intérêt touristique de ce lieu. Sa taille avait été abandonnée à la suite d’une fêlure dans la roche et il reposait, à l’état d’ébauche, non détaché du massif.

Nous avions parcouru les quelques kilomètres désertiques qui nous séparaient de cette curiosité historique, à bord d’un minibus, que nous avions loué pour la circonstance. Puis nous poursuivîmes vers le haut barrage. Sa construction décidée par Nasser, avait certes procuré une certaine croissance économique au pays, mais les séquelles sur l’écosystème devenaient au fil des ans, de plus en plus problématiques. Il était temps pour nous de faire demi-tour et de consacrer un peu de temps à la visite d’Assouan.

Hormis l’époque coloniale, la ville ne possédait que peu d’attraits en matière de patrimoine architectural, mais Karim connaissait un vieux quartier réputé pour son marché aux épices.

Après avoir traversé quelques rues animées du centre ville, nous nous engageâmes dans une petite rue qui montait vers les quartiers nubiens. Les plupart des femmes étaient en ce lieu vêtues et voilées de noirs.

Au fur et à mesure de notre progression le quartier changeait d’aspect, la terre battue remplaçait le bitume et les trottoirs n’existaient plus. Beaucoup d’enfants couraient pieds nus ne risquant de rencontrer sur leur passage que quelques ânes attelés à de vétustes charrettes.

Au détour de notre chemin, un tas d’ordure laissée à l’abandon barra partiellement notre route. Des chiens errants tentaient d’y débusquer une maigre pitance.

Nous rencontrions de plus en plus d’animation, manifestement nous nous approchions de la zone commerçante. Ici et là des adultes nonchalamment adossés contre un mur fumait le narguilé et nous décochaient un sourire de bienvenue. De vieilles femmes nous faisaient un signe de la main. Leur pauvreté ne semblaient pas les anéantir.

Notre parcours s’élargissait petit à petit, nous avions atteint les souks. Les étalages étaient à présent les uns sur les autres. De ci de là, des marchands de soieries, de cigarettes, de fruits et légumes tentaient d’attirer notre attention.

Nous étions arrêté devant la boutique du repasseur, qui exécutait son travail avec un fer en fonte accroché au pied, spectacle rare qui nous ne serions pas amenés à voir de si tôt.

Il devenait de plus en plus difficile de se frayer un chemin parmi les badauds.

Nous étions enfin en plein cœur du quartier populaire où les étales regorgeaient de toutes sortes de ces fameuses épices multicolores. Des assaisonnements culinaires, qui exhalaient des parfums capiteux, flattant les odorats des promeneurs, en favorisant par la même occasion l’évasion des esprits.

L’ambiance à la fête et à la décontraction, encourageait les dépenses.

Dans le souk abondait également fabricants d’articles en cuir, quincailliers, tailleurs d’habits. J’avais accepté de me faire couper une djellaba en popeline blanche à mes mesures, à condition de pouvoir la récupérer très vite.

En attendant, avec Claire et Marie-Françoise, nous nous étions accordés une pause, pour boire un thé à la menthe. Je n’avais toujours pas voulu tenter l’expérience de fumer le narguilé, une manière pourtant irréfutable d’épouser les us et coutumes du pays. Un enfant c’était assis sur mes genoux et m’avait embrassé, il était parti sans réclamer un bakchich, je n’avais pas compris la signification de son geste. Plus tard, j’avais reçu un projectile dans le dos, sans savoir si c’était pour attirer mon attention et si c’était au contraire un geste d’hostilité.

En tant que touriste, nous étions harcelés de toute part et notamment, les sollicitations se portaient volontiers sur les cigarettes américaines, que les égyptiens aimaient bien voir se faire offrir. De mon côté, j’étais sûr de ne pas être dévalisé car mes gitanes blanches de fabrication française n’était pas appréciées. Lorsque je tendais mon paquet, une grimace apparaissait sur le visage du quémandeur, qui portait sa main droite à la gorge pour me signifier que mon tabac était trop fort pour lui.

Loin de la ville, nous bénéficiâmes cette nuit là du silence qui nous avait manqué lors de notre séjour au Caire. Cependant l’excessive chaleur qui régnait dans la chambre, me faisait transpirer abondamment. Comme toujours, j »avais soif. J’avais également du mal à trouver le sommeil dans des draps froissés et imprégnés de sueur.

C’est les yeux bouffis et les cheveux hérissés que je décrochai le lendemain matin, le combiné du téléphone qui venait de sonner l’heure du réveil.




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