Réalité inexplorée

Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.

Guy de Maupassant


L’espoir forme l’antidote du soucis, et la sagesse populaire à raison de penser que les voyages calment les peines.

Burgelin


Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 10ème journée : Égypte septembre 1976)

Mon colocataire s’était réveillé avant moi et avait découvert à son tour le désagrément d’une chambre partagée. Le sacrifice était mince au regard des économies que nous avions pu faire. La rue s’animait de plus en plus, la journée était déjà bien commencée pour les autochtones.

Karim s’était installé à côté de nous pour le petit-déjeuner, ils nous demandaient de nous inscrire, si nous étions intéressés, pour assister au spectacle de son et lumière de Kanak, qui avait lieu le soir même.

Notre dixième journée débutait par une excursion donc sur ce célèbre site de Karnak, au nord de la ville de Louxor. Le complexe s’étendait sur une énorme surface et regroupait plusieurs temples. Une grande allée bordée de sphinx dirigeait les visiteurs vers l’entrée.

Dès que nous pénétrâmes dans l’enceinte, je fus complètement ébloui par la majesté des lieux. A la manière des touristes regardant les buildings dans une grande ville, j’attrapais mal au cou à force d’admirer le gigantisme de l’architecture. J’avais choisi de ne pas suivre l’équipe et de me contenter de mon guide touristique pour m’imprégner de ces milliers d’années d’histoires.

La zone avait été agrandie par des dynasties successives de pharaons, à la manière des poupées russes. Au centre se trouvait l’édification d’origine, et au fur et à mesure de ma progression vers les différentes enceintes, je rencontrais plusieurs agrandissements perpétrés au cours des siècles. Les architectures se succédaient donc de la plus ancienne, à la plus récente. Les explications que me fournissaient mon dépliant me satisfaisaient parfaitement.

Une immense salle hypostyle composée d’une centaine de colonnes ayant gardées leurs inscriptions attira particulièrement mon attention. Il fallait formé une ronde d’au moins cinq adultes pour faire le tour de chacun de ces piliers. Je me demandais bien par quelle prouesse technique ces civilisations aujourd’hui disparues, avaient-elles pu ériger des éléments pareils. Nous n’avions pas à cet époque de numériques, il ne fallait donc pas gaspiller les pellicules de vingt quatre ou trente six poses dont nous disposions. Trente quatre ans sont passés depuis cette aventure, quand je regarde mon album souvenirs, et que je songe au reportage que j’aurais pu réaliser avec les appareils actuels, mes photos jaunies et de bien piètres qualités, me paraissent un témoignage bien décevant de cette expérience inoubliable de ma vie.

J’étais assis non loin du lac sacré, où les prêtre venaient se purifier, j’aperçus au loin l’effectif réduit de mon équipe. Certains de ces membres avaient fait la même chose que moi et nous étions donc pas mal dispersés lorsque il fallut rejoindre notre chauffeur.
Dès notre retour à l’hôtel, et comme il restait un peu de temps avant le déjeuner, je décidai de sortir dans la ville pour y effectuer quelques achats.

Les boutiquiers, cochers, chauffeurs de taxis et autres bateliers ne vivant que du tourisme, j’avais très vite appris à tolérer les sollicitations en tous genres. Je savais pertinemment que l’argent des voyageurs, était leur gagne-pain quotidien.

Lors de mon passage à Assouan, j’avais déjà commander une djellaba auprès d’un petit artisan tailleur d’habits, et j’étais content d’avoir pu lui donner du travail. Un vendeur à la sauvette me proposait de lui en acheter une autre. Je n’avais pas beaucoup dépensé en babioles jusqu’à ce jour, et j’étais disposé à lui faire plaisir. Plus loin un petit magasin de souvenirs proposait de fausses antiquités, je pénétrai à l’intérieur de la boutique et achetai un buste de Ramsès qui m’avait attiré l’attention à cause de sa très jolie couleur. Je voulais pousser ma promenade encore plus loin vers les souks, mais ma montre me dissuada de le faire.

Notre groupe avait pris ce jour là un repas en commun. Depuis que nous avions quitté le Caire, nous étions plutôt dispersés en petites tablées et j’avais trouvé l’initiative de nous réunir de nouveau très sympathique.

Pour notre deuxième grande sortie de la journée, notre chauffeur nous conduisait au temple de Louxor, situé au cœur de la ville à proximité du Nil.

Il ressemblait beaucoup à celui de Karnak par l’élégance de ses statues et de ses colonnes. Avant d’arriver devant l’entrée, nous passâmes par une allée bordée de deux rangées de Sphinx comparable à celle que nous avions empruntée à Karnak. Le guide nous expliqua que ces deux allées constituaient en fait les extrémités restantes d’un dromos de deux kilomètres qui reliait autrefois Karnak et Louxor. Cette voie, rectiligne et dallée, servait de chemin processionnel, lors du déroulement de la grande fête d’Opet.

Le pylône, les deux colosses représentant Ramsès II et l’un des deux obélisques (l’obélisque manquant se trouvant à présent place de la concorde à Paris), nous accueillaient souverainement. Nous ne pouvions que nous incliner devant une telle splendeur. L’intérieur du complexe archéologique était tout aussi fascinant. Il était bizarre d’y rencontrer une mosquée, au détour d’un chemin. Je ne me souviens ni comment, ni par qui, ni pourquoi cet édifice islamique avait été construit à cet endroit. Le tourisme étant la principale ressource économique de l’Égypte, nul doute que les gouvernements contemporains mettront tout en œuvre pour que leur patrimoine soit pour toujours préservé de ces constructions anachroniques. Des générations entières continueront de s’émerveiller devant l’ingéniosité d’une civilisation à jamais disparue.

Il était encore tôt quand nous quittâmes le temple. Nous étions quelques uns qui ne voulions pas rentrer à l’hôtel. Nous prîmes donc la décision de profiter de la corniche Nous n’étions pas à des années lumières de notre logement, et nous pouvions sans problème rentrer à pied. Quel bonheur je ressentais de pouvoir prendre mon temps. Flâner sur la rive et regarder les bateaux sur le Nil était un moment précieux que nul n’aurait pu me voler. Nous nous assîmes à une terrasse pour boire un thé à menthe et tout en le savourant nous assistâmes au coucher de soleil sur la fleuve. L’activité humaine n’avait pas diminué d’intensité, si les felouquiers débarquaient leurs derniers passagers de la journée, taxis, calèches et marchands en tous genres redoublaient d’ardeur pour aborder leurs clients potentiels. Notre promenade c’était déroulée dans la bonne humeur et le temps de remonter à nos chambres pour se rafraichir, l’heure du diner sonna.

Le son et lumière suscitait l’intérêt, car l’ensemble du groupe avait opté pour assister au spectacle. Beaucoup de bus étaient rangés sur les parkings réservés à cet effet, manifestement nous n’étions pas les seuls sur les lieux. La représentation se déroulait en plusieurs étapes. Nous avions été accueillis dans le dromos, puis nous avions franchi le pylône avant de nous arrêter dans la cour. Dans la salle hypostyle les colonnes me paraissaient encore plus démesurées au milieu de cette demi-obscurité. L’atmosphère était étrange, un léger frisson me traversa le corps. Il nous fallait rejoindre une seconde cour pour gagner les gradins érigés devant le lac sacré, à l’endroit même où le matin je m’étais assis pour prendre un peu de repos. Des commentaires en voix off, n’avaient de cesse de nous relater les différents aspects du site. La fin du spectacle avait été salué par un tonnerre d’applaudissements et j’étais de ceux qui l’avaient trouvé trop court. Nous étions rentrés dans notre hôtel totalement comblés.

Cette nuit là nous mirent longtemps mon colocataire et moi avant de nous endormir, Karnak nous avait totalement envouté.



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