Quel souk !

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 11ème jour : Égypte septembre 1976)


En ce mercredi quinze septembre, j’entamais ma onzième journée en terre égyptienne, elle n’était pas la plus difficile. Nous avions en effet quartier libre et j’étais donc en train d’écrire quelques cartes postales à mes parents et amis. Le hall d’accueil était vaste et un coin salon me permettait justement de m’isoler pour pouvoir me concentrer. Mon colocataire n’était pas descendu prendre le petit-déjeuner, nous avions tellement mal dormi qu’il avait préféré prolonger sa nuit. Sans vraiment nous concerter, nous nous étions retrouvés une bonne partie du groupe au bord de la piscine. Le poids des traditions influaient beaucoup sur la manière de penser et de percevoir les choses dans le monde musulman. Les occidentaux étaient plutôt considérés comme des impies. Sans doute parce qu’il était à l’abri des regards inquisiteurs de ces compatriotes, Karim donnait l’impression de se détendre au milieu de nous, car il avait revêtu le maillot de bain et n’avait pas hésité à se baigner. Il entamait d’ailleurs une amourette, probablement sans lendemain, avec l’une de nos coéquipière. Allongé sur mon transat, à l’abri des rayons du soleil, je sirotais un verre de jus de fruit glacé, le temps semblait s’être arrêté. Le déjeuner puis la sieste avaient prolongé agréablement se moment de farniente.

L’hôtel était déserté, j’étais descendu aux alentours de quinze heures et je m’apprêtais à sortir dans la rue, quand mes amies Claire et Marie-Françoise apparurent dans l’encadrure de l’entrée. Elles étaient des adeptes de la balade en calèche mais s’étaient ravisées. Elles hésitaient en effet à partir sans être accompagnées. Ma présence étant une aubaine, elles me proposèrent donc de les escorter. J’acceptai leur invitation. Pour tous les égyptiens qui m’adressaient la parole, j’étais le monsieur moustache, le cocher ne dérogea pas à la règle lorsqu’il m’interpela pour nous proposer ses services. Notre attelage nous conduisait dans des rues que nous avions déjà plus ou moins fréquentés, soit à pied, soit en autobus, mais avec en plus le charme des transports d’autrefois. Le trafic était dense, et bruyant, mais depuis que nous avions atterri au Caire, nous avions pris l’habitude de l’ambiance très particulière de ce pays du soleil. Nous longeâmes la corniche jusqu’au port d’attache de la plupart des bât eaux de croisière mouillant le long de la rive à hauteur du temple de Louxor, temple que nous pouvions admirer de nouveau, sans doute pour la dernière fois. Notre caléchier empruntait à présent des rues plus étroites dans un quartier populaire et beaucoup moins touristique. Une jolie petite mosquée avait attiré notre regard, mais il n’était pas possible de la visiter. Nous avions demandé à notre cocher de nous descendre à proximité des souks, car nous ne voulions pas quitter la ville sans les avoir parcourus.

Une multitude de ruelles étroites et bondées nous tendaient les bras et attendaient notre passage pour faire avec nous, des affaires. Des boutiques, des couleurs, des odeurs, des épices, des cafés, des cotonnades, des souvenirs, des marchands ambulants, des cuivres, des bijoux, de fausses antiquités, tous les ingrédients étaient réunis pour donner aux touristes la vision traditionnelle d’un marché à l’oriental. Le tableau ne manquait pas de charme.

Baguenauder dans cette caserne d’Ali-Baba , c’était un peu remonter le temps, le temps où les voitures ne polluaient pas les villes, et ne menaçaient pas à chaque instant la vie des passants, le temps où les gens s’arrêtaient pour saluer un ami en s’inquiétant de sa santé ou de la marche de ses affaires, époque lointaine où la convivialité était un art de vivre.

Les effluves de l’encens et des épices titillaient mon imagination, je me voyais tout à coup transporté dans l’univers des mille et une nuits. Conjugué avec la couleur du ciel et l’euphorie générale qui régnait sur place, le tempérament ouvert et chaleureux des commerçants même s’il n’était peut-être pas complètement dénué d’intérêt, faisait chaud au cœur, et mettait naturellement à l’aise l’étranger que j’étais.

A chaque coin de rue, les devantures des échoppes offraient à mes yeux écarquillés tout ce que la terre fertile et les eaux du Nil procuraient abondamment à tout un peuple. Les gens étaient pauvres, mais j’avais au moins la certitude qu’ils ne mouraient pas de faim. Nous nous arrêtâmes un instant pour nous reposer et étancher notre soif dans un petit café qui servait karkadé et thé à la menthe. Un vieil homme édenté fumait la chicha en formant des volutes de fumée qui venaient nous effleurer les narines, avant de s’envoler définitivement dans les cieux. Les heures passaient vite dans ce dédale de venelles, nous perdions un temps infini à marchander un article qui ne valait pas la moitié du prix indiqué, il n’en restait pas moins vrai que mes deux amies partaient souvent avec le fameux article sous le bras et qu’elles étaient persuadées de tenir là, la bonne affaire.

Je résistais davantage à la frénésie d’achats, mon budget ayant plutôt servi à financer les excursions et autres visites facultatives. En revanche je savais qu’il me restait encore deux ou trois petits souvenirs à acquérir, j’attendais notre retour au Caire pour m’exécuter.

La force animale remplaçait avantageusement la force mécanique, mais ce n’était pas totalement sans inconvénients. Il fallait en effet, faire attention à ne pas marcher dans la crotte fumante,et mal odorante des ces chers équidés. Nous étions restés en extase devant un fabricant de narguilés qui répétant avec calme et sérénité des gestes séculaires, transformait merveilleusement bien la matière. Si j’avais voulu ramené en France ce genre d’objet, j’avais devant moi la certitude de son origine artisanale, et c’est sans aucun doute dans ce petit atelier que j’aurais trouvé mon bonheur. Nous nous étions arrêtés devant l’étal d’un petit confiseur, qui n’avait pas laissé échapper nos yeux gourmands, et qui n’avait pas eu besoin de beaucoup d’arguments, pour nous vendre quelques uns de ses loukoums. Nos petites douceurs avalées, il nous avait fallu interpeller l’un de ces nombreux petits marchands ambulants qui nous avait servi un grand verre de jus de fruit pour étancher notre soif.

A présent nous étions sur le chemin du retour, nous étions fourbus mais content de notre après-midi. Les filles étaient légèrement encombrées par leurs paquets, je m’étais proposé de les aider, car nous avions une bonne trotte à faire pour rentrer à notre hôtel. Nous avions respiré pas mal de poussière et nous avions donc regagné nos chambres pour nous rafraichir avant le diner.

Mon colocataire n’était pas encore arrivé, ma toilette m’avait détendu et je m’étais allongé pour reposer mes jambes d’avoir trop marché. Ce fût le clapotis de l’eau sortant du pommeau de douche qui me ramena à la réalité. Je n’avais pas entendu Dominique rentrer, et il était grand temps de gagner le restaurant. Le diner avait été bien calme, nous étions restés ensuite discuter de nos occupations respectives de l’après-midi, avant de regagner nos chambres.

Le crépuscule remplaçait le jour, la tiédeur d’un ciel étoilé succédait à la chaleur écrasante du soleil. La rue envahie par un flot ininterrompu de voitures et de passants depuis le matin, commençait tout doucement à retrouver son calme. Je refermai doucement ma fenêtre pour ne pas importuner mon colocataire. Le sommeil me donnait rendez-vous et j’avais bien l’intention de répondre à cet entretien.



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