Souvenirs pharaoniques et nostalgie

Extrait du livre de mes mémoires ( Itinéraire d’un enfant gâté – 13ème jour : Égypte septembre 1976)


Le soleil s’était levé sur un nouveau jour. Nos bagages qui encombraient le hall d’entrée, témoignaient de notre départ imminent. Nous prîmes congé du personnel de l’hôtel, avec lequel nous avions sympathisé. Notre bus nous attendait à l’heure précise, et nous prîmes place à l’intérieur, avant qu’il ne se dirigeât vers l’aéroport. Notre quittions les lieux tandis que la population continuait de s’agiter frénétiquement, autour des touristes nouvellement débarqués. Notre chauffeur avec son calme habituel, tentait inlassablement de se frayer un passage au milieu du cahot de la rue. L’enregistrement des valises, le passage en zone d’embarquement, toutes ces formalités s’effectuèrent assez rapidement.

Nous montâmes dans un appareil de ligne intérieure de la compagnie Egypt-Air, le vol devait durer un heure. J’empruntais l’avion sans appréhension particulière et pourtant le voyage prit une tournure à laquelle je ne m’attendais pas. Nous allions traverser une zone de turbulences, les passagers avaient attaché leur ceinture, j’étais surpris de constater que nous prenions de l’altitude, le changement du régime des moteurs était net, et j’avais maintenant l’impression que nous faisions demi-tour, impression confirmée par le fait que j’étais à présent complètement ébloui par le soleil qui perçait à travers mon hublot. La manœuvre dura une éternité, puis le soleil disparu de nouveau de mon champ de vision, et l’appareil eut l’air de se stabiliser. Mon inquiétude commença à se dissiper quand une hôtesse nous autorisa à détacher notre ceinture. Plusieurs membres du groupe s’entichèrent de connaître la vérité sur l’incident que nous venions de vivre. Karim nous expliqua que le pilote avait simplement modifié puis rétabli sa trajectoire pour passer au dessus d’une perturbation atmosphérique, mais que ceci n’avait rien d’anormal et que nous poursuivons à présent notre vol sans problème. Ce petit imprévu de parcours qui ne méritait pas qu’on lui attache de l’importance, ne fût pourtant pas un épisode anecdotique de mon odyssée en terre orientale, car mon subconscient avait enregistré la scène. J’ignorais donc que dans l’avenir une sensation de malaise viendrait troubler ma quiétude à chaque occasion qu’il me serait donné de prendre l’avion.

Nous nous posâmes sur le tarmac de l’aéroport en douceur, Le Caire nous accueillait pour la seconde fois. Les formalités administratives accomplies, nous chargeâmes nos valises dans un autocar qui nous conduisit vers l’hôtel qui nous avait déjà logé.

Notre fenêtre ne donnait plus sur la grande rue animée de notre premier séjour, mais sur une petite rue qui lui était perpendiculaire. J’étais certain que ma nuit serait plus calme, car je n’apercevais en bas que quelques chats errants qui tentaient leur chance dans les cartons, poubelles et divers détritus qui obstruaient les trottoirs.

Le son et lumière des pyramides de Gizeh était inscrit au programme de la journée, pour le reste, nous avions quartier libre. Karim proposa donc à l’ensemble du groupe, moyennant une petite participation financière, de profiter de l’autocar pour rejoindre après le déjeuner, les souks du quartier de Khan El Khalili. Apprécié pour ces commerces de bijoux de fantaisies, de pierres précieuses et d’objets en cuivre, le lieu ne différait pas des nombreux bazars que nous avions déjà visité. Cairotes et touristes s’affairaient bruyamment autour des différents étals, tandis que les marchands ambulants tentaient de se frayer un passage. J’avais trouvé une boutique où les bijoux en argent étaient d’un prix raisonnable. J’optai pour l’achat de deux croix ansées qui représentaient la vie et l’éternité, et que l’on pouvait porter en pendentif. J’avais repéré un casse tête chinois en forme de bague. Le vendeur m’avait donné également en cadeau un scarabée sacré qui tenait dans un portefeuille et qui était censé porter chance. Il me restait à trouver un présent à offrir, à mon aïeule. Une sorte de petit tapis de table, avec des motifs cousus main évoquant une scène de la vie antique, avait retenu mon attention, j’avais dépensé avec cet article mes dernières devises. J’étais seul au milieu de la foule, et je goutais pleinement de ces ultimes moments avant notre retour définitif vers la civilisation occidentale. Je profitais encore et encore de ces extraordinaires odeurs d’épices qui flottaient dans l’air, et je ne me lassais toujours pas d’observer les porteurs de pain, les marchands d’orangeade, ou les pousseurs de charrettes. Ces scènes de rue étaient une suite de tableaux vivants, gai et colorés qu’il me fallait malheureusement quitter, car il était déjà l’heure de rejoindre l’artère principale, à l’endroit même ou notre chauffeur devait nous attendre.

Karim m’avait enseigné un dicton égyptien qui disait ceci. : qui a bu de l’eau du Nil devra un jour revenir. Je ne savais pas si mon destin me ramènerai sur la terre des pharaons, mais mes chances étaient grandes, car j’avais étanché ma soif au moins une fois au robinet de ma salle de bain, et j’avais bu aussi pas mal de thé à la menthe et de karkadé, préparés avec de l’eau de ce fleuve on ne peut plus mythique.

Non seulement mon voyage avait été merveilleux, mais j’avais évolué au sein d’une équipe jeune. Nous étions en effet tous de la même génération, et c’était sans doute la raison de notre entente cordiale. Emporté par sa passion, notre guide nous avait accompagné bien au delà du travail que l’agence lui demandait d’accomplir, il était devenu un ami, mais nous sentions que l’aventure touchait à sa fin. Nous décidâmes de nous rendre dans un bar pour prolonger encore un instant la pleine réussite du séjour. L’heure des adieux avait été émouvant, et quelques larmes avaient perlé. A présent le soleil s’était couché, et nous avions regagné notre hôtel pour le diner.

Ce fut donc un autre guide qui nous accompagna auprès des pyramides pour assister au spectacle. Ici point de circuit découverte comme à Karnak, le spectateur était directement assis. Beaucoup de gens avaient envahi les gradins et pourtant la foule respectait religieusement le profond silence qui régnait sur le site, l’atmosphère était étrange. Une voix-off, puis un déchaînement de lumière, vinrent troubler ce moment de quasi méditation. J’avais trouvé la prestation très belle, mais pas à la hauteur de mes espérances, sans doute parce que son concepteur avait privilégié le côté show, et tape à l’œil, au détriment d’une représentation plus intimiste, respectueuse du lieu et de son histoire.

Il avait été décidé de fêter dignement la fin du voyage, la nuit devait être blanche. Dans l’impossibilité de suivre l’équipe, mes ressources financières étant épuisées, j’avais prétexté un mal de tête pour éluder toutes questions embarrassantes. J’avais rejoint ma chambre, contrarié et déçu de me retrouver à l’écart des autres. Je n’avais absolument pas fermé l’œil de la nuit, stressé par le départ qui s’annonçait, et sans doute parce que je n’avais pas digéré le fait de me retrouver bêtement tout seul.



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie